Les mouvements migratoires qui firent de presque chaque pays d'Asie une mosaïque ethnique, linguistique, religieuse sont à l'origine de divers types de contacts culturels et d'une infinité de situations conflictuelles qui, de façon variable selon les époques et les pays, vivifièrent la vie politique et intellectuelle, et favorisèrent la créativité philosophique ou religieuse. Les VI e et V e siècles av. J.-C. furent à cet égard un moment privilégié: la philosophie grecque naquit en Asie Mineure avant de s'épanouir en Europe, tandis que le taoïsme et le confucianisme préparèrent en Extrême-Orient l'éclosion des courants de la philosophie chinoise.
En Chine, le Daode jing (Livre de la voie et de la vertu) du légendaire Laozi, théorisant l'élan vers l'inconnu, l'amour du paradoxe fondamental et l'admiration pour le flux vital contenus dans la religion chinoise, fonda une philosophie de la contestation permanente: étrangère à l'idée d'un principe créateur unique et des transpositions politiques et sociales que l'on pouvait en donner, l'origine de toute chose et de toute vie est attribuée à la complémentarité de principes contradictoires (yin et yang).
Quant à Confucius (Kongzi), il mit l'homme au centre de sa réflexion; avec un sens aigu de la morale sociale, il institua le libre examen comme fondement de la dignité de l'homme, dont le type idéal lui apparaissait être le «lettré» philosophe.
De la créativité religieuse, il faut retenir, pour l'universalité de leur projet et leurs succès ultérieurs, le bouddhisme indien et les religions révélées du Proche-Orient. Pour échapper au système inflexible des castes et de la réincarnation emprisonnant toute vie, le bouddhisme proposa de lutter contre la douleur pour atteindre à l'illumination qui arrache l'homme à sa triste condition; reposant sur la valorisation de la compassion et de la générosité à l'égard d'autrui, son message dépassait la seule réponse à des inquiétudes indiennes.
Au Proche-Orient, dans la tradition sémitique, se constituèrent différents monothéismes qui, «religions révélées», prétendaient à l'universel et qui, dans une perspective eschatologique, se donnèrent la mission de convertir toute l'humanité. Jésus et ses disciples firent de la foi en leur Dieu des douze tribus d'Israël une religion destinée à tous les hommes et la constituèrent en Eglise. Peu après, au IIIe siècle, dans la mouvance judéo-chrétienne, Manès fonda l'«Eglise de Lumière», lui assignant la même tâche missionnaire.
Plus tard, au VII e siècle, en terre arabe, l'islam prôna un monothéisme strict; s'appuyant sur le Coran, qui, parole divine, ne devait pas être traduit, son prosélytisme diffusa une religion offrant l'idéal d'une communauté humaine unique.
Ces religions toutefois s'adaptèrent aux circonstances historiques et aux cultures nationales qui les accueillaient. Le bouddhisme, qui disparut ensuite du sous-continent indien, s'étendit à toute l'Asie située à l'est de l'Iran. Les monothéismes chrétien (sous la forme nestorienne de l'Eglise d'Orient) et manichéen étendirent leurs Eglises en Asie centrale, dans les steppes froides et jusqu'en Chine; le manichéisme devint religion officielle du royaume ouïgour au VIII e siècle.
Mais ils cédèrent devant l'expansion de l'islam, qui atteignit même l'Asie du Sud-Est au XIV e siècle. Hors de l'Inde, le bouddhisme ne fut qu'entamé par ce dynamisme. Il est aussi remarquable que, face aux religions de l'écrit, le «bouddhisme noir» du Tibet et le shinto japonais en soient venus à se doter d'une littérature écrite.
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