Publiée en 1731, "L'histoire de Charles XII" constitue un tournant important dans la carrière de Voltaire puisqu'elle est le premier ouvrage historique qui soit sorti de sa plume. L'idée lui en vient pendant l'exil anglais, lorsqu'il rencontre le baron Fabrice, un familier du roi suédois. Fasciné par la personnalité étonnante de cette figure historique et contemporaine, il décide de retracer sa biographie, épopée en prose dont Charles serait le héros. Il commence la rédaction en Angleterre et ramène l'ébauche dans ses bagages.
Le livre est terminé en 1730 et, après avoir obtenu le privilège autorisant son impression, il est aussitôt confié aux soins d'un éditeur. Revenant sur leur décision, les autorités le firent pourtant retirer de la vente, craignant un incident diplomatique avec la Pologne où régnait encore Auguste II, jadis fort malmené par son voisin du Nord. Impatienté par un tel contretemps, Voltaire décide de recourir à la voie clandestine et s'adresse à Jore, libraire-imprimeur de Rouen. Par ailleurs, il avait pris soin de faire parvenir un exemplaire du manuscrit à un éditeur anglais qui le publia rapidement en traduction anglaise puis en version originale. Le texte, remanié depuis l'édition princeps de 1731, ne connut sa forme définitive qu'en 1748.
Comme Brutus, Henri IV et bientôt Pierre le Grand, Charles XII exerce une véritable séduction sur Voltaire. «Homme unique plutôt que grand homme, dira-t-il de lui, admirable plutôt qu'à imiter». Débarrassée de la versification contraignante de l'épopée, la «geste» de Charles XII tient à la fois de la dramaturgie et du reportage, fait de témoignages et de «choses vues». Voltaire ne s'y montre pas encore le grand historien qu'il était appelé à devenir (il néglige la perspective historique véritable – tableau de la Suède, situation des Etats européens contemporains du règne de Charles XII, etc –) mais fait déjà preuve d'un intérêt réel pour la matière historique.
Il laisse entrevoir son admiration pour les «souverains civilisateurs» à travers le portrait qu'il fait de Pierre le Grand (il y reviendra longuement dans son Histoire de l'Empire de Russie sous Pierre le Grand) et s'indigne devant les atrocités dont sont capables les hommes, fussent-ils de grands rois. Le supplice infligé à Patkul, les batailles sanglantes auxquelles se livrent les soldats sont autant de preuves de la barbarie humaine. Telle sera, entre autre, la leçon de l'Essai sur les mœurs de 1756.