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Montherlant, Henry (de)

Paris, 1895 - id., 1972
Source Encyclopédie Wikipédia


 


Henry de Montherlant



Sommaire

     Biographie
         Enfance et études
         Le culte des vertus antiques
         Le goût des voyages
         La réputation de collaborationniste
         Le retrait après la Guerre
         La mort volontaire
     Montherlant et les garçons
     Œuvres
         Illustrateurs
         Bibliographie

 


Henry de Montherlant, de son nom complet Henry Marie Joseph Frédéric Expedite Millon de Montherlant, né le 20 avril 1895 à Paris, mort le 21 septembre 1972 à Paris, est un romancier, essayiste, auteur dramatique et académicien français.

Biographie

Enfance et études

Issu d'une famille bourgeoise du côté de son père et noble du côté de sa mère, Henry Millon de Montherlant envisage très tôt de faire œuvre d'Quo Vadis ? de Henryk Sienkiewicz, dont elle lui fait la lecture, marquera l'ensemble de sa vie et lui fournira les thèmes qu'il abordera tout au long de son œuvre (l'amitié, la corrida, Rome et le suicide).

Son renvoi en 1912 du collège Sainte-Croix de Neuilly-sur-Seine lui fournit le thème de deux de ses œuvres, La Ville dont le prince est un enfant (1951) et Les Garçons (1969). C'est à Sainte-Croix qu'il rencontra Philippe Giquel, dont il écrira peu avant de mourir qu'il fut le seul être qu'il ait aimé de sa vie entière.

Le culte des vertus antiques

Nourri dans sa jeunesse par la lecture de Nietzsche et Barrès, il trouve un idéal dans le courage et les vertus antiques. Il torée en Espagne avant 1914.

Durant la Première Guerre mondiale, il ne combat pas, mais est affecté (tardivement) au service auxiliaire, ce qui lui vaudra une blessure par éclat d'obus. Sa première pièce, L'Exil, écrite dès la fin 1914, traite de l'engagement volontaire. En 1919, il devient secrétaire de l’Œuvre de l’ossuaire de Douaumont.

Dans les années 1920, il se tourne vers le sport, notamment l'athlétisme et le football, et fréquente les stades, où il renoue avec la fraternité des tranchées et s'exalte à la vue des corps des athlètes (cf. Les Olympiques).

Le goût des voyages

Admirateur des civilisations du bassin méditerranéen (Rome antique, Espagne, civilisation arabe), il y fait de nombreux voyages. Il vit même quelques années durant dans l'Algérie coloniale et cohabite un temps avec André Gide à Alger, dans les années 1930. Son œuvre intitulée La Rose de Sable, où il dénonce les excès de la France coloniale, verra sa publication étalée sur une trentaine d'années jusqu'en 1968.

Montherlant se défie de l'amour et des femmes, avec lesquelles il est toujours sur la défensive. Il analyse la psychologie féminine dans les quatre romans qui forment le cycle romanesque des Jeunes Filles et qui seront vendus à des millions d'exemplaires, grâce au public féminin.

La réputation de collaborationniste

Patriote sans être nationaliste, il décrit dans Le Songe le courage et l'amitié des combattants. Dans les années 1930, il invite par de nombreux articles et ouvrages à intervenir contre l'Allemagne nazie (1936, puis 1938). L'Équinoxe de Septembre sera interdit par l'occupant. Le Solstice de Juin, consacré à la bataille de France en mai-juin 1940, qu'il couvre comme reporter, lui vaudra la réputation de collaborateur et des ennuis à la Libération.

Le retrait après la Guerre

En rupture avec la société contemporaine, cherchant à transcender les luttes partisanes, il se consacre à l'écriture de son théâtre depuis la Seconde Guerre mondiale. Il y peint la grandeur et la misère des hommes et des femmes d'honneur, tiraillés par leurs passions, souvent trahis et perdus.

Durant la période de l'après-guerre, il est également l'auteur de nombreux dessins réalisés à la mine de plomb, des esquisses représentant tour à tour des scènes de tauromachie, des hommes en habits de lumière et quelques nus féminins ou masculins. Il renoncera cependant au dessin, expliquant que « tout ce qui n'est pas littérature ou plaisir est temps perdu ».

Fait rare, mais non pas unique dans l'histoire du Quai Conti, Montherlant est élu en 1960 à l'Académie française sans en avoir fait expressément la demande.

La mort volontaire

Devenant quasiment aveugle à la suite d'un accident, il se suicide le jeudi 21 septembre 1972 à son domicile du 25, quai Voltaire à Paris, en avalant une capsule de cyanure et, simultanément, en se tirant une balle dans la bouche, de crainte que le cyanure ne soit éventé. Montherlant laisse un mot à Jean-Claude Barat, qui devient son légataire universel : "Je deviens aveugle. Je me tue." De cette mort volontaire, Julien Green écrit quelques jours plus tard : « Ayant inventé un personnage tout de bravoure et d'éclat, a fini par le prendre pour lui et s'y est conformé jusqu'à la fin. »

Ses cendres sont dispersées à Rome, sur le Forum, entre les pierres du temple de Portunus (ou temple de la Fortune virile) et dans le Tibre, par Jean-Claude Barat et Gabriel Matzneff.

Montherlant et les garçons

Durant sa vie, Montherlant s’est toujours efforcé de minimiser les rapports autobiographiques que l’on pouvait supposer entre ses œuvres traitant des garçons et sa vie sentimentale. Cependant ce n’était un secret pour personne que son roman Les garçons reflétait assez précisément ses amours de jeunesse. Il s’en est d’ailleurs expliqué plus ouvertement dans ses derniers écrits, par exemple dans Mais aimons-nous ceux que nous aimons ? (publié en 1973). Les Garçons a été publié en 1969, mais des passages significatifs avaient été mis de côté et ne sont apparus que dans la version de La Pléiade (1982, Romans, tome II, voir par exemple p. 550).

Comme le met en évidence son principal biographe, Pierre Sipriot, Montherlant, durant sa vie, s'est souvent avancé masqué, cultivant une forme de secret. Par exemple sur sa date de naissance, qu'il a falsifiée, se rajeunissant d'un an (il a, de plus, voulu naître le 21 avril, jour de la fondation de Rome et même l'Académie française s'y est perdue puisqu'elle donne dans sa notice officielle la date du 30 avril), ou dans le domaine de sa vie privée : il entretenait une double vie, comme l'a dévoilé son ami Roger Peyrefitte avec qui il partageait une passion pour les adolescents.

La biographie de Sipriot, appuyée entre autres sur le témoignage de Peyrefitte, ne laisse aucun doute sur le fait que Montherlant, au moins sur la fin de sa vie, entretenait des relations sexuelles avec des garçons de 9 à 14 ans, qu'il rencontrait a la sortie des cinémas. D'autre part, Peyrefitte et Montherlant faisaient des virées ensemble et « entretenaient » à eux deux des mères de familles complaisantes. Peyrefitte prétend que Montherlant s'est suicidé parce que des parents de garçons commençaient à faire du bruit et qu'il craignait un procès infamant.

La révélation posthume de ces faits a grandement modifié l'image qui dominait à son sujet de son vivant, contraignant certains à renoncer à un Montherlant idéalisé, et d'autres à le relire de plus près.

Œuvres

L'essentiel de son œuvre est disponible aux éditions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade (deux tomes de romans, un tome de théâtre, un tome d'essais).

Romans
 La Jeunesse d'Alban de Bricoule :
    Le Songe (1922)
    Les Bestiaires (1926)
    Les Garçons (1969)
 Les Célibataires (1934)
 Les Jeunes Filles :
    Les Jeunes Filles (1936)
    Pitié pour les femmes (1936)
    Le Démon du bien (1937)
    Les Lépreuses (1939)
 Le Chaos et la Nuit (1963)
 une première version, tronquée, de "La Rose de Sable" a été publiée en 1955
 La Rose de sable (1968)
 Un assassin est mon maître (1971)
 publication posthume :
    Thrasylle (1984)
    Moustique (1986)

Théâtre
 L'Exil (1914 - 1929)
 Pasiphaé (1936)
 La Reine morte (1942)
 Fils de personne (1943)
 Un incompris (1943)
 Malatesta (1946)
 Le Maître de Santiago (1947)
 Demain il fera jour (1949)
 Celles qu'on prend dans ses bras (1950)
 La Ville dont le prince est un enfant (1951 - 1967)
 Port-Royal (1954)
 Brocéliande (1956)
 La Mort qui fait le trottoir (Don Juan) (1956)
 Le Cardinal d'Espagne (1960)
 La Guerre civile (1965)

Récits
 Les Voyageurs traqués :
    Aux fontaines du désir (1927)
    La Petite Infante de Castille (1929)
    Un voyageur solitaire est un diable (1961)
 publication posthume :
    Mais aimons-nous ceux que nous aimons ? (1973)
    Le Fichier parisien (1974)
    Coups de soleil (1976)
    Quelques mois de féerie, quelques jours de galère. Inédits nord-africains (1926-1940) (1995)

Essais
 La Relève du matin (1920)
 Les Olympiques (1924)
 Mors et vita (1932)
 Service inutile (1935)
 L'Équinoxe de septembre (1938)
 Le Solstice de juin (1941)
 Textes sous une occupation (1940-1944) (1963)
 Discours de réception à l'Académie française et réponse du duc de Lévis Mirepoix (1963)
 Le Treizième César (1970)
 La Tragédie sans masque. Notes de théâtre (1972)
 Essais critiques (1995), publication posthume.

Carnets
 Carnets 1934-1944 (1957)
 Va jouer avec cette poussière (1958-1964) (1966)
 La Marée du soir (1968-1971) (1972)
 publication posthume :
    Tous feux éteints (1965, 1966, 1967, 1972 et sans dates) (1975)
    Garder tout en composant tout (Derniers carnets, 1924-1972) (2001)

Poésie
 Encore un instant de bonheur (1934)

Correspondance
 Henry de Montherlant - Roger Peyrefitte, Correspondance (1938-1941), présentation et notes de R. Peyrefitte et Pierre Sipriot, Robert Laffont, 1983
 Henry de Montherlant, Lettres à Michel de Saint-Pierre, préface de Michel de Saint-Pierre, Albin Michel, 1987
 Correspondance avec Philippe de Saint Robert, in Bibliographie.

Divers
 Pages catholiques, recueillies et présentées par Marya Kasterska, Plon, 1947
 Dessins, préface de Pierre Sipriot, Copernic, 1979

Illustrateurs

Certaines œuvres de Henry de Montherlant ont donné lieu à des éditions d'art illustrées atteignant des prix de vente élevés aux enchères ou chez les libraires de bibliophilie, comme "Les Jeunes Filles", illustrées par Mariette Lydis ou d'autres par Cocteau, Cami, Édouard Georges Mac-Avoy, Pierre-Yves Tremois...

Bibliographie

 Mathilde Pomès, Deux aspects de Montherlant, Paris, 1934
  J.-N. Faure-Biguet, Les Enfances de Montherlant, Plon, 1941
 Michel de Saint-Pierre, Montherlant, bourreau de soi-même, Gallimard, 1949
 Simone de Beauvoir, « Montherlant ou le pain du dégoût », in Le deuxième sexe, Gallimard, 1949
 Jeanne Sandelion, Montherlant et les femmes, Plon, 1950
 Jean-Louis Curtis, "Montherlant ou la Fureur du rien" in Haute École, Julliard, 1950
 Georges Bordonove, Henry de Montherlant, Editions Universitaires, 1958
 Jean de Beer, Montherlant, homme encombré de Dieu, avec des commentaires de Henry de Montherlant, Flammarion, 1963
 John Cruickshank, Montherlant, Edimbourg-Londres, 1964
 André Blanc, Montherlant, un pessimisme heureux, Le Centurion, 1968
 Robert B. Johnson, Henry de Montherlant, New York, 1968
 André Blanc (dir.), Les Critiques de notre temps et Montherlant, Garnier, 1973
 Lucile Becker, Montherlant, a critical biography, Londres-Amsterdam, 1970
 John Batchelor, Existence et imagination. Essai sur le théâtre de Montherlant, Mercure de France, 1970
 Paule d'Arx, La Femme dans le théâtre de Henry de Montherlant, Librairie A.-G. Nizet, 1973
 Pierre Sipriot, Montherlant par lui-même, Le Seuil, 1953 (nouv. éd., 1975)
 Jacqueline Michel, L'Aventure janséniste dans l'œuvre de Henry de Montherlant, Nizet, 1976
 Manuel Sito Alba, Montherlant et l'Espagne, Klincksieck, 1978
 Pierre Sipriot (sous la direction de), Album Montherlant, Pléiade, Gallimard, 1979
 Michel Raimond, Les Romans de Montherlant, CDU-SEDES, 1982
 Pierre Sipriot, Montherlant sans masque, Robert Laffont, t.1, L'Enfant prodigue, 1982, t.2, Écris avec ton sang, 1990 (rééd. en un volume au Livre de Poche)
 Claudio Vinti, Il Ventaglio del Samurai. H. de Montherlant e l'ideologia della guerra, Napoli, ESI, 1985.
 Pierre Duroisin, Montherlant et l'Antiquité, Les Belles Lettres, 1987
 Pierre Sipriot (sous la direction de), Montherlant et le suicide, Editions du Rocher, 1988
 Michel Mohrt, Montherlant, "homme libre", La Table Ronde, 1989
 Philippe de Saint Robert, Montherlant ou La Relève du soir, avec 93 lettres inédites, Les Belles Lettres, 1992
 Paule d'Arx, Henry de Montherlant ou Les Chemins de l'exil, Librairie A.-G. Nizet, 1995
 André Blanc, L'Esthétique de Montherlant, SEDES, 1995
 Romain Lancrey-Javal, Le Langage dramatique de La Reine morte, PUF, 1995
 Sabine Hillen, Le Roman monologue. Montherlant, auteur, narrateur, acteur, Minard, 2002
 Henri Perruchot, Montherlant, Collection La bibliothèque idéale, Gallimard, 1959
 Philippe Alméras, Montherlant, une vie en double, Via Romana, 2009, ISBN|978-2-916727-51-6.
 Michel Monnerie, La dramaturgie catholique de Henry de Montherlant / La tentation du christianisme "pris au sérieux" , Séguier, nov. 2009.
  Christian Chabanis, Montherlant encombré de Dieu ?, Nouvelles Littéraires, 23 janvier 1964
revues :
La Table ronde n°16, Avril 1949 ( L'étoile du soir )
L'Atelier du roman, revue trimestrielle, juin 2009, Paris : "Montherlant Derrière les masques, l'écrivain", Flammarion, n°58




 
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