|
Dossier(s) : Pays > Amérique > Brésil © Hachette Livre et/ou Hachette
Multimédia

© Intercarto
Entre modernisme et traditions, opulence
et misère, cette nation pionnière se démarque, par
sa taille (8'511'965 km
2
), sa puissance et sa culture, des autres
pays de l'Amérique latine. Une succession de migrations
multiformes marque l'histoire de ce «géant»,
aujourd'hui l'une des dix premières puissances
économiques du monde, modèle de syncrétisme et
d'un type original de développement
économique.
Depuis sa découverte le
22 avril 1500 par Pedro Alvares Cabral, trois grandes
périodes, entre autres symbolisées par la mouvance des
capitales, marquent l'histoire de l'occupation du sol
brésilien et le difficile accès du pays à une
indépendance économique et politique, encore
incomplète aujourd'hui.
Le Brésil colonial
La période coloniale (1500-1822) est
celle du mercantilisme et de la dépendance vis-à-vis de
l'Europe. L'appât de l'Eldorado dicte les trois
«cycles économiques» qui voient se succéder les
cueilleurs, les planteurs et les mineurs. La recherche du
«pau-brasil», bois aux vertus tinctoriales (Caesalpinia
echinata), paraît un moment être la seule activité
rentable de la colonie. Divisé en douze
«capitaineries», dirigées par des
«donataires», le Brésil ne prend pas
immédiatement la forme d'une colonie de peuplement,
malgré la distribution d'immenses surfaces de terres
(sesmarias) à des ressortissants portugais, plus souvent
roturiers militaires ou administrateurs que nobles.
Les rapports avec les Indiens,
initialement dispersés sur l'ensemble du territoire
- vraisemblablement 2 millions contre environ
250'000 aujourd'hui - sont demeurés
difficiles, bien que la Couronne portugaise ait exprimé la
volonté de les assimiler (regroupement en villages,
écoles, encouragements aux mariages mixtes) après avoir
constaté l'échec de leur mise en esclavage.
Le cycle de la canne à sucre
succède à celui du pau-brasil en 1532 et se
perpétue jusqu'à la seconde moitié du
XVII
e
siècle, époque où
débute la rude concurrence antillaise. Pratiquée sur
les terres voisines des littoraux du Nordeste et du Sudeste,
cette plantation a, en grande partie, dirigé le peuplement
du pays et la répartition de la terre.
L'hostilité de l'esclave
indien incite les planteurs à asservir des Noirs
d'Afrique, en particulier de Guinée et d'Angola.
Quatre millions d'Africains vont ainsi constituer la
main-d'œuvre de la plantation, puis des mines. La vie
traditionnelle du Brésil rural, popularisée par Casa
grande et Senzala de Gilberto Freyre, commence à voir le
jour. Elle perdure jusqu'à l'abolition tardive de
l'esclavage (1888), tant dans les plantations de canne à
sucre que dans celles, plus intérieures et récentes, de
caféiers. En dehors des fazendas d'élevage de
l'intérieur, les espaces vivriers de la colonie
étaient réduits (Bahia) et abritaient une population de
métis (caboclos).
Le cycle de l'or, en réalité des minerais
précieux en général, débute au XVIII
e
siècle. Il entraîne un
glissement du peuplement vers les hautes terres de la province de
Minas Gerais, reconnues tardivement par les
Portugais comme
l'Eldorado tant recherché par les premières
expéditions des bandeiras, groupes d'aventuriers partant
de l'actuel territoire de São Paulo pour
reconnaître le Brésil à la recherche
d'esclaves indiens et de pierres précieuses. La pression
de la Couronne portugaise, qui s'octroyait le monopole de la
fonte de l'or (dont elle retenait le cinquième) et qui
entreprit l'exploitation des diamants en des zones
étroitement surveillées, prépare la montée
d'un certain sentiment national brésilien, exacerbé
par une célèbre révolte (Inconfidência
Mineira) qui éclate lorsque, dans la seconde moitié du
XVIII
e
siècle, la production des
mines commence à diminuer.
Avec
les guerres
napoléoniennes, l'installation de la famille royale
portugaise à Rio de Janeiro et, pour la première fois,
l'ouverture du Brésil au commerce international, la
période portugaise véritablement coloniale, mercantiliste
et singulièrement obscurantiste, s'achève
en 1822 par un curieux transfert de la vice-royauté au
fils du roi du Portugal, qui prête serment comme empereur du
Brésil sous le nom de Pedro I
er
.
L'indépendance
La seconde grande période
(1822-1889), dite impériale, n'annule pas la
dépendance vis-à-vis de l'étranger. La
Grande-Bretagne
reprend en effet à son compte la primauté commerciale et
financière du Portugal.
Alors que le coton gagne le Nordeste et
le caoutchouc l'Amazonie, la «marche du café»,
venue du littoral de Rio de Janeiro par la vallée du
Paraíba do Sul, commence à envahir la dépression
de São Paulo au milieu du XIXe siècle et
progresse - servie par des réseaux de voies
ferrées, de commerces et de banques dynamiques - vers
la vallée du Paraná. De 54'000 t en 1850,
la production de café à São Paulo atteindra
un record en 1928-1929 (900'000 t).
L'abolition de l'esclavage (1888)
ébranle l'économie brésilienne sans toutefois en
altérer les fondements. Les régions du Sud supportent le
changement d'autant plus facilement que la diffusion du fil de
fer barbelé permet de se dispenser d'une partie de la
main-d'œuvre employée sur les grands
établissements d'élevage extensif. La plantation
doit, en revanche, substituer aux esclaves des colons
européens (Italiens, Allemands, Espagnols), qui
développeront la petite plantation de caféiers aux
côtés de la traditionnelle fazenda. Cette immigration de
travailleurs européens est, par ailleurs,
précédée dans le Sud (depuis les
années 1830) par une colonisation systématique des
terres forestières par des familles allemandes, puis
italiennes. On trouve ici l'origine des puissantes colonies
vivrières du Rio Grande do Sul, du centre et de l'ouest du
Santa Catarina et de l'ouest du Paraná.
Vargas, Kubitschek et les militaires
La période républicaine
n'altère en rien, jusqu'aux années 1930,
l'orientation essentiellement agricole de l'économie
et la dépendance financière du Brésil vis-à-vis
de l'Europe, puis des Etats-Unis. A partir de 1930,
Getúlio Vargas, nationaliste et populiste, amorce la phase
d'industrialisation, marquée par des réalisations
aussi spectaculaires que symboliques (Volta Redonda, Compagnie
sidérurgique nationale, Petrobras).
En 1956, Juscelino Kubitschek lance
un ambitieux plan d'implantations industrielles et inaugure, du
même coup, une période de forte inflation.
Venus au pouvoir en 1964 par un coup d'Etat
consécutif à des troubles sociaux croissants, les
militaires poursuivent le développement industriel en
lançant des projets de grande ampleur, mais en ignorant leurs
conséquences sociales. Après la période dite du
«miracle économique» (1968-1973), les deux chocs
pétroliers, la corruption et la misère de près de la
moitié de la population contribuent à chasser le
régime autoritaire.
La «República nova»
Bien que la nouvelle Constitution ait
rendu le pouvoir aux membres du Congrès et aux Etats
fédérés, les deux présidents qui se
succèdent à partir de 1985 (José Sarney et
Fernando Collor de Mello) ne réussissent pas le miracle tant
attendu: réduire l'inflation et soulager la pauvreté
tout en maintenant le dynamisme économique du pays. La
destitution, le 30 septembre 1992, du président
Collor convaincu de corruption ouvre une période
troublée, tant dans le domaine économique que dans la
situation politique, à laquelle doit faire face le
vice-président Itamar Franco. Celui-ci fait voter en
février 1993 une réforme fiscale, qui permet
d'obtenir du FMI la confirmation du rééchelonnement
de la dette du pays (21 milliards de dollars).
Ce programme d'assainissement sera
renforcé en juin 1993 par un «plan d'action
immédiate» du nouveau ministre des Finances Fernando
Cardoso, puis en mars 1994 par la création d'une
nouvelle monnaie, l'Unité Réelle de Valeur (URV),
dont l'évolution quotidienne est liée au cours du
dollar. Le 1er juillet 1994 le real entre en vigueur à
son tour (1 real = 2 750 cruzeiros et 1 dollar);
l'inflation, qui était de 2 848 % pour
l'année 1993, est maintenue en septembre 1994
à 1,55 %. Le 3 octobre 1994, Fernando Cardoso
remporte dès le premier tour l'élection
présidentielle.
Dès son arrivée au pouvoir, ce
dernier annonce de grands changements. Il met ainsi en œuvre
un plan d'austérité destiné à épurer
la dette interne publique du pays, estimée alors à
près de 300 milliards de dollars. Cependant, en 1999,
le pays est en proie à une grave crise économique. En
effet, l'élargissement des marges de fluctuation du real
par rapport au dollar provoque une chute record de plus de
10 % de la bourse de São Paulo et la baisse
générale des bourses étrangères.
Par ailleurs, l'intervention du
président Cardoso (réélu en janvier 1999)
après la démission du gouverneur de la banque centrale,
Gustavo Franco, n'empêche pas les investisseurs
internationaux de craindre une réaction en chaîne sur
le modèle de la crise asiatique, et de douter des
capacités du Brésil à honorer sa dette ou à
mener à bien l'ajustement promis au FMI en échange
du prêt de 41,5 milliards de dollars consenti par ce
dernier.
Enfin, le gouvernement est confronté
à la rébellion de certains gouverneurs d'Etat,
membres de l'opposition, qui refusent d'honorer la
totalité de leurs dettes (le poids total de la dette des
27 Etats brésiliens s'élève à
près de 49 milliards d'euros) vis-à-vis du
gouvernement central, pour marquer leur mécontentement face
à la politique gouvernementale.
Pour en savoir plus |
|