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Croatie

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Etat de la péninsule balkanique, donnant à l'ouest sur la mer Adriatique, limité au nord-ouest par la Slovénie, au nord par la Hongrie, à l'est par la Serbie (République fédérale yougoslave) et au sud par la Bosnie-Herzégovine, la Croatie s'étend sur 56 540 km 2 .

L'histoire de la Croatie est caractérisée par la recherche d'un équilibre périlleux entre des attractions contradictoires, et corrélativement par l'affirmation d'un nationalisme vigoureux. Ethniquement et linguistiquement, les Croates se rattachent à la famille des Slaves méridionaux, mais leur situation géographique et leur histoire les ont maintenus dans l'aire culturelle latine.

Le pays fut peuplé par les Croates à partir du VII e  siècle; quand les Slaves méridionaux occupèrent la péninsule balkanique, les tribus croates s'installèrent au nord-ouest de l'Illyrie. Ils étaient des Slaves comme les autres peuples barbares qui submergèrent alors la péninsule des Balkans; mais, au contraire de leurs frères Serbes, lors du partage de l'Empire, ils furent intégrés dans l'Empire d'Occident et convertis au catholicisme romain.  
 


La Croatie dans la mouvance européenne
Erigée en royaume par le prince Tomislav en 925, la Croatie forma aux X e  et XI e  siècles un royaume puissant sous une dynastie nationale qui rassembla la Croatie proprement dite, la Dalmatie et la Slavonie au sein d'un royaume «trinitaire». En 1076, elle répudia toute allégeance envers l'Empire byzantin pour devenir vassale du Saint-Siège, et donc protégée par lui. A la même époque, la Dalmatie (Zadar, Dubrovnik) fut conquise par la République de Venise, qui dominait l'Adriatique.

En 1102, l'extinction de la dynastie nationale fut la cause de l'union du royaume de Croatie-Dalmatie-Slavonie à la Hongrie, sous la dynastie des Arpads; chacun des deux royaumes conserva néanmoins ses lois et ses institutions propres, la Croatie son ban (gouverneur) et sa diète. Avec sa langue et sa littérature nationale, la Croatie conserva donc ses traditions slaves.

Après la défaite hongroise de Mohács (1526), les Turcs occupèrent une partie du pays jusqu'en 1699, date à laquelle les Habsbourg, devenus rois de Hongrie et de Croatie, parvinrent, par le traité de Karlovitz, à libérer la totalité de la Croatie de la domination ottomane. Les Habsbourgs laissèrent à la Croatie son statut traditionnel de pays autonome au sein du royaume de Hongrie, mais, pour se protéger des Turcs, créèrent des «confins militaires» peuplés de soldats laboureurs et soumis à une administration spéciale.  

Les remaniements territoriaux de l'Europe napoléonienne atteignirent la région, et la Croatie fut en partie comprise dans les «Provinces illyriennes» annexées à l'Empire français de 1809 à 1813 et, par décret, Napoléon proclama, en 1808, la fin de la République de Raguse. En 1815, ces provinces revinrent à l'Autriche qui les confia à l'administration de Budapest, tandis que la Dalmatie, avec Raguse, était placée sous la dépendance de Vienne. Cette courte période de domination française avait cependant réveillé des aspirations nationales que l'administration autrichienne, après 1814, réprima dans le domaine politique; mais la vie intellectuelle reprit : on chercha alors à faire revivre les traces littéraires et historiques de la nation croate. La langue, modernisée, fut remise en honneur parmi l'élite du pays, principalement sous l'influence du clergé. L'hostilité aux influences hongroises devint plus vive à mesure que les Magyars, mus par leur propre mouvement national, cherchaient à imposer leur langue et leur culture.  

C'est pourquoi les Croates, sous la direction de leur bán JelaIic, profitèrent de la flambée révolutionnaire qui éclata en Hongrie en 1848-1849 pour s'insurger contre les Magyars en se rangeant aux côtés des Habsbourg. Toutefois, ces derniers ne les récompensèrent pas de cette fidélité. En 1866, à la formation de l'Autriche-Hongrie, les Croates n'obtinrent rien de plus que l'autonomie traditionnelle, et, à la fin du XIX
e  siècle, la double monarchie austro-hongroise limita de manière drastique les prérogatives croates et ne leur accorda guère plus que des concessions linguistiques.

Après des années de déception, les Croates envisagèrent donc l'union avec les autres Slaves du Sud, les Serbes. La réalisation de ce projet avait pour préalable la destruction de l'empire austro-hongrois; ce fut l'une des causes de la Première Guerre mondiale. En 1918, les Croates s'unirent aux Serbes et aux Slovènes pour former le royaume de Yougoslavie. Mais les Serbes dominèrentbientôt le nouvel Etat, et la politique centralisatrice de Belgrade ne tarda pas à éveiller l'hostilité des nationalistes croates.

Après l'assassinat en plein Parlement de Belgrade du député du Parti paysan croate, et sous l'impulsion d'Ante Pavelic, les «oustachis», partisans ultranationalistes d'une Croatie indépendante, se livrèrent à des actes de terrorisme: en 1934, ils assassinèrent à Marseille le roi Alexandre de Yougoslavie, puis, durant la Seconde Guerre mondiale, profitèrent de l'occupation de la Yougoslavie par les puissances de l'Axe pour se détacher de la Serbie et instaurer un Etat «indépendant» dirigé par Ante Pavelic; cet «Etat» fut reconnu par Hitler et Mussolini dès sa fondation, en avril 1941.  


La Croatie socialiste (1945-1991)
En 1945, la Croatie devint une des républiques constitutives de la République populaire fédérale de Yougoslavie. Dès la moitié des années 1960, apparurent les premiers signes d'une crise au sein même de la Fédération yougoslave. Les Croates étaient alors les tenants principaux du mouvement anti-centraliste au sein du parti communiste. Le mouvement des étudiants, celui des intellectuels et l'action de deux responsables du gouvernement et de la Ligue communiste, Savka Dabcevic Kucar et Marko Tripalo, qui esquissèrent une mise en cause de la conception léniniste du Parti, et se firent les défenseurs d'un «socialisme à visage humain», débouchèrent sur un vaste mouvement populaire qui culmina en 1970.

La crise ainsi ouverte en Croatie fut riche de plusieurs dimensions. Elle était notamment politique : une majorité de Croates souhaitant une plus grande autonomie de décision des républiques par rapport au Centre, et contestant la prééminence serbe dans le Parti et dans le fonctionnement des institutions, tant au niveau fédéral qu'au niveau de la République croate. Elle était économique : les Croates souhaitant conserver les devises que leur procurait le tourisme étranger et disposer d'un système bancaire décentralisé. Beaucoup pensaient que la Croatie n'avait jamais autant été exploitée par le pouvoir de Belgrade.

Elle était, enfin, culturelle : les Croates ayant le sentiment que les particularités de leur langue n'étaient pas respectées, les textes officiels étant toujours libellés en version serbe. Le gouvernement de Tito réprima les manifestations et procèda à de nombreuses arrestations d'opposants et à une vaste épuration dans les rangs croates (on mentionne les chiffres de 741 exclusions et 411 démissions). Tout en engageant des poursuites à l'endroit des tenants de ce «printemps croate», il s'employa cependant à satisfaire certaines revendications, en accordant par exemple l'autorisation pour les entreprises croates de conserver 45 % de leurs gains en devises au lieu de 12 % et, en 1974, fut promulguée une nouvelle Constitution yougoslave diminuant considérablement le pouvoir fédéral.


La Croatie indépendante (1991-2000)
La mort de Tito en 1980, puis la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989, l'écroulement de l'Union soviétique et le traitement répressif de la crise du Kosovo par le Serbe Slobodan Milosevic ne firent qu'accélérer la détérioration des rapports politiques au sein de la Fédération. Du côté des Croates, resurgit à la faveur de cette crise un fort désir d'indépendance qu'illustra la victoire aux élections de 1990 du HDZ (Communauté démocratique croate), le parti nationaliste de Franjo Tudjman. Inquiète, la minorité serbe de Croatie, localisée en Krajina, en Slavonie orientale et dans les grandes villes s'organisa.

En septembre 1990, les Serbes de Krajina proclamèrent leur autonomie sous le nom de «Région autonome serbe (RAS) de Krajina» et entrèrent en rébellion ouverte. Le 25 juin 1991, la Croatie fit sécession à son tour; elle dut aussitôt faire face à une attaque des forces armées de la Fédération yougoslave soutenues par les organisations paramilitaires serbes. En mois de deux mois, les Serbes s'emparèrent du tiers du territoire croate. Ils bombardèrent massivement les villes les plus importantes de Croatie, mirent le siège devant Vukovar (27 août-18 novembre) et Dubrovnik (octobre-novembre) et expulsèrent les non-Serbes des territoires conquis.

Le 3 janvier 1992, l'ONU obtint la signature d'un cessez-le-feu et dépêcha sur le terrain une force de protection (la FORPRONU). Reconnue dès le 23 décembre 1991 par l'Allemagne, puis le 15 janvier 1992 par la Communauté européenne, la nouvelle République de Croatie fut admise à l'ONU le 22 mai. L'armée fédérale se retira alors de Croatie, à l'inverse des milices serbes qui continuèrent d'occuper les territoires conquis en 1991.  

Pendant la guerre de Bosnie, qui débuta en avril 1992, le président croate Franjo Tudjman joua la carte de la partition territoriale et soutint les Croates sécessionnistes d'Herzégovine. Cependant, sous la pression américaine, il finit par souscrire au plan d'une fédération croato-musulmane (mars 1994).  

La guerre reprit en Croatie en 1995, après une période de relative stabilité, néanmoins interrompue en 1993 par une offensive des Serbes de Krajina. Dès le mois de janvier Tudjman, inquiet que la présence de la FORPRONU sur son territoire ne confirma pas l'annexion par les Serbes des territoires conquis en 1991, et annonça son intention de ne pas proroger le mandat des troupes de l'ONU au-delà du mois de mars. En mars pourtant, il céda et accepta de renouveler leur mission pour six mois. Malgré ces promesses, l'armée croate passa à l'offensive : en mai, elle s'empara de la Slavonie occidentale, en août de la Krajina.

Cette reconquête fut suivie de l'exode d'une grande partie des populations serbes. La modification du rapport de force sur le terrain favorisa la conclusion d'un cessez-le-feu en septembre, prélude à l'ouverture des négociations entre les présidents serbe, croate et bosniaque: celles-ci aboutirent, le 21 novembre, à la signature, sous l'égide des Etats-Unis, du plan de paix de Dayton qui règlait la question bosniaque. En juillet 1996, la Croatie fut admise au sein du Conseil de l'Europe et un accord de reconnaissance mutuelle fut signé en août avec la République fédérale de Yougoslavie (Serbie et Monténégro).  

Un an plus tard, la relance de l'économie et la stabilité politique permirent à Franjo Tudjman d'être reconduit une troisième fois à la tête du pays. En 1999, les effets de l'introduction de la TVA, la suppression de certaines subventions accordées aux entreprises, la reprise du programme de privatisations, commencèrent à se faire sentir, et le mécontentement de la population, déjà confrontée à des difficultés économiques, s'accrut encore lorsque les scandales et les rumeurs de corruption atteignirent la présidence et le gouvernement de Zlatko Matesa. La déclaration «d'incapacité temporaire» émise par le gouvernement à l'encontre du chef de l'Etat, gravement malade, mit au jour les divisions qui règnaient dans les rangs de la Communauté démocratique croate (HDZ), le parti au pouvoir depuis l'indépendance.

Alors que le calendrier électoral s'annonçait déjà très chargé avec l'organisation des élections législatives, le parti majoritaire, se retrouva orphelin - Franjo Tudjman s'était en effet refusé à désigner un éventuel dauphin -, et dut faire face à la coalition formée par les six principales formations de l'opposition, déterminées à relever le défi du scrutin législatif, et, plus encore, celui des prochaines élections présidentielles, qui devait, selon la Constitution, intervenir soixante jours après l'annonce officielle de la mort du chef de l'Etat.  

Sur le plan international, la disparition du président Tudjman, critiqué pour son autoritarisme, son attitude passéiste et pour le soutien qu'il avait apporté aux nationalistes croates de Bosnie-Herzégovine et aux exactions commises par ces derniers lors de la guerre civile qui les avait opposés aux forces serbes en 1992, signa la fin d'une période de trouble pour la nation croate et ouvrit la voie à la normalité démocratique.

A l'issue des élections législatives organisées le 3 janvier 2000, la coalition d'opposition formée par le Parti social-libéral (HSLS) et par le Parti des sociaux-démocrates (SDP) fut créditée de plus de 40 % des suffrages, et obtint donc la majorité absolue à la chambre basse du Parlement croate, avec l'appoint de l'autre coalition d'opposition, constituée autour du Parti paysan croate (HSS). Le parti au pouvoir depuis 1991, la Communauté démocratique croate (HDZ), subit en revanche une cuisante défaite, ne recueillant en effet que 25 % des suffrages exprimés. Le 27 janvier, le social-démocrate Ivica Racan fut nommé Premier ministre par le président par intérim, Vlatko Pavletic.

Le 7 février, le centriste Stipe Mesic, candidat du Parti populaire croate, fut élu président de la Croatie. Il obtint 56,21 % des voix au second tour du scrutin, contre 43,79 % au libéral Drazen Budisa. Avant de prêter serment (le 18 février), le nouveau président accepta une réduction de ses pouvoirs présidentiels.  
 

 
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