Jules Humbert-Droz se destine tout d’abord à devenir pasteur et fréquente la faculté de théologie de Neuchâtel de 1909 jusqu’à la fin de ses études en 1914, en soutenant un mémoire de licence intitulé : «Le christianisme et le socialisme, leurs oppositions et leurs rapports».
A la suite de sa consécration, il reprend ses voyages (Lyon : 1911 ; Tourcoing et Lille : 1912) et part une année à Londres comme suffragant. Il reviendra en Suisse au début de 1916 pour faire, dès juillet 1916, sa première expérience des prisons (6 mois) à cause de son refus de rejoindre l’armée. C’est la même année qu’il fonde « l’Eglise du Peuple », destinée à contrer l’Eglise officielle.
Le Parti socialiste lui apparaît bientôt trop consensuel. Il décide de suivre la gauche du parti, l’aile bolchévique, et milite en faveur de l’Internationale communiste. Sa revue, Le Phare, est farouchement opposée à la Première Guerre mondiale et il voit un grand espoir dans l’aboutissement de la Révolution d’octobre ; elle est pour lui l’opportunité historique de mettre en place un monde nouveau.
Sa vie prend une dimension internationale dès les années 20. Il participe en effet au mois de juillet 1920 à la rédaction des « 21 conditions », c’est-à-dire aux conditions fixées par la IIe Internationale pour adhérer à la IIIe Internationale. Ces conditions, que Jules Humbert-Droz dit avoir durcies, imposent une séparation durable entre communistes et socialistes. Elles seront acceptées le 7 août et donneront naissance à la IIIe Internationale (le Komintern) dont Jules Humbert-Droz deviendra, sur proposition de Lénine, l’un des trois secrétaires du Comité exécutif.
Après de nombreux voyages, en France, en Italie ou en Espagne, les autorités lui accordent, en 1931, le droit de rester en Suisse tout en participant à la direction de l’Internationale. Il se présente alors aux élections pour le Conseil national, et avec Léon Nicole, à Genève, il préconise ce qu’il appelle le « front unique », soit une action commune des socialistes et des communistes. A son retour à Moscou en 1932, il devra justifier cette attitude et se verra relégué à un poste subalterne au sein du Parti communiste suisse. Il organise alors un certain nombre de conférences dans les cantons romands et se verra interdire de parole dans le canton de Vaud en 1935, après une décision du Tribunal fédéral. Les autres cantons suivront.
Les années 1935-1936 sont marquées par des collaborations entre les Partis communiste et socialiste, à des nivaux locaux (Bâle), mais les « procès de Moscou », qui ne sont pas désavoués par les communistes, y mettent fin. Le parti communiste sera interdit dans plusieurs cantons dans les années 1937-38 : Neuchâtel, Vaud, Genève, Uri et Schwyz.
En 1943, Jules Humbert-Droz n’échappe pas aux pratiques qu’il a eu l’occasion de mettre en œuvre et sera exclu de l’Internationale. Ce sera pour lui l’occasion d’adhérer au Parti socialiste :
A cette heure grave pour la classe ouvrière de notre pays, je considère qu’il est de mon devoir de faire un pas décisif : comme militant du mouvement ouvrier depuis trente-deux ans, qui a joué un rôle dirigeant au congrès de scission de Berne et lors de la création du PCS, qui a été pendant des années un membre dirigeant du Comité exécutif du Komintern et comme président élu à l’unanimité par le dernier congrès du PCS, je veux tout faire pour accélérer l’unité du mouvement ouvrier en Suisse. C’est pourquoi je demande au Comité directeur de me recevoir membre du PSS.
Jules Humbert-Droz, le 7 juillet 1943
Il en deviendra le secrétaire central en 1947. Il centrera son action sur les problèmes de politique internationale, prenant ses distances par rapport aux directives de Moscou et se rapprochant d’un socialisme autogestionnaire proche de celui préconisé par Tito en Yougoslavie.
De même, s’il se félicite de la réorganisation de l’Internationale socialiste, il perçoit qu’elle n’est pas assez proche, à ses yeux, des mouvements de libération qui suivent la Deuxième Guerre mondiale. A cet égard, il prendra position contre le gouvernement de Guy Mollet lors de la guerre d’Algérie:
C’est avec une indignation plus grande encore que nous condamnons la torture tolérée, sinon ordonnée par le gouvernement Guy Mollet, parce que nous attendions de lui d’autres méthodes que celles qui ont fait la honte du régime fasciste et du régime communiste.
Jules Humbert-Droz, le 4 avril 1957
Les dernières années de sa vie seront consacrées à la lutte pour la paix. En 1959, Jules Humbert-Droz, à 68 ans, est élu à la tête du Conseil suisse de la paix, et quitte le secrétariat central du Parti socialiste. Il quitte Zurich pour revenir à La Chaux-de-Fonds où il sera éditorialiste du journal La Sentinelle. Par le biais des mouvements pacifistes, Jules Humbert-Droz s’engage contre l’achat ou la mise au point, par la Suisse, d’un armement nucléaire. Il décède à La Chaux-de-Fonds le 16 octobre 1971.
Sa femme, Jenny, qui l’avait toujours suivi dans ses combats, « intelligente, sensible et combative, sans laquelle Jules Humbert-Droz n’aurait pas été le même » (Hansjörg Braunschweig), lèguera ses archives à la bibliothèque de la ville de La Chaux-de-Fonds.
Bibliographie :
Jules Humbert-Droz et la Suisse, Nouvelle revue neuchâteloise, n° 31, Neuchâtel 1991.
Archives de Jules Humbert-Droz, Dordrecht, t. 1, 1970 ; t. 2, 1983 ; t. 3, 1988.
André Lasserre, dir., Bernhard H. Bayerlein, éd., Engagements à travers le monde : résistances, conciliations, diffamations, Zurich 2001.
André Lasserre, dir., Brigitte Studer, éd., Sous l’œil de Moscou : le parti communiste suisse et l’Internationale, Zurich 1996.
Sources :
Fonds Jules Humbert-Droz, bibliothèque de la ville de La Chaux-de-Fonds