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Pirandello, Luigi

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Luigi Pirandello en 1934


Romancier, nouvelliste et dramaturge italien.

 

Auteur de plus de deux cents nouvelles, de quatre recueils de poèmes, de sept romans et de deux volumes d'essais, Pirandello a marqué avant tout l'histoire du théâtre. Dans ses pièces, où le réalisme se mêle au fantastique, il a exploré de manière brillamment obsessionnelle la problématique des rôles sociaux, de l'identité personnelle menacée par le regard des autres, de la réfraction mutuelle du réel et du théâtre, pénétrant les zones floues de l'utopie, du mythe et de l'inconscient.



Romans et théâtre

En 1867, l'année où Ibsen publie Peer Gynt, Luigi Pirandello naît le 28 juin à Agrigente. Après des études de lettres à Palerme, Rome et Bonn, il s'établit à Rome en 1893. Il écrit l'Exclue, roman réaliste sur le destin d'une femme, accusée injustement d'adultère, qui ne reconquiert un statut social qu'en accomplissant l'acte dont on l'accuse. Le premier de ses nombreux recueils de nouvelles (Amours sans amour) est publié en 1894.

 

En 1898, Pirandello fonde l'Ariel, où paraît sa première pièce, l'Épilogue (qui deviendra l'Étau). Après la Raison des autres, il revient au roman : dans Feu Mathias Pascal (1903), un homme se fait passer pour mort, tente une autre vie, et finit par revenir dans sa famille ; dans les Vieux et les Jeunes (1909), il décrit le heurt des générations en Sicile au lendemain de l'unité. Ses deux premières pièces (l'Étau et Cédrats de Sicile) sont représentées en 1910, alors qu'il a déjà derrière lui une carrière littéraire de près de vingt ans, et, depuis 1903, l'épreuve de la folie de son épouse, Antonietta (internée en 1919, elle ne mourra qu'en 1959). En 1911, il adapte pour le théâtre sa nouvelle le Devoir du médecin (créé à Rome en 1913).

 

En 1915, Pirandello publie On tourne (réédité en 1925 sous le titre Serafino Gubbio, opérateur), roman sur le monde nouveau du cinéma et sur la décomposition du réel sous l'œil de la caméra. C'est avec la représentation de la Raison des autres, à Milan, que commence vraiment sa carrière de dramaturge. En 1916, il adapte en dialecte sicilien sa nouvelle Gare à toi, Giacomino !



Le succès

Les créations se suivent alors régulièrement et remportent un succès de plus en plus affirmé : Six Personnages en quête d'auteur, après son échec à Rome, triomphe à Milan en 1921. Après un premier voyage, en 1923, à Paris et à New York, le Teatro d'arte di Roma, dont Pirandello est le directeur, présente l'Offrande au seigneur du navire en Allemagne, en Grande-Bretagne et en France. Diane et Tuda est créée à Zurich en 1926. Plusieurs pièces importantes seront ainsi, dans les années suivantes, créées à l'étranger avant d'être jouées en Italie : Lazare à Huddersfield (1929), Ce soir, on improvise à Königsberg (1930), Quand on est quelqu'un à Buenos Aires (1933), la Fable du fils substitué en Allemagne (1934), On ne sait comment à Prague (1934). En 1934, Pirandello, qui a adhéré avec éclat en 1924 au parti fasciste tout en en méprisant les mots d'ordre, reçoit le prix Nobel de littérature.

 

Plusieurs œuvres de Pirandello ont été, de son vivant, adaptées au cinéma : Mais c'est pour rire ! (1920), Feu Mathias Pascal (1925), Henri IV (1926) ; l'adaptation de la nouvelle En silence est le premier film parlant produit en Italie. La MGM porte à l'écran Comme tu me veux en 1930, avec Greta Garbo. Tandis qu'est réalisée à Rome une adaptation de Gare à toi, Giacomino !, le dramaturge écrit les dialogues d'une nouvelle adaptation de Feu Mathias Pascal . Atteint d'une pneumonie lors des prises de vues, l'écrivain meurt le 10 décembre 1936.



L'individu morcelé

Le théâtre de Pirandello de 1910 à 1936 a suivi une évolution qui va de Labiche à Sartre et à Beckett, du vaudeville au nouveau théâtre. Au début, il reprend la comédie bourgeoise, qu'il infléchit, s'éloignant aussi bien des thèmes que des conventions dramatiques. Œuvre typique à cet égard, dans laquelle un homme et sa belle-mère se contredisent quant à l'identité de l'épouse, Chacun sa vérité est à la fois une exploration de la psychose et la négation du dénouement conventionnel («Je suis celle qu'on croit que je suis. Et pour moi rien, rien.»). Dans la Volupté de l'honneur, un mari de complaisance, pris par la logique de son rôle, impose la rigueur morale à une famille qui entendait seulement sauver les apparences. Dans le Jeu des rôles et Tout finit comme il faut, deux maris trompés passent du ridicule de cocus de vaudeville au tragique : le premier, ayant défié en duel l'homme qui a insulté sa femme, envoie l'amant de celle-ci se faire tuer, au nom de la cohérence des rôles ; le second apprend longtemps après la mort de sa femme que celle-ci l'a trompé avec son bienfaiteur et que tout le monde l'a cru consentant.

 

L'individu, qui apparaît donc menacé dans son intimité et son intégrité, tour à tour contrecarre et exploite les conventions pour mettre les autres en face de leur inconsistance, d'une part, pour préserver sa propre cohérence, d'autre part.



Identité et mécanique sociale

Pirandello reprend les thèmes et la manière du théâtre dialectal, qu'il infléchit vers l'exploration de la mécanique sociale et de ses conséquences sur la réalité de l'individu. La Sicile, avec sa société arriérée, son complexe d'isolement, sa difficulté à se sentir partie intégrante d'une nation dominée par les continentaux et les septentrionaux, apparaît comme un lieu abstrait, d'où l'auteur porte sur l'homme et le monde un regard lucide. Il révèle la folie latente qui sous-tend des situations banales et qui finit par investir toute l'existence, constamment menacée de devenir trop cohérente, trop vraie pour être réelle. Ainsi, dans Cédrats de Sicile, la colère du musicien de village sicilien contre sa fiancée devenue une chanteuse à succès représente l'opposition entre l'innocence rurale et la corruption citadine, mais c'est aussi une réflexion sur la logique des rôles et son emprise sur la constitution des caractères.

 

Des personnages qui poussent à bout le jeu que le regard des autres leur impose sont mis en scène dans Gare à toi, Giacomino ! et dans le Diplôme : un vieux professeur épouse une jeune fille et somme l'amant de celle-ci de continuer à jouer son rôle ; un homme, réputé jeteur de sorts, exige un brevet en bonne et due forme pour monnayer son absence. Dans Liolà, sorte de transposition de la Mandragore de Machiavel, une jeune femme recourt aux services de Liolà pour assurer une descendance à son vieux mari et garantir sa position. Chacun des protagonistes est conscient des tensions et conflits – entre vieillesse et jeunesse, richesse et exploitation, vitalité et pouvoir – dans lesquels il est impliqué. La comédie de mœurs tourne à la critique du jeu où se construit l'individu, qui doit prendre conscience de sa relativité dans la trame des rapports sociaux.



De la fragilité à la folie

Les premières pièces tournent déjà autour du problème de la personnalité, de sa cohérence, de sa continuité, de sa consistance. La Raison des autres, où l'épouse stérile se fait donner l'enfant de la maîtresse de son mari pour l'élever comme son fils, relève apparemment surtout de la thématique du jeu de rôle. Mais la question de l'identité y est déjà abordée, comme elle le sera dans la Greffe et dans l'Autre Fils .

 

Deux autres pièces traitent de l'individualité fragile. Dans Comme avant, mieux qu'avant, une femme adultère repentie est pardonnée à condition qu'elle se fasse passer pour une marâtre auprès de sa propre fille, qui vit dans le culte de celle qu'on lui dit être morte et qui hait la nouvelle venue. Dans les Deux Visages de Mme Morli (joué en français, le plus souvent, sous le titre d'Ève et Line ), une femme jadis abandonnée et qui a refait sa vie se trouve prise un moment entre un amant sérieux et un mari volage et charmeur.

 

De manière analogue, Vêtir ceux qui sont nus et Comme tu me veux mettent en scène des femmes qui, dans le mensonge et la mythomanie, tentent de fonder une vie authentique : elles s'offrent à l'amour d'un homme qui les modèlerait et les créerait, et cèdent à l'intérêt et à la mesquinerie d'une société qui se referme sur elle-même, et dans laquelle le vrai est indécidable.

 

Henri IV reprend et dépasse Tout finit comme il faut : le héros anonyme, à la suite d'un faux accident causé par un rival, a sombré dans une folie où ses proches l'ont entretenu ; ayant recouvré la raison sans le montrer, il réussit à se venger, mais, pour échapper aux conséquences de son acte, il ne lui reste plus qu'à se réfugier définitivement dans une folie dont on ne saura jamais si elle est fiction ou réalité.





 
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