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Dossier(s) : Pays > Afrique > Kenya © Hachette Livre et/ou Hachette
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Ce pays équatorial
(582'650 km
2
) possède une frontière commune
avec la Somalie,
l'Ethiopie, le
Soudan, l'Ouganda et
la Tanzanie. Le
relief s'organise autour du grand accident tectonique
qu'est la Rift Valley, dépression qui regroupe un ensemble
de fossés allant de Djibouti au lac Malawi, en traversant,
selon une direction quasi méridienne, la moitié
occidentale du Kenya.
Le peuplement africain
Devenu une mosaïque de groupes, le
Kenya, où Leakey a découvert certains des plus lointains
ancêtres de l'homme, a connu des phases successives de
peuplement jusqu'au début de la colonisation à la fin
du XIX
e
siècle.
D'un ancien peuplement couchitique,
originaire de la Corne de l'Afrique et influencé par
l'Asie, sont parvenues des traces d'aménagement,
notamment des réseaux d'irrigation qu'ont parfois
repris les nouveaux arrivants. La vague de peuplement bantou,
comprenant entre autres les Kikuyus, les Kambas et les Luhyas,
s'est étendue à partir du I
er millénaire de notre ère.
Elle n'a atteint les côtes qu'après les premiers
voyages des Romains.
Les migrations, plus récentes, des
divers groupes nilotiques - nandi, kalenjin, luo, massaï -
tournés vers l'élevage, se sont pour une large part
dirigées vers les Hautes Terres occidentales et la Rift
Valley. La
civilisation
swahilie (dont l'apogée se situe aux XIII
e et XIV
e siècles) s'est
implantée sur la côte, où s'épanouissaient
des cités marchandes (Mombasa, Lamu, Pate); synthèse
d'éléments bantous, arabes et asiatiques, elle
s'est islamisée pour partie. Derniers venus des Africains,
les pasteurs couchitiques oromos et somalis peuvent apparaître
comme les premiers autochtones de la Corne de l'Afrique.
Au cours de la seconde moitié du
XIX
e
siècle, le Kenya se
caractérisait par la combinaison d'îlots agricoles
déjà denses, dépourvus d'autorités
politiques centralisées et dont les membres
s'efforçaient de grignoter des espaces pastoraux
toujours plus étendus. Les pasteurs massaïs, quoique
peu nombreux, contrôlaient d'immenses territoires, dont
une bonne part, de l'Elgon jusqu'au pays nyika et à
l'actuelle
Tanzanie,
était cultivable. Leur réputation de guerriers et les
pillages entravaient le commerce des caravanes vers les royaumes
du lac Victoria: le grand axe du commerce swahili passait par
l'actuelle Tanzanie, via Tabora et le sud du Victoria.
Cette répartition fut
profondément perturbée dans les années 1890 par
une série de famines et d'épidémies, en
particulier celle de peste bovine, qui balaya toute l'Afrique
et décima les troupeaux. Les éleveurs, dont les
Massaïs, en souffrirent particulièrement. Ils
abandonnèrent de vastes étendues de leur domaine, dont
une partie, où les broussailles s'étaient
reconstituées, fut envahie par les glossines; ces insectes
propagèrent la trypanosomiase, laquelle empêche
aujourd'hui encore le retour des éleveurs.
Le temps de la colonie
Le Kenya pouvait donc paraître peu
attirant aux
Britanniques, bien
qu'il devînt colonie de la couronne britannique à
partir de 1920. Il n'était qu'un «mal
nécessaire», qu'une voie d'accès vers le
cœur du continent noir, celui des grands lacs africains et du
royaume du Buganda, déjà en partie christianisé. Le
chemin de fer atteignit Kisumu, sur le lac Victoria, au début
du siècle. Utilisant une main-d'œuvre indienne, cette
entreprise fut à l'origine du groupe «tampon»
des Asiatiques (commerçants, artisans, cadres
intermédiaires). De vastes étendues dépeuplées
par les épidémies s'étendaient de part et
d'autre du chemin de fer: on en chassa, notamment, les
survivants massaïs pour établir une zone de colonisation
européenne quasi d'un seul tenant sur
30'000 km
2
. Parallèlement furent
délimitées de grandes réserves, ce qui figea les
identités ethniques et entrava les aspirations foncières
des groupes les plus dynamiques. L'exode rural était
limité par des règlements sévères.
La colonie européenne fut longtemps
dominée par des membres de la classe nobiliaire ou par des
aventuriers n'exploitant guère leurs vastes domaines.
Quoique la production pour l'exportation leur fût
réservée, ils se contentèrent de tirer
bénéfice de la présence de squatters (paysans sans
terres), surtout kikuyus. En échange du prêt d'un
lopin, ces derniers rendaient des journées de travail ou
versaient des redevances. La modernisation de l'agriculture
européenne n'intervint qu'au lendemain de
la Seconde Guerre
mondiale, avec une spécialisation des différentes
régions dans les plantations de café ou de thé, la
polyculture associée à l'élevage laitier et
porcin, ainsi que le ranching. Il fallut alors expulser bon
nombre de squatters, qui n'avaient plus d'attache dans
leur région d'origine. C'est une des causes de la
révolte de Mau-Mau (1952-1956), qui affecta principalement
le pays kikuyu et les squatters de la Rift Valley. Cette
révolte avait été aussi préparée par la
montée des revendications nationalistes et culturelles,
à propos desquelles les Kikuyus s'étaient
montrés particulièrement actifs; Jomo Kenyatta, qui
s'en était fait le porte-parole, fut emprisonné
pour sa responsabilité dans l'insurrection.
A la répression succéda une
action de promotion sélective des exploitations africaines,
impliquant le remembrement, l'aménagement foncier et
l'intensification de l'agriculture par l'introduction
de cultures commerciales, surtout le caféier arabica et le
théier. Cette politique (plan Swynnerton), qui visait à
conforter une classe de petits propriétaires accommodants
à l'égard du pouvoir colonial, fut
génératrice de croissantes inégalités, les
tenanciers de surfaces trop réduites, ou les ayants droit
à ces parcelles, étant exclus de la propriété
foncière. Entamée en pays kikuyu et kamba, elle devait
être étendue à l'ensemble des régions
agricoles, donnant naissance à un paysage caractéristique
de bocage et d'habitat dispersé, où cultures
vivrières et commerciales se combinent.
Jusqu'en 1977, l'économie kenyane
s'inscrivait dans le cadre de la Communauté est-africaine,
constituée avec l'Ouganda et la Tanzanie, regroupement qui
survécut peu de temps aux indépendances. La présence
de la colonie européenne et des infrastructures construites
à son intention assurait au pays une prééminence
dans les créations d'industrie et un marché
élargi.
L'avènement de Kenyatta
En 1961, le Kenya devint autonome et Jomo
Kenyatta fut libéré au mois d'avril de cette
même année. L'indépendance sera effective deux
ans plus tard, en 1963. La KANU (Kenya African National Union), qui
s'appuyait sur les deux principales ethnies (kikuyu et luo),
souhaitait la création d'un Etat centralisé. La
première Constitution donna au pays un régime
parlementaire bicaméral et fédéral. Le
régionalisme (majimbo) visait à préserver les droits
des minorités rassemblées dans la KADU (Kenya African
Democratic Union), soutenue par les Européens et les Indiens.
Mais la large défaite de ce parti aux élections permit
à la KANU d'imposer ses choix. Il ne fallut qu'un an
à Kenyatta, alors Premier ministre, pour devenir
président de la République, le poste de chef de
gouvernement étant remplacé par celui de
vice-président.
La plupart des pouvoirs des régions
furent abrogés, ce que facilita le sabordage de la KADU
(1964), suite à la mise à l'écart progressive
des partis au profit du pouvoir exécutif. Devenue de fait
parti unique, la KANU s'est transformée en un tremplin
électoral et en un instrument de ratification des
décisions du Mzee (le «vieux» en swahili).
L'opposition au sein de la KANU entre deux leaders luos
- Tom Mboya, chef de file du réformisme libéral,
et Oginga Odinga, partisan d'un socialisme africain -
conforta Kenyatta, dont l'autorité s'appuyait sur un
appareil administratif tentaculaire, héritage de la
colonisation. Les commissaires de province et de district,
choisis par le président de la République,
verrouillèrent le pays. L'existence de ce
«cadenas» provoqua de vives protestations de la part
des membres du gouvernement; le vice-président (Odinga)
dénonça le libéralisme de Kenyatta et de Tom
Mboya, alors ministre du Plan. Evincé de la KANU en
mars 1966, Odinga répliqua en constituant un nouveau
parti, la KPU (Kenya People's Union). Un amendement obligea
tout député quittant la KANU à se représenter
devant ses électeurs, ce qui refréna les volontés
scissionnistes (une trentaine de députés seulement,
dont un tiers à peine fut réélu, osèrent
braver le pouvoir central). Repliée sur ses bases luos, la
KPU, à la suite d'émeutes à l'occasion de
la visite de Kenyatta à Kisumu, fut interdite en 1969;
avec elle disparaissait le simulacre de bipartisme. Entre-temps,
deux modifications constitutionnelles avaient confirmé
l'autorité présidentielle: en 1967, la Chambre
haute est supprimée; l'année suivante,
l'élection du président de la République au
suffrage universel fut décidée et jumelée à
celle des députés, eux aussi élus pour un mandat
de cinq ans. Cet amendement permit à Kenyatta d'exercer
une plus grande emprise sur l'Assemblée.
Alors que le mot d'ordre national
Harambee («Agissons tous ensemble») exhortait le peuple
(wananchi) à œuvrer pour accélérer le
développement économique, le pouvoir devenait la
scène de crimes politiques et d'emprisonnements.
Fidèle ministre du président, Tom Mboya fut
assassiné en 1969. Ses capacités politiques en
faisaient un successeur potentiel de Kenyatta (alors âgé
de soixante-seize ans), néanmoins ses origines luos semblaient
le condamner. Odinga fut emprisonné la même année:
les deux principaux candidats à la présidence
étaient dès lors éliminés. Arrêté au
mois de mars 1975 pour avoir dénoncé la corruption
de l'organisation Harambee, J.M. Kariuki, riche Kikuyu, fut
retrouvé mort à l'ouest de Nairobi.
La longue route vers le multipartisme
A la mort de Kenyatta, le
22 août 1978, le vice-président, Daniel Arap
Moi, un Kalenjin, s'empresse de libérer les prisonniers
politiques, dont Odinga, pour faire contrepoids aux Kikuyus. Il
dissout les associations tribales pour renforcer l'unité
nationale. La politique étrangère est franchement
réorientée vers le monde occidental, notamment les
Etats-Unis. Le nouveau président suit la voie tracée par
le Mzee, ce que symbolise la devise Nyayo («Mettre les pas
dans les pas»). Après avoir échappé de peu
à un putsch en 1982, auquel était mêlé un
de ses ministres (Charles Njonjo), Arap Moi, seul candidat, fut
réélu en 1983, 1988 et 1992.
En 1990, l'assassinat du
ministre des Affaires étrangères, Robert Ouko, qui
s'apprêtait à rendre public un rapport sur la
corruption du gouvernement, puis la mort de
l'évêque anglican Alexander Muge, également
suspecte, contraignirent Arap Moi, sous la pression de ses
bailleurs de fonds, à accepter le multipartisme, tout en
aiguisant les rivalités ethniques. Aux élections
présidentielles de décembre 1992, la désunion
de l'opposition, mais aussi la pratique de la fraude ont
permis la réélection du président sortant, avec
seulement un tiers des voix, devant Kenneth Matiba, Raïla
Odinga et Mwaï Kibaki. Candidat à un cinquième
mandat, en janvier 1998, A. Moi fut réélu, avec
près de 40 % des suffrages. Cette victoire, dès le
premier tour, fut confortée par le succès (107
sièges obtenus sur 210) que remporta l'Union nationale
africaine du Kenya (KANU), le parti du président sortant,
lors des élections législatives qui suivirent. Mal
assurée et fragile, la transition démocratique demeure
toutefois possible.
Le Kenya pâtit aujourd'hui de la
crise mondiale, des erreurs de ses dirigeants et de la
pauvreté de ses voisins. Les troubles qui agitent le Soudan,
l'Ethiopie et la Somalie y trouvent un écho important.
L'insécurité a gagné les espaces pastoraux du
Nord, qui sont largement peuplés de groupes allogènes.
L'affaiblissement du pouvoir du président Arap Moi et la
multiplication des «affaires» nuisent à l'image
de marque du pays, découragent les investisseurs et
entraînent des sanctions de la part des pays donateurs. Ce
«bon élève» du monde libéral est
actuellement un pays à risques.
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