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Etat du Proche-Orient, limité au nord
et à l'est par la
Syrie, au sud par
Israël, et
bordé à l'ouest par la mer Méditerranée. Le
territoire libanais a toujours été impliqué dans
l'histoire tumultueuse du Moyen-Orient. Etat de création
récente (1920), ouvert à la fois sur l'Occident et
sur l'Orient arabe, il abrite une population d'une grande
diversité ethnique et religieuse.
Des Phéniciens à
l'Empire ottoman
Ce peuple de marins, de langue
sémitique, y fonda des cités-Etats (Tyr, Sidon, Byblos).
Vers 1300 av. J.-C., l'alphabet
phénicien,
composé de vingt-deux signes, supplanta le
système
cunéiforme et se répandit dans le monde
méditerranéen.
A la même époque, ces
cités devinrent des «protectorats»
égyptiens,
puis passèrent sous la domination
babylonienne,
puis
perse.
L'indépendance relative de la Phénicie prit fin
avec la conquête d'
Alexandre en
333 av. J.-C.
Le Liban fut alors intégré
dans une vaste zone «
syrienne»,
d'abord sous la domination du royaume hellénistique des
Séleucides, avant d'être conquise par les
légions de Pompée et intégré à la
Provincia Syria, fondée par les
Romains en
64 av. J.-C. En 395, lors du partage de l'Empire romain,
la Syrie, devenue chrétienne, fut rattachée à
l'Empire
byzantin. A partir de 636, elle fut partie intégrante de
l'Empire arabe.
Les querelles théologiques déchiraient les
populations, qui se divisaient en sectes. C'est sans doute
dès cette époque que s'individualisèrent et
commencèrent à s'opposer les différentes
communautés. La montagne libanaise devint un territoire
refuge; les maronites, des chrétiens de la région
d'Antioche, soumis d'abord aux tracasseries des empereurs
byzantins puis aux pressions arabes, s'y
réfugièrent au VIII
e
siècle. Elle offrit
également l'asile aux chiites (IX
e
siècle) et aux druzes
(XI
e
siècle). Les musulmans
sunnites se répartissaient surtout dans la zone
côtière et la Beqaa. La période
des croisades
fut fortement troublée: les Etats latins occupèrent la
côte et la montagne avant d'être chassés par
les mamelouks d'
Egypte, qui
rétablirent l'islam (XIII
e
siècle).
A partir du XVI
e
siècle,
la domination
ottomane ouvrit une nouvelle période. A la tête
d'un immense empire multinational, la Sublime Porte
n'exerçait pas de contrôle direct. L'autonomie
était accordée après le paiement d'un tribut.
Dans une certaine mesure, la société libanaise avait
alors déjà acquis ses traits les plus marquants. Les
très fortes solidarités familiales, proches du clan
tribal, se fondaient sur des cousinages aux multiples
ramifications. Elles se nouaient autour d'un chef avec qui
les intéressés se découvraient une parenté
à l'intérieur d'une même confession
religieuse: la communauté devint un cadre d'organisation
sociale. La montagne libanaise, région pauvre et semi-aride,
aux villages fortifiés, était partagée entre les
communautés se rattachant aux trois grands ensembles
confessionnels: maronite, druze et chiite. Politiquement, cette
période fut instable.
A la fin du XVI
e
siècle, le chef druze Fakhr
al-Din II conquit le Mont Liban et contrôla une partie
de l'actuelle Syrie et de la
Palestine. Au
siècle suivant, l'influence druze déclina et ouvrit
la voie à celle des maronites : une partie de la dynastie
Chihab (ou Chehab) se convertit au
christianisme et
rejoignit la communauté maronite. Le Liban s'ouvrit
à l'Europe pour tisser des liens commerciaux, religieux
et culturels.
Au XIX
e
siècle, le Liban devint le
terrain des rivalités entre les grandes puissances
européennes. En 1840 éclata un soulèvement
contre les abus de Bachir II Chihab et de son suzerain,
Méhémet-Ali, vice-roi d'Egypte et maître du
pays depuis 1831. Les puissances européennes
assurèrent la protection de certains groupes
ethnico-religieux. Les affrontements entre druzes et maronites
devinrent violents (massacres de maronites en 1860). La
France, qui
assurait la protection des maronites, intervint en 1861 et
fit reconnaître par les Ottomans l'autonomie du
«Mont-Liban». Un gouvernorat autonome maronite,
placé sous sa protection, fut créé en 1864.
Au lendemain de
la Première
Guerre mondiale,
l'Empire
ottoman, allié des
Allemands, fut
démembré. Conformément à l'accord
Sykes-Picot (1916), la France reçut en 1920 un mandat sur le
Liban et la Syrie. En 1920 fut créé le «Grand
Liban», dont les frontières étaient celles du pays
actuel. Cette nouvelle entité territoriale suscita
l'opposition des nationalistes arabes, qui souhaitaient la
création d'une «Grande Syrie» englobant Syrie,
Liban, Palestine et Transjordanie.
La Syrie, en
particulier, indépendante en même temps, n'admit
jamais d'être privée d'une grande partie de sa
façade maritime. Occupé par les
Britanniques en
juin 1941, le Liban obtint sa totale indépendance en 1943. Un
«pacte national» visa à établir un
équilibre entre les communautés: les chrétiens
étant les plus nombreux, le président de la
République serait maronite; le président du Conseil,
sunnite; le président du Parlement, chiite. Le Liban participa
à la fondation de la Ligue arabe en 1945. Les vingt
premières années de l'indépendance furent
marquées par une prospérité économique, qui,
toutefois, accrut les inégalités sociales.
L'importante croissance démographique des
communautés musulmanes allait faire éclater ce fragile
équilibre communautaire. Le gouvernement libanais ayant
soutenu la position des Occidentaux dans le conflit qui les
opposait à Nasser, l'opposition entre les nationalistes
arabes (majoritairement musulmans), appuyés par la
République arabe unie (union de l'Egypte et de la Syrie,
1958-1961), et les pro-Occidentaux (essentiellement
chrétiens), appuyés par l'Iraq et la Jordanie,
provoqua des affrontements intercommunautaires et
l'intervention des Etats-Unis en 1958, appelés par le
président Camille Chamoun.
La guerre civile libanaise
Face à la question
israélienne,
la position libanaise s'était toujours placée en
retrait par rapport à celle de ses voisins arabes. Les
77 km de frontière commune entre les deux pays
étaient restés assez calmes. Le Liban accueillit
les Palestiniens
chassés de Galilée après 1948. Ces derniers
s'installèrent dans des camps périurbains et
fournirent la main-d'œuvre nécessaire au cours de la
période de prospérité. Après la guerre
israélo-arabe de 1967, à laquelle le Liban ne prit
pas part, les réfugiés palestiniens affluèrent en
masse; au lendemain des affrontements avec l'armée
hachémite, en septembre 1970 («Septembre
noir»), l'OLP (Organisation de libération de la
Palestine), chassée de Jordanie, s'installa avec ses
combattants sur le territoire libanais. Quelque 500'000
Palestiniens vivaient ainsi au Liban (environ 15 % de la
population). Cette présence palestinienne, habilement
circonscrite dans le territoire libanais, allait provoquer
l'intervention des armées de deux puissants voisins: la
Syrie et Israël. La fragile construction étatique ne
pouvait résister à ces événements et la guerre
civile éclata en avril 1975.
Elle opposa le Mouvement national
libanais qui rassemblait de nombreux musulmans, nationalistes
progressistes ou nassériens, et des membres
d'organisations de gauche sous l'égide de l'OLP,
au Front libanais regroupant essentiellement, autour des
phalanges maronites, les partis chrétiens hostiles à
l'OLP. Les milices palestiniennes prirent une part
prépondérante dans les affrontements avec les phalanges
chrétiennes
En 1976, une première intervention
de la Syrie tenta de contenir les Palestiniens, auxquels elle
avait pourtant apporté son appui dans le passé (1965).
En 1978, Israël occupa le Sud-Liban, mais son armée dut
composer avec la Force d'interposition des Nations unies
(FINUL). Cette dernière ne put cependant empêcher en
1982 une nouvelle, et plus meurtrière, intervention
israélienne (opération «Paix en
Galilée»), au cours de laquelle Beyrouth fut
assiégée et l'OLP chassée. Les Israéliens
se retirèrent en 1985, mais gardèrent le contrôle
d'une bande de territoire d'environ
1 200 km©~ dans le sud du Liban (toujours
occupée en 1998).
Début de la guerre du Liban
Les Syriens, qui intervinrent à nouveau en 1983
contre l'OLP dans la partie septentrionale du pays
(siège de Tripoli), prirent le contrôle de 60 % du
territoire et occupèrent désormais une position de
force. Amine Gemayel (maronite) devenu président de la
République en 1982, forma en 1984 un gouvernement
d'union nationale soutenu par la Syrie.
La guerre civile se poursuivit
néanmoins, compliquée par des luttes entre les
différentes tendances musulmanes, parti socialiste
progressiste (druze), Amal et Hezbollah (ce dernier multipliant
les prises d'otages occidentaux). Ces conflits entre les
communautés libanaises firent craindre une rapide
désagrégation : l'ordre imposé et garanti par
le «protectorat» syrien sembla à beaucoup
préférable à la perpétuation de la guerre
civile.
Après l'expiration du mandat du
président Gemayel en 1988, les accords de Taef (octobre 1989),
définissant un rééquilibrage de la
représentation légale des communautés religieuses au
profit des musulmans, permirent un progressif retour au calme,
malgré une dernière résistance de certaines factions
chrétiennes (tentative de rébellion du général
Michel Aoun); ces accords, entérinant le protectorat syrien,
prévoyaient la réduction du pouvoir du président
maronite en faveur du Premier ministre (sunnite), du président
de l'Assemblée nationale (chiite) et du Conseil des
ministres.
Le Liban aujourd'hui
Le retour au calme s'instaura peu
à peu, mais le Liban sortait meurtri (145'000 morts,
200'000 blessés, 18'000 disparus) et ruiné par
ces conflits. Il ne contrôlait plus désormais la
totalité de son territoire. Aux confins méridionaux,
Israël occupait toujours une bande d'une quarantaine de
kilomètres, tandis que, dans une vaste zone sous contrôle
syrien, la souveraineté de l'Etat libanais
n'était toujours pas restaurée : dans un
environnement géopolitique marqué par la guerre du Golfe,
la Syrie et le Liban signèrent en mai 1991 un traité
«de fraternité et de coopération», qui revenait
à une reconnaissance du statut de la Syrie comme puissance
tutélaire; ses troupes occupent toujours les parties
septentrionale et orientale du pays, notamment dans la plaine de la
Beqaa.
En 1995, le mandat du président
Elias Hraoui (élu en 1989) fut prorogé de trois ans. En
place depuis octobre 1992, le gouvernement de Rafic Hariri,
un homme d'affaires sunnite, établit peu à peu les
conditions d'une reprise économique: la croissance du
PIB a été de 12 % en 1992 et de 10 %
en 1993. L'année 1998 fut marquée par
l'arrivée au pouvoir du président Emile Lahoud et
celle de Salim el-Hoss à la direction du gouvernement. Alors
que la reconstruction de Beyrouth était amorcée sur
fond de reprise de la croissance économique, la situation
politique du Liban s'envenima par la tension
israélo-arabe. Après l'opération «Raisins
de la colère» lancée en 1996, les troupes
israéliennes multiplièrent les bombardements contre les
positions du Hezbollah pro-iranien.
Au premier semestre 2000, la pression des
forces du Hezbollah s'accentua, provoquant de nombreuses
désertions dans les rangs des troupes israéliennes et
jetant le trouble dans ceux de la force d'interposition de
l'ONU (Finul). L'urgence de la situation contraignit ainsi
le Premier ministre israélien, Ehud Barak, à
précipiter le calendrier initialement prévu, qui, selon
la résolution adoptée le 5 mars, prévoyait un
retrait effectif de l'armée israélienne au plus tard
en juillet, et à annoncer officiellement, le 23 mai, le
départ des troupes israéliennes du Liban sud,
qu'elles occupaient depuis 1978.
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