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Dossier(s) : Pays > Afrique > Libye © Hachette Livre et/ou Hachette
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Limitrophe de
l'Egypte, du
Soudan, du Tchad, du Niger, de
l'Algérie
et de
la Tunisie, ce
pays, qui s'étend sur 1 759 540 km
2
, borde
la
Méditerranée.
Même si elle ne jouit pas du
même prestige que ses voisins égyptien et tunisien, la
Libye a participé à plusieurs reprises à la
«grande histoire». Sa position entre le
Maghreb et
l'Egypte en a fait un pont nécessaire pour les empires
ayant contrôlé les rivages de la Méditerranée:
romain, arabe puis ottoman. La proximité du Sahel en a fait
aussi un enjeu dans la pénétration coloniale de
l'Afrique noire. Enfin, les batailles de Tobrouk, de Bir Hakeim
et d'el-Alamein (en Egypte, mais à la frontière
libyenne) au cours de
la Seconde Guerre
mondiale témoignent du rôle stratégique de cette
portion du flanc méridional de la Méditerranée.
Les origines
Dès le II
e
millénaire av. J.-C., les Lebous
installés en Cyrénaïque formaient un peuple
redouté
des Egyptiens. Peu
après l'implantation des comptoirs de Tripolitaine par
les
Phéniciens et les Carthaginois,
les Grecs
fondèrent Cyrène vers 630 av. J.-C., qui passa
ensuite sous la tutelle
des
Ptolémées d'Egypte.
Les Romains
unifièrent le pays, qui fut alors une riche région
agricole de l'Empire, s'étendant jusqu'aux
Garamantes du Fezzan. Si
les Arabes
traversent le territoire de l'actuelle Libye dès 642,
l'arabisation ne remonte qu'au XI
e
siècle. A partir
de 1711, les Turcs règnent sur une Libye dont le
contrôle territorial est encore relativement récent; le
janissaire, Ahmed Pacha Karamanli, établit une dynastie qui
gouvernera le pays jusqu'en 1835, date à laquelle
l'administration directe d'Istanbul est rétablie.
L'Empire
ottoman avait fait de la Tripoli d'Occident le siège
de l'une de ses provinces (wilayet); mais seule la
Tripolitaine et quelques garnisons jusqu'à Ghat
dépendent de la Porte.
En Cyrénaïque, à Koufra
et jusqu'au lac Tchad, la confrérie Senousis, à
partir d'el-Beida et par son réseau de zaouiya, a
tissé un maillage transsaharien que la France, l'Italie
et la Grande-Bretagne disloqueront. Les frontières seront
progressivement fixées, isolant la Libye dans sa dimension
méditerranéenne.
Jusqu'en 1881-1882, la France
occupant la Tunisie et les Britanniques l'Egypte, la Porte
contrôlait la wilaya de Tripoli et les routes commerciales
transsahariennes dans l'espace où le rivage
méridional du Sahara s'approche le plus de la
Méditerranée. Les confins tuniso-tripolitains seront
fixés entre 1881 et 1911, ceux de Djanet, de Ghat et
de Bilma entre 1874 et 1916, ceux de Sallum-Siouah
entre 1882 et 1916 (ces derniers seront prolongés le
long du 25e méridien est). Quant à la frontière avec
le Niger et le Tchad, elle demeure litigieuse et source de tension,
la Libye occupant pour un temps la bande d'Aozou.
L'ère coloniale italienne
Commencée en 1911, la
pénétration militaire
italienne
s'est heurtée à la résistance des
Cyrénéens. Elle a été suivie d'une
colonisation agricole, surtout dans la Djeffara. En 1940,
100'000 Italiens étaient installés en Libye. Pendant
la Seconde Guerre
mondiale, les troupes de l'Axe, menées par Rommel au
sein de l'Afrikakorps, y affrontèrent celles des
Alliés, dirigées par Auchinleck et Montgomery.
En 1949, la
Grande-Bretagne
installe le Senousis Idris sur le trône. Mais le processus de
construction étatique est enrayé par les
impérialismes européens, et la Grande-Bretagne promeut
l'indépendance de la seule Cyrénaïque
en 1949. Un Etat fédéral
Cyrénaïque-Tripolitaine-Fezzan est créé
en 1951, avec à sa tête Idris I
er
.
La Libye de Kadhafi
C'est dans ce Sahara sans
frontière, arabe et islamisé, que s'inscrit
l'action de Muammar al-Kadhafi. La découverte du
pétrole et le brutal enrichissement du pays dans les
années 1960 avait ébranlé les structures encore
féodales. Idris I
er
fut renversé par un coup d'Etat
militaire le 1
er
septembre 1969, à l'issue duquel
fut créé un Conseil de la révolution, dirigé
par Kadhafi.
Panarabe, réformiste, religieux, le
nouveau maître de Tripoli est cependant trop
«nassérien» pour devenir islamiste. Les tentatives
d'union avec d'autres pays - Soudan et Egypte
(1969), Egypte et
Syrie (1971),
Egypte (1972),
Tunisie (1974),
Syrie (1980), Tchad (1981),
Maroc (1984),
Soudan (1990) - et la poussée expansionniste vers
l'Afrique sahélienne témoignent d'une
conscience bédouine d'appartenir à un monde
arabo-islamique plutôt qu'à un territoire bien
délimité. La politique internationale de Kadhafi
s'oriente donc toujours vers la recherche de l'unité
de la Libye avec d'autres pays arabes. Mais ses unions
improvisées aboutissent à des échecs.
D'un autre côté,
l'intransigeance de Kadhafi à l'égard d'
Israël
l'amena à condamner la politique d'Anouar el-Sadate
au point d'entraîner avec l'Egypte un bref conflit
armé (juillet 1977). Kadhafi est aussi intervenu au Tchad et
a pris la bande d'Aozou (1973); ses troupes, appuyant le
gouvernement d'union nationale de transition (GUNT) contre
Hissène Habré, ont occupé le nord du pays. De
sévères défaites, en 1987, ont contraint la Libye
à reconnaître le gouvernement de H. Habré et
à négocier, en 1989, l'évacuation de la bande
d'Aozou, en échange des prisonniers libyens du Tchad.
L'agitation libyenne au sein de
l'OPEP a connu plus de succès: Tripoli a toujours
prôné une augmentation du prix du brut et une
diminution corrélative de la production. La Libye a
réduit de moitié ses ventes entre 1970
et 1974, puis une nouvelle fois de 1974
à 1987 (alors que d'autres partenaires au discours
analogue augmentaient leur production). Mais son poids dans
l'OPEP a décliné avec la montée en puissance
de l'Arabie Saoudite à la suite de la guerre du Golfe
(1991).
La Libye s'est souvent trouvée
confrontée aux intérêts occidentaux. N'ayant
ni les moyens humains ni la capacité organisationnelle
suffisants, ses opérations s'apparentent à une
«gesticulation» de faible portée. Les signes de
modération manifestés depuis la fin des années
1980 doivent être intégrés dans l'ébauche
d'une nouvelle tactique de Tripoli. Ainsi, lors de la guerre
du Golfe, la Libye, tout en condamnant l'intervention des
Etats-Unis, a pris ses distances avec Bagdad.
Après les échecs d'union
et les bombardements américains de Tripoli et de Benghazi
(1986) - en représailles contre les actions
terroristes sans doute commanditées par
Tripoli -, la «realpolitik» a conduit le
président du Conseil du commandement de la révolution
(CCR), le colonel Kadhafi, à concentrer ses efforts sur la
restructuration économique du pays, malgré les
sanctions mises en place par l'ONU en 1992: un embargo
militaire et aérien doit frapper la Libye tant que celle-ci
n'aura pas livré les suspects impliqués dans les
attentats aériens de 1988 (Boeing de la compagnie
PanAm) et de 1989 (DC-10 de la compagnie UTA).
La politique économique et sociale
inspirée du «Livre vert» a été radicale
à ses débuts: dissolution des administrations d'Etat,
répression des opposants, limitation de la propriété
foncière et immobilière, suppression du secteur
privé, interdiction de recruter des salariés (seuls des
associés au capital peuvent augmenter les effectifs d'une
entreprise), promotion sociale de la femme (y compris sur le plan
militaire). Elle a entraîné des réactions de la part
des dignitaires de l'armée, des entrepreneurs et des
forces sociales conservatrices. La manne financière
octroyée par les revenus pétroliers avait, jusqu'au
début des années 1980, servi à contenir ces
mécontentements. Or des bouleversements se sont
opérés depuis lors: privatisation des entreprises
industrielles étatisées, arrestations d'islamistes,
discrétion en matière de politique étrangère.
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