|
Dossier(s) : Pays > Europe > Macédoine © Hachette Livre et/ou Hachette
Multimédia

© Intercarto
Etat enclavé dans la péninsule
balkanique, limité au nord par
la Serbie, à
l'est par
la Bulgarie, au
sud par
la Grèce et
à l'ouest par
l'Albanie ;
il s'étend sur 25'720 km
2
.
Le début du XXe siècle
La Macédoine du Vardar ne
représente qu'une partie de la grande région
historique de Macédoine. Cette petite région a
constitué un enjeu traditionnel dans les conflits opposant les
Serbes et les Bulgares, dont elle a dû subir les
impérialismes culturels divergents. Elle échut à la
Serbie en 1913, au terme de la seconde guerre balkanique
(traité de Bucarest du 10 août), lorsque les Etats
balkaniques se partagèrent les possessions européennes de
l'Empire
ottoman.
Théoriquement incluse dans le
royaume de Serbie entre 1913 et 1918, la Macédoine subit, en
réalité, trois ans d'occupation bulgare entre 1915
et 1918. Après
la Première
Guerre mondiale, elle revint au Royaume des Serbes, des
Croates et des Slovènes, qui prit en 1930, l'appellation
de «Yougoslavie», et fut soumise, jusqu'à
la Seconde Guerre
mondiale, à la politique autoritaire de Belgrade, puis
à celle de Sofia (1941-1944) au moment de sa réannexion
par la Bulgarie.
La question de la Macédoine, objet
de divisions à l'intérieur même du Parti
communiste yougoslave, provoqua en 1941, le départ de ses
membres macédoniens, qui rejoignirent le Parti communiste
bulgare. L'arbitrage de Moscou permit à Tito de
reprendre le contrôle de l'organisation communiste
macédonienne, mais imposa la présence d'un
représentant du Comité central du Parti bulgare au sein
de la direction macédonienne.
L'action de la Résistance des
partisans yougoslaves s'intensifia et, le
2 août 1944, le Conseil antifasciste de
libération nationale yougoslave (AVNOJ) décida
d'intégrer la Macédoine dans l'Etat yougoslave.
Après la guerre, l'instauration
du régime communiste dans plusieurs pays des Balkans
créa une configuration politique nouvelle, et un projet de
réunification de la Macédoine (Macédoine du
Vardar, Macédoine du Pirin, et Macédoine de
l'Egée) au sein d'une fédération
balkanique, et pas seulement yougoslave, fut un moment
envisagé par le Parti communiste yougoslave. Ce projet, qui
reprenait une idée présente dans le mouvement
macédonien depuis la fin du XIX
e
siècle et chez certains
groupes du Parti communiste yougoslave des années 1920, et
qui bénéficiait, dans une certaine mesure, du soutien
du Komintern, fut finalement abandonné après 1948,
à la suite de la rupture de la Yougoslavie avec
Moscou.
La création d'une République
de Macédoine en 1945 (Constitution yougoslave de 1946) par
Tito, offrait pour la première fois, un cadre politique à
l'identité nationale macédonienne, qui restait
malgré tout placée sous contrôle yougoslave. Ainsi,
Tito reconnut-il l'existence de cette nouvelle entité dans
le cadre fédéral yougoslave, non seulement face aux
Grecs, mais aussi face aux Bulgares, soutenus par Moscou.
La Macédoine indépendante
La Macédoine connut un
développement modeste au sein de la Yougoslavie socialiste, et
resta la plus petite république de la fédération, et
la plus pauvre. Par crainte d'un retour de
l'hégémonie serbe et par souci de se démarquer
des conflits consécutifs à la disparition de
l'ex-Yougoslavie, la Macédoine se déclara
indépendante le 8 septembre 1991. Cependant, en
raison du blocus économique que la
Grèce avait
décrété à son encontre, elle ne fut reconnue
par les autres nations, sous le sigle anglais de FYROM
(«Former Yugoslavian Republic of Macedonia»),
qu'à partir de 1993. En effet, les Grecs lui
dénièrent le droit d'utiliser le nom de
«Macédoine», et d'importantes manifestations
nationalistes suivirent, notamment en 1992 à Salonique.
Pour l'heure, les récents
conflits qui opposaient la Macédoine à ses voisins
semblent s'apaiser. Des relations commerciales étroites
ont repris avec la Grèce depuis la levée du blocus
économique que cette dernière avait
décrété entre 1994 et 1995, et qui ne dut
d'être levé qu'aux pressions exercées par
la Communauté européenne et les Etats-Unis sur
Athènes. La République de Macédoine et la
République fédérale de Yougoslavie se sont
reconnues mutuellement en 1996, et ont signé un accord
économique de libre-échange après des années
de contentieux (menaces et provocations de Belgrade à la
frontière) lié officiellement à la question de la
minorité serbe en Macédoine. En effet, cette
reconnaissance semble être devenue pour le président
yougoslave, S. Milksevic, l'un des points clés de
la reconnaissance de la Yougoslavie et de la
«République serbe de Bosnie», et de la levée
des sanctions qui pèsent sur Belgrade.
De son côté, la Bulgarie a
reconnu l'«Etat de Macédoine», même si
elle continue de dénier l'existence d'une nation
macédonienne car, pour nombre de Bulgares, les
Macédoniens sont purement et simplement des Bulgares. Enfin,
la Macédoine a rétabli ses relations avec l'Albanie
après que tensions et incidents se soient multipliés
à la frontière (spécialement au moment de
l'effondrement de l'Etat albanais et de la révolte
des Albanais au printemps 1997). En effet, l'exigence
principale de Tirana concerne la protection des droits de sa
minorité. Face aux nouveaux dangers qui menacent la
région, on assiste à une intensification des rapports
diplomatiques entre Skopje, Tirana et Athènes.
La Macédoine est aujourd'hui
confrontée, outre le problème économique, à
une autre question, surtout intérieure : celle de ses
relations avec sa minorité albanaise. Celle-ci est
essentiellement concentrée dans le nord-ouest du pays, des
faubourgs de Skopje jusqu'au sud du lac d'Ohrid, et elle
est majoritaire dans certaines villes comme Tetovo. Les Albanais
de Macédoine, qui disposent de quelques postes au sein du
gouvernement, au même titre que d'autres minorités,
aspirent à devenir un «peuple constitutif »,
statut dont ils ne bénéficiaient pas non plus dans la
République yougoslave, et à avoir un enseignement dans
leur langue. Leur fort dynamisme démographique et
l'afflux d'émigrés en provenance de
l'Albanie et du Kosovo, semblent nourrir chez les
Macédoniens la crainte que cette minorité ne se
transforme un jour en majorité.
Chez les Albanais, la sensation de
marginalisation augmente; de plus, le conflit au Kosovo a
renforcé le nationalisme, et des solidarités se sont
nouées en direction des «frères
opprimés» de Priqtina. Les tensions, qui étaient
déjà vives entre les deux communautés depuis
l'effondrement de la Fédération yougoslave, ont
été ravivées lorque les autorités
macédoniennes ont brutalement mis fin à
l'expérience de l'université libre albanaise de
Tetovo, et qu'ils en ont arrêté les principaux
dirigeants à la fin de 1994 ; aussi, certains partis
albanais semblent peu à peu tentés par une
radicalisation de leur politique, tendance qui fait écho au
durcissement du mouvement kosovar de Priqtina.
Ainsi, à partir de 1996, le PPDAM
(Parti pour la Prospérité démocratique) a
tenté d'autonomiser les districts majoritairement
albanais, afin de créer une confédération de deux
Etats égaux, avec deux langues officielles, voire de
provoquer une séparation pure et simple. Ce même projet
a été repris par le PDA (Parti démocratique des
Albanais), issu du précédent, et regroupant les
tendances séparatistes les plus radicales, qui a
proposé, en juillet 1997, «la création d'un
Etat des peuples macédonien et albanais ».
Si le gouvernement de Skopje a, dans un
premier temps, choisi la négociation et le compromis pour
tenter d'apaiser les tensions interethniques, il n'a
pourtant pas reculé devant l'usage de la force
(répression des émeutes de Tetovo en 1997). Par
ailleurs, il a été confronté à la menace
constituée par l'éclatement de la guerre au Kosovo et
à la crainte que cette dernière n'embrase la
totalité des Balkans. Conséquence directe de
l'alourdissement du climat social et politique, les
électeurs déçus ont sanctionné le gouvernement
de Branko Crvenkovski en ralliant les rangs de l'opposition.
C'est donc sans surprise que lors du scrutin législatif
organisé en 1998, le représentant de la coalition
politique formée par l'opposition de droite (VMRO-DPMNE et
Alternative démocratique), Ljubco Georgievski (VMRO-DPMNE), a
obtenu la majorité, avant d'être officiellement
désigné par le président Kiro Gligorov, pour diriger
le nouveau gouvernement. Depuis juin 1999, la présence de la
KFOR au Kosovo semble de nature à apaiser les tensions dans la
région. Quant au mandat de la Forpronu, il a été
prolongé en 1996, puis en 1998.
En 1999, le gouvernement est confronté aux
difficultés économiques héritées de la guerre
au Kosovo, qui a notamment provoqué un afflux massif de
réfugiés albanais et interrompu les échanges
commerciaux avec la Yougoslavie, l'un de ses principaux
partenaires. Par ailleurs, le pays de retrouve politiquement
fragilisé à la suite des élections
présidentielles organisées en novembre. En effet,
l'Alternative démocratique (DA), parti pro-albanais,
réclame une meilleure représentation dans le
gouvernement, en échange du soutien qu'elle a
apporté, au second tour, au candidat de la coalition
gouvernementale de centre droit, Boris Trajkovski, devenu depuis le
nouveau président du pays. Cependant, en décembre, ce
dernier dernier de reconduire le Premier ministre, Ljubco
Georgievski dans ses fonctions. Considéré comme un
modéré, notamment parce qu'il a toujours
prôné la tolérance interethnique, le président
Trajkovski s'engage sur la voie d'un développement
économique et social, et fait part de son intention de livrer
une guerre sans merci à la corruption et à la
criminalité.
Pour en savoir plus |
|