|
Dossier(s) : Pays > Moyen-Orient > Pakistan © Hachette Livre et/ou Hachette
Multimédia

© Intercarto
Le Pakistan (803'940 km
2
), pays dont l'Indus constitue
l'épine dorsale, se situe à la limite occidentale du
domaine climatique de la mousson. Sur la plus grande partie de son
territoire, hormis bien sûr le Nord himalayen, le milieu
naturel se rapproche des terres sèches des déserts
d'Iran et d'Arabie.
Les premières civilisations de
l'Indus
C'est sur l'actuel territoire
pakistanais que se sont épanouies, il y a 4000
ou 5000 ans, les premières
civilisations,
celles de
l'Indus. Des
peuples dravidiens occupent le nord du sous-continent indien et
s'installent près des fleuves, où, grâce à
leur maîtrise de l'irrigation, ils pratiquent la
céréaliculture. C'est alors que se développe une
civilisation urbaine dont subsistent, notamment, les vestiges de
Mohenjo-Daro et de Harappa. Un urbanisme évolué -
où abondent entrepôts, silos, réservoirs et jarres
- sert de support à l'apparition d'une caste de
marchands qui va tisser des liens avec
les Sumériens
de Mésopotamie.
L'écriture,
connue par de courtes inscriptions sur des sceaux, reste
énigmatique. Le déclin de ces civilisations se situe
vers 1800 av. J.-C.
Les vagues d'envahisseurs
Vers la moitié du II
e
millénaire av. J.-C. déferlent
les premiers envahisseurs venus d'Asie centrale. Ces peuples
indo-européens, ou aryens, lorsqu'ils ne guerroient pas,
sont des pasteurs itinérants. Ils apportent
la métallurgie du
fer, l'usage du cheval et une organisation sociale
fondée sur le système des castes. Après avoir
repoussé les populations dravidiennes, qui fuient vers le sud
de la péninsule indienne, ils se sédentarisent puis
subissent les assauts de nouvelles invasions venues du nord-ouest.
Les grands centres urbains périclitent avec eux.
Dominations et empires se succèdent
ensuite au fil des siècles. Les régions de plaine de
l'Indus sont intégrées à l'Empire
achéménide et versent tribut au Roi des rois.
Alexandre le
Grand lance une expédition jusqu'au Pendjab et
redescend le cours de l'Indus en 326 av. J.-C.
L'actuel Pakistan est ensuite divisé entre l'empire
des Mauryas et les royaumes gréco-bactriens. Açoka
(III
e
siècle av. J.-C.) y
propage la foi bouddhique; à partir du Gandhara, celle-ci
rayonne vers l'Asie centrale et l'Extrême-Orient.
Soumise à différentes invasions
- dont celles des Guptas et
des Huns -,
la région tombe dans l'anarchie et se scinde, à
partir du V
e
siècle apr. J.-C., en
petits royaumes.
La diffusion de l'islam et
l'Empire moghol
Les Arabes, qui
pénètrent dans le Sind vers 712, diffusent
l'islam. Cette
région est pour un temps englobée dans le califat de
Bagdad. Dans le Pendjab, islamisé à son tour, se
succèdent pendant plus de trois cent cinquante ans dynasties
turques et afghanes
En 1526, l'émir Baber,
venu du Fergana, franchit les passes qui séparent
l'Afghanistan
du Pakistan et étend son pouvoir au-delà d'Agra.
C'est le début de
l'Empire
moghol. Pères et fils se succèdent sur quatre
générations en l'espace de cent cinquante ans, ce
qui permet une remarquable stabilité de l'administration
et un épanouissement parfois somptueux de la vie sociale,
artistique et culturelle.
C'est à propos des quatre
empereurs Akbar, Djahangir, Chah Djahan et Aurangzeb, que l'on
utilise l'expression «Grands Moghols». Les empereurs
sont des protecteurs des lettres et des arts. Les villes
s'épanouissent avec leurs mosquées, leurs palais,
leurs murs d'enceinte et leurs jardins. Lahore devient
l'une des capitales des Grands Moghols, au même titre que
Delhi ou Agra. L'épanouissement culturel de l'Empire
moghol culmine sous la règne d'Akbar (1556-1605). Au
XVIII
e
siècle, l'Empire est en
déclin et se fragmente sous la pression des Etats voisins.
La domination britannique
Les terres de l'Indus tombent sous la
domination
britannique au
cours de la première moitié du XIX
e
siècle. Après une
première guerre anglo-afghane, le Sind passe sous le
contrôle de la Couronne britannique en 1843 et le Pendjab
est occupé par la Compagnie anglaise des Indes six ans plus
tard. La révolte des cipayes (1857-1858), durement
réprimée, est le dernier sursaut nationaliste des princes
musulmans: le Pakistan est englobé dans l'empire des
Indes. Les musulmans sont écartés des
responsabilités politiques et administratives, plus volontiers
confiées aux hindous, et très peu sont enrôlés
dans l'armée.
La création du Pakistan
L'année 1946 voit se
multiplier les heurts sanglants entre les deux communautés. Le
vice-roi, lord Mountbatten, est contraint d'accepter la
partition. La proclamation de l'indépendance
(14 août 1947) s'accompagne de massifs et
meurtriers transferts de population: 8 millions d'hindous
et de sikhs sont transférés du Pendjab vers le territoire
indien; plus de 6 millions de musulmans de l'Inde se
réfugient au Pakistan. Le nouvel Etat couvre 23 % du
sous-continent indien et abrite les trois cinquièmes des
musulmans de l'Asie du Sud. Il présente la
caractéristique d'être constitué de deux
entités territoriales distantes de 1700 km.
Le Pakistan oriental comprend le Bengale
oriental, le Pakistan occidental rassemble le Sind, le Pendjab
occidental, le Baloutchistan, les provinces frontalières du
Nord-Ouest et un certain nombre de petits Etats qui ont choisi de
se rallier à la nouvelle nation islamique.
L'antagonisme indo-pakistanais
Le nouvel Etat est en proie à de
très grandes difficultés: il faut réinstaller les
réfugiés, créer une administration, mettre sur pied
une armée, fonder une industrie, partager avec l'Inde les
eaux du Pendjab et surtout assurer le fonctionnement d'une
entité géographique éclatée. La question du
Cachemire, en outre, est une source permanente de très graves
tensions avec l'Inde.
Sur le plan interne se succèdent les
coups d'Etat qui portent au pouvoir des équipes
successives de militaires. Le mécontentement est surtout
prononcé au Pakistan oriental, où la population bengali
musulmane, organisée au sein de la ligue Awami, se sent plus
proche de l'Inde (pays où elle est enclavée) que
d'un Pakistan occidental dominateur bien que plus lointain. Les
troubles se succèdent et la guerre civile éclate
en 1971: l'armée pakistanaise intervient au Bengale.
Un conflit ouvert l'oppose à l'armée indienne,
qui soutient le Bengale. Défait, le Pakistan est contraint
d'accepter un cessez-le-feu le 16 décembre. Le
Pakistan oriental, indépendant, devient le Bangladesh. Le
Pakistan, qui s'est retiré du Commonwealth en 1972,
reconnaît le nouvel Etat en 1974.
D'Ali à Benazir Bhutto, puis
Nawaz Sharif
Le Pakistan est une république
islamique où la vie politique, très heurtée, est
marquée par le poids des militaires. Après la scission du
Bangladesh, Ali Bhutto, qui doit affermir la cohésion
nationale de la nouvelle entité pakistanaise, fait adopter
en 1973 une Constitution établissant un régime
présidentiel.
Mais, alors que la vie politique reste
très mouvementée, le général Zia ul-Haq
organise un coup d'Etat en juillet 1977, prend le
pouvoir et instaure la loi martiale. Le pouvoir présidentiel
est renforcé, tandis que l'armée s'implique
très fortement dans la sphère politique. Un
système technocratico-militaire domine le pays avec
l'aval des propriétaires de grands domaines
semi-féodaux. Les opposants sont emprisonnés. La
pendaison d'Ali Bhutto en 1979 soulève une
réprobation internationale; la presse est étroitement
surveillée. Le général Zia ul-Haq favorise une
pratique rigoriste de l'islam.
Après sa disparition dans un
accident d'avion (1988), il est remplacé par Ghulam
Ishaq Khan, alors président du Sénat. Celui-ci appelle
au poste de Premier ministre Benazir Bhutto, fille d'Ali
Bhutto, après la victoire du PPP (Pakistan's People
Party) aux élections de 1988.
En 1990, la première femme
à diriger un pays musulman est destituée et
remplacée par Mian Nawaz Sharif, qui s'oppose très
rapidement au président de la République. Les
élections législatives organisées en
octobre 1993 ramènent Benazir Bhutto au pouvoir. Mais,
après avoir été démise de ses fonctions en
novembre 1996, par le président de la République,
Farooq Ahmed Leghari, usant de ses pouvoirs constitutionnels
comme le lui demandait l'opposition, Benazir Bhutto, subit
l'année suivante une sévère défaite aux
élections législatives; Muhammad Nawaz Sharif, chef de
la Ligue musulmane qui enlève les trois quarts des
sièges, devient le nouveau Premier ministre du pays.
En 1998, Muhammad Rafiq Tarar, membre
de la Ligue musulmane, succède à Farooq Ahmed Leghari,
démissionnaire, à la tête de l'Etat. En 1999, la
signature avec l'Inde, d'un accord historique pour
réduire les risques de guerre nucléaire accidentelle
entre les deux pays, n'a pas empêché les vieux
antagonismes de resurgir, et les deux signataires de se livrer
à une nouvelle surenchère d'essais nucléaires.
Pour en savoir plus |
|