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Dossier(s) : Pays > Europe > Roumanie © Hachette Livre et/ou Hachette
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Etat du sud-est de l'Europe,
limité à l'ouest par la
Hongrie et la
Serbie, au nord par l'Ukraine, à l'est par la
république de Moldavie et la mer Noire, sur laquelle elle
s'ouvre par un large delta, et au sud par la
Bulgarie, avec
laquelle elle partage une frontière de 470 km sur le
cours inférieur du Danube.
L'histoire du territoire roumain est
celle d'une longue suite d'invasions, d'influences et
de dominations en provenance d'Orient et d'Occident. Les
populations locales assimilent et transforment les apports divers,
tentant maintes fois une émancipation qui ne se consolidera
qu'à partir du XIX
e
siècle.
Daces, Romains et temps obscurs
Les forteresses daces tombent sous les
coups des troupes
romaines
menées par l'empereur
Trajan ; de
cette conquête (101-106 ap. J.-C.) il restera la langue,
de structure latine.
Les invasions
sarmates, gothiques, bulgares, slaves avant le X
e
siècle, petchenègues,
tatares jusqu'au XIII
e
siècle, en brouillent la
structure, ajoutent un abondant vocabulaire slave et instituent
la christianisation
byzantine. Le
débat, d'ailleurs, n'est pas clos entre les
historiens quant à savoir quelle fut la part des
Daco-Roumains restée dans le refuge montagnard carpatique et
celle ayant migré dans les Balkans, adoptant la transhumance
pastorale d'altitude (Valaques, Aroumains).
A partir du XI
e
siècle, aux pressions venues de
l'est et du sud s'ajoutent, au nord-est, celles des
Hongrois
catholiques, qui conquièrent le bassin transylvain et
facilitent, pour la mise en valeur minière et marchande du
territoire, l'implantation de colonies germaniques dites
«saxonnes».
L'individualisation dans le
contexte ottoman
Un répit à l'est facilite la
descente du peuplement vers les zones de piémont et de plaine
aux XIII
e
et XIV
e
siècles. La constitution
d'entités politiques autonomes autour des princes se
développe, avec une certaine aisance en Moldavie et en
Valachie, très difficilement en revanche en Transylvanie,
soumise à la pression magyare. Cette première affirmation
politique des principautés est interrompue par l'invasion
ottomane -
début XV
e
siècle en Valachie, début
XVI
e
siècle en Moldavie, en
Transylvanie et sur l'ensemble de la Hongrie -, sans que
l'épanouissement culturel en soit trop atteint, le
régime de la vassalité ottomane laissant une large
autonomie.
Le XVII
e
siècle connaît
la diffusion des
imprimeries, des écoles et de la liturgie en langue
roumaine. Les tutelles s'alourdissent au siècle suivant:
ottomane après l'échec d'une tentative de
libération (1711), les princes étant alors remplacés
par les hospodars (souverains) phanariotes, qui
«hellénisent» les couches dirigeantes; autrichienne
en Transylvanie (1691) et en Bucovine (1775), à la faveur du
recul turc (le peuple roumain et l'Eglise orthodoxe n'y
obtiennent aucune reconnaissance, contrairement aux «trois
nations» magyare, sicule et saxonne); russe enfin, avec la
progression des troupes tsaristes vers les bouches du Danube et le
Bosphore (annexion de la Bessarabie moldave en 1812).
Eveil et formation de
l'unité roumaine
L'éveil de la conscience
nationale se manifeste avec le mouvement
des Lumières
(Supplex libellus Valachorum - 1791). Mais le chemin vers
l'autonomie et l'union des principautés est difficile,
car la lutte d'influence entre l'Autriche-Hongrie et la
Russie succède à la tutelle ottomane.
Après l'échec d'un
premier mouvement pour l'indépendance de la Valachie
(1820-1821), les «règlements organiques» de
mars 1830, sous contrôle russe, accordent une autonomie
aux principautés. Malgré un second échec
en 1848, cette autonomie sera confirmée à
l'issue de la guerre de Crimée, avec le soutien de
Napoléon III:
le congrès de Paris (1856) place les principautés unies
de Moldavie et de Valachie sous la garantie collective des
puissances européennes.
En 1859, l'élection
d'un même prince (Alexandre-Jean Cuza) pour la Moldavie
et la Valachie marque le début de l'union qui
mènera à l'indépendance en 1881.
Renversé par les propriétaires fonciers hostiles à
ses réformes, le prince Cuza est remplacé en 1866 par
Charles de Hohenzollern-Sigmaringen.
En 1878 (congrès de Berlin), la
Roumanie, qui a lutté aux côtés des
Russes contre les
Turcs, gagne son
indépendance, mais doit l'échanger contre la
Dobroudja et le sud de la Bessarabie; le prince Charles devient en
1881 le roi Carol I
er
de Roumanie; en 1885 est proclamée
l'autocéphalie religieuse.
Les élites politiques
(libéraux et conservateurs alternent aux
responsabilités) de ce nouvel Etat sans expérience
institutionnelle ni moyens financiers, sont d'abord
préoccupées par l'insertion de leur pays dans le
système politique international; elles aspirent à
récupérer la Transylvanie, passée sous
contrôle hongrois direct. Le début de
l'industrialisation prime à leurs yeux la question
agraire, pourtant fondamentale: l'écrasante
majorité des Roumains est composée de petits paysans
presque sans moyens face aux grands propriétaires.
Ces élites aspirent également
à reconstituer la «Grande Roumanie» en
réintégrant la Bessarabie, la Bucovine, le Banat et
surtout la Transylvanie, annexée par la Hongrie en 1867. La
question balkanique, la
Première Guerre
mondiale et le jeu des alliances (la Roumanie s'est
rangée aux côtés des Alliés en 1916) vont
conduire à la réalisation presque inespérée de
cette ambition : la Roumanie obtient les territoires
revendiqués (traité de Trianon, 1920) et sa superficie
passe de 130'000 à 237'500 km
2
.
Le royaume de Roumanie
De 1918 à 1947, au cours
d'une période très complexe, coexistent une
étonnante floraison intellectuelle et l'accumulation de
difficultés politiques et économiques. La «Grande
Roumanie» doit gérer des minorités (un quart de la
population) autrefois en position dominante et s'insérer
sur l'échiquier politique européen: Petite Entente
avec la Yougoslavie et la Tchécoslovaquie
en 1920-1921 ; Pacte balkanique avec la Yougoslavie, la
Grèce et la
Turquie en 1934.
La parenthèse démocratique est
de courte durée. Le contexte international de crise
économique appauvrit ce pays exportateur de produits
agricoles, engendre de fortes tensions sociales et favorise la
montée, dès 1930, de mouvements populistes
d'inspiration fasciste tels que la Garde de fer (de petits
groupes fascistes calqués sur le modèle
mussolinien
étaient apparus dès 1923 à Bucarest).
Le début de
la Seconde Guerre
mondiale, favorable à l'
Allemagne nazie
en Europe centrale, voit l'alignement de la Roumanie sur les
puissances de l'Axe : en septembre 1940, les
Gardes de fer portent au pouvoir le «Conducator» Ion
Antonescu, et Carol II abdique au profit de son fils Michel
I
er
. Toutefois, cela ne met pas la Roumanie
à l'abri du démantèlement prévu par le
pacte germano-soviétique et elle perd les territoires
gagnés en 1916, avant que la guerre contre l'URSS (1941)
ne lui permette de reprendre la Bessarabie et la
Transnistrie.
En 1944,
l'Armée
rouge entre dans le pays ; Michel I
er
reprend le pouvoir, fait arrêter
Antonescu et demande l'armistice aux Alliés (septembre).
Les troupes roumaines se retournent alors contre l'Allemagne
nazie. Ces événements suscitent l'installation du
gouvernement de Petru Groza (soutenu par les Soviétiques) en
1945. L'année suivante, les communistes remportent les
élections. Le roi Michel est contraint d'abdiquer le
30 décembre 1947.
La République populaire roumaine est
proclamée. Malgré ce renversement des alliances, le
traité de Paris (10 février 1947) ne restitue
à la Roumanie que le nord de la Transylvanie: elle doit
renoncer à la Bessarabie, au nord de la Bucovine et au sud de
la Dobroudja.
La Roumanie socialiste
Dans ses institutions comme dans ses
structures économiques, la Roumanie socialiste présente
un profil similaire à celui des autres démocraties
populaires : toute-puissance du parti unique, économie
planifiée, collectivisation. Dès son arrivée au
pouvoir, Petru Groza entreprend la collectivisation des terres
(achevée en 1962) et la nationalisation de
l'industrie naissante.
Pourtant, tandis qu'à la
tête du pays se succèdent Groza (1947-1955), Gheorghe
Gheorghiu-Dej (1955-1965), Chivu Stoica (1965-1967) et Nicolae
Ceausescu, président du Conseil d'Etat à partir
de 1967, puis président de la République
en 1974, une distinction s'opère progressivement,
et une certaine indépendance militaire et politique
vis-à-vis de Moscou se fait jour : fin de la
présence des troupes soviétiques en 1958 sous
Gheorghiu-Dej ; à partir de 1962, refusant de
s'aligner sur les positions de l'URSS en politique
internationale, la Roumanie s'écarte sensiblement de
l'orbite soviétique ; elle maintient, notamment,
des relations avec la Chine et
Israël, et,
en 1968, ses troupes n'interviennent pas à Prague
avec celles du pacte de Varsovie ; simultanément, se
manifeste une certaine autonomie économique (après
avoir refusé la division internationale socialiste du
travail en 1962, la Roumanie multiplie les liens avec
l'Occident et fait appel aux capitaux occidentaux pour
développer l'industrialisation, adhésion au FMI en
1972).
Ceaucescu
Cette option communiste-nationaliste se double toutefois du
renforcement d'un Etat policier, qui sous Ceaucescu va prendre
rapidement le visage caricatural d'une dictature personnelle,
et la singularité de son cheminement politique place la
Roumanie, déjà économiquement en retard par rapport
à ses voisins occidentaux, dans une dynamique d'isolement
international qui va lui imposer de se rapprocher à nouveau de
Moscou sur le plan économique. Malgré la puissante
Securitate (police politique), les années 1980 voient se
multiplier les oppositions discrètes ou violentes au
dictateur, provenant de tous horizons, y compris du comité
central. Encore mal élucidées dans leur
déclenchement et dans leur déroulement, les tragiques
journées de la révolution nationale, à Timisoara et
à Bucarest en décembre 1989, en sont
l'aboutissement : au terme de violents combats de rue qui
firent «officiellement» plus d'un millier de
victimes, le régime communiste fut renversé et le couple
Ceaucescu fut exécuté.
Une difficile transition
En 1990-1991 se poursuivirent les
troubles liés aux luttes pour le contrôle du pouvoir
entre factions rivales plus ou moins issues des anciennes couches
dirigeantes. De violents épisodes rendirent le nouveau
régime suspect à l'étranger. L'ancien
apparatchik communiste Ion Iliescu, l'un des dirigeants du FSN
(Front de salut national, constitué pendant
l'insurrection), fut élu président de la
République en mai 1990 et, bien qu'en trois ans le
paysage politique eût évolué avec une fragmentation
de l'ancien FSN et une recomposition dans l'opposition
(Convention démocratique), il fut réélu en
1992. Son parti perdit toutefois la majorité
parlementaire lors des élections locales et législatives
organisées en novembre 1996, et le candidat de la
Convention démocratique de Roumanie (CDR), Emil Constantinescu
fut choisi pour lui succéder à la présidence de la
République. Toutefois, en décembre 2000, Iliescu
retrouvait la direction de l'Etat lors d'élections
marquées par une forte poussée de l'extrême
droite, représentée par Corneliu Vadim Tudor.
Outre la crise économique (baisse
du pouvoir d'achat de 40 % de 1990
à 1993 ; poids de la dette extérieure à
acquitter : 2,4 milliards d'euros), la question des
minorités constitue un facteur permanent de crispation de la
vie politique. Ainsi, en 1996, la Roumanie a signé un
traité sur les droits des minorités nationales. Mais
l'on a vu, en 1998, ressurgir des tensions avec la
minorité hongroise à propos de l'opportunité
de créer ou non une université hongroise à Cluj.
Seules les relations internationales
semblent connaître une amélioration avec la signature
avec la Hongrie d'un traité proclamant
l'inviolabilité des frontières des deux Etats et
garantissant les droits de la minorité hongroise en Roumanie.
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