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Etat-nation (780'580 km2 ) entouré par quatre mers, il possède des frontières avec la Grèce, la Bulgarie, la Géorgie, l'Arménie, l'Azerbaïdjan (Nakhitchevan), l'Iran, l'Iraq et la Syrie.
La naissance de la Turquie moderne
Après
la Première
Guerre mondiale, la défaite de
l'Empire
ottoman a plongé la Turquie dans le chaos, encore
aggravé par les conditions très dures de l'armistice
de Moúdhros (octobre 1918): capitulation de
l'armée, démilitarisation des Détroits, perte
des provinces arabes, occupation de points stratégiques par
les troupes alliées. Quelques mois plus tard, l'armée
grecque débarque à Izmir avant que les Alliés
n'imposent au sultan le traité de Sèvres
(août 1920). Celui-ci consacre le démembrement de la
Turquie en instituant des zones contrôlées par les
grandes puissances et en créant une Arménie
indépendante et un Kurdistan autonome.
La sévérité des sanctions
provoque un sursaut au sein de la population. Des meetings de
protestation se tiennent à Istanbul, tandis que des
associations patriotiques se multiplient en Thrace et en
Anatolie. Débarqué à Samsun en mai 1919,
Mustafa Kemal va prendre en main l'organisation de la
résistance. Rassemblant les débris de l'armée
ottomane en Anatolie, mobilisant toutes les forces
économiques et sociales, il parvient, depuis Ankara où
il a installé son quartier général, à faire
front. Il repousse les Arméniens à l'est et
contient les Français en Cilicie.
Une série de victoires
(Inönü, Sakarya) permet de briser l'élan des
armées grecques qui avaient envahi l'Anatolie occidentale.
Celles-ci sont définitivement chassées à la suite de
la prise d'Izmir en septembre 1922. En deux ans, le
territoire turc a été libéré. La victoire est
due à la volonté d'un homme, à la mobilisation
d'une nation, à l'aide apportée par la Russie
bolchevique et, aussi, à la division des puissances
européennes face à la poursuite de la guerre en Orient.
La République kémaliste à l'école de l'Occident
Après d'âpres
négociations avec les puissances alliées, la Turquie, au
traité de Lausanne (juillet 1923), obtient
l'annulation des dispositions prises à Sèvres.
L'indépendance, la souveraineté et les
frontières du nouvel Etat sont reconnues. Les capitulations
sont supprimées. Il se produit un échange de populations
avec la
Grèce.
La paix conclue, Mustafa Kemal renforce
son autorité et met fin à la monarchie ottomane en
supprimant l'institution du sultanat. Il fonde son propre
parti, devenu Parti républicain du peuple (PRP), instaure la
République, dont il devient le premier président, et
fixe la capitale à Ankara, double symbole d'une rupture
avec le passé et du recentrage sur l'Anatolie.
Quelques mois plus tard, en
mars 1924, il abolit le califat, ce qui a pour effet de
distendre les liens entre la Turquie et le monde islamique.
Maître du pays, il se lance dans une série de
réformes audacieuses: suppression des écoles et des
tribunaux religieux, dissolution des confréries islamiques,
interdiction du port du fez, émancipation de la femme. Il
fait adopter une nouvelle législation inspirée de
divers codes européens. En 1928, les lettres arabes
sont abandonnées au profit de l'alphabet latin.
L'adoption de ces mesures radicales
suscite des critiques et provoque des mouvements de
résistance. Dans l'Est du pays, une révolte
conduite par un cheikh kurde est durement réprimée au
printemps de 1925. La presse est soumise à une censure
stricte, tandis que des purges permettent de se débarrasser
des derniers éléments du mouvement des Jeunes-Turcs et
des communistes: dès la fin des années 1920, les
oppositions sont étouffées.
Après la crise de 1929,
l'heure est à l'étatisme: inspiré par
l'expérience soviétique, un premier plan quinquennal
vise à doter le pays d'une industrie lourde. Les
«maisons du peuple», organes culturels du parti unique,
recouvrent le pays, avec pour mission d'éduquer et de
diffuser dans les petites villes et les campagnes les idéaux
de la révolution kémaliste. Une version
«officielle» de l'histoire, qui fait des
Hittites les
ancêtres des Turcs, est échafaudée afin
d'enraciner la conscience nationale en Anatolie. Quant à
la langue turque, elle est épurée des termes arabes et
persans.
La succession d'Atatürk et le multipartisme
Devenu président de la
République après la mort d'Atatürk,
en 1938, Ismet Inönü doit faire face à la
montée des périls internationaux. A la suite de longues
tractations, la France cède à la Turquie le sandjak
d'Alexandrette (1939). Courtisée par les deux camps, la
Turquie reste neutre pendant le second conflit mondial - elle
déclare la guerre à l'Allemagne en
février 1945.
Au lendemain des hostilités, Ankara
doit faire face à une grave menace:
Staline remet en
cause la souveraineté turque sur les Détroits
(Bosphore, Dardanelles) et émet des revendications
territoriales sur les provinces orientales de la Turquie. Mais
les Turcs résistent à ces pressions, et, renonçant
à leur neutralité, amorcent un rapprochement avec
l'Occident. Ankara signe la Charte des Nations unies,
adhère à la «doctrine Truman» (1947),
reconnaît Israël, est admis au Conseil de l'Europe
et envoie un contingent en Corée. Peu après, la Turquie
est intégrée à l'OTAN avec la Grèce.
En même temps qu'elle se tourne vers
l'Occident, la Turquie s'oriente vers le multipartisme.
Un certain nombre de députés du PRP font sécession
et fondent, en 1946, le Parti démocrate, de tendance
plus libérale. A la surprise générale, les
démocrates remportent une large victoire aux élections
de 1950, et Adnan Menderes devient Premier ministre.
On assiste à un tournant dans
l'évolution du pays: la bureaucratie kémaliste doit
désormais partager le pouvoir avec une bourgeoisie
d'affaires, les grands commerçants et les gros
propriétaires, tandis que l'importance de
l'électorat paysan incite les démocrates à
faire des concessions sur le plan religieux.
Le développement de
l'économie est rapide. Le pays s'ouvre aux capitaux
étrangers, et la mécanisation de l'agriculture est
accélérée. En matière de politique
étrangère, les démocrates s'efforcent
d'organiser la défense du mouvement des non-alignés.
Au bout de quelques années, les excès du gouvernement
démocrate, la dérive vers un pouvoir personnel et les
menaces qui pèsent sur la laïcité finissent par
susciter une forte opposition. En 1960, soutenue par les
étudiants et les universitaires, l'armée se
décide à intervenir.
Pouvoir civil et pouvoir militaire
Le coup d'Etat militaire de 1960
inaugure une série d'interventions de l'armée
dans la vie politique turque. Les leaders du Parti démocrate
sont traduits en justice; trois d'entre eux sont
exécutés, dont Adnan Menderes. Une Constitution plus
libérale, qui, pour la première fois, reconnaît le
droit de grève, est promulguée en 1961.
Héritier du Parti démocrate, le parti de la Justice
accède au pouvoir aux élections de 1965, avec
Süleyman Demirel comme Premier ministre.
Tandis que l'économie
connaît une phase de croissance, le syndicalisme se
développe et les mouvements de gauche se renforcent.
En 1971, l'armée intervient à nouveau dans la
vie politique, cette fois sans prendre le pouvoir. Les militaires
font pression sur le pouvoir civil, obtiennent la démission
de Demirel et la mise en place d'un pouvoir d'exception.
La loi martiale est établie, et la répression
s'abat sur les mouvements de gauche et les
intellectuels.
Malgré la normalisation
amorcée en 1973, la classe politique est impuissante
à enrayer la montée des radicalismes. Les affrontements
sanglants entre extrémistes de droite et de gauche se
multiplient. Les islamistes agissent ouvertement contre la
laïcité. A la confusion politique, également
nourrie par le mouvement kurde, s'ajoute une grave crise
économique, liée surtout aux problèmes
pétroliers.
A la fin des années 1970, la
Turquie semble prête à basculer dans le chaos,
situation qui pousse l'armée, en septembre 1980,
à s'emparer directement du pouvoir. Survenant un an et
demi après la révolution iranienne, ce coup d'Etat
est accueilli avec soulagement par les puissances occidentales,
notamment les Etats-Unis. Le général Kenan Evren, qui
devient chef de l'Etat, suspend la Constitution, dissout les
partis politiques, interdit les formations syndicales, pourchasse
les groupes extrémistes et censure la presse: l'ordre
public est restauré aux dépens des libertés
démocratiques. Le régime militaire promulgue une
nouvelle Constitution, soumise à référendum
en 1982, mais ne peut empêcher un civil, Turgut
Özal, fondateur du parti de la Mère Patrie (ANAP), de
remporter les élections de 1983.
Pendant dix ans, la vie politique est
marquée par la personnalité de Turgut Özal.
Musulman sincère, technocrate formé aux Etats-Unis, il
est d'abord Premier ministre avant de devenir président
de la République de 1989 jusqu'à sa mort,
en 1993. Partisan du libéralisme, il supprime le
contrôle des changes, lance un programme de privatisations,
renforce les relations économiques avec les pays du
Moyen-Orient, notamment l'Iran et l'Iraq, en guerre
depuis 1981. L'économie se redresse de manière
spectaculaire. Toutefois, l'inflation reste forte (autour de
60 %), les écarts sociaux se creusent et les scandales
se multiplient. L'islamisme progresse jusque dans les hautes
sphères de l'Etat.
Sur le plan extérieur, Ankara
mène une diplomatie active en s'efforçant de
restaurer l'image du pays et en posant officiellement la
candidature de la Turquie à l'entrée dans la
Communauté européenne (1987). Alliée fidèle
des Etats-Unis, la Turquie prend position contre Saddam Hussein
et autorise l'usage de ses bases aériennes pendant la
guerre du Golfe.
En 1993, Süleyman Demirel est
élu à la présidence de la République. Le
poste de Premier ministre, pour la première fois en Turquie,
échoit à une femme, Tansu Ciller. Dans un environnement
géopolitique instable, celle-ci doit s'efforcer de
trouver une solution aux problèmes économiques, à
la question kurde et à la montée des islamistes: le
8 juillet 1996, Necmettin Erlsakan, chef du Refah, le
parti fondamentaliste, devient Premier ministre.
En juin 1997, ce dernier remet sa
démission au président S. Demirel en espérant que sa
partenaire conservatrice Tansu Ciller lui succédera. Contre
toute attente, M. Demirel qui souhaitait rassembler une coalition
laïque écartant les islamistes du pouvoir, a nommé
le leader de l'opposition Mesut Yilmaz, à la tête du
nouveau gouvernement, mettant ainsi fin à la pression des
militaires qui menaçaient de faire tomber celui de N. Erbakan.
En 1999, Bülent Ecevit le remplace à la direction du
gouvernement. Le 5 mai 2000, Ahmet Necdet Sezer est élu
à la présidence de la Turquie.
Etat et institutions
Une république
La Turquie est une république depuis 1922, et une démocratie de type pluraliste depuis 1946. Chaque fois que l'armée est intervenue pour s'emparer du pouvoir, elle a fini par accepter de restaurer un régime parlementaire. Pour éviter un retour au blocage du système politique, la nouvelle Constitution adoptée en 1982 renforce le pouvoir exécutif. Le président de la République, élu par l'Assemblée nationale, dispose d'un mandat de sept ans ; il nomme le Premier ministre et le chef d'état-major. Le pouvoir législatif échoit à une Assemblée unique de 450 membres élus pour cinq ans. L'équilibre des pouvoirs instauré par la Constitution dépend, en dernière instance, de la personnalité du chef de l'État. Sous les présidences de Kenan Evren et de Turgut Özal, le régime politique turc a pris des «allures» semi-présidentielles. Süleyman Demirel, élu en 1993, s'est montré plus discret dans l'exercice de ses fonctions, laissant davantage de liberté au Premier ministre.
Avec le retour à un régime civil en 1983, la recomposition du paysage politique s'est faite au profit de partis de droite et de centre droit, d'abord le parti de la Mère Patrie, rassemblement hétéroclite d'islamistes, de nationalistes et de libéraux, puis le parti de la Juste Voie de Süleyman Demirel, qui s'inscrit dans la tradition du parti de la Justice. Autre élément non négligeable de l'éventail politique, le parti de la Prospérité, de tendance islamiste, a montré qu'il fallait compter avec lui depuis la tenue d'élections locales partielles en 1992. Quant à la gauche turque, elle est, depuis 1980, affaiblie et divisée.
Tout en reconnaissant les droits et libertés essentiels, la Constitution de 1982 témoignait d'une volonté de contrôler étroitement la vie politique, sociale et culturelle. Ainsi, dans le domaine de l'enseignement, le Conseil supérieur de l'éducation a-t-il été chargé de mettre les universités sous surveillance pour empêcher tout retour de l'agitation. Cependant, on observe, depuis la fin des années 1980, une nette évolution des institutions politiques dans le sens d'une libéralisation. La Turquie actuelle jouit d'une grande liberté d'expression. Le monopole étatique sur les médias a été supprimé, d'abord en fait, puis en droit. L'apparition de chaînes de télévision et de radios libres a brusquement modifié le paysage audiovisuel turc. D'autre part, outre l'abrogation, en 1991, de certains articles datant de 1926 et restreignant la liberté d'expression et d'association, le Code pénal a fait l'objet, en 2004, d'une importante réforme qui a nécessité une refonte complète de la Constitution, réduisant par exemple le rôle de l'armée et entérinant la suppression de la peine de mort. Cette réforme constitue un préalable à l'ouverture de négociations d'adhésion à l'Union européenne.
Le problème kurde
La revendication kurde une préoccupation importante du pays. Concentrés dans les régions du Sud-Est anatolien, les Kurdes de Turquie ont vu leurs droits et leur identité niés par Ankara. De 1984 à la fin des années 1990, une véritable guérilla, conduite par le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), s'est déroulée dans l'Est de l'Anatolie. Source d'exode des populations kurdes vers l'ouest, elle a fait plus de 6'000 morts dans la région.
La question kurde ne constitue plus aujourd'hui un tabou dans la société et les milieux politiques turcs. À la recherche d'une formule politique qui concilierait ses traditions d'État unitaire et les aspirations des Kurdes à l'autonomie culturelle, la Turquie a adopté en 2002 un ensemble de dispositions légales favorables à la population kurde, pour satisfaire aux exigences de l'Union européenne en vue de son adhésion : autorisation de l'enseignement et de la diffusion en langue kurde.
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