|
Dossier(s) : Pays > Moyen-Orient > Yémen © Hachette Livre et/ou Hachette
Multimédia

© Intercarto
Bastion extrême de la péninsule
Arabique, dominant la mer Rouge et l'océan Indien, ce pays
de 527'970 km
2
, qui vécut longtemps replié sur
lui-même, fait mentir son appellation antique
d'«Arabie Heureuse». Déchiré au XIX
e
siècle entre les influences
ottomane et britannique, il a subi depuis 1962 trois guerres
civiles et connu une période de bouleversement social et
économique.
L'histoire du Yémen antique, peu
étudiée, reste enfouie sous les sables. Les textes les
plus anciens découverts à ce jour ne permettent
guère de remonter au-delà du V
e
siècle av. J.-C. On
sait cependant, par certaines inscriptions sud-arabiques, que des
civilisations se
sont épanouies sur ces territoires dès avant
le I
er
millénaire.
Le royaume de la reine de Saba
La légende de la reine de Saba et sa
visite auprès du roi
Salomon,
relatée aussi bien dans la Bible que dans le Coran,
nourrissent une certaine fascination européenne pour cette
lointaine contrée.
Plusieurs royaumes se sont
succédé de 1500 av. J.-C. à
300 apr. J.-C. Le plus célèbre d'entre
eux, celui de Saba, avait Marib pour capitale. La puissance de
ces royaumes aux confins du désert reposait sur deux
facteurs: une agriculture rendue possible grâce à la
maîtrise de l'irrigation et une intense activité
commerciale. L'Arabie du Sud avait le privilège de
produire - notamment dans le Dhofar et l'Hadramaout
- de l'encens, de la myrrhe, de la cannelle et des
aromates, dont les civilisations méditerranéennes (
Grèce,
Egypte)
étaient très demandeuses pour les besoins des rites
religieux et les usages médicaux.
Parcourue par d'immenses caravanes, la
route de l'encens, tracée en bordure du désert,
évitait les reliefs. Par cet itinéraire transitaient
également des richesses venant de l'Inde.
L'apogée de ces royaumes d'Arabie semble se situer aux
IIIe et IIe siècles av. J.-C. Mais
l'apparition de nouvelles routes commerciales fut le facteur
déterminant du déclin: le commerce terrestre avec
l'Inde se détourna de la route de l'Arabie du Sud pour
transiter par la
Mésopotamie
et rejoindre les ports méditerranéens.
Les Himyarites des hauts plateaux prirent ensuite
l'ascendant en Arabie du Sud. Certains souverains
adoptèrent le
judaïsme,
d'autres le
christianisme. Une
invasion éthiopienne mit fin à leur dynastie en 525,
et Sanaa devint capitale. Cette nouvelle domination fut
éphémère, et l'Arabie du Sud, convoitée par
les
Perses, devint, un
temps, une satrapie.
Le Yémen musulman: le pays des
zaydites
En 628, le gouverneur perse du Yémen
se convertit à l'islam, entraînant dans sa
démarche l'ensemble de son peuple. De nombreuses
mosquées sont construites, et le pays participe largement
à la propagation de l'islam. Poussées par le
zèle des nouveaux convertis, les cohortes yéménites
deviennent le fer de lance des armées musulmanes, instrument
des grandes conquêtes arabes. Bien souvent en proie aux
rivalités tribales, le Yémen devient une province de
l'empire abbasside.
C'est précisément pour arbitrer des conflits
tribaux qu'un imam descendant d'Ali fonde à la fin du
IX
e
siècle la dynastie chiite des
zaydites. L'histoire de l'imamat zaydite révèle
la constance des conflits entre imams et tribus (l'imamat est
en lutte pour la suprématie avec de nombreuses autres
dynasties).
A partir du XVI
e
siècle, le Yémen,
épuisé par les querelles intestines, subit la domination
étrangère. Les Portugais tentent sans succès
d'établir des comptoirs, et
les Ottomans
s'emparent du pays pour plus d'un siècle. C'est
à l'époque ottomane que la culture et le commerce du
café prennent leur essor. Les imams zaydites recréeront
un Etat indépendant, sans parvenir jamais à établir
durablement leur autorité sur l'ensemble du pays.
Le partage entre Britanniques et
Ottomans
En 1839, les
Britanniques
contrôlent Aden, escale importante sur la route des Indes.
En 1843, la ville, sous la dépendance de l'empire
colonial des Indes, devient une place forte. Cette installation
fait tache d'huile, et la Grande-Bretagne signe des
traités de «protection» avec de nombreux souverains
ou chefs de tribu locaux. Les Britanniques contrôlent les
territoires qui formeront plus tard le Yémen du Sud. De leur
côté, les Turcs reviennent au Yémen en 1849 et
renforcent considérablement leur présence après
l'ouverture du canal de Suez.
Au début du XX
e
siècle, les sphères
d'influence turque et britannique se précisent, et
en 1905 un accord entre les deux puissances trace la
«Violet Line», qui deviendra ultérieurement la
frontière entre les deux Yémens. Les Turcs se retirent du
Yémen en 1919, au lendemain de leur défaite.
Les deux Yémens
Dès lors, les deux entités
territoriales évoluent indépendamment l'une de
l'autre.
Le Yémen du Nord
Sous la férule de l'imam Yahya, le Yémen du
Nord apparaît comme un pays sous-développé et
arriéré, fermé à toute influence
étrangère. L'imam tente sans succès de
réaliser l'unité du pays. Dans le Nord, il entre en
conflit avec l'Arabie Saoudite, mais, battu, doit admettre la
souveraineté saoudienne sur la région de l'Asir
(1934); pour le Sud, un traité de 1926 reconnaît la
domination britannique sur Aden et les territoires voisins. En
1948, l'imam Yahya est assassiné. Son fils Ahmad
réussit à s'emparer du pouvoir. Jusqu'à sa
mort, en septembre 1962, celui-ci dirige le pays depuis Taiz,
l'ouvre aux influences extérieures et engage une politique
de modernisation et de développement de l'instruction. En
1962, une semaine après la mort d'Ahmad, un coup
d'Etat militaire, soutenu par l'Egypte, renverse
l'imam, qui s'enfuit en Arabie Saoudite, et la
République arabe yéménite (RAY) est proclamée.
Le Yémen connaît alors une période sanglante:
sept ans de guerre civile opposent les républicains, soutenus
par l'Egypte nassérienne qui envoie pendant cinq ans un
corps expéditionnaire, aux royalistes, soutenus par
l'Arabie Saoudite. Le conflit se termine en 1967 par le retrait
des troupes égyptiennes. En 1970, une nouvelle Constitution
est promulguée, favorable aux puissances occidentales;
l'Arabie Saoudite reconnaît la République du Nord.
Cependant, le pays se heurte de plus en plus violemment à son
voisin marxiste du Sud.
La guerre entre les deux Yémens
(septembre-octobre 1972) se termine par un traité qui
projette, à long terme, l'unification des deux Etats,
mais qui reste sans effet. L'assassinat du président de
la République, en juin 1978, provoque la rupture des
relations diplomatiques puis, en mars 1979, une guerre ouverte
avec le Yémen du Sud.
Le lieutenant-colonel Ali Abdallah
Saleh, nommé président de la République en juillet
1978, se révèle un politique habile: nonobstant les
pressions de Riyad et de Washington, il fait appel à
l'aide militaire soviétique en 1980, et mène,
à l'intérieur, une difficile politique
d'équilibre entre les forces conservatrices et
progressistes. En novembre 1981, il obtient d'Aden (avec qui
les relations se sont notablement améliorées) la
réduction de son aide aux maquisards du Front national
démocratique (FND), qui se livrent à la guérilla
dans le Sud. Une paix des braves est finalement signée au
début de 1983, le FND dépose les armes. En mai 1983
puis en juillet 1988, Ali Abdallah Saleh est réélu
à la présidence de la République. En 1989, un
accord est signé avec le Yémen du Sud, qui permit la
réunification des deux pays en 1990. Quatre ans plus tard,
les conditions d'une nouvelle scission sont à nouveau
réunies, fragilisant davantage l'économie.
Le Yémen du Sud
Dans les années 1960, le Yémen du Sud est
confronté à des événements violents. Pour les
Britanniques, qui souhaitaient constituer avec les
principautés de l'arrière-pays une
fédération de l'Arabie du Sud, Aden restait une
base de première importance. Tandis qu'un puissant
mouvement nationaliste s'affirme - mené par le
Front national de libération (FNL) -, la
Grande-Bretagne se retire, et l'indépendance est
proclamée en 1967.
En 1969, l'aile gauche du Front
l'emporte, et, en 1970, le président Salim Ali Rubayyi
instaure le seul régime marxiste de la péninsule
Arabique. La réforme administrative et la réforme
agraire soulèvent l'opposition des chefs des tribus et
des milieux religieux, soutenus par l'Arabie Saoudite. Les
contradictions de la politique de Rubayyi (rapprochement avec
l'Arabie Saoudite en 1976, mais politique agressive à
l'égard du Yémen du Nord), ses ambitions
personnelles et son isolement au sein du FNL provoquent en juin
1978 un soulèvement militaire au cours duquel il est
renversé et exécuté.
Un nouvel homme fort s'impose à
la tête de l'Etat en octobre 1980: Ali Nasir Muhammad.
Marxiste convaincu, partisan inconditionnel de
l'URSS, il se
montre pourtant soucieux de rompre l'isolement diplomatique de
son pays. Mais cette orientation est remise en cause par l'aile
dure du parti socialiste yéménite (parti unique); les
dissensions s'exaspèrent et les règlements de comptes
entre opposants laissent un pays dévasté. Ali Nasir
Muhammad, évincé, doit s'exiler. Le nouveau
président, Abou Bakr al-Attas, poursuit pourtant, sous la
pression de Moscou, la politique de rapprochement avec le
Yémen du Nord aboutissant à la réunification de
1990.
Le problème de la
réunification
Bien que la réunification ait
été proclamée le 22 mai 1990, la
réconciliation s'est avérée difficile. En
attendant des élections prévues pour avril 1992, des
dispositions avaient été prises pour organiser une
période transitoire. Le parti socialiste yéménite
(PSY) et le Congrès général populaire (CGP), qui
régnaient sans partage (le premier dans le Sud, le second dans
le Nord), s'étaient mis d'accord pour gérer le
pays en se répartissant le pouvoir au sein du Parlement et du
Conseil présidentiel.
Le compromis apparaît vite
difficile à mettre en œuvre. Attentats et émeutes
urbaines se multiplient. Ni les armées, ni les services de
télévision, ni les compagnies aériennes ne
fusionnent. La nouvelle structure gouvernementale ne parvient pas
à se substituer à l'ordre tribal traditionnel,
notamment dans la partie septentrionale du pays. La
mésentente règne.
Après une longue période
d'incertitude et d'affrontements, les élections
législatives se déroulent finalement le
27 avril 1993: c'est un succès pour le
processus de démocratisation engagé lors de la
réunification. Les résultats sont favorables aux trois
grands partis: 121 sièges reviennent au CGP, 56 au PSY,
62 au Rassemblement yéménite pour la réforme
(le parti islamiste). Ces trois partis constituent un
gouvernement de coalition. La vie politique est alors
dominée par la réforme de la Constitution et la mise en
place de nouvelles institutions. Mais le désenchantement
gagne rapidement les Sud-Yéménites, qui ne comptent que
pour 3 millions dans la population totale.
L'accord de réconciliation
signé à Amman (Jordanie) le
20 février 1994, qui donnait satisfaction aux
Sudistes, ne les empêche cependant pas de déclarer
unilatéralement leur indépendance
(21 mai 1994). Mais, après un mois de combats, les
troupes nordistes entrent dans Aden (le 5 juillet) et en
chassent les dirigeants sudistes. Déclarée
illégitime par le président Ali Abdallah Saleh, la
déclaration de sécession du Yémen du Sud faite par
le vice-président Ali Salem al-Baïd, relance les
combats entre nordistes et sudistes, malgré
l'intervention de plusieurs pays arabes qui portent le
conflit devant le Conseil de sécurité de
l'ONU.
En mai 1998, le président Saleh
doit faire face à une grave crise politique après la
démission de son Premier ministre Faraj Ben Ghanem. Il confie
à Abdel Karim al-Iriany la formation du nouveau gouvernement.
|