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Amérique

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Les sous-continents
Second continent par la superficie, l'Amérique s'étend suivant un axe méridien. Scindé en deux grandes parties de dimensions similaires, reliées par l'arc montagneux de l'Amérique centrale, ce continent connaît tous les climats, des plus extrêmes aux plus doux. De l'Alaska à la Terre de Feu, il est bordé, le long de sa façade pacifique, par une immense cordillère, longue de 22'000 km. Cette vigoureuse barrière limite de grandes zones de plaines et de plateaux, ouvertes sur l'océan Atlantique.  

Le XIX e siècle voit se dessiner un continent partagé en trois unités linguistiques: anglophone (Amérique du Nord), hispanophone (de la Terre de Feu au Mexique) et lusophone (Brésil). En revanche, l'apport francophone n'est plus majoritaire qu'au Québec.  

Si trois «géants» se démarquent par leur superficie ( Brésil, Canada et Etats-Unis), il existe aussi une mosaïque d'États beaucoup plus petits, comme le Honduras, le Salvador et le Paraguay. Leurs capitales, hypertrophiées, qui rassemblent souvent le tiers de la population, illustrent l'explosion urbaine et l'ampleur des migrations des campagnes vers les villes.  

Au total, trois nations en Amérique du Nord, dont deux très riches, dix-huit en Amérique centrale et du Sud, souvent très pauvres, témoignent des différences entre les deux parties linguistiques du continent. L'une développée, l'autre en voie de développement, l'une constituée de grands pays, l'autre d'une mosaïque d'Etats, parfois rivaux. Les hommes ont fait du continent américain, en dépit de ses traits physiques souvent proches, un espace aux multiples facettes.



Le mythe de l'Amérique
L'Amérique est un continent non désiré, un monde en trop, qui a surgi inopinément sur la route des navigateurs européens de la fin du XV e  siècle, qui cherchaient, à l'ouest, le plus court chemin vers l'or et les épices de l'Orient.  

Si les conquistadores ressemblaient curieusement aux divinités dont les mythologies mélancoliques des empires indiens annonçaient la venue à la fin des temps, les habitants du Nouveau Monde ne répondaient à aucune attente des découvreurs espagnols, italiens ou portugais. Les Européens virent ainsi dans l'Amérique moins le domaine d'une civilisation originale qu'un terrain propice à la culture de leurs fantasmes: le Nouveau Monde apparut comme l'image, en creux, de l'Ancien; les Indiens furent dotés à la fois de toutes les vertus perdues par la chrétienté (c'est le thème du «bon sauvage») et de toutes les monstruosités qui rendent indistincte la ligne de partage entre l'homme et l'animal (c'est le thème du «cannibale»).  

Avant d'être un continent, l'Amérique fut donc un rêve, le territoire de l'imaginaire européen, où les représentants d'une civilisation exténuée et pervertie pouvaient retrouver l'âge d'or du monde, la société primitive dans son état d'innocence, et en même temps disposer de l'espace vierge où bâtir de toutes pièces une société nouvelle.  

Dès l'origine, l'Amérique apparaît ainsi sous son double visage: la nature la plus authentique et le lieu des créations artificielles les plus audacieuses.  

Ce sont les cultures les plus élaborées de l'Amérique, celles des Aztèques, des Mayas et des Incas, qui ont subi le premier choc - et le plus violent - de la colonisation: leur ruine est contemporaine de leur découverte. Ayant ainsi effacé ses origines historiques, l'Amérique s'est recomposé une naissance mythique: c'est le pionnier qui crée l'Amérique. Moins dans les hautes terres de la zone andine où écrivains et anthropologues indigénistes cherchent encore à percer l'énigme des visages indiens «aux pupilles sans éclat», moins dans les forêts tropicales et équatoriales du Brésil ou du Paraguay où les minuscules communautés guaranis tentent désespérément de retrouver la «Terre sans mal» où s'est réfugié l'Ancêtre ordonnateur du monde, moins dans les étendues déshéritées de la Pampa et de la Terre de Feu, qui revivent depuis un siècle dans l'épopée des gauchos.  

L'axe mythique de l'Amérique, c'est celui qui traverse d'est en ouest le nord du continent, et selon lequel se déplace progressivement la «Frontière», au rythme des immigrations successives: ceux qui choisirent l'exil pour conserver leur foi religieuse (protestants français de Villegaignon au Brésil, puritains anglais du Mayflower dans la Nouvelle-Angleterre) ou leurs illusions sociales (les fouriéristes du Texas); ceux qui, poussés par la misère, abandonnèrent les terres ingrates d'Irlande et d'Italie ou les taudis de l'Europe centrale; ceux qui, formés dans les vieilles écoles européennes, trouvèrent dans les laboratoires des universités et des entreprises du premier Etat industriel les moyens de mener à bien leurs recherches.  

Les figures emblématiques de l'Amérique restent le trappeur, le coureur des bois, le chercheur d'or, le cow-boy. Mais aussi le hors-la-loi. L'Amérique vit de ce double mouvement: celui qui crée un monde, organise une société, et celui qui conteste cette société et vit dans ses marges - du philosophe transcendantaliste au beatnik.  

L'optimisme démocratique de l'Amérique se fonde sur l'exorcisme d'une double faute originelle: le meurtre de l'Indien, l'esclavage du Noir. Et le continent qui se dilue sur un espace immense, entre les champs de glace du Grand Nord et les haciendas argentines, concentre sa population dans des mégapoles, des réserves et des ghettos.  

Plus qu'un creuset, l'Amérique est un patchwork - cet assemblage de chiffons cher aux femmes des pionniers -, une terre de contrastes qui a vécu jusqu'à maintenant de cette formidable différence de potentiel entre des populations d'horizons et de visions du monde hétérogènes. Et ce contraste est aujourd'hui renforcé par l'affrontement diffus mais têtu entre la partie anglo-saxonne du continent, qui songe désormais à défendre ses valeurs et sa langue, et sa composante latino-américaine, qui opère un melting-pot d'un nouveau genre entre l'espagnol, l'anglais et le quechua, le catholicisme et le vaudou, les héritiers de Don Quichotte et ceux de Mark Twain.  




 
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