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Tibère

Rome, v. 42 av. J.-C. - Misène, 37 apr. J.-C.
© Sylvie Délèze, Musée romain de Lausanne-Vidy


 


L'empereur Tibère
Collection Musée romain de Lausanne-Vidy


Empereur romain. Il voit le jour en 41 av. J.-C. et meurt en 37 ap. J.-C. Son dies imperii, soit le jour où il accède au pouvoir impérial, est le 19 août 14 ap. J.-C. Il est alors âgé de 56 ans. A cause de son exécration de la flatterie, il refuse que le Sénat donne son nom à un mois de l’année, comme il l’avait fait pour Auguste, répliquant : «Et que ferez-vous lorsque vous en serez au treizième César ?».



Ses origines

Tibère appartient à la gens Claudia, une famille de grands aristocrates. Il est le fils de Tibère Claude Néron, un allié d’Antoine et de Sextus Pompée dans le conflit qui les opposa à Octave pour la succession de Jules César, et de Livie, la première impératrice, l’unique amour d’Octave devenu Auguste. Ce dernier arrachera Livie à son mari alors qu’elle attend de lui un second enfant. On imagine que ce « rapt » de sa mère ne laissera pas Tibère indemne et placera la relation du beau-fils au beau-père sous le signe de la rancune, comme celle du beau-père au beau-fils sous celui de la plus grande méfiance.



Sa vie privée, ses surnoms, sa réputation

L’idée qu’on s’est longtemps faite du caractère de Tibère dépendait des sources, principalement de Tacite, qui détesta cet empereur au point d’en donner un portrait de pervers sexuel, de tyran sanguinaire se vautrant dans le stupre. Par Suétone, on apprend son goût pour les jeunes gens, qu’il aurait fait se débaucher devant lui lors de spectacles pornographiques dans sa retraite de Capri, une inclinaison qui lui vaut, selon l’historien, le surnom de vieux bouc ou Caprineus en latin, avec un jeu de mots sur le nom de l’île. Si l’on considère les portraits que d’autres historiens donnent de Tibère, ceux de Tacite et de Suétone paraissent caricaturaux. Mais les plumes moins sévères envers cet empereur ne sont pas parvenues à faire oublier l’image d’un monstre de provocation et de violence. La psychologie de Tibère ne se laisse toujours pas approcher et demeure mystérieuse. On sait qu’il fut amateur d’art, de peinture et de poésie, qu’il était grand et large d’épaules, que son peuple ne le comprenait pas. Sa misanthropie transparaît dans nombre de ses dires, tout comme son impopularité tient dans cette formule, que la foule clama quand elle fut certaine de sa mort : « Tibère au Tibre ! »

Un autre de ses surnoms, sans équivoque, provient des légionnaires commandés par Tibère, « Biberius », soit l’ivrogne.

 

Ses deux mariages ne sont guère heureux : d’avec Vipsania, qu’il aime et qu’il épouse en premier, il doit divorcer sur ordre d’Auguste, qui l’oblige alors à se marier avec sa fille Julie. Pour Tibère, c’est une tragédie, car sa vie durant, il aimera Vipsania. Quant à Julie, unique descendante d’Auguste, c’est une sacrifiée sur l’autel des ambitions paternelles. Conditionnée dès la petite enfance pour devenir impératrice, elle n’accédera jamais à ce rang, sera immanquablement frustrée, déçue. Quant elle est jointe à Tibère, elle est déjà veuve à deux reprises, de Marcellus et d’Agrippa, respectivement neveu et ami fidèle d’Auguste. Ce dernier change de vues une fois Julie mariée à Tibère, et mise, pour sa succession, sur les enfants de Julie et d’Agrippa, Caius et Lucius César. Ainsi confinée au second rang dans la hiérarchie impériale, le troisième revenant à Tibère, Julie prend son époux en horreur et le considère comme l’incarnation de son rêve brisé. A ce mépris ostentatoire et haineux, Tacite répond par une stratégie quasi théâtrale : il prétexte une grève de la faim et réclame un repos dans l’île de Rhodes. Où il restera 7 années durant ! A son retour, il ne reprend pas sa vie conjugale avec Julie. Qui se venge en prenant des amants, en complotant contre Tibère. Auguste la punit sans complaisance en la faisant enfermer sur l’île de Pandataria, puis à Reggio di Calabria. Monté sur le trône, Tibère la fera achever.



Son cursus politico-historique

Tibère, parce qu’il est en quelque sorte, le mal aimé d’Auguste, n’occupera durant longtemps que des seconds rôles à la direction de l’armée. Mais il se verra confier, en 12 ap. J.-C., l’imperium majus, c’est-à-dire la corégence absolue pour l’ensemble de l’administration des provinces, puis la puissance tribunitienne à vie.

 

A la mort d’Auguste, Tibère doit être persuadé par les sénateurs d’accepter l’entière charge du pouvoir. Il fait mine de vouloir instaurer une dyarchie, soit un gouvernement partagé entre l’empereur et le Sénat. Tibère est conscient cependant qu’un tel empire doit être placé sous un régime monarchique. Il tient à son pouvoir et ce n’est pas sans soulagement qu’il apprend la mort de Germanicus, un de ses ambitieux neveux, qu’Auguste lui avait fait adopter comme fils. Il surveillera étroitement les gouverneurs de province tout au long de son règne, leur demandant de rester modérés dans l’exercice de leur pouvoir et quant à la perception des impôts. C’est un trésorier sérieux, qui n’hésite pas à se rendre impopulaire en diminuant les jeux du cirque pour épargner. Il sait aussi se montrer généreux.

 

Il ne mène pas une politique territoriale expansionniste et veille à consolider les limites de l’empire fixées par Auguste. Il bridera les appétits de conquêtes d’un Germanicus, peut-être par jalousie, par prudence également, et il préférera mettre en place des protectorats, une formule qui lui réussira particulièrement en Orient et sur le Danube. En politique intérieure en revanche, il est impitoyable.

Il s’affichera comme un misanthrope, rendu méfiant et cynique par les années de pratique du pouvoir, et ses relations avec le Sénat des aristocrates ne cesseront de se durcir. Tibère place alors sa confiance en un seul homme : Séjan. Avide et fin tacticien, ce dernier isole Tibère et se rend indispensable à l’empereur tout en affûtant sa paranoïa, tout en écartant les obstacles qui pourraient entraver sa carrière. Il fait éliminer tous les éventuels successeurs de Tibère, à commencer par Drusus, le fils que Vipsania avait eu avec l’empereur, puis, Tibère s’étant retiré à Capri, deux des fils de Germanicus, qui sont les petits-neveux de l’empereur, et leur mère Agrippine. Il épargne le dernier, Caligula, n’y percevant aucune ombre, vu son jeune âge. Aveugle, Tibère lui donne les pleins pouvoirs proconsulaires et le fiance avec Julie, sa petite-fille. Séjan n’a plus que Tibère à faire disparaître. Enfin, averti par sa belle-sœur Antonia, l’empereur ouvre les yeux. Il fait condamner Séjan par surprise pour haute trahison. Le cadavre de Séjan sera traîné trois jours durant par le peuple dans les rues de Rome, avant d’être jeté dans le Tibre. Rendu encore plus fou par cette découverte de la menace qui pesait sur lui, Tibère règle ses comptes et multiplie les exactions, les déportations, les massacres.

 

Victime d’hallucinations, se sentant persécuté partout et par tous, Tibère tombe en syncope le 16 mars 37 ap. J.-C. Il s’en remet, pour la plus grande frayeur de son entourage. Caligula aurait alors ordonné de le faire étouffer. D’autres historiens romains parlent d’un assassinat de Tibère par empoisonnement. D’autres encore n’excluent pas la version d’une mort naturelle.



Bibliographie

Tacite, Annales ; Suétone, Vie des douze Césars, III.

L’ouvrage principal pour la présente notice : Les Empereurs romains, François Zosso, Christian Zingg, Errance, 1994.


 
Pour en savoir plus
La monarchie augustéenne et le Haut-Empire
Les empereurs romains




 
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