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Marx, Karl

Trèves, 1818 - Londres, 1883
© Hachette Livre et/ou Hachette Multimédia


 


Karl Marx


Théoricien et philosophe allemand. Toute la recherche intellectuelle de Karl Marx a visé à remplir le programme qu'il s'était fixé à vingt-cinq ans: produire «la critique radicale de tout l'ordre existant». Cette critique devant également être «pratique» (comme il le dira dans l'idéologie allemande), Marx va mener jusqu'à sa mort une intense activité militante.

C'est l'originalité de ce philosophe, devenu un théoricien de l'économie: une pensée constamment polémique - qui se veut néanmoins de niveau scientifique -, une vie constamment militante, qui se nourrit en même temps des recherches les plus érudites.



Marx philosophe
Né en 1818 à Trèves d'un père avocat (issu d'une famille de rabbins, mais converti au protestantisme), Karl Marx est le deuxième d'une famille de huit enfants.   

Inscrit à la faculté de droit de Berlin, il subit l'influence de Hegel, alors dominante. Les « jeunes hégéliens », dont Marx fait partie, ont les yeux fixés sur une Europe où la liberté proclamée par la Révolution française est un ferment pour les nationalités et les classes ouvrières. Après sa thèse sur la Différence de la philosophie de la nature chez Démocrite et chez Epicure (1841), Marx collabore à la Gazette rhénane, dont il devient le rédacteur en chef, mais qui est interdite par la censure en octobre 1843. Le jeune Marx épouse alors Jenny von Westphalen, une aristocrate en rupture de milieu, et vient vivre à Paris: il y rencontre les ouvriers, les sociétés secrètes, les socialistes comme Cabet, Proudhon, Louis Blanc, et y publie une revue, les Annales franco-allemandes, qui cherchent à faire le lien entre la philosophie allemande et la pratique révolutionnaire française.


Marx et le socialisme
S'intéressant de plus en plus à l'économie politique, Marx consigne ses réflexions dans des fragments publiés bien après sa mort (Manuscrits de 1844), puis rédige avec Friedrich Engels (qu'il a fréquenté à la faculté de Berlin, puis lors de l'aventure de la Gazette rhénane) la Sainte Famille - sorte de propédeutique au matérialisme philosophique. Tandis que Guizot l'expulse de France, il formule sa philosophie dans les Thèses sur Feuerbach (1845) et surtout dans l'Idéologie allemande (1846, mais qui ne sera publié qu'en 1932), en collaborant de nouveau avec Engels. Ici commence le passage à la «pratique»: les deux amis fondent un réseau de comités de correspondance communistes.  

Rompant avec Proudhon (Misère de la philosophie, 1847), avec qui il était d'abord lié, Marx réorganise la Ligue des justes en Ligue des communistes, dont le mot d'ordre « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous! » va être repris dans le célèbre Manifeste du parti communiste (1848). Après l'échec de la révolution en Allemagne, où il a créé avec Engels la Nouvelle Gazette rhénane, Marx s'exile définitivement à Londres, où il tirera la leçon des événements de 1848 (les Luttes de classes en France, 1850) et où il vivra dans des conditions matérielles très difficiles. Pour subsister, il écrira environ 500 articles entre 1851 et 1862, dans des journaux britanniques et américains.


Marx économiste
En 1859, il achève la Contribution à la critique de l'économie politique et publie en 1867 le premier tome du Capital. Entre-temps, il a participé à la fondation de l'Association internationale des travailleurs, qui va se ramifier partout en Europe. En 1871, la Guerre civile en France analyse l'échec de la Commune, « premier Etat ouvrier » de l'histoire. Se battant aussi bien contre les réformistes français, les disciples de Bakounine ou l'influence en Allemagne de Ferdinand Lassalle (Critique du programme de Gotha, 1875), Marx mène de front le militantisme et la rédaction du Capital (pour lequel il étudie, entre autres, les mathématiques, la physiologie et l'astronomie). Après avoir perdu sa femme et sa fille aînée, il meurt le 14 mars 1883, dans des conditions misérables et au milieu d'un labeur immense et inachevé. Lors de son enterrement à Londres, au cimetière de Highgate, Engels affirme: « Son nom et son œuvre vivront dans les siècles. »


L'œuvre de Marx
On chercherait vainement un système philosophique chez Marx, puisque lui-même a combattu les grands systèmes de son époque au titre d'une critique des « idéologies », et qu'après 1845 il ne consacre plus son temps qu'au journalisme, à l'analyse historique et, surtout, à l'économie politique.  

Marx philosophe de l'action
Cet esprit encyclopédique n'a cependant jamais oublié son doctorat sur Démocrite et Epicure, et sa première période intellectuelle originale consiste en une critique philosophique de la philosophie. Ce qui motive très vite le jeune Marx, c'est la recherche d'une unité entre la pensée et l'action, car il est persuadé que toute la réalité humaine exprime cette unité; dans une formulation qui doit encore à Hegel, il écrit dans la Gazette rhénane : « Le même esprit qui construit les systèmes philosophiques dans le cerveau des philosophes construit les chemins de fer avec les mains des ouvriers. » Mais, au lieu de l'unité d'un même « esprit », il se convainc qu'une autre logique, de type matérialiste, est en jeu: elle fait dépendre l'art, la philosophie, le droit, de structures socio-économiques, que Marx baptisera « rapports de production » et « forces productives ». La vie matérielle des hommes, à un stade donné de leur développement historique, conditionne, et par là explique, leur vie culturelle.  

Marx penseur de la réalité sociale
Dans l'Idéologie allemande et les Thèses sur Feuerbach, cette conviction entraîne l'abandon définitif de l'idéalisme hégélien, et même de la critique matérialiste de la religion telle que l'avait conduite Feuerbach. Le matérialisme philosophique s'est, jusqu'à présent, fondé sur une conception abstraite de l'homme comme individu autonome: « Mais l'essence de l'homme n'est pas une abstraction inhérente à l'individu isolé. Dans sa réalité, elle est l'ensemble des rapports sociaux. » Les concepts, les valeurs, l'ordre politique doivent donc toujours être rattachés à des rapports sociaux qu'ils « représentent » ou « expriment » de façon plus ou moins voilée. La fameuse question de la vérité, traitée par les philosophes, « n'est pas une question théorique, mais une question pratique ». Autrement dit, ni l'interrogation métaphysique sur la vérité ni l'affirmation théorique de la vérité d'une proposition ne sont légitimes en elles-mêmes: « C'est dans la pratique qu'il faut que l'homme prouve la vérité, c'est-à-dire la réalité, et la puissance de sa pensée, dans ce monde et pour notre temps. »  

Marx et la tradition philosophique
Que par son inscription dans la réalité sociale la pensée doive être « puissante », voilà une exigence en rupture avec la tradition philosophique. Mais pouvait-il encore s'agir de philosophie? Le critère de l'efficacité pratique ne risquait-il pas de se substituer à la vérité (dans l'ordre de la connaissance) et à la justice (dans l'ordre de la moralité)? Ces questions paraissent s'imposer dès lors que Marx clôt les Thèses par l'affirmation célèbre: « Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de diverses manières, ce qui importe c'est de le transformer. » A vrai dire, Marx pense avoir déjà répondu aux questions posées, car il réfute l'universel des philosophes et il en accueille un autre, œuvrant dans la réalité présente et garantissant dans l'histoire un avenir irrécusable.  

Marx et le prolétariat
Si chaque philosophe a eu son point d'appui archimédien (les Idées de Platon, le cogito chez Descartes, l'Esprit chez Hegel), Marx, de ce point de vue, ne fait pas exception: le prolétariat est à la fois le sujet historique et l'agent de l'activité « pratique-critique » dont le philosophe doit se faire l'interprète.  

Comment une classe de la société peut-elle prétendre incarner l'universel (Allgemeine)? Jusqu'à présent, chaque classe qui dominait la société était « obligée de donner à ses pensées la forme de l'universalité, de les représenter comme étant les seules raisonnables, les seules universellement valables ». A l'inverse, le prolétariat, quand il devient révolutionnaire, accélère le moment où il ne sera plus nécessaire « de représenter un intérêt particulier comme étant l'intérêt général ou de représenter l'Universel comme dominant », car le prolétariat défend les intérêts de toute l'humanité et non d'une fraction égoïste.  

On a ici le nouveau levier (certains diront: le « coup de force ») par lequel Marx renverse les philosophies idéalistes: pas d'universalité théorique sans universalité pratique, sans un « universel concret » interprété de façon matérialiste. Cette figure du concept « critique » à réaliser dans la pratique s'appelle le communisme, et son attribut inséparable l'internationalisme. « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!» : le Manifeste communiste formule un mot d'ordre évidemment politique (matérialisé en 1864 par l'Internationale, dont Marx rédige le texte fondateur), mais qui, chez Karl Marx, trouve ses racines dans la contestation de l'abstraction philosophique entreprise en 1845.  

Marx et l'Etat
Dans cette perspective, le prolétariat devient donc la clé, installée dans l'« infrastructure » de la société, qui permet de relativiser les « superstructures » idéologiques, dont fait partie la philosophie. Si les pensées « dominantes » ne sont que les pensées de la classe dominante, il ne peut qu'en aller de même pour l'Etat, instrument forgé pour la légitimation et la répression - y compris sous sa forme démocratique et constitutionnelle. L'Etat n'est pas la figure de l'universel et le détenteur de l'intérêt général, comme le définissait encore Hegel, mais une œuvre de l'absolutisme perfectionnée par la bourgeoisie, comme le montre particulièrement l'expérience française. Il peut paraître parfois s'émanciper de toutes les classes de la société, mais ce n'est qu'illusion (le 18 brumaire de Louis Bonaparte, 1852). Et devant l'épopée de la Commune - à la fois tragique et féconde -, Marx écrira que le prolétariat doit briser la « machine d'Etat », au lieu de s'en emparer: dans cette pensée, la démocratie est frappée de discrédit - mais non sans ambiguïtés, puisque par l'« association » des producteurs (Critique du programme de Gotha) il s'agit de trouver une forme de démocratie, par-delà le droit et l'Etat. La « dictature du prolétariat » constitue le régime politique de la transition vers la société sans classes, transition qui passe par l'abolition de l'Etat au terme d'une période où ce dernier organise la production et prend en charge diverses tâches sociales.  

Les « droits de l'Homme » énoncés par la Révolution française sont disqualifiés de la même façon: en ramenant l'homme au rang de « citoyen de la société civile-bourgeoise », ils servent, pratiquement, la domination du capitaliste et du propriétaire foncier.  

Marx et la bourgeoisie
Convaincu que la connaissance des infrastructures est indispensable à la conscience révolutionnaire, Marx consacre des dizaines d'années à la rédaction du Capital: cet ouvrage doit fonder la science des nécessités inexorables du capitalisme, éclairer les conditions de sa genèse, de sa maturité et de son effondrement. Il s'agit d'écarter toute utopie ou tout prophétisme pour décrire une nécessité objective que la connaissance ne fait que hâter. A lire la postface de la deuxième édition allemande du Capital (1873), on voit bien que le philosophe Marx a mué, mais n'a pas disparu. Comme dans l'Idéologie allemande, la prétention à l'universalité des théoriciens « bourgeois » est raillée: « L'économie politique ne peut rester une science qu'à condition que la lutte des classes demeure latente ou ne se manifeste que par des phénomènes isolés. » Si jamais une crise apparaît, « il ne s'agit plus de savoir si tel ou tel théorème est vrai, mais s'il est bien ou mal sonnant, agréable ou non à la police, utile ou nuisible au capital ».  

En revanche - et comme en 1845 -, Marx ne doute pas de porter, par la science, les intérêts d'une classe: « En tant qu'une telle critique représente une classe, elle ne peut représenter que celle dont la mission historique est de révolutionner le mode de production capitaliste, et, finalement, d'abolir les classes. » C'est bien l'ancien philosophe « pratique-critique » qui parle ici, et qui s'enorgueillit de l'écho qu'à cette date il rencontre partout en Europe. Il rappelle d'ailleurs qu'il a étudié Hegel, qu'il en a repris la logique dialectique, pour la « remettre sur ses pieds » (ou, autre traduction, pour en extraire « le noyau rationnel »). Par la dialectique et par le matérialisme, la pensée devient « puissante », confirme le Marx de 1873: « Dans la conception positive des choses existantes, elle inclut du même coup l'intelligence de leur négation fatale, de leur destruction nécessaire; (...) elle est essentiellement critique et révolutionnaire. »  

De Marx au marxisme
L'unité de la pensée de Marx n'est donc pas de l'ordre du système, mais elle réside dans cette certitude: pour peu que le théoricien systématise le mouvement social qu'il a sous les yeux, il est dans le vrai, et échappe à l'« idéologie ». Comme le disait le philosophe de 1843: « Nous apportons au monde les principes que le monde a lui-même développés en son sein. Nous lui montrons seulement pourquoi il combat, de façon précise, et la conscience de lui-même est une chose qu'il devra acquérir. » Comme on le voit, cette certitude de dire la nécessité historique - contre les socialismes romantiques ou utopiques de l'époque - pouvait mener au dogmatisme; cette volonté, qui se veut non volontariste, de réconcilier l'être et le devoir-être (comme Marx l'écrit dans une lettre à son père) pouvait-elle se critiquer elle-même tout en critiquant les idéologies?  

C'est Marx encore qui écrira - en réponse à un questionnaire posé par ses filles - que sa devise préférée était: « Doute de tout. » Sut-il montrer l'exemple, sur ce point? Et surtout, fut-il entendu? Il était improbable qu'une doctrine de la nécessité historique (et c'est bien ce que fondait Marx) pût vraiment laisser place au doute méthodique.



Le marxisme
Le « marxisme », qui recueille l'héritage du « socialisme scientifique » de Karl Marx, connaît des interprétations divergentes. Marx se voulait lui-même étranger à l'esprit de système, alors que les marxistes reprendront souvent ses idées politiques, philosophiques et économiques dans un esprit dogmatique. Le marxisme, qui fut l'une des principales idéologies du XX e  siècle, servit de justification aussi bien à des mouvements socialistes démocrates qu'à des dictatures totalitaires.

Marxisme et théorie politique
Comme le note son ami et collaborateur Friedrich Engels, Marx bâtit sa pensée à partir de trois influences intellectuelles: la philosophie allemande de Hegel, l'économie politique de l'école classique anglaise et les idées socialistes françaises. Il les critiquera cependant toutes également.

Marxisme et matérialisme
De son maître en philosophie, Marx retient une conception totalisante du déroulement historique suivant un principe dialectique: les antagonismes d'une époque s'aggravent jusqu'à se résoudre en une crise. Ainsi progresse l'histoire, et la vie elle-même.  

Mais Marx critique très tôt la pensée idéaliste de Hegel pour son abstraction et sa justification du statu quo politique. Il s'inspire alors de l'analyse matérialiste et humaniste de Ludwig Feuerbach dénonçant la religion comme une aliénation; l'homme se dépouille de son essence et de ses qualités pour les prêter à Dieu. Marx va élargir l'idée d'aliénation au domaine culturel tout entier, porteur d'illusions qui aveuglent l'homme sur la réalité de la vie, sur les forces d'oppression à l'œuvre dans la société, mais aussi sur ses capacités d'action. La « superstructure » de la société - la religion, l'art, les idées, les droits de l'Homme et du citoyen eux-mêmes - tend, selon lui, à justifier son «infrastructure» - l'économie, le réel. Mais ce matérialisme n'est pourtant pas grossier: si l'évolution de la superstructure est commandée par celle de l'infrastructure, cela ne signifie pas que l'une soit réduite à l'autre ou que leurs rapports obéissent à un déterminisme simple et toujours unilatéral. Marx n'élude jamais la complexité de l'histoire.  

La conscience de classe dans le marxisme
Dans la plupart de ses écrits, il présente un ordre strict dans la succession des grandes étapes historiques, chacune étant caractérisée par un «mode de production» dominant: communisme primitif, esclavagisme, féodalisme, capitalisme. Le communisme, stade ultime de cette évolution, correspond à l'entrée dans une ère radicalement nouvelle, rompant avec le processus d'exploitation de l'homme par l'homme. Pour l'affirmer, Marx se fonde sur l'idée que les prolétaires subissent une situation si pénible dans la société capitaliste qu'ils en perdent toute illusion, nationaliste, morale ou religieuse. Ils s'ouvrent alors à une «conscience de classe» qui renoue avec l'action et la réalité. Cette composante messianique de sa pensée sera un puissant ferment de mobilisation révolutionnaire. La recherche théorique de Marx se consacrera ensuite essentiellement à l'étude économique du capitalisme.  

Le marxisme révolutionnaire
Fidèle à sa conviction philosophique d'un lien nécessaire entre la théorie et la pratique, Marx ne se détourne jamais de l'action politique. Aussi ses critiques et ses partis pris sont-ils loin d'être purement intellectuels. Observateur perspicace de l'histoire qui se joue sous ses yeux, il en tire continuellement les leçons. Les luttes de classes, les révolutions et les guerres du XIXe siècle européen orientent sa pensée de façon décisive.  

Le marxisme, mouvement international
Tout en s'inspirant de leur communisme, Marx critique les idées utopiques et le manque d'efficacité politique des socialistes français (Saint-Simon, Charles Fourier, Etienne Cabet et, surtout, Proudhon). Il rédige le Manifeste du parti communiste (1848) pour la première organisation ouvrière internationale, la Ligue des communistes. Il est significatif que, sous son influence et celle d'Engels, celle-ci adopte, au lieu de sa première devise « Tous les hommes sont frères », le mot d'ordre « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous! ». Partisan d'un engagement révolutionnaire, Marx souligne aussi la nécessité de l'internationalisation de la classe ouvrière, à l'égal de l'extension du système capitaliste. Le mouvement ouvrier s'organise bientôt en une Association internationale des travailleurs (AIT), ou Ire Internationale, qui rassemble des doctrines politiques très diverses: proudhoniens français, anarchistes, Britanniques libéraux et syndicalistes (trade-unionistes). Marx joue dès le départ un rôle décisif en participant à sa direction et en publiant des textes pédagogiques et engagés en vue d'éclairer la conscience de classe des prolétaires selon les idées du « socialisme scientifique ».  

La dictature du prolétariat
Sous le coup de l'échec de la révolution de 1848, Marx adopte l'idée de « dictature du prolétariat ». Il durcit en effet sa critique de la république démocratique bourgeoise et de sa machine d'Etat bureaucratique et militaire, qu'il voit s'incarner dans le bonapartisme (le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, 1852). Marx saluera dans la Commune de Paris de 1871 la première expérience de la dictature du prolétariat.  

Dans un même esprit, il contestera en 1875 le programme du parti social-démocrate allemand, résultat d'une fusion des partisans de Marx et de ceux de Ferdinand Lassalle. Ces derniers persistent en effet à espérer une intervention socialiste de l'Etat prussien et à prôner un passage pacifique au communisme. Marx précise à cette occasion sa notion de la dictature du prolétariat en distinguant deux étapes nécessaires. Durant la première, le socialisme, règne la dictature révolutionnaire du prolétariat, et les forces productives sont développées selon la formule «à chacun selon son travail». L'état d'abondance que provoque cette croissance permet l'avènement de la seconde étape, le communisme, qui voit la suppression des classes et de l'Etat, et met en pratique la formule «à chacun selon ses besoins».  

L'interprétation des événements de la Commune par Marx provoque le rejet des trade-unionistes britanniques, qui quittent l'AIT. Marx et Engels soulignent à cette époque l'utilité d'une organisation structurée et unifiée des socialistes. Ils s'opposent aux anarchistes, dirigés par Bakounine, qui seront exclus de l'Internationale en 1872. Le marxisme devient dès lors l'idéologie prédominante, mais la polémique continue également en son sein.  

Le marxisme réformiste
Avec le développement de l'industrialisation, le mouvement socialiste, secondé par l'essor des syndicats, connaît une grande expansion dans le dernier quart du XIX e siècle, particulièrement en Allemagne. La IIe Internationale est fondée en 1889 sous l'égide du Parti ouvrier français de Jules Guesde. Lui-même marxiste, celui-ci revendique pourtant la primauté de l'action parlementaire. Les progrès de la démocratie et l'amélioration relative de la condition ouvrière laissent alors entrevoir la possibilité d'un passage pacifique au socialisme par la victoire légale d'un puissant parti de masse. La social-démocratie allemande est alors le théâtre d'un débat entre marxistes «révisionnistes», tenants du réformisme, et marxistes orthodoxes - Eduard Bernstein s'oppose à Karl Kautsky. Mais cette controverse, comme celles qui la précèdent, relève de la polémique politique classique.  

Marxisme, communisme et socialisme
La doctrine léniniste, puis la pratique politique du parti bolchevique, qui prend le pouvoir en Russie lors de la révolution de 1917, entraînent une rupture irrémédiable dans le mouvement marxiste.  

Le marxisme-léninisme
Lénine proclame que le mouvement ouvrier russe est l'« avant-garde du prolétariat mondial ». Fondée en 1919, l'Internationale communiste (ou Komintern, en russe), encore nommée IIIe Internationale, naît de cette volonté de créer autour du parti communiste de Russie une union fortement centralisée des différents partis communistes nationaux. Ces derniers apparaissent après une série de scissions au sein des partis socialistes et sociaux-démocrates. Ils appliqueront, selon le modèle bolchevique, une logique d'épuration de toute dissidence. Le dialogue avec les autres courants socialistes, même marxistes, est dès lors impossible. En France, au congrès de Tours de 1920, Léon Blum refuse, avec une minorité de militants, la conception du parti proposée par les 21 conditions d'admission dans l'Internationale communiste. La coupure entre les communistes de la IIIe Internationale et les autres partis marxistes est dramatiquement illustrée par leur refus de s'allier face à la montée du fascisme en Italie, puis face à celle du nazisme en Allemagne. Quelques rapprochements politiques se produiront cependant par la suite, lors des « fronts populaires ».  

Le marxisme et les partis socialistes
Un mouvement international socialiste se reconstitue après la Seconde Guerre mondiale. Il accepte le marxisme comme une conviction socialiste parmi d'autres, mais il exclut le communisme, « incompatible avec l'esprit critique du marxisme » (congrès de Francfort, 1951). La jonction du marxisme et du mouvement ouvrier ne s'est pas produite partout, ni toujours avec la même intensité. Si elle est très forte en Allemagne jusqu'à la Première Guerre mondiale, puis à nouveau après 1920, sociaux-démocrates et communistes subiront ensuite les coups mortels du nazisme; puis la social-démocratie allemande abandonnera en 1959 les références formelles au marxisme. En Grande-Bretagne, le marxisme ne fut jamais l'idéologie que de petits groupes, bien que le mouvement ouvrier se soit développé avec force grâce au syndicalisme réformiste. Particulièrement ouverte aux thèses marxistes, la France a connu un parti communiste et un parti socialiste, tous deux très importants.  

Les critiques du marxisme politique
Le marxisme politique a multiplié les paradoxes: doctrine de libération annonçant le dépérissement de l'Etat après la révolution, il est devenu le dogme de régimes dictatoriaux. Aussi a-t-on accusé la pensée de Marx d'offrir une justification aisée de toute violence politique, perpétrée au nom de supposées lois historiques. Retournant la théorie de l'aliénation idéologique de Marx contre le marxisme lui-même, on a aussi remarqué qu'il a soulevé une mobilisation politique et doctrinale globale, digne par son ampleur d'une grande religion séculaire.

De nombreux intellectuels ont pourtant considéré l'œuvre de Marx comme une rupture décisive dans la tradition, une étape fondatrice de la modernité. Ils l'ont intégrée et prolongée dans leur vision et leur questionnement du monde, qu'ils soient chrétiens, existentialistes (Jean-Paul Sartre, Critique de la raison dialectique, 1965), structuralistes (Louis Althusser, Lire le Capital, 1966), psychanalystes (Wilhelm Reich) ou encore marxistes non dogmatiques (l'école de Francfort et Herbert Marcuse).  
 



Marxisme et théorie économique
La plus grande œuvre de Marx, le Capital, a pour objectif de fonder le socialisme et la nécessité de son avènement sur une analyse scientifique. Cette « critique de l'économie politique », sous-titre de l'ouvrage, s'appuie en partie sur les théories des économistes britanniques, et surtout David Ricardo. Mais Marx s'oppose vigoureusement à leurs conclusions, conformes, selon lui, à l'idéologie bourgeoise, pour laquelle le système capitaliste est naturel. Il replace, au contraire, celui-ci dans le cadre d'une conception matérialiste de l'histoire: le passage à l'ordre économique capitaliste s'est fait dans la violence, par l'expropriation des paysans et le pillage colonial notamment. Les moyens de production ont ainsi été extorqués aux producteurs: les prolétaires « sont obligés de se vendre morceau par morceau telle une marchandise ». Marx considère que l'exploitation de la force de travail par le capital constitue le moteur même du capitalisme, et il entend en fournir une rigoureuse démonstration.   

Le Capital s'attache à percer ce que Marx appelle les « secrets » du système capitaliste. Le principal secret qu'il s'agit de dévoiler est l'origine du profit: « Du fait que toutes les parties du capital, sans distinction, apparaissent comme la source de l'excédent de valeur (profit), les rapports capitalistes sont complètement obscurcis. »  

Marchandises et surproduction
La richesse de la société capitaliste provient d'une gigantesque accumulation de marchandises. La marchandise n'est pas qu'un simple objet. C'est sa valeur et la possibilité de l'échanger qui fait d'un objet une marchandise. Alors qu'auparavant on produisait des objets pour s'en servir -les objets avaient une valeur d'usage -, les capitalistes se sont mis à produire des objets pour les vendre, leur conférant une valeur d'échange qui a fini par supplanter la valeur d'usage. C'est l'aliénation de la valeur d'usage: les objets sont mal utilisés, étant traités par les capitalistes comme des « valeurs ».  
Cette tendance qu'a la valeur d'échange à gommer la valeur d'usage se retrouve dans la surproduction. La production capitaliste aboutit en effet périodiquement à une accumulation excédentaire de marchandises, dont les conséquences sont l'effondrement des prix et la crise économique.  

La force de travail comme marchandise
Le raisonnement de Marx repose ensuite sur l'idée que la force de travail est une marchandise dans l'économie capitaliste. Elle s'achète, et son prix, le salaire, se négocie sur le marché selon le principe généralisé de la valeur d'échange. Celle-ci, comme pour tout autre produit, est déterminée par le temps de travail socialement nécessaire à la production du bien. La mesure du salaire correspond ainsi au coût de l'entretien et du renouvellement de la force de travail, équivalant strictement à celui de la subsistance matérielle du travailleur et de ses enfants, qui le remplaceront.

La surproduction de cette marchandise spécifique qu'est la force de travail existe elle aussi. En fonction des cycles, durant les périodes de crise, on assiste au développement d'une « armée de réserve industrielle » qui correspond aux chômeurs des pays industrialisés, mais qui s'est aussi étendue au marché colonial, que Marx prend constamment en compte dans son analyse.  

Capital constant et capital variable
Pour découvrir l'origine cachée de l'excédent, c'est-à-dire du profit, Marx opère une distinction devenue classique entre capital constant et capital variable.  

Le capital constant, ce sont les moyens de production, soit les moyens et matériaux de travail (la fabrique, les machines et les matières premières nécessaires à la fabrication des marchandises). Le capital variable est constitué, lui, par la force de travail (celle que vend le travailleur). Or l'ouvrier ajoute de la valeur par son travail, par exemple le forgeron en forgeant, et c'est précisément ce travail (capital variable) qui convertit le fer et l'enclume (capital constant) en « éléments formateurs d'un produit ». Ce temps de travail, qui est nécessaire, sans lequel une marchandise ne peut être fabriquée, compte dans le produit obtenu. Le montant du capital variable est donc égal aux salaires perçus par les travailleurs. Mais Marx affirme qu'une plus-value résulte de l'utilisation du capital variable, c'est-à-dire des ouvriers. En effet, les moyens de production n'ajoutent pas au produit plus de valeur qu'ils n'en « matérialisent » (un produit fini qui contient un kilo de fer ne matérialise que la valeur de ce kilo de fer, sans plus). En revanche, le travail de l'ouvrier qui a mis en œuvre le fer crée des produits de valeur supérieure à la sienne propre, sa force de travail: l'ouvrier a donc ajouté de la plus-value.  

Exploitation et salariat
Le temps de travail payé est égal à celui que nécessite la production des biens nécessaires à la survie de l'ouvrier et à sa reproduction, qui n'est autre que l'enfantement. Mais l'ouvrier travaille davantage que ce strict nécessaire et une partie du travail reste non payée: le travailleur reçoit, sous forme de salaire, une valeur inférieure à celle qu'il a produite. Ce « surtravail » (écart entre salaire et valeur produite) fournit au capitaliste une «survaleur» (selon la traduction littérale de l'allemand Mehrwert), ou plus-value.  

En identifiant la plus-value au profit, Marx dénonce le salariat comme une forme d'exploitation, et il sape à la base toutes les justifications que donnent les capitalistes de leur poursuite du gain.  

Ainsi, l'introduction de la notion de plus-value est fondamentale. En effet, « pour le capitaliste, le coût de la marchandise ne comprend que la partie du travail matérialisé qu'il a payée. Le surtravail contenu dans la marchandise ne coûte rien au capitaliste, bien qu'il coûte du travail à l'ouvrier (...). Le capitaliste fait du profit parce qu'il peut vendre quelque chose qu'il n'a pas payé. La plus-value, ou le profit, c'est précisément cet excédent de la valeur de la marchandise sur son coût de production, c'est-à-dire l'excédent du travail total contenu dans la marchandise sur le travail payé qu'elle renferme. » Marx fait un rappel historique, qui condense ses buts et montre sa méthode: « En fait, le point de départ historique, c'est le taux de profit. La plus-value et le taux de plus-value sont, relativement, l'élément invisible, mais essentiel, qu'il faut rechercher, tandis que le taux de profit et, partant, la plus-value sous la forme de profit se manifestent à la surface du phénomène. » Ainsi, numériquement, le profit est égal à la plus-value. Mais le taux de profit (qui mesure donc l'excédent, rapporté au capital total) est différent du taux de plus-value (qui mesure ce même excédent, mais rapporté au seul capital variable); de plus, le concept de profit masque la façon dont l'excédent est obtenu.  

Dépassant un simple argument moral, Marx entreprend ensuite de démontrer que le capitalisme court à sa perte en suivant des lois d'évolution nécessaire, elles-mêmes issues de contradictions inhérentes à ce mode de production.  

Les contradictions du capitalisme
La recherche du profit entraîne une concurrence exacerbée entre les capitalistes sur le marché; ils sont sans cesse contraints d'améliorer leur rentabilité pour maintenir leur entreprise. Ils s'efforcent donc d'augmenter le taux de la plus-value. Mais celle-ci n'est pas indéfiniment extensible. La diminution des salaires connaît une limite inférieure, le minimum nécessaire à la survie de l'ouvrier, et l'augmentation des heures de travail a également une limite physiologique. Seule voie possible au développement du capitalisme, une troisième solution demeure: accroître la productivité du travail. Les capitalistes doivent alors constamment moderniser et multiplier leurs moyens de production. Ce processus entraîne une série de conséquences.  

Marxisme et paupérisation
Dès le livre I du Capital, Marx souligne une contradiction fondamentale: les travailleurs, créateurs de la richesse, sont réduits définitivement à une condition misérable. Il soutient que « quel que soit le taux des salaires, haut ou bas, la condition du travailleur doit empirer à mesure que le capital s'accumule ».  

L'augmentation de la productivité entraîne en effet celle de la plus-value, et les travailleurs subissent une exploitation plus grave. Marx ne pense pas pour autant que les salaires réels doivent constamment baisser. Il insiste sur le fait qu'une partie de la classe ouvrière est sans cesse réduite à la misère par le chômage. Le progrès constant des techniques de production a pour effet de diminuer continûment la demande de main-d'œuvre. La masse des chômeurs qui en résulte permet aux capitalistes de maintenir les salaires à un niveau peu élevé.  

Marxisme et concentration
L'industrie doit investir toujours plus de capitaux dans les machines, et seules les entreprises qui s'agrandissent sans cesse résistent à l'accroissement consécutif de leurs frais. De plus en plus riches, les capitalistes se font de moins en moins nombreux.  

Ce processus de concentration du capital entre les mains de quelques-uns a pour corollaire une généralisation de la condition prolétaire. Les classes moyennes, les artisans notamment, tendent à disparaître. La structure de la société est donc de plus en plus dichotomique. En outre, la division du travail, poussée à l'extrême en un morcellement des tâches dans l'industrie moderne, implique une socialisation accrue des hommes, qui dépendent de manière plus étroite les uns des autres, et, tous ensemble, de la production de la société entière. Mais les moyens de cette production sont la propriété privée d'une petite minorité qui n'a pas pour but de satisfaire les besoins du plus grand nombre.  

Aussi Marx aboutit-il à cette conclusion fameuse: « Le monopole du capital devient une entrave pour le mode de production qui a grandi et prospéré avec lui. La socialisation du travail et la centralisation de ses ressorts matériels arrivent à un point où elles ne peuvent plus tenir dans leur enveloppe capitaliste. Cette enveloppe se brise en éclats. Les expropriateurs sont à leur tour expropriés. »  

La baisse tendancielle du taux de profit
« L'augmentation progressive du capital constant par rapport au capital variable doit nécessairement avoir pour effet une baisse graduelle du taux de profit général, le taux de plus-value, ou degré d'exploitation du travail par le capital, restant le même. Or, il s'est révélé - et c'est une loi du mode de production capitaliste - qu'à mesure que celui-ci se développe, il se produit une diminution relative du capital variable par rapport au capital constant, donc au capital total mis en mouvement. En d'autres termes, le même nombre d'ouvriers - la même quantité de force de travail - rendus disponibles par un capital variable d'une valeur donnée, par suite du développement des méthodes de production propres à la production capitaliste, mettront en mouvement, transformeront et consommeront de façon productive, dans le même temps, une quantité toujours croissante de moyens de travail, de machines, de capital fixe de toute sorte, de matières premières et auxiliaires - bref, un capital constant d'une valeur sans cesse croissante. »

C'est la loi fondamentale de la baisse du taux de profit, laquelle illustre la puissance de l'analyse sociologique de Marx: la somme des initiatives individuelles (ici, l'élévation de la plus-value par les capitalistes) produit une baisse du taux de profit, conséquence opposée à ce que les individus souhaitent.  

Les économistes prévoyaient l'entrée du capitalisme dans un état stationnaire, mais ils n'en déduisaient pas pour autant l'imminence d'une crise sociale capable de renverser le système. Pour Marx, au contraire, fidèle à une interprétation dialectique du devenir économique et historique, l'ensemble des tendances contradictoires du mode de production moderne devait mener inéluctablement à une crise finale, la révolution, seule possibilité d'opérer la redistribution des forces productives dans un état social qualitativement différent: le socialisme.


Le marxisme au regard de l'histoire
Les marxistes prirent très tôt conscience du fait que le capitalisme, évoluant vers de nouvelles formes, ne montrait aucun signe d'effondrement sous le poids de ses contradictions économiques. Ils réagirent alors par des interprétations et des théories économiques violemment opposées les unes aux autres.  

Le marxisme, déterminisme figé ou réformisme
Dès la fin du XIX
e  siècle, la polémique surgit ainsi en Allemagne, au sein de la social-démocratie marxiste. Aux tenants d'une évolution plus lente que prévu du capitalisme s'opposent les esprits critiques, ou opportunistes, qui souhaitent entreprendre l'analyse des erreurs de Marx.  

Karl Kautsky (1854-1938) entend rester fidèle à la lettre de la théorie scientifique de Marx. Mais on peut également interpréter son attitude comme un prétexte à la passivité politique - la nécessité historique n'a que faire de notre action - ou encore comme un aveuglement devant les réalités historiques. Dans la droite ligne d'un tel dogmatisme, les partis communistes soutiendront, jusque dans les années 1950, une loi de paupérisation absolue du prolétariat, malgré l'évidence d'une augmentation du niveau de vie des ouvriers dans les pays les plus développés.  

Social-démocrate également, Eduard Bernstein (1850-1932) inaugure une critique de la théorie économique de Marx: celui-ci aurait sous-estimé les capacités d'adaptation de la société industrielle. Bernstein soutient l'hypothèse d'une autorégulation du capitalisme, qui échappe ainsi aux crises grâce, entre autres, à l'extension internationale du marché, à la circulation plus rapide des marchandises et à l'apparition des grands cartels. Remettant aussi en question l'idée d'une coupure croissante de la société en deux classes seulement, bourgeoisie et prolétariat, Bernstein, très vite accusé de « révisionnisme », ouvre des perspectives plus réformistes que révolutionnaires.  

Le marxisme revisité
L'impérialisme toujours plus violent des sociétés capitalistes soulève de nouvelles questions à l'époque de la Première Guerre mondiale. La thèse de Rosa Luxemburg d'une continuation de l'expropriTation originelle du capitalisme dans les pays colonisés du tiers-monde en est un brillant exemple.  

L'interprétation de Lénine, cependant, domine, forte du volontarisme politique de ce chef de la révolution russe. Selon lui, l'impérialisme est le « stade suprême du capitalisme » et la paupérisation se poursuit dans les pays sous-développés exploités par les nations industrialisées. Une partie des prolétaires des pays riches bénéficient de cette source de profit, abandonnent la lutte des classes et se rallient au nationalisme. Lénine veut ainsi fonder son accusation des partis de la IIe Internationale, qui ont soutenu les politiques de défense nationale de leurs pays pendant la guerre.  

La doctrine léniniste permet aussi de justifier le triomphe du communisme dans des pays essentiellement ruraux comme la Russie puis la Chine, ce qui est à première vue en totale contradiction avec l'analyse historique et scientifique de Marx, selon laquelle le capitalisme industriel est une phase nécessaire.

 
Pour en savoir plus
Le communisme
Le capitalisme




 

 

 
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