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Dossier(s) : Personnages > Personnages Epoque Contemporaine > Durkheim, Emile Epinal, 1858 - Paris, 1917 © Hachette Livre et/ou Hachette Multimédia
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Emilie Durkeim
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Sa vie
Sociologue français. La pensée sociologique s'édifie en France au XIXe siècle dans un climat d'intense préoccupation à l'égard du «corps social», des ruptures et des transitions qui l'affectent. Pour Durkheim, les multiples approches dont elles sont l'objet ont en commun de répondre «idéologiquement» à des problèmes réels. Ainsi veut-il construire une science du «fait social» dont les concepts et les méthodes soient indépendants des définitions et des programmes d'action proposés par les partis politiques. Il s'attachera à étudier les structures qui assurent l'intégration des individus et la cohésion des sociétés pour saisir les causes des dérèglements qui se manifestent dans les sociétés modernes industrielles.
Emile Durkheim est né dans une famille juive pratiquante. Refusant de devenir rabbin, il entre à l'Ecole normale supérieure en 1879, y côtoie Jaurès, Bergson, Janet, Blondel, lit Herbert Spencer, Renouvier, Auguste Comte et suit les cours de Fustel de Coulanges sur les institutions des sociétés antiques.
Républicain, porteur d'un idéal d'universalisme laïque, Durkheim veut contribuer par l'enseignement et la recherche à la reconstruction sociale et morale d'une France encore meurtrie par la défaite de Sedan en 1870 et par les événements dramatiques qui s'ensuivirent (occupation prussienne, insurrection de la Commune de Paris et sa répression). En 1882, il commence des recherches sur la division du travail social (thèse principale) et sur Montesquieu (thèse secondaire). Il voyage pendant un an en Allemagne, où il étudie le développement des sciences humaines et sociales et leur essor, puis, en 1887, inaugure à Bordeaux la chaire de science sociale et de pédagogie. Dans ses cours, il traite de la solidarité sociale, du suicide, de la «physiologie» du droit et des mœurs, du fait moral et religieux, des structures éducatives et des doctrines pédagogiques. Dès cette époque, il rassemble autour de lui un groupe de disciples et de collaborateurs (son neveu M. Mauss, R. Hertz, F. Simiand, M. Halbwachs) et crée l'Année sociologique (1896).
En 1902, il devient titulaire de la chaire de science de l'éducation de la Sorbonne, qui, en 1913, prendra le nom de chaire de l'éducation et de la sociologie. Proche du parti socialiste, dreyfusard, croyant à l'évolution parallèle des progrès scientifique et technique et des progrès social et moral, à l'harmonisation rationnelle et pacifique des rapports entre nations, il est désespéré par le déclenchement de la guerre de 1914. Nombre de collaborateurs, dont son fils André en 1916, disparaissent. Durkheim n'y survit pas et s'éteint un an plus tard.
Son oeuvre
Au-delà d'un cadre
académique strict, les thèses durkheimiennes se
diffusèrent, en France, en histoire (école des Annales),
en linguistique (Ferdinand de Saussure) et en ethnologie grâce
à Marcel Mauss. Elles furent introduites dans les pays
anglo-saxons par R. Radcliffe-Brown (école de Chicago) et Br.
Malinowski (Grande-Bretagne), mais sous une forme mutilée (la
théorie fonctionnaliste de Malinowski) ou très
simplifiée (la conception du rite chez Radcliffe-Brown).
Durkheim connaît un regain d'intérêt depuis les
années 1950, ce qui tient sans doute à son rejet du
psychologisme et à ses travaux de sociologie de la
connaissance.
De la division du travail social
(1893)
C'est parce qu'il s'interroge sur les
fondements du consensus qui pérennise les
sociétés, et qu'il entend montrer que l'anomie
croissante dans les sociétés modernes industrielles
n'est pas une fatalité, pour peu que s'y
développe une morale appropriée, que Durkheim
étudie les types principaux de la stratification sociale en
fonction de leur mode de cohésion dominant. Selon lui, par
une loi de complexification structurelle croissante, sous
l'influence du facteur démographique, les
sociétés passent de la prédominance de la
solidarité «mécanique» à celle de la
solidarité «organique». Mais l'augmentation de
volume et de densité d'une population n'a
réellement d'effet que par le biais de la densité
«morale» ou «dynamique» (masse et
fréquence des échanges), dont la croissance provoque
à son tour l'évolution des cadres sociaux.
La solidarité mécanique se
caractérise par la juxtaposition de segments sociaux
équivalents (hordes, puis clans), la
multifonctionnalité et l'interchangeabilité
fonctionnelle des individus, la puissance de la conscience
collective assurant le consensus par l'uniformisation des
consciences. Le droit est alors surtout de type répressif.
La solidarité organique se
manifeste par la différenciation de fonctions
spécialisées impliquant la coopération des agents
sociaux, le développement de la contractualisation des
rapports sociaux et de l'Etat moderne démocratique,
centralisé, gestionnaire, la production de l'individu
comme personne et d'un droit de type restitutif.
Les Règles de la méthode
sociologique (1895)
Tout n'est pas social dans une société: le
fait social - systèmes de relations, effets de groupe - est
ainsi irréductible aux faits psychologique et biologique.
«Quand je m'acquitte de ma tâche de frère,
d'époux ou de citoyen, écrit Durkheim, quand
j'exécute les engagements que j'ai contractés,
je remplis des devoirs qui sont définis, en dehors de moi et
de mes actes, dans le droit et les mœurs. Alors même
qu'ils sont d'accord avec mes sentiments profonds et que
j'en sens intérieurement la réalité, celle-ci
ne laisse pas d'être objective; car ce n'est pas moi
qui les ai faits, mais je les ai reçus par
l'éducation.»
Par ailleurs, une société se
manifeste comme un «tout». Elle ne se résume pas
à une somme d'individus ou de groupes: c'est un
milieu dont la régulation tient à
l'interdépendance de ses constituants. On ne peut ainsi
évaluer la normalité ou le caractère pathologique
d'un fait social qu'en le rapportant à son contexte,
au type présenté par la société observée
à une période donnée de son évolution
structurelle. De surcroît, toute société est un
ensemble de «faits moraux», une combinaison sui generis
d'institutions. Par institution, Durkheim désigne toute
forme organisée - famille, éducation, justice
- accomplissant une fin sociale, une fonction, que le
critère d'utilité ne définit ni
n'explique: en effet, «l'organe est indépendant
de la fonction», car «les causes qui le font être
sont indépendantes des fins qu'il sert».
L'analyse fonctionnelle de Durkheim implique que si
l'intrication des groupes, l'interdépendance
constante des institutions spécifient le social, tout, dans
une société, ne relève pas de la fonction. Ainsi
se trouve par avance niée toute valeur explicative aux
théories fonctionnalistes du social dans lesquelles chaque
item - idée, coutume, objet, etc - est censé, puisque
présent, remplir une fin nécessaire dans une unité
hors histoire: la satisfaction de besoins psychobiologiques
fondamentaux. A l'inverse, pour Durkheim, si l'être
humain a une capacité indéfinie de désir, ce que
révèlent les périodes d'anomie,
l'expression des besoins est toujours socialement
conditionnée.
Durkheim fera des institutions son objet
premier parce qu'elles sont particulièrement
objectivables, qu'elles distinguent les sociétés
humaines des sociétés animales et qu'elles
attestent l'unité du genre humain. La sociologie
comprendra la morphologie sociale, qui étudie le substrat de
la vie collective (forme et répartition du groupe sur le
territoire, de l'habitat, des communications), et la
physiologie sociale, qu'intéressent la genèse et le
fonctionnement des institutions, les «courants sociaux
libres», sources de transformations ou créations
institutionnelles.
Objectivité des faits
sociaux
Proposer de «considérer les faits sociaux comme
des choses» n'est pas les identifier à
l'univers physique, mais invite à garder l'esprit de
l'expérimentation rationnelle. Or la
«familiarité» que chacun entretient avec sa
société grâce à ces formulations
«spontanées», les prénotions, en chaque
société disponibles et aménageables au gré de
rationalisations frustes ou sophistiquées, est, pour
Durkheim, «le premier et le plus grand obstacle» à
l'appréhension scientifique des phénomènes
sociaux, car elle est elle-même un phénomène
social. De plus, représentations et pratiques collectives
débordent l'individu par leur nombre, parce qu'elles
lui préexistent, mais aussi par leur ascendant, leur
autorité morale. On ne peut donc généraliser, sans
risque de finalisme et de volontarisme arbitraire, des
données individuelles psychobiologiques, ou user d'un
modèle qui atomise le réel. Durkheim s'oppose ainsi
à Gabriel de Tarde, qui «psychologise» le social,
et à l'économie libérale classique, qui fait
résulter la valeur de l'interaction
généralisée d'intérêts individuels
rationnels. Puisque l'introspection conduit à
rationaliser des a priori, il faut aborder les
phénomènes sociaux «détachés des sujets
conscients qui se les représentent», «isolés
des manifestations individuelles», c'est-à-dire
«étudier le fait social par le fait social». Dans
De la division du travail social, Durkheim va dégager les
formes de la solidarité sociale en leur substituant celles
du droit, repérables et analysables par le biais des
sanctions qui y prédominent. La généralité ou
la fréquence d'un ordre de phénomènes, la
contrainte qu'ils exercent peuvent servir d'indicateurs
mais n'en donnent ni définition ni explication. Un fait
n'est général et contraignant que parce que social,
et non l'inverse. Par «contrainte», Durkheim
renvoie au caractère «spontané» de la
pression sociale, à la résistance des
phénomènes sociaux à ceux qui s'y opposent, et
non à l'emploi de la répression par un pouvoir.
Le Suicide (1897)
Objectivant les «tendances collectives» au
suicide, Durkheim constitue en fait social un phénomène
proprement individuel: le taux social de suicide (nombre de
suicides rapporté au chiffre total d'une population pour
une période donnée) est bien plus significatif de
l'«état moral» d'une société,
par sa constance et sa spécificité, que le taux de
mortalité générale, à peu près identique
dans des sociétés de
civilisation
similaire.
Dans un premier temps, Durkheim
élimine les facteurs extrasociaux: les psychopathies, la
race, l'hérédité psychobiologique, les
facteurs géographique et climatique, l'imitation. Dans
un second temps, il inaugure l'analyse multivariée en
proposant d'étudier les «variations
concomitantes» de «séries ordonnées» de
phénomènes, et montre que les chiffres du suicide sont
fonction des milieux sociaux (familiaux, confessionnels,
politiques, professionnels). Ainsi, pour déterminer si la
croissance du taux de suicide résulte ou non de celle du
degré d'instruction, il introduit une variable
intermédiaire, la religion (non le dogme mais la force des
liens communautaires): l'affaiblissement des communautés
confessionnelles «renforce à la fois le besoin de
savoir et le penchant au suicide».
Durkheim détermine trois types
principaux de suicide. Deux concernent les sociétés
modernes: le suicide anomique, caractéristique des crises
qu'elles traversent, le suicide égoïste,
caractéristique de leur tendance normale au déficit de
liens communautaires. Le suicide altruiste se rencontre dans les
sociétés à solidarité mécanique, où
l'individu se sacrifie pour conforter le groupe.
Les Formes élémentaires de la
vie religieuse (1912)
Prenant appui sur des études menées en
Australie,
Durkheim voit dans la religion le phénomène social
fondamental d'où dérivent tous les autres. Il en
offre une définition objective qui ne réfère pas
au contenu des dogmes: «C'est le système solidaire
de croyances et de pratiques (rites) relatives à des choses
sacrées, c'est-à-dire séparées,
interdites.» La dialectique du sacré et du profane
constitue le noyau du fait social (dans la religion, c'est la
société qui s'adore elle-même) et répond
à celle qu'entretiennent individu et société.
Produisant les principes de classification de l'univers, les
catégories de temps, d'espace, de force, etc., elle est
à la source de l'exigence de logique, de
rationalité et d'universalité de la science
moderne. Durkheim poursuit dans les Formes élémentaires
de la vie religieuse le projet engagé depuis De la division
du travail social de faire l'histoire des formes sociales de
la prise de conscience du réel, de produire une théorie
générale de l'activité symbolique:
l'élaboration d'une sociologie de la connaissance,
à laquelle participa Marcel Mauss. Ainsi, langage, signes,
symboles, pour une part faits sociaux, ne prennent sens qu'en
fonction d'un contexte social et historique précis et de
leur position dans un ensemble de relations.
Autres ouvrages
- Education et Sociologie, 1922
- Sociologie et Philosophie, 1925
- L'Evolution pédagogique en
France, 1938
- La Science sociale et l'Action,
posthume, 1970.
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