Histoire

Voyage

Espace ludique  
Accueil
 
 



 

Histoire

Dossier(s) : Personnages > Personnages Epoque Contemporaine > 

Mao Tsé-toung

Shaoshan, Hunan, 1893 - Pékin, 1976
© Hachette Livre et/ou Hachette Multimédia


 


Mao Zedong (1966)


Homme d'Etat chinois

Mao Tsé-toung ou Mao Zedong. Chef historique de la révolution chinoise, Mao Zedong sut mobiliser les aspirations populaires au moment décisif.

Sans craindre de bouleverser la lettre de la doctrine, il adapta le communisme à ce peuple de 500 millions de paysans - pour 2 à 3 millions d'ouvriers seulement.



Tradition et révolution
En quelques dizaines d'années, les communistes, avec à leur tête Mao Zedong, bouleversent les structures plus que millénaires de la société chinoise, fondées sur la morale confucéenne, tant dans la sphère privée que dans le domaine politique.  

Une jeunesse dans la Chine en crise
A l'époque de la jeunesse de Mao, la Chine subit une décadence dramatique du pouvoir impérial, à laquelle s'ajoutent les humiliations infligées par les puissances impérialistes européennes.  
Fils d'un paysan enrichi par le négoce, Mao travaille jusqu'à l'âge de treize ans dans les champs, et fréquente l'école l'après-midi. Révolté par la dureté de son père et par les mauvais traitements de son maître, il fait une fugue à l'âge de dix ans.  

En 1911, Mao s'engage dans l'armée républicaine du Guomindang, qui balaie dès 1912 la dynastie mandchoue et proclame la république. A l'école normale du Hunan (1913-1918), Mao organise des cours du soir pour alphabétiser les travailleurs.  

Mais ses idées marxistes s'affirment vraiment lors d'un voyage à Pékin, puis à Shanghai, durant lequel il entre en contact avec Chen Duxiu et Li Dazhao. Ceux-ci, sous l'impulsion d'un envoyé du Komintern, fondèrent le parti communiste chinois (PCC), en 1921, lors d'un congrès dont il fut à l'origine le secrétaire. La lecture de trois ouvrages catalyse alors sa conversion au marxisme: le Manifeste du parti communiste, de Marx et Engels; la Lutte des classes, de Kautsky; l'Histoire du socialisme, de Kirkupp. Li Dazhao, qui l'emploie comme bibliothécaire, l'influence aussi durablement. Ce pionnier du marxisme en Chine pensait que la révolution chinoise ne se ferait que par la classe paysanne et poussait ses étudiants à travailler dans les campagnes. Mao Zedong écrira un article sur ce thème en 1926 (Analyse des classes de la société chinoise), où il affirme que « le prolétariat est la force dirigeante » de la révolution, et que ses plus proches amis sont les paysans et la petite bourgeoisie.  

Le futur Grand Timonier exerce ses premières activités politiques dans le cadre d'un mouvement autonomiste du Hunan, où il forme une section des Jeunesses socialistes. Il organise plus tard une grève de mineurs, participant dès lors aux actions du PCC, qui multiplie les syndicats ouvriers.  

Une nouvelle éthique?
Initié aux théories politiques de Rousseau et de Montesquieu, d' Adam Smith et de Stuart Mill, Mao demeure jusqu'en 1920 un adepte de la démocratie libérale, farouchement anti-impérialiste et antimilitariste. Il souscrit également aux théories anarchistes de Kropotkine prônant l'aide mutuelle et la liberté individuelle. A vingt ans, il est profondément impressionné par le Système d'éthique de F. Paulsen, qui place la volonté avant l'intelligence et dote le concept d'évolution naturelle d'un caractère éthique.  

Avec ses condisciples de la Société des nouveaux citoyens, qu'il fonde en 1918, il se passionne aussi pour une éthique de la culture physique. Le puritanisme révolutionnaire et le culte de sa force athlétique feront partie du prestige mythique et exemplaire de la personne de Mao. Efficacité du symbole: à l'âge de soixante-treize ans, en pleine Révolution culturelle, il aurait traversé, le Yangzijiang à la nage.  

Son refus du mariage arrangé par son père est dans la ligne de cette morale et de sa critique de l'ordre confucéen. Il écrit très tôt sa révolte contre la condition d'esclave réservée à la femme chinoise: l'une des premières réformes de l'Etat socialiste condamnera l'infanticide et autorisera le divorce.


La lutte
La première tactique du PCC est celle d'un front nationaliste unitaire où il combat aux côtés des anarchistes et, par des adhésions individuelles, s'intègre au Guomindang du républicain Sun Yat-sen. Mao siège à la fois au comité central du PCC et au bureau exécutif du Guomindang de Shanghai. Mais la première insurrection révolutionnaire de 1925, ouvrière et citadine, se soldera par un massacre des communistes qui laissera le PCC quasi inexistant en 1927. Dix ans plus tard, le parti collaborera de nouveau avec le Guomindang contre l'envahisseur japonais, mais cette fois, il maintiendra l'indépendance de ses troupes, car le vent a alors tourné en faveur des révolutionnaires rouges, révélant le génie stratégique de Mao.  

La paysannerie mobilisée
L'activité de Mao prend, dès 1925, le contre-pied de la ligne dirigeante du parti. Il est alors l'un des plus fervents partisans de l'activité des communistes au sein du Guomindang. Renouant d'autre part avec la tradition des grandes révoltes, il favorise l'apparition des premières unions paysannes dans le Hunan. Il écrit son Rapport sur l'enquête menée dans le Hunan à propos du mouvement paysan pour affirmer le rôle de la paysannerie dans la lutte révolutionnaire (mars 1927). En août 1927, les envoyés du Komintern écartent Chen Duxiu, Mao est promu à la direction du parti, avec Qu Qiubo, qui est bientôt fusillé par le Guomindang, et Li Lisan, qui sera éliminé en 1930.  

 Mao est chargé du «soulèvement de la récolte d'automne»: à la tête de 2 000 hommes, il constitue la première armée révolutionnaire. Mais les forces gouvernementales de Tchang Kaï-chek, le nouveau chef du Guomindang, l'obligent à se réfugier dès septembre 1927 dans les monts Jinggang, où il organise le partage des terres et distribue des armes aux paysans à partir de novembre 1927. En décembre 1927, l'insurrection ouvrière de Canton est écrasée, et cela contribue à reléguer les communistes dans les montagnes du Jiangxi. Avec l'aide militaire de Zhu De, futur créateur et commandant de l'Armée populaire de libération, les «bases rouges» se multiplient, principalement dans le Jiangxi. Un gouvernement provisoire des soviets y est proclamé en 1931, avec Mao pour président; celui-ci prend la tête de la révolution communiste dès que le comité central se replie, deux ans plus tard, dans cette province.  

L'Armée rouge, fortement politisée, est formée selon la doctrine d'une action aux tâches extramilitaires multiples: propagande, organisation des masses et même production. Sa lutte de guérilla, tactique d'« encerclement des villes par les campagnes » dont Mao énonce les principes, démontrera son efficacité.  

La Longue Marche
Les communistes sont contraints d'évacuer le Jiangxi, à l'automne 1934, pour une Longue Marche d'une année qui les conduit dans le Shaanxi. Harcelés par les troupes gouvernementales, mieux armées et plus nombreuses, à travers un relief montagneux hostile, ils parcourent 12'000 km en direction du nord-ouest, afin de briser l'encerclement ennemi.  

Les vétérans de la Longue Marche formeront l'élite révolutionnaire, témoins de ce mythe fondateur de la République populaire. Mao, à qui l'on doit l'initiative de cette héroïque équipée, prend la direction du PCC en 1935.  

La guerre contre le Japon, malgré le front uni de pure tactique avec le Guomindang, est l'occasion de perfectionner la stratégie de guerre populaire des forces communistes, rebaptisées « VIII e armée de route» et « nouvelle IVe armée ». Porté par une réaction en partie nationaliste, le PCC connaît alors une progression générale de ses effectifs. Il continue à organiser la production économique en formant des équipes d'aide mutuelle et applique dès lors les principes communistes de gouvernement dans les territoires qu'il dirige: autorité du parti, centralisme démocratique - qui permet en théorie l'expression de la base mais lui interdit la prise des décisions, imposées d'en haut - et «autocritique» contrainte de la pensée. Mao a d'abord l'intelligence, à contre-courant des directives générales du parti, de ne pas s'aliéner le soutien des paysans riches, peu nombreux, par une réforme agraire trop brutale.  

Trois années de guerre civile contre le Guomindang et la mobilisation intense de la paysannerie de la Chine du Nord aboutissent, le 1 er octobre 1949, sur la place Tian An Men à Pékin, à la proclamation par Mao de la République populaire de Chine. Garantie idéologique du régime et symbole de l'unité retrouvée, Mao, élu président en 1954, se tient à l'écart de l'activité gouvernementale jusqu'en 1955.  
 

La pensée Mao
L'expression chinoise traduite par « maoïsme » signifie plutôt « pensée Mao-Zedong ». En effet, l'idéogramme désignant l'idéologie a toujours été réservé au marxisme-léninisme. Si elle a bien été érigée en principe de base du PCC dès 1945, la pensée Mao-Zedong a souffert des critiques au sein du parti à partir de 1956 - aussi la « démaoïsation » a-t-elle pu être relativement moins traumatisante que la « déstalinisation » soviétique.  

La voie chinoise au socialisme
Inséparable de l'expérience particulière de la révolution chinoise, le maoïsme se compose surtout de textes de circonstance. A la fin des années 1950, Mao a déjà donné l'essentiel de ses conceptions politiques. Elles seront compilées et simplifiées à l'époque de la Révolution culturelle pour se réduire aux directives du Petit Livre rouge (dont seront imprimés près d'un milliard d'exemplaires).  

A l'annonce du rapport Khrouchtchev dénonçant, en 1956, le culte de la personnalité et les erreurs de Staline, les dirigeants chinois prennent la défense du défunt, mettant ainsi Mao à l'abri des critiques. A son tour, celui-ci prend ses distances avec les conceptions marxistes et léninistes, comme l'expose son discours de 1957, De la juste solution des contradictions au sein du peuple. Selon lui, durant la phase de transition vers le socialisme, le marxisme-léninisme donne la priorité aux facteurs économiques. Mao, sans hésiter à puiser dans la tradition taoïste et à citer Laozi, affirme que la Chine doit résoudre la contradiction « entre les lois objectives du développement économique de la société socialiste et la connaissance subjective » des communistes. C'est-à-dire qu'il considère comme inévitables les erreurs dans l'édification de la nouvelle société, tout en appelant à en tirer des enseignements. Il adopte alors la stratégie volontariste du Grand Bond en avant (1957-1960), qui exige un effort de production démesuré de la part des paysans transformés en « soldats du front agricole ». Elle se solde par une famine catastrophique qui fait 13 millions de morts. Le Grand Timonier se retire alors de la gestion directe du pays.  

La Révolution culturelle
Dès 1963, Mao reprend l'offensive contre les deux principaux dirigeants chinois qu'il juge engagés dans la voie révisionniste: Liu Shaoqi - le « Khrouchtchev chinois » - et Deng Xiaoping. Une gigantesque offensive de propagande, la Campagne d'éducation socialiste, réaffirme les grands thèmes maoïstes: contrôle du parti par les masses, suppression des hiérarchies entre travail manuel et intellectuel, entre ville et campagne. Lin Biao, commandant de l'Armée rouge, qui a pris le nom, après la défaite du Japon, d'« Armée populaire de libération », contribue à organiser un véritable culte à la personne de Mao. Celui-ci s'oppose à nouveau aux experts économistes, et, en lutte pour le pouvoir, dirige la Révolution culturelle (1965-1969) contre l'appareil du parti. Entreprise utopique qui projette d'éliminer les Quatre Vieilleries (vieilles idées, culture, coutumes et habitudes) et de « créer l'homme nouveau », la Révolution culturelle ne se contente pas de critiquer la bureaucratie. Elle se veut une nouvelle phase de la lutte des classes: il s'agit d'éliminer tous ceux qui retardent « l'édification du socialisme ».

Mao estime qu'on ne peut atteindre ce résultat que par une nouvelle révolution. Les violences commencent dans les collèges et les universités, où les enseignants sont brutalisés, puis la terreur culmine au cours de l'année 1966 avec la mobilisation de millions de gardes rouges, étudiants en majorité, qui prennent possession des villes et s'acharnent à détruire les symboles du passé. Mais les gardes rouges, déchirés par des luttes de factions, sont bientôt rappelés à l'ordre par l'armée. La mise au pas est orchestrée par Mao lui-même, qui apparaît comme le principal voire le seul bénéficiaire de ces événements. Après 1972, Mao abandonne peu à peu la direction du pays au Premier ministre Zhou Enlai. Atteint par la maladie de Parkinson, il n'arbitre pas les luttes des tendances au sein du parti. Mao meurt le 9 septembre 1976, la même année que Zhou Enlai et Zhu De.

La Révolution culturelle est condamnée par les successeurs de Mao comme la cause de tous les échecs du régime. Les erreurs de Mao depuis le Grand Bond en avant sont alors rejetées sur la « Bande des Quatre », sobriquet donné par ses adversaires à un groupe comprenant Jiang Qing, la veuve de Mao, dont l'influence est supposée avoir été particulièrement nocive. Deng Xiaoping engage, à partir de 1978, un processus de « démaoïsation ».  

La défense maoïste du stalinisme, dans les années 1960, a influencé certaines nations communistes, en premier lieu l'Albanie. La pensée de Mao a, par ailleurs, joué un rôle important - pour les Palestiniens, par exemple - par ses théories sur la guérilla, que Lin Biao généralise en stratégie mondiale d'encerclement des pays surdéveloppés (les « villes ») par les pays sous-développés (les « campagnes »).  

Enfin, en mai 1968, des étudiants affichèrent le portrait de Mao et brandirent le Petit Livre rouge, symboles à la fois d'opposition à la coexistence pacifique avec le capitalisme, prônée par l'URSS, et d'engagement anti-impérialiste à l'égard du tiers-monde.




 
Lieux liés

Chine


 

 
Thèmes liés

Politique


 
Périodes liées

Epoque contemporaine


 
Accueil   |   Copyright   |   Contact   |   Réalisation Media Welcome