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Dossier(s) : Personnages > Personnages Epoque Moderne > Rameau, Jean-Philippe Dijon, 1683 - Paris, 1764 © Hachette Livre et/ou Hachette Multimédia
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Jean-Philippe Rameau Portait par Greuze
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Compositeur français. La musique française reconnaît aujourd'hui en Jean-Philippe Rameau, compositeur et théoricien, l'un de ses plus grands maîtres.
Notre conception des accords eût été différente et sans doute incomplète sans le Traité de l'harmonie qu'il publia en 1722.
Dernier et illustre fleuron de l'art musical versaillais, Rameau outrepasse néanmoins ce cadre par l'universalité de son génie. La perfection de sa musique dramatique parle à tout homme la langue ancienne et cependant familière des œuvres intemporelles.
La conduite raisonnée d'une vie et d'une carrière
Né à Dijon en 1683, Jean-Philippe Rameau incarna pour Claude Debussy cet «esprit du sol» oublié par une musique française qui, pendant plus d'un siècle après la mort du musicien de Louis XV, chercha ailleurs ses modèles. Deux ans après Rameau naissaient trois autres compositeurs de génie: Bach, Scarlatti et Händel. Proche de Bach par la rigueur de la pensée, Rameau renouvela avec autant de puissance que Scarlatti la technique et l'écriture du clavecin. Enfin, à l'instar de Händel, il mena à leur apogée des formes dramatiques héritées du passé.
La lente maturation du génie Jean-Philippe Rameau reçoit sans doute de son père, organiste à Notre-Dame de Dijon, ses premières leçons de musique. Elève des jésuites, il interrompt précocement ses humanités pour ne plus se consacrer qu'à l'étude du violon, de l'orgue et de la composition.
En 1701, probablement à la suite d'un chagrin amoureux, Rameau entreprend un voyage en Italie, sans succomber à l'attirance que ce pays exerçait alors sur la plupart des musiciens français. De retour en France dès l'année suivante - il est alors âgé de dix-neuf ans -, le jeune homme devient le violoniste d'une troupe itinérante avant de se fixer à Avignon, puis à Clermont-Ferrand, où il tient l'orgue de la cathédrale de 1702 à 1705.
Après la parution de son Premier Livre de pièces de clavecin édité à Paris en 1706, Rameau tente vainement d'obtenir une situation stable dans la capitale. Successeur de son père à la tribune de Notre-Dame de Dijon de 1709 à 1714 - il fait un bref séjour à Lyon en 1713 -, il quittera définitivement sa ville natale à la suite d'un drame personnel: la femme qu'il aime lui préfère son frère cadet, musicien comme lui. De nouveau organiste à Clermont-Ferrand, Rameau élabore son Traité de l'harmonie réduite à ses principes naturels, dont la parution, en 1722, allait bientôt attirer l'attention des musiciens, des scientifiques et des philosophes.
La carrière parisienne En 1726, Rameau, qui s'est installé à Paris en 1723, épouse la fille d'un musicien de la cour. «Fort honnête, douce et aimable» (Maret), Marie-Louise Mangot était de surcroît dotée d'une jolie voix. Rameau commence à songer à la scène. Il compose des airs de danse pour le théâtre de la Foire et ne craint pas de solliciter le plus célèbre librettiste de l'époque, l'académicien Houdar de La Motte, qui ne daigne pas lui répondre.
Rameau se fait cependant de précieuses relations. Sa rencontre avec le fermier général Le Riche de La Pouplinière, qui le nomme directeur de sa musique particulière, eut probablement une influence décisive sur la suite de sa carrière. Dirigés par Rameau, les concerts du financier attiraient à Passy les plus brillants esprits: Voltaire, qui écrivit pour le compositeur un Samson que la censure refusa; l'abbé Pellerin, auteur du livret d'Hippolyte et Aricie , première œuvre de Rameau représentée au théâtre.
Taciturne, traversant le jardin du Palais-Royal sur ses longues jambes, tête baissée et chapeau sous le bras, ainsi qu'il apparaît dans un portrait de Carmontelle, Rameau n'était-il qu'un esprit sévère, uniquement préoccupé de son art? «Sa femme et sa fille n'ont qu'à mourir quand elles voudront, écrit Diderot: pourvu que les cloches de la paroisse qui sonneront pour elles continuent de résonner la douzième ou la dix-septième, tout ira bien.»
Jean-Philippe Rameau était en effet un homme aussi peu sensible aux douceurs de l'existence qu'indifférent aux manifestations superficielles de la gloire. Il n'enregistra jamais les lettres qui le faisaient chevalier de l'ordre de Saint-Michel quelques années avant sa mort, qui survint le 12 septembre 1764, «pour éviter une dépense qui lui tenait plus à cœur que la noblesse». Mais cette rude écorce ne dissimulait qu'à peine la générosité de l'homme et l'ardeur du polémiste. Rarement ému, il demandait pourtant à l'organiste Balbastre: «Mon ami, faites-moi pleurer.»
Un compositeur au centre des querelles
Le véritable tempérament de
Rameau jaillit en fait dans ses œuvres, tempérament
passionné qu'il ne parvient pas à réprimer
lorsqu'il prend part à un débat, polémiquant
jusqu'à en perdre la voix si le sujet lui tient à
cœur. On le voit alors, «dans l'instant où il
est le plus animé, ouvrir la bouche pour faire comprendre par
ses gestes qu'il ne peut plus parler» (Maret), mais
possède encore des arguments. Il n'est donc pas
étonnant que Rameau se soit trouvé par deux fois,
en 1733 et en 1752, au centre des querelles.
Lullistes et ramistes
Exécuté en privé chez La Pouplinière,
protecteur de Rameau, l'opéra Hippolyte et Aricie
suscita immédiatement une guerre de libelles entre
zélateurs et détracteurs du compositeur. Pour les
lullistes, Rameau n'est qu'un «distillateur
d'accords baroques» qui néglige la ligne
mélodique, réduit la voix à n'être que
«l'accompagnement de l'accompagnement» (
Rousseau) et met en
péril l'art national représenté par Lully. Le
mot célèbre du vieux compositeur Campra donne le ton de
la partie adverse: «Il y a, dans cet opéra, assez de
musique pour en faire dix.» Les ramistes, dont le nombre
n'allait cesser de croître, reconnurent
d'emblée la richesse de l'harmonie et la puissance
des orchestrations d'Hippolyte et Aricie.
Quant au public, il ne tint pas grand
compte de cette querelle et accueillit triomphalement les quatre
plus grands chefs-d'œuvre du compositeur
quinquagénaire: les Indes galantes (1735), Castor et Pollux
(1737), les Fêtes d'Hébé et Dardanus (1739).
En 1745, Rameau obtient le titre prestigieux de compositeur
de la Chambre du roi. La Princesse de Navarre, écrite en
collaboration avec
Voltaire, est
donnée à Versailles pour le mariage du Dauphin. Une
douzaine d'œuvres voient le jour, parmi lesquelles
Platée, ou Junon jalouse (1745), Pygmalion (1748), Zoroastre
(1749), Acanthe et Céphise (1751). Jean-Philippe Rameau est
donc à l'apogée de sa carrière quand
éclate la «querelle des bouffons», qui le
précipite au centre des débats.
Rameau et la «querelle des
Bouffons»
En 1752, une troupe italienne de passage à Paris
reprend La serva padrona, opéra bouffe de Pergolèse qui
n'avait obtenu qu'un mince succès lors de sa
première représentation, en 1746. La «
querelle des
bouffons», ou «guerre des coins», divise
bientôt en deux clans farouchement opposés les
partisans de la musique italienne et les défenseurs de la
musique française: représentés par
Grimm, Rousseau
et les Encyclopédistes, les premiers forment à
l'Opéra le «coin de la reine»; musiciens et
amis de Rameau appartiennent au clan rival, ou «coin du
roi».
Après avoir été
qualifié, vingt ans auparavant, de
«révolutionnaire», Rameau devient ainsi,
paradoxalement, la cible des italianisants. Querelle plus
littéraire que musicale, entretenue par Grimm (Lettre de M.
Grimm sur «Omphale» de Destouches) et Rousseau (Lettre
sur la musique française), elle contraint Rameau à donner
la réplique dans son analyse du monologue de l'Armide de
Lully (Observations sur notre instinct pour la musique, 1754)
et à confondre les non-spécialistes dans un écrit au
ton polémique, Erreurs sur la musique dans l' «
Encyclopédie»
(1755).
Rameau, théoricien de l'harmonie
«
La musique nous est naturelle, nous ne
devons qu'au pur instinct le sentiment agréable
qu'elle nous fait éprouver
», affirme Rameau. La citation
pourrait être attribuée à Rousseau si le mot
«sentiment» qualifié d'
«agréable» ne recouvrait pas en fait la notion de
«sensation». Selon Rameau, la musique ne nous affecte pas
à la faveur d'une sensibilité particulière, mais
du fait de notre nature même. Référence absolue au
XVII
e
siècle, deux concepts de nature
se font face: une musique «naturelle» est, selon
Rousseau, un art qui affecte le cœur humain; pour Rameau,
l'homme est touché par la musique parce qu'il est un
corps sonore faisant partie de la nature et vibrant avec elle.
Rousseau songe à
la nature de l'homme, quand Rameau fait appel à la nature
des choses.
Le Traité de l'harmonie
réduite à ses principes naturels (1722) repose en effet
sur un concept cher au classicisme: la nature des choses
n'étant pas accessible directement, on ne peut
l'atteindre que par l'analyse. Rameau ne cessera
d'affirmer que «la musique est une science qui doit
avoir des règles certaines».
Fort du postulat cartésien, le
compositeur prétendit découvrir par
l'expérience et la raison le véritable principe de
la musique. Rameau constate tout d'abord que les harmoniques
produits par une basse fondamentale sont unis entre eux selon le
principe de la résonance. La théorie des renversements
- selon laquelle do-mi-sol est l'équivalent de
mi-sol-do ou de sol-do-mi - est posée, simplifiant la
compréhension de l'harmonie: la multiplicité des
accords est résumée en un petit nombre d'accords
générateurs.
Le deuxième livre de Pièces de
clavecin reflète très tôt les préoccupations
de Rameau dans le domaine des accords. L'invention harmonique
des Nouvelles Suites de pièces de clavecin n'est certes
pas la seule illustration de la plus célèbre
théorie de Rameau: la primauté de l'harmonie sur la
mélodie.
Lorsque l'auditeur croit succomber au
seul pouvoir d'une mélodie, il entend aussi l'harmonie
sous-tendue. Rameau fut l'un des premiers à analyser aussi
clairement cette composante de la musique occidentale, dans
laquelle chaque note, incluse dans le schéma tonal, contient
tout un monde harmonique.
Rameau, musicien dramaturge
Homme de son temps, fidèle à la
théorie de l'imitation de la nature, Rameau concevait la
musique comme un art de la représentation. «J'ai
toujours eu quelque objet sous les yeux en composant»,
confessait-il.
Les pièces de clavecin
Forme musicale née de la succession de plusieurs
danses regroupées sous une même tonalité par
affinité ou par contraste, la suite est à son
apogée lorsque paraît, en 1706, le Premier Livre
de pièces de clavecin de Jean-Philippe Rameau. Après
avoir été fidèle au plan de la suite, le
compositeur s'affranchira de l'enchaînement
traditionnel des danses, en 1724.
La plupart des Pièces de clavecin
du deuxième recueil portent en effet des titres descriptifs.
Glissé entre une gigue et un rigaudon, «le Rappel des
oiseaux» séduit par sa tonalité fuyante. Suivent
une «Musette» et le célèbre
«Tambourin», dont nous retrouverons une version
orchestrée dans les Fêtes d'Hébé. Croches
affolées des «Tourbillons», puissante carrure des
«Niais de Sologne», croisements de mains sur les grands
intervalles des «Cyclopes»: l'écriture du
clavecin nécessite puissance et virtuosité -
notons qu'une Méthode pour la mécanique des doigts
est jointe à ce deuxième livre -, elle trahit
également l'exubérance dramatique d'un
compositeur qui n'a pas encore écrit pour le
théâtre.
Les Nouvelles Suites de pièces de
clavecin de 1728 sont plus audacieuses encore. Rameau semble
s'y être livré à une recherche consciente de
la nouveauté. «L'harmonie qui cause cet effet
n'est pas jetée au hasard», précise-t-il dans
la préface à propos de «l'Enharmonique»,
avant-dernière pièce du recueil. La technique du
clavier est encore élargie, et les arpèges agiles, en
accords brisés, de «l'Egyptienne» ont un
caractère quasi orchestral. Dans les Pièces de clavecin
en concert (pour un violon ou une flûte, une viole ou un
second violon) de 1741, le clavecin abandonne son rôle
de basse continue pour devenir un instrument concertant.
Le théâtre lyrique
Jean-Philippe Rameau occupa essentiellement des fonctions
d'organiste jusqu'à l'âge de quarante ans.
Il composa toutefois peu de musique religieuse et ignora son
premier instrument, l'orgue. Quelques motets pour grand
chœur, tel le Quam dilecta, sont les seuls témoignages
de son activité de maître de chapelle.
Considéré avant tout comme un
compositeur d'opéras, Rameau aborda ce genre plus
tardivement qu'aucun musicien dramatique. La première
représentation d'Hippolyte et Aricie constitue selon ses
contemporains «une révolution dans leur musique».
Cette révolution affecta davantage le fond que la forme,
malgré une innovation fondamentale: parfois nettement
inspirées par le sujet de la pièce, comme dans
Zoroastre ou Zaïs, certaines de ses ouvertures font du
compositeur le véritable inventeur de la musique à
programme.
Le terme «opéra» recouvre
en fait les différents genres dans lesquels Rameau
s'illustra: Hippolyte et Aricie, Castor et Pollux, Dardanus,
Zoroastre et les Boréades sont de grands opéras en cinq
actes, ou tragédies lyriques. Pièces en trois actes,
d'un genre plus léger, les pastorales
héroïques mettaient en scène héros et bergers
dans un cadre champêtre: Zaïs, Naïs, Acanthe et
Céphise appartiennent à ce genre.
Toutes ces œuvres possèdent
une intrigue logiquement suivie. Tel est aussi le cas de la
comédie lyrique Platée - qualifiée de
«ballet bouffon» malgré la présence de
paroles. Il existe toutefois des pièces, comme les Indes
galantes, uniquement formées par la réunion de sujets
différents, selon le goût de l'époque. La
cérémonie de l'adoration du Soleil du deuxième
acte est peut-être l'une des pièces les plus
saisissantes de tout le théâtre de Rameau.
Jean-Philippe Rameau conçut
l'orchestre comme l'un des éléments du drame.
Il y introduisit la clarinette, dont l'emploi était
encore inhabituel (Zoroastre), et excella dans la
représentation des éléments naturels: flots en
furie, tremblements de terre, tonnerre, scènes grandioses
dont le public français était friand.
La contribution de Rameau à
l'évolution du langage harmonique a été maintes
fois soulignée: l'emploi d'accords dissonants
formés de tierces superposées, l'utilisation de la
septième diminuée - proscrite par Lully - et
de la sixte augmentée, la richesse d'une écriture
revivifiée et soumise à une imagination de coloriste
contribuèrent à créer des effets d'une
intensité dramatique inégalée, de la plus
impressionnante des scènes d'ensemble (scène du songe
au quatrième acte de Dardanus) au trio des Parques
d'Hippolyte et Aricie.
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