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Dossier(s) : Personnages > Personnages Epoque Moderne > Hume, David Edimbourg, 1711 - id, 1776 © Hachette Livre et/ou Hachette Multimédia
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David Hume
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Philosophe écossais. David Hume, qui perd son père à l'âge de trois ans, est élevé par sa mère, sous le contrôle rigide de son oncle, pasteur.
En 1734, il part pour la France, où il rédige son Traité de la nature humaine, qui aura peu de succès. Secrétaire d'un diplomate en mission sur le continent de 1746 à 1750, il acquiert une certaine notoriété grâce à l'Enquête sur l'entendement humain. Sa candidature à la chaire de philosophie d'Edimbourg et de Glasgow ayant été refusée, il devient bibliothécaire de l'ordre des avocats d'Edimbourg.
De 1763 à 1766, il séjourne à nouveau en France, où, secrétaire de l'ambassadeur d'Angleterre, il est fêté par les salons parisiens et les Encyclopédistes. Il est nommé sous-secrétaire d'Etat à Londres, en 1767, avant de retourner, en 1769, dans sa ville natale, où il meurt en 1776.
Une pensée antimétaphysique
Sur les pas de
Newton, Hume
entend instituer une science de l'homme où
l'expérience à la fois confirme, corrige et limite
l'investigation. Selon le philosophe écossais, ce ne sont
pas les choses que nous connaissons, mais seulement les savoirs qui
s'y rapportent: tout échappe à la connaissance,
à l'exception de l'entendement humain,
entièrement soumis à l'expérience. Cet
empirisme, qui entretient des liens évidents avec le
naturalisme et le scepticisme, est marqué par une orientation
violemment antimétaphysique.
Les limites de la raison
Toute l'entreprise de Hume apparaît, notamment
dans les Dialogues sur la religion naturelle, comme une critique
du principe de raison: tout en admettant qu'il y a un ordre
des choses, le philosophe affirme qu'il est vain de chercher
à l'expliquer en s'appuyant sur l'entendement.
L'examen de tous les systèmes religieux -
c'est-à-dire de toutes les cosmogonies - montre
qu'il n'est pas nécessaire de supposer que la cause
du monde est un dessein intelligent. Tout peut être cause de
l'ordre («Pourquoi un système ordonné ne
pourrait-il être tissé du ventre aussi bien que du
cerveau?»), et lorsque la raison veut en rendre compte elle
s'égare dans l'arbitraire.
La raison elle-même, souligne Hume,
est un fait du monde, par conséquent «elle nous est
aussi peu connue que l'instinct ou la
végétation». Nous pouvons tout au plus
connaître son mécanisme, non son fondement, et en
régler l'usage dans ses limites naturelles. Cependant,
cette régulation vigilante est indispensable, car
l'ordre de l'esprit s'engendre du désordre et
tend à y retourner. La raison n'est que
l'imagination rendue uniforme.
L'esprit passe naturellement
d'une idée à une autre, mais au gré du hasard:
aucune idée n'a par elle-même d'affinité
exclusive ni constante avec une autre. Les idées sont
réunies selon les principes d'association, qui imposent
leur règle à l'imagination: l'esprit va
d'une idée à une autre suivant les transitions
faciles que constituent la ressemblance, la contiguïté
et la causalité.
Une lutte incessante oppose donc le
délire et les principes qui font de l'imagination une
faculté organisée. La ruse la plus subtile et la plus
redoutable de l'imagination consiste à mettre à son
service les principes mêmes qui l'assujettissent,
notamment la causalité, dont elle se saisit pour induire les
superstitions les plus extravagantes. C'est ce que Hume nomme
fiction, qui résulte d'un usage illégitime des
principes de la nature humaine.
Croyance et causalité
Connaître implique toujours un dépassement du
donné: lorsqu'on formule des propositions telles que
«César fut tué au sénat», on croit
à quelque chose qu'on n'a pas vu; de même,
lorsqu'on dit que «Le soleil se lèvera
demain», on croit à quelque chose qui, par
définition, dépasse l'expérience.
Parmi les principes, seule la
causalité permet de concevoir l'idée de quelque
chose à venir, l'idée d'un effet à
prévoir ou d'une cause probable. La causalité
(comme principe) n'établit pas seulement une relation,
elle est aussi à l'origine de l'inférence,
fondée sur la répétition des cas semblables:
après avoir constaté plusieurs fois une relation A-B
(entre la flamme et la chaleur, par exemple), à partir de A
on conclut B, et inversement. Inférer, c'est
s'attendre à quelque chose sur la base de
l'expérience.
Cependant, ce n'est pas
l'expérience qui peut produire par elle-même son
propre dépassement: la répétition du même
dans l'expérience laisse les événements
indépendants les uns des autres. On pourrait envisager alors
que c'est l'entendement qui procède à
l'inférence, que ce sont les opérations de
l'entendement qui supposent la causalité,
c'est-à-dire le droit de présumer que dans le futur
un objet sera lié à un autre, comme dans le passé.
Or Hume refuse cette hypothèse en affirmant que la
répétition, qui ne change rien dans les choses, modifie
l'esprit: celui-ci s'habitue au retour d'un
phénomène, il anticipe B si A survient ou suppose A si
B est donné. L'esprit a donc un pouvoir de contracter
des habitudes: expérience et habitude sont deux principes de
la nature humaine.
Lorsqu'on parle de causalité,
c'est-à-dire d'une connexion nécessaire, alors
qu'il ne nous est donné qu'une conjonction
constante, on ne fait que suivre une tendance subjective. Car la
connexion nécessaire est dans l'esprit, non dans les
choses, et elle ne s'y trouve que comme effet: le sujet
contemple les répétitions dans la nature et
éprouve en lui-même la modification qui s'y
produit; au-delà des données brutes, que Hume nomme
impressions de sensation, c'est l'impression qui
apparaît encore: ce qui intervient alors, c'est
l'impression de réflexion, qui, se fiant à
l'habitude, présume que les répétitions
attestées par l'expérience vont se reproduire.
L'effet ne se déduit pas de sa
cause comme, en mathématiques, la conséquence du
principe; dans la causalité, on attribue à l'effet
une position d'existence, et la négation d'un fait
n'implique pas contradiction; en fait, on peut toujours
envisager qu'aucune chaleur n'accompagne une flamme.
Lorsqu'on croit à l'existence d'un
fait, on passe d'une impression vivace à l'idée
d'une chose absente: la vivacité de l'impression se
communique à l'idée en vertu des principes
d'association. Or il est toujours légitime de se
demander si l'habitude qu'on contracte est fondée
sur une répétition constante. Car l'imagination
conçoit de fausses répétitions, en particulier au
gré des passions, et l'habitude est alors prise sans
réflexion. Si on n'a aucun moyen de prévenir
l'erreur, on peut toutefois la limiter: il faut veiller
à ce que les répétitions prévues par
l'habitude soient confirmées par le calcul des
probabilités, qui permet de désigner les
répétitions réelles, sur la base de leur
fréquence.
La pensée et la pratique
Alors que les impressions diverses sont au fondement de
toute opération de l'esprit, les idées,
elles-mêmes toujours singulières, ne sont que des
copies faibles des impressions. Cette résolution de
l'esprit en ultimes éléments sensibles, qui est
propre à l'atomisme psychologique de Hume, ramène
l'esprit au pur fait de l'existence, antérieure
à toute pensée.
Pure présence atemporelle,
l'impression est l'être qui précède
l'idée et reste donc en deçà du pensable; elle
investit l'esprit de réalité, mais en même
temps elle ramène toute totalité et toute permanence
à une fiction. Pour Hume, l'unité du monde
n'est que présumée, et l'identité du Moi
est insaisissable. Cependant, notre certitude pratique que le
monde existe est tout aussi inébranlable que notre
conviction d'être un Moi à travers la dissipation
des impressions. Si nous y croyons, c'est parce que les
opérations de l'entendement trouvent leur sens dans la
pratique et qu'elles nous aident à vivre.
Les passions
Pour agir, l'homme a besoin d'une passion, qui
recherche le plaisir, et fuit la douleur. Il existe des passions
directes: la contemplation d'une belle maison procure de la
joie, l'esprit est tourné alors vers le plaisir. Si je
suis propriétaire de cette maison, j'en éprouve de
l'orgueil; cette autre impression de réflexion me tourne
vers l'idée du Moi (dans d'autres cas vers
l'idée d'autrui): c'est une passion indirecte. A
cela la raison n'a aucune part.
Dans l'action, la raison n'a
d'autre rôle que de discerner l'utile, les bons
moyens: elle choisit la cause capable de produire l'effet
désiré. En fait, ce sont les passions qui posent les
fins, qui déterminent les effets souhaitables. Par
conséquent, les passions sont d'une nature radicalement
différente de celle de la raison: alors que les moyens
d'action peuvent être aisément comparés par la
raison, les fins assignées à l'action sont
assurément des données incomparables. Certes, il y a
une hiérarchie des fins - une action peut être
louable ou blâmable -, mais les passions ne sont pas
raisonnables ou déraisonnables.
Morale et esthétique
Comme les passions, la morale ne dépend nullement de
la raison impuissante. Cependant, on pourrait supposer que
c'est la raison qui permet d'outrepasser les attachements
particuliers et étroits créés par les passions et
qui rend possible, par là même, la morale. Or, en
réalité, c'est l'imagination qui réagit
aux principes de la passion: au besoin, elle fait jouer plaisir
et douleur hors de leur propre exercice légitime.
Alors que dans la connaissance d'un objet nous
inférons du connu à l'inconnu, partie par partie,
l'affectivité réagit à l'objet comme
à un tout. Ainsi, la beauté n'est dans aucune des
parties, c'est un effet nouveau produit dans l'esprit par
le tout. Il en va de même du chagrin ou de la joie ressentis
au spectacle ou éprouvés à l'idée
d'une action. C'est le goût qui investit les choses
de nos sentiments et qui «fait surgir une nouvelle
création».
Les passions, qui sont d'abord essentiellement
partiales, peuvent s'étendre donc à des
totalités de plus en plus vastes. Tandis que les parties
sont dans la nature, la totalité est à inventer,
notamment par l'utilisation de l'artifice.
La justice
Les vrais inventeurs sont les législateurs, qui
forgent les moyens «obliques» des fins humaines. Vertu
artificielle, la justice est requise car la bienveillance
n'est pas spontanément universelle, et la
répartition des biens matériels est nécessaire en
raison de leur rareté. Il est socialement utile que soient
établies des règles séparant le mien du tien, si
arbitraires paraissent-elles. Le rôle du gouvernement
consiste à donner à l'intérêt
général la vivacité qu'il n'a pas de soi.
Les règles générales
définies par la raison trouvent leur emploi par excellence
dans le droit, en particulier dans la régulation de la
propriété. Mais les règles ne peuvent pas
être dictées par l'utilité, liée à
l'intérêt privé et contraire à
l'intérêt général que défend la
justice. La convention sociale est encore de la nature: notre
adhésion à l'artifice suppose une passion qui
l'approuve.
Il n'est rien que nous ne fassions
par plaisir, même connaître. Ainsi, la raison n'est
qu'«
un merveilleux et inintelligible
instinct
», par rapport auquel Hume
privilégie la pratique: pratique intellectuelle, morale,
artistique, religieuse.
Le scepticisme modéré que
prône Hume n'est pas une démission; au contraire,
c'est une attitude intellectuelle qui vise à exploiter le
champ indéfiniment riche de l'expérience. Il cherche
à combattre les superstitions, c'est-à-dire les
croyances qui se retournent contre la vie et la paralysent, avec la
complicité de la raison. Celle-ci, faisant un mauvais usage de
la causalité, usurpe ses droits: elle prétend justifier
rationnellement ce qui n'est que fiction issue de la
métaphysique et de la religion naturelle (qui procéderait
de la seule lumière naturelle, c'est-à-dire la
raison, et de la conscience intime). C'est ainsi que
débute la crise ouverte du rationalisme que Hume, selon
l'expression de Kant, éveilla de son «
sommeil dogmatique
».
Bibliographie
1740 Traité de la nature humaine
1741-1783 Essais moraux, politiques et littéraires
1748 Essai sur l'entendement humain
1751 Enquête sur les principes de la morale
1762 Histoire d'Angleterre
1779 Dialogues sur la religion naturelle
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