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Hegel, Georg Wilhelm Friedrich

Stuttgart, 1770 - Berlin, 1831
Source Encyclopédie Wikipédia


 


Georg Wilhelm Friedrich Hegel



Sommaire

     Biographie
         Stuttgart 1770-1787
         Tübingen 1788-1793
         Berne 1793-1797
         Francfort 1797-1800
         Iéna 1801-1807
         Bamberg 1807-1808
         Nuremberg 1808-1816
         Heidelberg 1816-1818
         Berlin 1818-1831
     Principes
         La philosophie et le sens commun
         La dialectique
         L'histoire
         Le système
         La philosophie
     Sources
     Science de la Logique
     Philosophie de la nature
     Philosophie de l'esprit
         Esprit subjectif
         Esprit objectif
         Philosophie du droit
         Philosophie de l'histoire
         Esprit absolu
             Philosophie de l'art
             Philosophie de la religion
             La philosophie
                 Le savoir absolu
                 L'histoire de la philosophie
     L'hégélianisme
         L'hégélianisme au XIXe siècle
             Allemagne
             France
             Danemark
             Russie
             Grande-Bretagne
             Italie
         L'hégélianisme au XXe siècle
         Critiques
         Controverses
     Vocabulaire
     Citations
     Bibliographie
         Œuvres de Hegel
         Traductions
         Études
         Biographies

Georg Wilhelm Friedrich Hegel 1770 - 1831 est un philosophe allemand. Son œuvre, postérieure à celle de Kant, est l'une des plus représentatives de l'Idéalisme allemand et a eu une influence décisive sur l'ensemble de la philosophie contemporaine.

Hegel enseigne la philosophie sous la forme d'un système de tous les savoirs suivant une logique dialectique. Le système est présenté comme une « phénoménologie de l'esprit » puis comme une « encyclopédie des sciences philosophiques », titres de deux de ses ouvrages, et englobe l'ensemble des domaines philosophiques, dont la métaphysique et l'ontologie, la philosophie de l'art et de la religion, la philosophie de l'histoire, la philosophie morale et politique ou la philosophie du droit.

Biographie

Maison natale de Hegel à Stuttgart (Eberhardstrasse 53) en 2006
Maison natale de Hegel à Stuttgart (Eberhardstrasse 53) en 2006

Stuttgart 1770-1787

Georg Wilhelm Friedrich Hegel naît à Stuttgart le 27 août 1770 dans une famille protestante. Son père Georg Ludwig Hegel (1733-1799) est fonctionnaire à la Cour des comptes du duc de Wurtemberg. Sa mère Maria Magdelena Fromm (1741-1783) est issue d'une famille cultivée de juristes et participe à la première formation intellectuelle de son fils avant de mourir prématurément. Sa sœur Christiane enseignera plus tard le français à Stuttgart et sera internée dans un asile psychiatrique. Son jeune frère Ludwig périra en tant que capitaine dans l'armée napoléonienne pendant la campagne de Russie.

Wilhelm fait ses études au gymnasium de sa ville natale, où il est un écolier modèle. Sa sœur rapporte qu'il savait sa première déclinaison latine dès l'âge de cinq ans et que son précepteur lui offrit une édition des drames de Shakespeare pour ses huit ans. À l'âge de dix ans, son père lui fit apprendre la géométrie et l'astronomie. Les tragédies grecques étaient sa lecture favorite. Il s'intéressait également à la botanique et à la physique.

Hegel lui-même se souvient avoir appris à l'âge de onze ans les définitions de Christian Wolff ainsi que les figures et règles du syllogisme, soit les bases de la logique, savoir qui constitue pour Jacques Derrida un argument dans les polémiques concernant l'âge approprié pour un enseignement philosophique.

Sa formation à Stuttgart est inspirée par les principes des Lumières et a pour contenu les textes classiques de l'Antiquité. Hegel éprouve une préférence pour le grec. Il traduit le traité Sur le sublime de Longin, le Manuel d'Epictète et l'Antigone de Sophocle. Il rédige de nombreuses notes de lecture concernant la littérature, l'esthétique, la physiognomonie, les mathématiques, la physique (théorie des couleurs), la psychologie, la pédagogie, la théologie et la philosophie. Il calligraphie très bien le français dans ses notes sur Jean-Jacques Rousseau.

Tübingen 1788-1793

Vue de Tübingen et du Stift, le séminaire de théologie évangélique de l université où étudia Hegel (2007)
Vue de Tübingen et du Stift, le séminaire de théologie évangélique de l'université où étudia Hegel (2007)

Hegel se destine à la théologie et entre à l'âge de dix-huit ans au séminaire de Tübingen (appelé Stift) pour entreprendre ses études universitaires. Il étudie la philologie, l'histoire, la philosophie, la physique et les mathématiques. En 1788, il rédige un article Sur les avantages que nous procure la lecture des anciens écrivains grecs et romains classiques. Il obtient sa maîtrise de philosophie en 1790 avec un mémoire sur le problème moral des devoirs, dans lequel il oppose au dualisme kantien l'unité de la raison et de la sensibilité.

Puis, il s'inscrit à la faculté de théologie. Il suit des cours sur l'histoire des apôtres, les psaumes et les Epîtres, sur le philosophe stoïcien Cicéron, sur l'histoire de la philosophie, sur la métaphysique et la théologie naturelle et décide en outre de s'inscrire à des cours d'anatomie. L'essentiel de l'enseignement consiste dans un apprentissage de la dogmatique chrétienne, qui provoque chez Hegel un écœurement manifeste dans ses écrits postérieurs . Une mauvaise santé le conduit également à retourner assez souvent à Stuttgart pendant cette période.

Pendant la Révolution française Hegel aurait planté avec Hölderlin et Schelling un arbre de la liberté (aquarelle de Goethe).
Pendant la Révolution française Hegel aurait planté avec Hölderlin et Schelling un arbre de la liberté (aquarelle de Goethe).

Hegel fait au séminaire la connaissance du poète Hölderlin et du philosophe Schelling, dont il partage la chambre. Tous trois discutent de Platon, de Kant et de Spinoza. Ils éprouvent une grande passion pour la Grèce antique et s'enthousiasment pour la Révolution française. Ils auraient alors planté un arbre de la liberté dans une prairie proche de Tübingen. Hegel se fait l'orateur des idées de liberté et d'égalité. On lit les journaux français, on chante la Marseillaise, un club politique est fondé au séminaire où étudient des Montbéliardais républicains. Dans l'album de Hegel figurent des inscriptions comme « Vive la liberté !! » ou , l'auteur du Contrat social passant alors pour son héros. Hölderlin inscrit un vers de Goethe avec la formule grecque () qui est le symbole du panthéisme.

Hegel est demeuré sa vie durant attaché au souvenir de la Révolution de 1789. Hegel choisit de devenir non pas pasteur, ce à quoi le disposait sa formation théologique, mais plutôt précepteur. Il accepte une offre qui lui est faite d'une telle position à Berne à l'été 1793.

Il achève ses études à Tübingen en septembre en présentant un mémoire de théologie neutre sur l'histoire de l'Église du Wurtemberg. De cette année date pourtant un écrit sur la philosophie de la religion de Kant, où Hegel critique aussi bien la position de la dogmatique chrétienne que celle des Lumières, lesquelles "rendent plus intelligent mais non pas meilleur". Le texte appelé Fragment de Tübingen pose la question d'une nouvelle "religion populaire" qui soit en même temps une religion rationnelle.

Berne 1793-1797

La Junkergasse à Berne (en 2005) où habitait la famille Steiger et où Hegel fut précepteur
La Junkergasse à Berne (en 2005) où habitait la famille Steiger et où Hegel fut précepteur

Hegel occupe une fonction de précepteur en Suisse dans la famille du capitaine Karl Friedrich von Steiger (1754-1841), membre du Conseil souverain de Berne et représentant de l'aristocratie alors au pouvoir dans ce canton. L'hiver se passe en ville (Junkerngasse 51) et l'été à la campagne, à Tschugg, non loin du canton de Vaud. Hegel est chargé de l'éducation de deux garçons de six et de huit ans. Il fait l'expérience de la servitude dans la mesure où sa position est celle d'un valet. Mais il lui reste du temps pour des lectures et des travaux d'autant que la famille Steiger possède une importante bibliothèque.

Hegel étudie les derniers développements que prend la philosophie dans les publications de Kant, Fichte, Schiller et de Schelling. Il en attend une révolution en Allemagne et il écrit en ce sens à Schelling : Je crois qu'aucun signe des temps n'est meilleur que celui-ci: c'est que l'humanité est représentée comme si digne d'estime en elle-même ; c'est une preuve que le nimbe qui entourait les têtes des oppresseurs et des dieux de la terre disparaît. Les philosophes démontrent cette dignité, les peuples apprendront à la sentir ; et ils ne se contenteront pas d'exiger leurs droits abaissés dans la poussière, mais ils les reprendront - ils se les approprieront.

Les manuscrits de Hegel rattachés à cette époque témoignent surtout d'une réflexion critique sur la religion chrétienne. L'un des deux a été publié sous le titre La vie de Jésus : Jésus est celui qui enseigne la vertu au sens kantien abstraction faite de tout miracle et de toute résurrection.

En juillet 1796, Hegel entreprend avec d'autres précepteurs de Berne un voyage dans les Alpes bernoises et en fait la relation dans un journal. Il n'est pas ému par le spectacle de la nature sauvage et gigantesque qu'il rencontre si ce n'est par les chutes d'eau. Il oppose à la nature les activités des hommes.

La première publication de Hegel concernera d'ailleurs la situation politique des habitants du pays de Vaud qui se révoltent en 1797 contre la domination du gouvernement de Berne avec l'appui de la France. Hegel traduit et commente en allemand en 1798 sous couvert d'anonymat les Lettres confidentielles sur le rapport juridique du pays de Vaud à la ville de Berne de l'avocat révolutionnaire Jean-Jacques Cart parues à Paris en 1793. (La paternité de cette traduction subversive éditée à l'époque de Francfort ne sera établie qu'en 1909.) La position de Hegel à l'égard de la Révolution française est celle des Girondins et il condamne en ce sens les actions des Robespierristes.

Pendant la période passée en Suisse, il écrit se sentir isolé de ses amis et de la scène littéraire. Il continue néanmoins de correspondre avec Hölderlin et celui-ci lui trouve un emploi de précepteur à Francfort-sur-le-Main en 1796. Avant de rejoindre son ami, Hegel lui adresse un long poème intitulé Eleusis. Il passe la fin de l'année 1796 à Stuttgart.

Francfort 1797-1800

Le Rossmarkt à Francfort (en 2008) où Hegel fut précepteur
Le Rossmarkt à Francfort (en 2008) où Hegel fut précepteur

En 1797, Hegel prend la charge de précepteur à Francfort-sur-le-Main dans la famille du négociant en vin Johann Noë Gogel (sur le Rossmarkt) tandis que Hölderlin exerce la même fonction dans la famille Gontard. Le lien amical avec Hölderlin se renforce ; Hegel participe à son projet de tragédie Sur la mort d'Empédocle et il est tenté lui-même par la poésie. Il est également en relation avec un ami commun, le philosophe poète fichtéen et révolutionnaire .

De cette époque daterait le fragment anonyme connu sous le nom du Plus ancien programme de système de l'idéalisme allemand rédigé par Hegel mais que l'on a attribué également à Schelling, voire à Hölderlin. Un système commun est esquissé qui suppose la disparition de l'État et culmine dans l'idée de la beauté entendu dans un sens platonicien, soit une première formulation du système sous forme esthétique.

Hegel développe une critique de la raison et de la philosophie qui est le ferment de la dialectique. Il semble traverser alors une "crise d'hypocondrie" qui trouve son expression philosophique dans l'impossibilité de retrouver l'harmonie de la "belle totalité grecque" dans la civilisation européenne moderne. La solution sera une "réconciliation avec le temps", soit avec le réel historique.

Friedrich Hölderlin
Friedrich Hölderlin

Hegel rédige en 1798 un ouvrage dédié aux patriotes Sur la situation récente du Wurtemberg, où il défend l'élection des magistrats par le peuple. Il suppose que et que seul l'aveuglement peut laisser croire que puisse subsister des . La tournure des événements politiques en France le dissuade de publier ce livre.

En 1799, Hegel rédige un commentaire (aujourd'hui perdu) des théories économiques de James Denham-Steuart (1712-1780). Pour le marxiste Georg Lukacs, Hegel est celui qui a la conscience la plus juste de son époque . Son analyse de la société industrielle anglaise lui aurait permis de sortir des idéaux révolutionnaires dans lesquels il se serait égaré et l'aurait conduit sur la voie de la dialectique .

Hegel poursuit sa critique de la religion sur un mode historique dans des textes publiés au début du XXème siècle sous le titre Le christianisme et son destin, dont les concepts centraux sont la vie et l'amour. Il est question également du judaïsme dans son rapport au christianisme et à l'hellénisme. Selon W. Dilthey, Hegel n'a .

Après la mort de son père, en janvier 1799, Hegel retourne à Stuttgart et dispose d'un héritage qui lui permet l'indépendance. Il décide de devenir privat-dozent (assistant-professeur ) dans une université. Il écrit à Schelling en 1800 que sa formation scientifique l'a conduit à donner à son idéal de jeunesse la forme réflexive d'un système, qu'il se pose désormais la question d'un retour à la vie humaine et se tourne vers lui pour cette raison.

Iéna 1801-1807

Friedrich Wilhelm Schelling vers 1800
Friedrich Wilhelm Schelling vers 1800

Hegel et Napoléon
Hegel et Napoléon

Hegel commence sa carrière universitaire en devenant privatdozent à l’université d'Iéna en 1801. Il soutient son habilitation avec une thèse latine sur Les orbites des planètes (De orbitis planetarum) le 27 août 1801. Cette étude du système solaire doit illustrer la nouvelle physique spéculative (alors défendue par Schelling et Goethe) en rompant avec la mécanique de Newton.

Hegel se fait connaître également en écrivant la Différence entre les systèmes de Fichte et de Schelling, où il défend ce dernier. Assistant de Schelling à l'Université d'Iéna, Hegel suit alors la pensée de son maître, dont il partage le logement. Ils fondent ensemble le Journal critique de philosophie (1802-1803) qui prend fin avec le départ de Schelling pour Würzburg en 1803. Mais l'époque de Iéna est aussi celle d'un tournant : Hegel se sépare progressivement des idées de Schelling, rupture consacrée par la préface de la Phénoménologie de l'esprit en 1807.

Hegel délaisse à cette période la critique de la religion au profit d'une critique de la politique. Ses cours sont intitulés Logique et métaphysique, Philosophie de la nature et de l'esprit, Le droit naturel, Système général de la philosophie, La science complète de la philosophie ou Mathématique pure. Hegel construit son système et s'efforce de le diviser de façon organique, mais il reporte le moment de sa publication.

En 1805, il devient professeur honoraire mais sans toucher de gages. Il a épuisé son héritage et connaît une certaine détresse financière. Goethe intervient alors pour qu'il touche un salaire annuel. Une autre source de gêne est la naissance en 1807 d'un fils naturel, Ludwig, que Hegel a conçu avec la femme de son logeur, mais dont il prendra en charge soigneusement l'éducation.

Napoléon à la bataille d Iéna (tableau de Horace Vernet, 1806)
Napoléon à la bataille d'Iéna (tableau de Horace Vernet, 1806)

La légende raconte que Hegel aurait achevé son chef d'œuvre, la Phénoménologie de l'Esprit, pendant la bataille de Iéna. La veille de la bataille, il écrit à son ami son admiration pour Napoléon :

J'ai vu l'Empereur — cette âme du monde — sortir de la ville pour aller en reconnaissance ; c'est effectivement une sensation merveilleuse de voir un pareil individu qui, concentré ici sur un point, assis sur un cheval, s'étend sur le monde et le domine.
Hegel prend donc parti pour les Français contre les Prussiens. La Prusse vaincra finalement les troupes napoléoniennes durant les guerres de libération de 1811-1813, ce que Hegel vivra comme un drame. Kojève, philosophe marxiste du XXe siècle dont l'interprétation d'Hegel a marqué la philosophie française, considère néanmoins que la bataille d'Iéna marque « la fin de l'Histoire » en termes d'évolution des sociétés humaines vers « l'État universel et homogène». Hegel dit à la fin de ses cours en 1806 :
Messieurs ! Nous sommes situés dans une époque importante, dans une fermentation, où l'Esprit a fait un bond en avant, a dépassé sa forme concrète antérieure et en acquiert une nouvelle.

Bamberg 1807-1808

L'arrivée de Napoléon à Iéna interrompt les activités universitaires. Hegel accepte l'offre que lui fait son ami Friedrich Immanuel Niethammer, en février 1807, de prendre la direction d'un journal à Bamberg (Bamberger Zeitung). Ses raisons sont aussi bien économiques que théoriques : L'affaire m'intéressera car, comme vous le savez, je suis avec intérêt les événements mondiaux... On peut considérer la plupart de nos journaux comme plus mal faits que les journaux français et il serait intéressant de se rapprocher du ton de ces derniers.

Il commence son activité de rédaction au mois de mars au moment même où paraît la Logique, qu'il avait seulement esquissée à Iéna.

Nuremberg 1808-1816

Les armes de la famille Tucher
Les armes de la famille Tucher

En 1808, il est recteur du gymnasium (lycée) de Nuremberg (aujourd'hui Melanchton-Gymnasium). Les élèves ont entre huit et vingt ans répartis dans des classes primaires, de progymnase et de gymnase proprement dit. Hegel est confronté au manque de moyen et d'hygiène et fait une expérience amère de l'administration. Dans ses nombreux discours, il parvient néanmoins à porter l'attention des adultes sur les problèmes de pédagogie.

Il enseigne son système de la philosophie (Encyclopédie philosophique) dans les dernières classes sous la forme d'une propédeutique (une forme d'introduction). Son propos est difficile pour les élèves, mais il les stimule en leur apprenant à dialoguer librement entre eux et leur témoignant un grand respect.

Il donne une suite à la Phénoménologie de l'esprit en publiant La Science de la logique en trois volumes (1812-1816). Ce n'est pas seulement un organon, un instrument pour la pensée, auquel la scolastique réduisait la logique, mais un véritable traité de métaphysique :

En 1811, il épouse Marie von Tucher, qui appartient à une famille patricienne de la ville. Ils ont deux fils : Karl Hegel (1813-1901), qui deviendra historien, et Immanuel Hegel (1814-1891).

Heidelberg 1816-1818

L Université d Heidelberg où Hegel enseigna entre 1816 et 1818
L'Université d'Heidelberg où Hegel enseigna entre 1816 et 1818

En 1816, il accepte la chaire de l'université d'Heidelberg. Il est le premier philosophe à l'occuper depuis le refus de Spinoza en 1673. Dans son discours inaugural, il se félicite des premiers pas de l'unité allemande via la formation de la Confédération germanique, ce qui lui donne l'espoir que la pourra se développer à côté du réel de la vie politique et quotidienne.

Il publie en 1817 l' Encyclopédie des sciences philosophiques comme le manuel destiné à l'enseignement de son système de la philosophie (il en donnera deux autres éditions en 1827 et 1830).

Il participe à la rédaction des Heidelbergischen Jahrbücher der Litteratur (Annales littéraires de Heidelberg), une revue dirigée par les professeurs de l'université et consacrée à l'ensemble des disciplines académiques. Hegel suscite en 1817 une polémique avec sa recension d'un livre portant sur la nouvelle constitution du royaume de Wurtemberg. Il défend cette constitution contre les partisans des anciennes coutumes au nom du combat rationnel contre les privilèges menée par la Révolution.

Hegel fait la connaissance des marchands d'art Sulpiz et Melchior Boisserée, qui exposent depuis 1810 une célèbre collection de peintures anciennes. Le juriste Thibaut lui fait découvrir également la musique et Hegel partage un intérêt commun pour la mythologie avec G.F. Creuzer. Il accorde le titre de docteur au poète Jean Paul, et donne son premier cours d'« esthétique » en 1817.

En 1818, le ministre des cultes Altenstein lui propose la chaire de philosophie de l'université de Berlin à la suite de la mort de Fichte.

Berlin 1818-1831

Hegel en chaire à l université de Berlin
Hegel en chaire à l'université de Berlin

En 1818, il occupe la chaire de Fichte à Berlin dans l'université nouvellement fondée par Wilhelm von Humboldt qu'il salue comme le et un . S'il n'attirait que peu d'étudiants à Heidelberg, la renommée de la chaire de Fichte à Berlin lui apporte un large public, comprenant juristes, philologues, théologiens et philosophes .

Bien que Hegel n'était pas partisan de la Prusse , il soutient contre les forces de la restauration la nouvelle politique de réformes alors engagée qui accorde à l'université son autonomie.

Après les décrets de Karlsbad (1819), cette liberté académique se retrouve remise en cause et la censure s'intensifie. Des élèves de Hegel sont interdits d'enseignement ou emprisonnés car ils sont suspectés de menées démagogiques.

Hegel publie dans ce contexte ses Principes de la philosophie du droit (1821), « véritable succès de librairie » selon J.-L. Vieillard-Baron, qui expose pour la première fois au public cultivé sa pensée politique développée depuis la Révolution . Il y développe sa philosophie pratique et particulièrement sa théorie des rapports de la société civile et de l'État. Lorsqu'il écrit : cela semble légitimer la situation de fait et témoigner publiquement d'une attitude de servilité à l'égard du pouvoir. On a accusé Hegel de quiétisme. Karl Marx, en particulier, écrira en 1844, dans les Annales franco-allemandes, à propos de cet ouvrage: Hegel va presque jusqu'à la servilité. On le voit totalement contaminé par la misérable arrogance du fonctionnarisme prussien, qui, dans son étroit esprit bureaucratique, regarde la confiance en soi-même de l'opinion (subjective) du peuple. Partout ici l'État s'identifie pour Hegel avec le "gouvernement". L'œuvre suscite en effet la polémique, certains accusant Hegel d'avoir renoncé à ses idéaux de jeunesse, tandis que d'autres considèrent au contraire qu'il s'oppose au conservatisme et au droit divin . Mais dans ses cours, il explique que et que .

Hegel enseigne son système de philosophie, en développant d'autres parties de son Encyclopédie des sciences philosophiques : non seulement la philosophie du droit, mais également la philosophie de l'histoire, l'esthétique ou philosophie de l'art, la philosophie de la religion ou l'histoire de la philosophie. La célébrité de Hegel s'étend à cette époque. Les étudiants viennent de toutes les facultés et de plusieurs pays européens. Leurs cahiers conservent aujourd'hui le contenu des cours donnés à Berlin.

Le bâtiment de l université de Berlin où enseigna Hegel entre 1818 et 1831 (photographie de 1900)
Le bâtiment de l'université de Berlin où enseigna Hegel entre 1818 et 1831 (photographie de 1900)

Pendant ses périodes de vacances ou à des fins d'étude, Hegel entreprend des voyages : en 1819, à l'île de Rügen, à Dresde et en Suisse ; en 1822, aux Pays-Bas (il rencontre le général Carnot alors exilé en passant par Magdeburg) ; en 1824 à Vienne (Autriche) ; en 1827 à Paris; en 1829, à Carlsbad et à Prague en passant par Weimar et Iéna (où il retrouve Goethe). Hegel s'intéresse particulièrement à l'art (). Il est passionnément épris de musique.

C'est sur l'invitation de son disciple français Victor Cousin que Hegel se rend à Paris (qu'il appelle la "capitale du monde civilisée"). Lorsque Cousin est arrêté à Dresde, en 1824, Hegel intervient auprès de la police allemande pour qu'il soit libéré. Il fournit également des cahiers concernant ses cours sur la philosophie de l'histoire et l'esthétique dont le philosophe français saura s'inspirer.

Avec son élève Eduard Gans et d'autres professeurs, Hegel fonde en 1826 les Jahrbücher für wissenschaftliche Kritik (Annales de critique scientifique) sur le modèle du Journal des savants. Il rédige lui-même des recensions sur les écrits de Wilhelm von Humboldt (sur la philosophie indienne), de Solger (sur la question de l'ironie) et de Johann Georg Hamann.

En 1829, Hegel devient recteur de l'université de Berlin. Il tient en cette qualité un discours en 1830 pour le trois-centième anniversaire de la Confession d'Augsbourg.

En 1830, il polémique avec Eduard Gans et d'autres de ses disciples concernant la signification de la Révolution de Juillet. Hegel semble se ranger alors du côté des conservateurs bien qu'il reconnaisse la nécessité de cette révolution. Il pense que la France en tant que pays catholique possède un degré de conscience politique plus élevé que son degré de conscience religieuse : elle voudrait faire la révolution de l'État sans faire la réforme de l'Église mais retombe de ce fait dans la réaction.

Hegel prend ouvertement parti, en revanche, pour la réforme politique en Angleterre dans un article publié en 1831 (et partiellement censuré) où il dénonce non seulement un système politique fondé sur l'arbitraire et dépourvu de constitution, mais également la violence des propriétaires et l'oppression subie par le peuple.

En 1831, Hegel travaille à une nouvelle édition de La Science de la logique lorsqu'une épidémie de choléra décime l'Europe. Hegel meurt de cette maladie (ou bien d'une maladie d'estomac) le 14/novembre/1831 à cinq heures et quart dans son appartement du Kupfergraben à Berlin. Il est enterré deux jours plus tard au cimetière de Dorotheenstadt, où il repose toujours aux côtés de Fichte, suivant ses propres vœux. Le théologien Philipp Marheineke et le critique Friedrich Förster prononcèrent des discours pour ses obsèques. Hegel fut comparé par ce dernier à un "cèdre du Liban" et à "l'étoile du système solaire de l'esprit mondial". Jacques D'Hondt interprète cela comme une manifestation de franc-maçonnerie.

Le 25 novembre 1831, un journal de Stuttgart publie les derniers mots du dernier cours prononcé par Hegel (sur la philosophie du droit) : "rendre le monde extérieur partout conforme au concept de la liberté une fois reconnu, telle est la tâche des temps nouveaux".

= Philosophie =

Principes

La philosophie de Hegel est une philosophie systématique et encyclopédique qui se développe à partir de l'idée logique. Son déploiement dialectique constitue la réalité et son devenir, et son retour à soi dans la forme de la pensée, la seule qui soit vraiment adéquate à son contenu. Cette dialectique a pu être considérée comme une théologie de l'histoire, mais elle a également donné lieu à de nombreuses interprétations contradictoires du fait de sa difficulté.

La philosophie et le sens commun

Hegel s'est expliqué lui-même sur cette difficulté, par exemple dans l'Introduction à l'Encyclopédie des sciences philosophiques. Le sens commun ne peut pas trouver dans la philosophie ce qu'il en attend, car la philosophie est en soi un dépassement de ce sens commun et de ses fausses évidences. C'est que la philosophie, comme science, ne se contente pas de classer diverses représentations du réel. Il ne suffit pas non plus que ces représentations renvoient à des déterminations de pensée, comme celles qu'on trouve dans un droit encore non-philosophique, qui définit le contrat, le vol, la propriété, etc. La philosophie doit montrer comment, selon quelle nécessité rationnelle, l'esprit, en se réfléchissant lui-même, se détermine dans une série de moments nécessaires, où il ne s'aliène pas, puisqu'il demeure le mouvement, la vie, le logos, qui les anime et les engendre de l'intérieur. La pensée qui demeure à la certitude du donné sensible, de même que la philosophie classique d'entendement, peineront donc à comprendre la philosophie absolue.

La dialectique

Cette philosophie est essentiellement déterminée par la notion de dialectique, qui est tout à la fois un concept, un principe d'intelligibilité, et, selon Hegel, le mouvement réel qui gouverne les choses du monde. La pensée hégélienne est donc la compréhension de l'histoire de ce qu'il appelle l'Idée, Idée qui, après s'être extériorisée dans la nature, revient en elle-même en niant cette altérité pour s'intérioriser, s'approfondir et se réaliser dans des formes culturelles (suivant une hiérarchie formelle d'un contenu identique : art, religion et philosophie). D'un point de vue très général, c'est donc une pensée qui veut concilier les opposés qui apparaissent, par la conciliation des philosophies de l'Être et des philosophies du devenir. En effet, avec la dialectique, ces oppositions cessent d'être figées puisque le mouvement d'une chose est d'être posée, puis de passer dans son contraire, et ensuite de réconcilier ces deux états. Ainsi, l'être n'est-il pas le contraire du néant ; l'être passe dans le néant, le néant dans l'être, et le devenir en est le résultat : « Le néant, en tant que ce néant immédiat, égal à soi-même, est de même, inversement, la même chose que l'être. La vérité de l'être, ainsi que du néant, est par suite l'unité des deux ; cette unité est le devenir. » (La Science de la logique).

Le concept de "dialectique" est pris en deux sens par Hegel selon que l'on parle du dialectique ou de la dialectique. Le dialectique désigne un moment intermédiaire entre l'abstrait et le spéculatif, qui correspond en gros au scepticisme (l'art de dissoudre les opinions dans le néant), tandis que la dialectique désigne le mouvement de dissolution du fini lui-même.

Hegel distingue en effet trois moments dans la connaissance. Tout d'abord (mais il s'agit d'une priorité logique et non temporelle), la connaissance est abstraite, l'entendement constitue l'empirique en objet de connaissance, et à cette fin il en fait le sujet de prédicats qui ne doivent pas se contredire. Mais (deuxième moment) la raison découvre que les concepts dans lesquels l'entendement croyait pouvoir connaître le concret ont un défaut : ils réifient l'objet de la pensée en le faisant passer pour une chose en soi, ce qu'il n'est pas du tout." La pensée en tant qu'entendement s'en tient à la déterminité fixe et à son caractère différentiel par rapport à d'autres, et un tel abstrait borné vaut pour elle-même comme subsistant et étant pour lui-même" (Encyclopédie, §14).

Dès lors, la pensée doit se mettre en quête du véritable concret en commençant par dissoudre cette absolutisation des concepts finis. Ce moment est celui du dialectique proprement dit. Mais le point capital est de comprendre que la dissolution des concepts abstraits n'est pas seulement l'œuvre de notre réflexion, mais est immanente au fini lui-même, ce pourquoi la dialectique est objective (§15).

Enfin, la pensée sort du scepticisme en concevant le concret comme totalité des déterminations, moment que Hegel appelle spéculatif. "Spéculatif" est le mot que Hegel emploie le plus souvent pour caractériser sa philosophie. C'est donc proprement une mécompréhension de son œuvre que de la réduire à une dialectique."La Logique est essentiellement philosophie spéculative" (§17).

La dialectique est habituellement identifiée au syllogisme et ses trois moments : thèse, antithèse, synthèse ou position, opposition, composition. Cependant à la fin de la Logique (L'idée absolue, p.381-383) Hegel montre que le moment négatif se divise en deux : opposition extérieure et division intérieure ou médiatisé et médiatisant : « si après tout l'on veut compter", « au lieu de la triplicité, on peut prendre la forme abstraite comme une quadruplicité" (souligné par les traducteurs, en particulier dans leur présentation de la doctrine de l'essence, p. XIII). Cela n'empêche pas la pertinence de la division ternaire, omniprésente. En fait on pourrait parler de cinq temps constitués de deux fois trois temps puisqu'il y a bien une synthèse partielle entre les deux moments négatifs : 1) position, 2) opposition extérieure, 3) unité spatiale des opposés, 4) division intérieure de l'unité, 5) enfin compréhension de l'identité temporelle et de lieu de soi dans l'être-autre (totalité sujet-objet).

La dialectique n'est pas une méthode extérieure imposant une forme immuable comme la triplicité, c'est le développement de la réalité, de la chose elle-même. En fait, Hegel dit lui-même qu'il ne faut pas "compter" les moments du processus logique (SL,III,383). On présente souvent de façon superficielle la dialectique hégélienne sous la forme thèse-antithèse-synthèse, termes que Hegel n'utilise jamais et qu'il récuse et renvoie à la sophistique, c'est-à-dire à l'art de produire des apparences trompeuses par des moyens pseudo-rationnels.

On peut récuser l'idée qu'il y aurait une doctrine hégélienne, car il s'agit en fait de dégager ce qu'il y a d'intelligible dans la réalité, et non d'en produire une nouvelle interprétation. La philosophie décrit la réalité et la reflète.

Dans le domaine de l'esprit, la dialectique est l'histoire des contradictions de la pensée qu'elle surmonte en passant de l'affirmation à la négation et de cette négation à la négation de la négation. C'est le mot allemand aufheben qui désigne ce mouvement d'aliénation (négation) et de conservation de la chose supprimée (négation de la négation). La négation est toujours partielle. Ce qui est sublimé est alors médié et constitue un moment déterminé intégré au processus dialectique dans sa totalité. Cette conception de la contradiction ne nie pas le principe de contradiction, mais suppose qu'il existe toujours des relations entre les opposés : ce qui exclut doit aussi inclure en tant qu'opposé.

Or, la thèse fondamentale de Hegel est que cette dialectique n'est pas seulement constitutive du devenir de la pensée, mais aussi de la réalité ; être et pensée sont donc identiques.
Tout se développe selon lui dans l'unité des contraires, et ce mouvement est la vie du tout. Toutes les réalités se développent donc par ce processus qui est un déploiement de l'Esprit absolu dans la religion, dans l'art, la philosophie et l'histoire. Comprendre ce devenir, c'est le saisir conceptuellement de l'intérieur.

Ainsi tout ce qui est rationnel est réel, et tout ce qui est « réellement réel » est rationnel. Pour autant, tout ne peut pas être produit nécessairement par l'Esprit. En effet, Hegel distingue dans le donné ce qui répond à une exigence nécessaire de l'esprit absolu, et ce qui n'est qu'expression contingente de cette nécessité. Napoléon est à la fois l'incarnation d'un moment nécessaire de l'Idée et un individu particulier, privé, dont un simple valet de chambre pourrait raconter l'histoire... mais ce ne serait que l'histoire du point de vue de ce valet, et non l'histoire du point de vue de sa signification en soi et pour soi, l'histoire philosophique. Mais cette compréhension de la réalité ne peut venir qu'une fois les oppositions synthétisées et résolues, et c'est pourquoi la philosophie est la compréhension de l'histoire passée : « la chouette de Minerve ne prend son envol qu'au crépuscule. » Par exemple, Napoléon achève la Révolution française et Hegel le comprend.

L'histoire

L'histoire trouve sa réalisation objective dans l'État, où l'Idée s'accomplit dans une organisation juridique capable de réaliser la liberté qui est son essence, i.e. : ce qu'elle était déjà en germe. L'État est ainsi l'Idée qui se concrétise dans une société humaine, dans un peuple dont l'Idée est l'esprit, et qui est menée à son terme par le grand homme. C'est l'art, la religion et la philosophie qui réalisent pleinement la liberté : parvenu au savoir absolu, à la liberté du concept, la philosophie reprend en effet la totalité du savoir, i.e. : l'ensemble des moments du processus, et se constitue par ce moyen comme science, comme savoir absolu de l'être.

On voit donc que, pour Hegel, l'histoire s'achève avec son époque : tout ce développement dialectique, réalisé dans l'État, dans l'art, la religion, la philosophie, dans l'ensemble des institutions humaines qui expriment le travail du concept, trouverait sa vérité et son accomplissement à l'époque de Hegel. Cette volonté de clôture de l'histoire a engendré de violentes critiques, en particulier pour Karl Marx, qui y voyait plutôt l'accomplissement de l'État bourgeois.

Le système

Étant donnée cette dialectique de la totalité, i.e. le fait que la philosophie comprend la totalité du réel, Hegel reprend en un système le savoir de son temps, système où tous les concepts sont liés dans un ensemble organique. L'œuvre capitale de Hegel est de ce point de vue l' Encyclopédie des sciences philosophiques, dont le plan est l'architecture du système de la philosophie. Il est composé de trois parties :
 la La Science de la logique, science de l'idée en soi et pour soi dans l'élément abstrait de la pensée ;
 la philosophie de la nature, science de l'Idée dans ce qui constitue son devenir autre ;
 la Philosophie de l'esprit, science de l'Idée retournant à soi.
La Phénoménologie de l'esprit est une première présentation du même système sous une forme introductive (du point de vue de la conscience et non du point de vue de l'idée).

Puisque tous les aspects de la réalité sont selon Hegel l'expression d'un mouvement dialectique, on ne doit pas séparer les domaines d'études : l'ensemble des chapitres de cet article n'est pas un découpage qui appartient à la pensée de Hegel, mais une présentation successive de quelques aspects que l'on doit comprendre ensemble : histoire, morale, droit, art, religion, philosophie.

La philosophie

Hegel définit la philosophie comme science qui rend compte d'elle-même, du sujet qui l'énonce, du processus historique où il prend place et, finalement, de l'unité sujet-objet autant que de leur division. Pour les matérialistes, il n'y a pas de projet transformateur de l'homme dans la philosophie hégélienne, elle ne se fait que par constats. Mais du point de vue idéaliste, la véritable transformation et la potentialité révolutionnaire consiste dans le travail sur les représentations humaines qu'opère la philosophie alors même qu'elle se présente comme une science du réel. Lorsque Hegel dit : "tout ce qui est réel est rationnel" il veut dire : "tout ce qui est réel doit être rationnel" (comme il l'a dit en privé à son étudiant le poète Heinrich Heine). Il y a une dimension normative de la raison théorique. La philosophie encyclopédique participe encore chez Hegel du projet d'émancipation des Lumières propre au mouvement encyclopédique français.

Si on peut dire que chez Hegel la philosophie a une fin, ce n'est pas une fin qu'il lui attribue, mais qu'il constate à travers l'Histoire: c'est-à-dire la conscience de soi, mais de soi comme communauté historique (politique et religieuse) d'individus actifs qui transforment le monde, progrès dans la conscience de la liberté (c'est-à-dire progrès dans la connaissance de soi, tout comme dans la liberté de conscience ainsi que dans le droit et dans l'État comme liberté objective). C'est une philosophie de l'histoire, de l'action et d'une liberté en progrès avec ses contradictions, sa négativité, sa dialectique : passage de l'histoire subie à l'histoire conçue où la Phénoménologie de l'esprit s'achève après être passée de la conscience de soi à la conscience morale puis à la conscience politique et religieuse dans leur historicité.

Sources

Les sources de la pensée de Hegel sont considérables. Il prétend que rien de ce qui est humain ne lui est étranger et entend rendre compte dans son système de la totalité de ce qui a été pensé dans l'histoire.

Néanmoins ses principales influences ont été :

Hegel a traduit du grec le   Banquet   de Platon (ci-dessus) et l   Antigone   de Sophocle
Hegel a traduit du grec le Banquet de Platon (ci-dessus) et l' Antigone de Sophocle

 la Grèce
    Platon, Aristote et toute la philosophie grecque.
 le Christianisme
    Jésus dont l'enseignement est au cœur des spéculations du jeune Hegel.
    Jakob Böhme : le noyau spéculatif
    La théologie chrétienne protestante.
    Joachim de Flore (pour qui la trinité s'exprime dans des âges successifs comparables à la dialectique hégélienne).
 La philosophie des Lumières
    Spinoza et son interprétation par Mendelssohn et Jacobi : le panthéisme
    Jean-Jacques Rousseau : le héros du jeune Hegel
    Diderot : le projet encyclopédique et la critique d'art
    Montesquieu : la philosophie de l'histoire
    Lessing : la religion et l'éducation
    Adam Smith : la théorie économique
 Les sciences
    Johannes Kepler: astronomie
    Isaac Newton: physique
    Leonhard Euler : mathématique
    Anton Mesmer : magnétisme animal
    Johann Joachim Winckelmann : histoire de l'art
    Lavater: physiognomonie
    Georges Cuvier: histoire naturelle
    David Ricardo : économie
    Heinrich Eberhard Gottlob Paulus: langues orientales
    Xavier Bichat: physiologie
    Johann Wilhelm Ritter: physique
 L'idéalisme allemand
    Kant : la philosophie théorique (Hegel reprend ses catégories en critiquant le "formalisme subjectif" qui conduit au scepticisme), la philosophie de la religion
    Fichte : la méthode idéaliste et la conception systématique de la science
    Schiller : la "poésie spéculative", la philosophie de l'histoire, de la politique, l'éducation esthétique
    Goethe : la botanique, la théorie physique et l'esthétique
    Schelling : Hegel passe pour son disciple jusqu'à la Phénoménologie de l'Esprit.

La Phénoménologie de l'esprit
Édition originale de la   Phénoménologie de l Esprit   (1807)
Édition originale de la Phénoménologie de l'Esprit (1807)

La phénoménologie est la « science de l'expérience de la conscience ». Elle introduit à un Système de la science à paraître dont elle constitue la première partie, lorsqu'elle est publiée par Hegel en 1807. Le système sera publié plus tard avec la La Science de la Logique puis complètement avec l' Encyclopédie des sciences philosophiques.

La phénoménologie décrit l'évolution progressive et dialectique de la conscience vers la science (i.e. par le jeu des négations successives, la conscience commençant par nier ce qui se manifeste immédiatement à elle), depuis la première opposition immédiate entre elle et l'objet, puis la conscience de soi, la raison, l'esprit, la religion, jusqu'au savoir absolu dans lequel « le concept correspond à l'objet et l'objet au concept ». Ce dernier savoir est selon Hegel savoir de l'être dans sa totalité, intériorisation de l'objet, ou identité de l'objet de la pensée et de l'activité de connaissance dont le résultat est l'objet lui-même.

La phénoménologie commence donc par la description de la conscience en général, comme opposée à un objet. Mais cette description adopte aussi le point de vue de la conscience telle qu'elle s'apparaît à elle-même. Un moment de la dialectique de la conscience peut donc être vrai pour la conscience elle-même, et faux pour celui qui rassemble la totalité des moments en une seule totalité. Ou, autrement dit, toute conscience commence par l'erreur, et est dans l'erreur, mais se hisse à la vérité dans la totalité de son histoire. Cette histoire est une suite de prises de conscience (expériences vécues) et de créations actives (transformation du réel).

Le but de la phénoménologie est donc de décrire en totalité l'essence intégrale de l'homme, i.e. : ses possibilités cognitives et affectives. C'est en ce sens une anthropologie, bien que dans l'ensemble de son système, Hegel considère la phénoménologie de la conscience au sein de la totalité de l'histoire de l'esprit, donc au-delà de l'être humain.

La phénoménologie est divisée en huit chapitres. Les chapitres I à V se regroupent en trois parties : la ' conscience, la conscience de soi, et la raison qui est la conscience intégrale unissant les deux premiers. Le chapitre VI est consacré à l' esprit, le chapitre VII à la religion et le chapitre VIII au savoir absolu.

= Système de la philosophie =

Hegel a publié son système sous plusieurs formes :
 
La Science de la logique dite "Grande Logique" expose la partie logique en trois volumes (1812-1816)
 L' Encyclopédie des sciences philosophiques est la présentation totale du système (logique, philosophie de la nature, philosophie de l'esprit) publiée en abrégé comme manuel de cours (1817, 1827 puis 1830)
 Les cours (publiés de façon posthumes) développent les parties du système de façon cyclique tout au long de la carrière académique de Hegel entre 1801 et 1831 (voir bibliographie). Lors de chaque semestre d'enseignement, Hegel donne deux séries de cours.

Science de la Logique

Hegel dans sa chambre de travail, lithographie dédicacée à Goethe, en 1828, avec une citation de la La Science de la logique :  La véritable réfutation doit aller à la force de l adversaire et se positionner dans l entourage de sa force, l attaquer en dehors d elle et conserver là un droit, la chose ne l exige pas .
Hegel dans sa chambre de travail, lithographie dédicacée à Goethe, en 1828, avec une citation de la La Science de la logique : "La véritable réfutation doit aller à la force de l'adversaire et se positionner dans l'entourage de sa force, l'attaquer en dehors d'elle et conserver là un droit, la chose ne l'exige pas".

La logique est la première partie du système de la philosophie. Elle est exposée sous trois formes différentes, mais le contenu plus ou moins développé ne varie pas:
 La Science de la logique (dite "Grande Logique")
 Première partie de l'
Encyclopédie des sciences philosophiques (dite "Petite Logique").
 Le cours sur
Logique et métaphysique que Hegel a fait à Iéna puis à Berlin.

La logique est "la science de l'Idée pure, c'est-à-dire de l'Idée dans l'élément abstrait de la pensée »;
La logique se divise en trois moments :
 L'être : « L'être pur constitue le commencement, parce qu'il est aussi bien pensée pure que l'immédiat simple ; mais le premier commencement ne peut rien être de déterminé et de davantage déterminé. La définition véritablement première de l'absolu est par suite qu'il est l'être pur»
 L'essence
 Le concept : « Le concept est ce qui est libre, en tant qu'il est la pure négativité de la réflexion de l'essence en elle-même ou la puissance de la substance, — et, en tant qu'il est la totalité de cette négativité, ce qui est en et pour soi déterminé ».

Philosophie de la nature

La philosophie de la nature est la deuxième partie du système de la philosophie. C'est aussi la partie la plus controversée au point de vue scientifique. Elle est publiée sous deux formes:
 Deuxième partie de l' Encyclopédie des sciences philosophiques.
 Le cours sur la Philosophie de la nature que Hegel a fait à Berlin.
La philosophie de la nature se divise en trois parties :
 Mécanique
 Physique
 Organique

Philosophie de l'esprit

La philosophie de l'esprit est la troisième partie du système de la philosophie. Elle est publiée sous trois formes :
 Troisième partie de l' Encyclopédie des sciences philosophiques.
 Les Principes de la philosophie du droit qui développe la partie consacrée à l'esprit objectif.
 Les cours faits par Hegel sur l'anthropologie, le droit naturel, la philosophie de l'histoire, l'esthétique, la philosophie de la religion, l'histoire de la philosophie.
La philosophie de l'esprit se divise en trois moments :
 Esprit subjectif (psychologie, anthropologie et phénoménologie)
 Esprit objectif (droit, moralité, éthicité)
 Esprit absolu (art, religion, philosophie)

Esprit subjectif

La philosophie de l'esprit subjectif se divise en trois parties dans l' Encyclopédie :
 Anthropologie
 Phénoménologie
 Psychologie
Le cycle de cours correspondant est intitulé Anthropologie et Psychologie.

L' ' anthropologie est l'étude de l' âme, c'est-à-dire de l'esprit en tant qu'il ne s'est pas encore élevé à la conscience. L'anthropologie se déploie trois moments :
 l'âme naturelle ;
 l'âme qui éprouve des sentiments ;
 l'âme effective.

La
phénoménologie trouve ici une place. Il importe de distinguer deux "phénoménologies de l'esprit", de même qu'il existe deux "logiques" (voir à ce sujet La Science de la logique). La première "phénoménologie" est la Phénoménologie de l'esprit publiée en 1807. La seconde est un chapitre de l' Encyclopédie des sciences philosophiques.

La différence entre les deux textes n'est pas absolue, car la « petite » phénoménologie de l'esprit reprend le plan d'une partie de la « grande ». Mais elle en ôte aussi une part importante. Ainsi, si les trois moments que sont la ' conscience, la conscience de soi et la raison sont conservés, toute la partie qui concerne l'esprit (esprit, religion et savoir absolu) a disparu (elle est développée dans les chapitres sur l'esprit objectif et sur l'esprit absolu).

La psychologie est l'étude de l' esprit.
Elle traverse les étapes suivantes :
 l'esprit théorique
 l'esprit pratique
 l'esprit libre

Esprit objectif

La sphère de l'esprit objectif est le domaine du droit, de la morale, de la politique et de l'histoire. Hegel a traité à diverses reprises de ces parties de la philosophie y compris dans les écrits de jeunesse. Dans le système de la maturité, il en traite
 Dans le chapitre "esprit objectif" de l'Encyclopédie des sciences philosophiques
 Dans les Principes de la philosophie du droit
 Dans le cycle de cours correspondant sur Droit naturel et science de l'État
 Dans les cours sur la philosophie de l'histoire qui sont un développement de la philosophie du droit.

Philosophie du droit

Hegel possédait l édition originale du   Contrat social   de Rousseau (1762).
Hegel possédait l'édition originale du Contrat social de Rousseau (1762).

Les trois moment de l'esprit objectif ou de la philosophie du droit sont :
 Le droit abstrait
 La moralité
 La vie éthique ou éthicité

Le droit abstrait se divise en :
 La propriété
 Le contrat
 Le Déni du Droit

La moralité se divise en :
 Le propos et la responsabilité morale
 l'intention et le bien-être (ou bien propre)
 Le Bien et la conscience morale

La vie éthique se divise en :
 La famille
 La société civile : travail et production
 L'État
 Le droit étatique interne
 Le droit étatique externe

Nous voyons ici les différentes étapes de la Sittlichkeit ou vie éthique. Par exemple : l'individu, quand il naît et jusqu'à son adolescence, est dans le moment de la famille. Il ne se différencie pas de sa famille, son univers est clos. À partir de l'adolescence, le jeune homme devient contestataire vis-à-vis de sa famille et entre dans la société civile, c'est le deuxième moment constitutif de la négation du premier moment ou de sa différenciation vis-à-vis de la famille. Enfin, à partir du moment où le jeune homme se réconcilie avec le monde, et cesse d'être dans la différenciation, mais peut s'appuyer sur le monde pour s'affirmer, tout en reconnaissant autrui aussi bien que lui-même, ou alors quand il peut gérer par lui-même ses propres différences, c'est le moment de la réconciliation, le troisième moment, celui de la citoyenneté, dans l'État.

Philosophie de l'histoire

Le bâtiment de l université de Berlin en 1938
Le bâtiment de l'université de Berlin en 1938

L'histoire du monde constitue le troisième et dernier moment dans la théorie hégélienne de l'État des Principes de la philosophie du droit (§§ 341-360). Hegel développe par ailleurs ce point de façon autonome et détaillée dans ses cours sur la philosophie de l'histoire.

L'histoire du monde prend la forme d'un "tribunal" où les sociétés et les peuples particuliers comparaissent dans le mouvement général de "l'esprit" qui se réalise et prend connaissance de soi.

Le processus historique n'est pas déterminé par un "destin aveugle", mais l'histoire est la réalisation progressive du concept de liberté, soit "le développement nécessaire des moments de la raison" sous la forme de la "conscience de soi" (§ 342). L'idée est que la raison gouverne le monde.

Les États, les peuples particuliers et les individus sont des instruments ou des organes de "l'esprit du monde" (Weltgeist). Le principe est qu'un peuple domine ainsi à chaque période qui obtient son "droit absolu" du fait qu'il accomplit un stade dans le développement de la conscience de soi de l'humanité; les autres peuples alors ne comptent pas du point de vue de l'histoire.

Des individus (les "grands hommes") sont à la pointe des actions historiques; ils ne trouvent pas nécessairement le bonheur ni la reconnaissance de la part de leurs contemporains (§ 348).

Les peuples ne se donnent pas spontanément la forme d'un État avec des lois : le passage de la famille, horde, multitude à l'État est le passage à la réalisation de l'idée. Les "héros" sont conduits à fonder des États (§ 350). Les "nations civilisées" traitent comme "barbares" les nations qui leurs sont inférieures au point de vue de la conscience du droit et de la réalisation de l'État (§ 351).

Hegel distingue quatre étapes dans le mouvement de libération de l'esprit du monde qui correspondent à quatre empires historiques (§§ 352-358) :
 Le monde oriental : régime patriarcal et gouvernement théocratique, où l'individu n'a pas de droit, où les coutumes ne se distinguent pas des lois
 Le monde grec : apparition du principe de l'individualité, mais les peuples restent particuliers et la liberté suppose l'esclavage
 Le monde romain : séparation entre l'universel et la conscience de soi personnelle et privée, mais opposition de l'aristocratie et de la démocratie, les droits restent formels, l'universel est abstrait
 Le monde germanique : perte du monde, l'esprit est refoulé en lui-même, mais réconciliation à l'intérieur de la conscience de soi de la vérité et de la liberté, un royaume intellectuel s'oppose au royaume temporel
L'État est une image et forme de réalisation de la raison, mais la conscience de soi se retrouve plus librement dans la "religion" et surtout dans la "science" (§ 360).

Esprit absolu

Philosophie de l'art

L'art exprime l'Idée sous une forme sensible, c'est l'absolu donné à l'intuition : le Beau est la manifestation sensible de l'Idée, mais sans en être une forme achevée.

L'art est une objectivation de la conscience par laquelle elle se manifeste à elle-même. Il constitue donc un moment important de son histoire. La réflexion sur l'art implique la fin de l'art, au sens où cette fin est un dépassement de l'élément sensible vers la pensée pure et libre. Ce dépassement doit se réaliser dans la religion et la philosophie. Pour Hegel la plus mauvaise des productions de l'homme sera toujours supérieure au plus beau des paysages, car l'œuvre d'art est le moyen privilégié par lequel l'esprit humain se réalise.

L'histoire de l'art se divise en trois, suivant la forme et le contenu de l'art :
 art symbolique, oriental, baroque, où la forme excède le contenu ;
 art classique, grec, classique, qui est l'équilibre de la forme et du contenu ;
 art romantique, chrétien, romantique, où le contenu absorbe la forme.

Philosophie de la religion

 Dans la Phénoménologie de l'Esprit, la religion se divise en trois moments:
    La religion de la nature (orientale)
    La religion de l'art (grecque)
    La religion révélée (chrétienne)
 Dans l' Encyclopédie, la religion forme le deuxième moment de l'esprit absolu et se divise également en trois moments:
    La religion de la nature (orientale)
    La religion de l'individualité abstraite (grecque et juive)
    La religion absolue (chrétienne)

La philosophie

Tombe de Hegel au cimetière de Berlin (en 1970)
Tombe de Hegel au cimetière de Berlin (en 1970)

 Dans la Phénoménologie de l'Esprit, le terme après la religion est le savoir absolu.
 Dans l'Encyclopédie, le troisième et dernier moment de l'esprit absolu est la philosophie.
 Dans ses cours, Hegel développe la partie concernant la philosophie sous la forme d'une histoire de la philosophie.

Le savoir absolu

Le savoir absolu ne décrit pas la totalité du réel, ce qui serait délirant malgré ce que Kojève a pu laisser croire, c'est un savoir sur le savoir, la conscience de soi du savoir comme savoir d'un sujet. C'est l'unité du subjectif et de l'objectif, passage à la logique qui est bien une vérité définitive, un savoir absolu bien que formel et sans contenu encore. On peut même dire que la conscience du caractère subjectif du savoir est aussi le savoir de l'insuffisance du savoir (rejoignant l'ignorance docte), savoir du négatif et savoir qu'on ne peut dépasser son temps !

En effet, la philosophie, pour Hegel, doit être scientifique ; elle doit donc être nécessaire et circulaire. L'absolu est circulaire, cela signifie que le système revient à son point de départ ; mais la différence avec les sciences, c'est que la philosophie rend compte du sujet qui l'énonce et de son inscription dans une histoire. Le système encyclopédique des sciences est l'histoire des interactions du sujet avec son objet, qui ne sont jamais données d'avance mais qui se succèdent en s'opposant malgré tout selon une logique dialectique implacable.

Ainsi le savoir absolu succède dans la phénoménologie à la religion et se comprend comme négation de l'être-étranger, de la projection dans un Dieu du sujet qui s'assume comme divisé et comme intériorisation de l'extériorité.
C'est seulement après avoir abandonné l'espérance de supprimer l'être-étranger d'une façon extérieure que cette conscience se consacre à soi-même. Elle se consacre à son propre monde et à la présence, elle découvre le monde comme sa propriété et a fait ainsi le premier pas pour descendre du monde intellectuel.



Le savoir absolu est la conscience de soi de l'histoire, passage de l'histoire subie à l'histoire conçue, du passif à l'actif, de l'abstrait au concret.

On trouve le concept de Savoir Absolu comme savoir sur le savoir chez Fichte (1802).

L'histoire de la philosophie

L'histoire de la philosophie se divise en :
 Philosophie orientale
 Philosophie grecque (de Thalès à Proclus)
 Philosophie médiévale (scolastique, arabe et juive)
 Philosophie moderne germanique (à partir de Descartes)

L'hégélianisme

L' ' hégélianisme est le courant philosophique qui s'est développé après la mort de Hegel, au XIXe puis au XXème siècle. Il comprend les élèves ou disciples immédiats de Hegel puis ceux qui se sont réclamés de sa pensée.

L'hégélianisme au XIXe siècle

Hegel exerça une profonde influence sur les milieux intellectuels, littéraires, scientifiques, religieux et politiques non seulement en Allemagne mais dans toute l'Europe.

Allemagne

L'hégélianisme était presque, dans la première moitié du XIXème siècle, la philosophie officielle de la Prusse. Il était quasiment impossible, à cette époque, d'obtenir une chaire d'université en Prusse sans être hégélien. Néanmoins, les plus radicaux des hégéliens (les « jeunes hégéliens »), dont Feuerbach ou Marx, furent chassés des postes d'enseignement ou des territoires allemands. Après la mort de Hegel, plusieurs de ses élèves se firent les continuateurs et conservateurs orthodoxes du système, et publièrent certains de ses cours qui n'avaient pas été édités. Schelling fut rappelé par la monarchie prussienne afin de combattre l'hégélianisme dominant. D'autres prirent les chemins d'une critique beaucoup plus radicale ou révolutionnaire qu'ils trouvait latente dans l'enseignement de Hegel.

En s'inspirant de la division politique du parlement français en droite et gauche, David Strauss a classé les membres de l'école hégélienne.
 Les Hégéliens de droite sont les conservateurs du système de Hegel, qui se faisaient appeler également "vieux hégéliens". Ils défendent le spiritualisme (Carl Friedrich Göschel, Georg Andreas Gabler, Erdmann, Schaller, Leopold von Henning, Eduard Zeller, Kuno Fischer)
 Au centre se trouvent des disciples de Hegel comme Karl Ludwig Michelet, Philipp Konrad Marheineke, Vatke, Karl Rosenkranz, Heinrich Gustav Hotho.
Réunion du groupe  Die Freien  à Berlin dans les années 1840 avec Max Stirner au centre (esquisse de Friedrich Engels)
Réunion du groupe "Die Freien" à Berlin dans les années 1840 avec Max Stirner au centre (esquisse de Friedrich Engels)

 Les Hégéliens de gauche sont libéraux ou progressistes comme Eduard Gans, Friedrich Wilhelm Carové, Heinrich Heine. Les jeunes hégéliens rassemblent de jeunes écrivains comme Ludwig Feuerbach, Max Stirner, Bauer et Karl Marx. Tout en se servant d'une partie de la doctrine de Hegel, ils font la critique de la religion chrétienne et de la politique de l'époque.

La religion constitue en effet la ligne de fracture entre les tenants du théisme, à droite, et de l'athéisme, à gauche. Cette fracture est effective après la publication de La Vie de Jésus de Strauss en 1835.

Le hégélianisme de gauche tend à se détacher de la pensée de Hegel lui-même et se cristallise ensuite dans le marxisme. Devant les attaques qu'il subit après sa mort de la part de la pensée conservatrice, à commencer par Schelling, puis, plus tard, par Büchner, Lange, Dühring, Fechner, etc.

France

En France, Hegel eut surtout Victor Cousin pour disciple et interlocuteur, lequel fit connaître sa philosophie en la reprenant parfois à son compte (la philosophie de l'histoire) ou en exprimant ses réserves ou son incompréhension (la logique), malgré toute l'admiration et l'amitié qu'il exprimait aussi à l'endroit de Hegel. Cousin initia les premières traductions de l' Esthétique et de l' Encyclopédie confiées à Charles Magloire Bénard et Augusto Véra. Joseph Willm écrit un Essai sur la philosophie hégélienne en 1836. Étienne Vacherot voit dans Hegel celui qui ouvre la voie de la métaphysique au XIXe siècle.

La philosophie politique ne fut pas traduite, mais trouva néanmoins une forme de réception en dehors du cousinisme, en particulier dans le saint-simonisme et le socialisme français. Karl Marx publie à Paris sa Critique de la philosophie du droit de Hegel (1844). Eugène Lerminier a été auditeur de Hegel à Berlin. Gustave d'Eichthal veut faire le pont entre l'hégélianisme et le positivisme d'Auguste Comte. Emile Beaussire voit Hegel comme un continuateur de Dom Deschamps. Hippolyte Taine fait connaître la philosophie de l'art. Et Jean Jaurès reconnaît, en 1892, Hegel comme précurseur du socialisme.

Danemark

Hans Lassen Martensen importa le hégélianisme au Danemark et fonda un important courant de théologie spéculative, auquel s'opposera Søren Kierkegaard.

Søren Kierkegaard a été fortement influencé par la philosophie de Hegel, qu'il combattra ensuite, notamment dans le Post-scriptum aux Miettes philosophiques.

Russie

Michel Bakounine, Vissarion Belinski et Alexandre Herzen ont d'abord adhéré à la philosophie hégélienne avant de la renier. Bakounine retient que l'hégélianisme est une doctrine révolutionnaire, qui consiste dans la négation du présent au profit de l'avenir, toute conciliation n'étant qu'une manœuvre pour entraver la dialectique de l'histoire. Herzen dit avant 1848 que la philosophie de Hegel est "l'algèbre de la révolution".

Grande-Bretagne

Un livre de James Hutchison Stirling The Secret of Hegel (1865) marque le début du néo-hégélianisme anglais qui est en même temps un néo-kantisme et un spiritualisme proche de la droite hégélienne. Thomas Hill Green introduit le hégélianisme à l'université d'Oxford. Francis Herbert Bradley et Bernard Bosanquet sont les principales figures de cette nouvelle forme d'idéalisme.

Italie

Toujours au XIXe siècle, en Italie, une vigoureuse école hégélienne s'est implantée, principalement à Naples avec Augusto Véra (qui traduisit également en français les œuvres de Hegel) et les frères Bertrando et Silvio Spaventa, école liée au mouvement national et libéral italien. Benedetto Croce est le neveu de Spaventa; il voit dans la méthode dialectique l'essentiel de la philosophie hégélienne.

L'hégélianisme au XXe siècle

Monument Hegel, à Berlin-Est, près de l université. Photo prise en 1970, l année du bicentenaire, à l occasion du congrès Hegel international. Hegel est alors considéré comme un précurseur de Marx et Engels.
Monument Hegel, à Berlin-Est, près de l'université. Photo prise en 1970, l'année du bicentenaire, à l'occasion du congrès Hegel international. Hegel est alors considéré comme un précurseur de Marx et Engels.

Hegel a connu une très importante réception dans la philosophie du XXème siècle, en particulier dans la philosophie française grâce aux célèbres leçons données par Alexandre Koyré et surtout par Alexandre Kojève à l'École pratique des hautes études, à Paris, dans les années 1930.

Jean Hyppolite est ensuite devenu le principal représentant de l'hégélianisme en France initiant aussi bien Bernard Bourgeois et Jacques D'Hondt que Jacques Lacan, Michel Foucault, Jacques Derrida et Alain Badiou.

Le hégélianisme couplé à d'autres influences (Kierkegaard, Marx et Husserl) est à l'origine des trois grands courants philosophiques dominants à cette époque : l'existentialisme, la phénoménologie et le marxisme. Maurice Merleau-Ponty écrit en 1946 : "Hegel est à l'origine de tout ce qui s'est fait de grand en philosophie depuis un siècle".

En 1915, Lénine écrit que l'on ne peut comprendre Karl Marx sans avoir avoir étudié à fond et compris la Logique de Hegel.

Georg Lukacs et l'Ecole de Francfort (Marcuse et Adorno) entreprennent une relecture de Hegel à la lumière du matérialisme historique pour critiquer les interprétations fascisantes dans les sociétés libérales.

Otto Pöggeler fonde en 1958 le Hegel-Archiv (Archives Hegel), rattaché à l'université de Bochum, qui est officiellement en charge de l'édition critique des œuvres de Hegel et de la revue Hegel-Studien.

En 1962, Gadamer fonde l'Internationale Hegel-Vereinigung (Association Hegel internationale) pour l'interprétation et la discussion de l'œuvre de Hegel dans la tradition de l'herméneutique. Celle-ci est aujourd'hui présidée par Axel Honneth, qui s'est fondé sur une lecture libre de la « dialectique du maître et de l'esclave », l'interprétant à la lumière de la sociologie, pour fonder une théorie de la reconnaissance. Celle-ci a renouvelé le champ contemporain de la philosophie politique .

En 1969, Jacques D'Hondt réalise le projet d'Hyppolite d'associer hégélianisme et marxisme, en fondant le Centre de Recherche et de Documentation sur Hegel et sur Marx à Poitiers, qui devient par la suite le CRHIA, dirigé en 2008 par Bernard Mabille.

Après la chute du mur de Berlin, en 1990, en s'inspirant explicitement de Kojève, le néo-conservateur américain Francis Fukuyama a décrit dans La Fin de l'histoire et le Dernier Homme (1992) la nouvelle période comme celle de la « fin de l'histoire », faisant de la démocratie libérale l'idéal indépassable et triomphant de nos temps. Cette thèse est sévèrement critiquée, certains dénonçant un contre-sens absolu sur ce concept (Franck Fischbach, Bernard Bourgeois). Derrida se moque alors gentiment , rappelant dans Spectres de Marx (1993) que ; . Le hégélianisme tend alors à se détacher un peu partout du marxisme .

L'hégélianisme trouve place également aujourd'hui au sein de la philosophie analytique bien que ce courant de la philosophie se soit d'abord constitué, en Grande-Bretagne, avec Bertrand Russell, en réaction à l'idéalisme hégélianisant de Francis Herbert Bradley.

Dieter Henrich réunit au congrès Hegel de Stuttgart, en 1975, des représentants de la philosophie analytique tels que Donald Davidson, Michael Dummett, Hilary Putnam ou Willard Van Orman Quine. Récemment, deux philosophes américains éminents, John McDowell et Robert Brandom ont montré l'importance de Hegel pour leur travail.

Critiques

 Arthur Schopenhauer : Le ressort fondamental de sa critique de Hegel réside notamment dans un désaccord sur la nature de la raison et sur le refus argumenté d'en faire le substitut nouveau d'un Dieu, définitivement exclu de toute conception métaphysique de l'essence intime de l'être et du Monde.

 Stirner : Stirner centre sa pensée sur le moi, l'unique, qui a sa valeur en lui-même. Dans cette perspective, le système hégélien est une aliénation du particulier : Stirner refuse donc l'identification de l'individu à l'universel. Remarquons que ce point de vue individualiste avait déjà fait l'objet d'une critique de la part de Hegel : le particulier ne peut se réaliser seul. En un sens, d'un point de vue historique, le livre de Stirner montre que la dialectique hégélienne à épuisé ses possibilités.

 Kierkegaard : Kierkegaard reproche à Hegel sa « Quantifizierung », de n'avoir pas su faire le « saut » (Sprung) qualitatif nécessaire à la compréhension de l'intériorité.

 Karl Marx : Marx critique Hegel comme un philosophe idéaliste qui décrit le monde au lieu de le changer. Il a le tort d'admettre comme Nature un état historique du monde. Marx considère comme mystificatrice la dialectique de Hegel.

 Nietzsche : l'État n'est pas l'incarnation d'un quelconque « intérêt général », c'est un « monstre froid » au service d'intérêts égoïstes.

 Karl Popper, notamment dans le chapitre 12 de La Société ouverte et ses ennemis, où il critique l'historicisme hégélien, son style obscur et son opportunisme intellectuel. Il considère plus généralement que sa philosophie de l'histoire est un des fondements du totalitarisme.

 Georges Bataille : Au contraire de la totalité hégélienne, Bataille base sa vision de la totalité sur l'universalité et la particularité, sur le système et l'érotisme. Donc ceci contraint l'être, lors de la réalisation d'une totalité, à être en cette dernière, mais à également la dépasser et à excéder cette totalité. Les fondements même de cette vision proposent que l'être, dans sa communion totalitaire, s'expose à son extériorité et se consume. Bataille critique ainsi le panlogisme hégélien et les racines de la totalité bataillienne s'ouvrent donc sur quelque chose entre l'infini et la finitude, qui se dérobe à toutes universalisations.

Controverses

La pensée de Hegel a fait l'objet de nombreux débats : Hegel était-il panthéiste (spinoziste) ?

Vocabulaire

La langue philosophique de Hegel est difficile. Bertrand Russell considère Hegel comme l'auteur le plus difficile à lire de l'histoire de la philosophie occidentale et lui reproche son obscurité. (Schopenhauer dit : « Hegel met les mots, le lecteur doit trouver le sens ».) L'obscurité se laisse néanmoins réduire à de la clarté au terme d'un effort d'apprentissage. Le principal obstacle paraît être le vocabulaire hégélien qui n'est pas toujours défini pour un lecteur non philosophe.

Pourtant, Hegel n'emploie que des mots empruntés à la langue commune et ils sont relativement peu nombreux. C'est surtout la syntaxe conceptuelle de sa pensée qui est effectivement complexe, soit le raisonnement logique proprement dit. Sa langue est abstraite et austère, elle ne fait aucune concession à la rhétorique si ce n'est une métaphorique puissante.

Hegel considère que la langue allemande ordinaire est naturellement spéculative. Elle est en elle-même philosophique et dialectique. Par exemple, le mot allemand Aufhebung unifie les significations contradictoires de "suppression" et de "conservation" et c'est pourquoi il est employé pour décrire le processus dialectique. Mais cette signification du mot n'est pas évidente et elle ne trouve pas d'équivalent simple en français : on a proposé le mot de "relève" pour conserver ce sens spéculatif mais au prix d'un artifice. On a forgé également le néologisme "sursomption" mais cela entre en contradiction avec le principe que la philosophie s'exprime dans la langue commune. Le terme "suppression" est adopté dans la plupart des occurrences car le mot "Aufhebung" est employé généralement dans son sens purement négatif. Mais la traduction de ce terme est en soi un problème philosophique concernant les rapports de la pensée et de la langue (et de la traduction).

Hegel donne en tous les cas une connotation philosophique spécifique aux termes qu'il emploie lorsqu'il les utilise comme des concepts ou des catégories. Suit une liste de mots ou concepts simples dont la définition et la traduction sont néanmoins aussi difficiles qu'essentielles. Ils peuvent être diversement rendus suivant les traducteurs. Les choix de Jean Hyppolite puis de Bernard Bourgeois ont longtemps servi de référence .

 Absolu (Absolute) et ' savoir absolu (absolutes Wissen)
 Abstrait: l'abstrait n'est pas philosophique, c'est la satisfaction de la simplicité, de la vulgarité et de l'argument d'autorité.
 Aliénation (Entäusserung)
 Art (Kunst)
 Aufhebung
 Beau (Schöne)
 Communauté (Gemeinde)
 Concept ou notion (Begriff)
 Concret: est concret un discours qui systématise, qui s'ancre dans le réel pour le définir et l'expliquer selon ses raisons, ses causes, son processus. C'est le discours philosophique.
 Conscience (Bewusstsein)
 Conscience de soi (ou auto conscience, Selbstbewusstsein)
 Contigence ou accidentalité (Zufälligkeit)
 Culture ou formation (Bildung)
 Entendement ou intellect (Verstand) par opposition à "raison"
 Esprit ou intelligence(Geist): l'esprit est une forme d'activité, cette activité consiste à s'affirmer dans l'altérité. C'est une activité qui s'investit dans chaque moment particulier. L'esprit consiste en un savoir et un vouloir, c'est son activité. On dit que l'esprit se constitue quand il acquiert un savoir.
 Ethicité, mœurs, morale ou vie éthique (Sittlichkeit) : par opposition à "moralité" (Moralität)
 Être (Sein)
 Existence ou être déterminé (Dasein)
 Figure ou forme(Gestalt)
 Fin de l'histoire
 Idée (Idee)
 Intuition ou vision (Anschauung)
 Maître et esclave (Herr und Knecht)
 Moment (Moment)
 ' Nature (Natur)
 ' Néant (Nichts)
 ' Négation (Negation) et ' Négativité (Negativität)
 ' Objet (Gegenstand ou Objekt)
 ' Panthéisme
 
Particularité (Besonderheit) par opposition à "généralité" et "singularité"
 ' Pensée spéculative
 
Phénomène ou apparition (Erscheinung)
 ' Raison (Vernunft) par opposition à "entendement"
 ' Réalité ou effectivité (Wirklichkeit)
 ' Réconciliation (Versöhnung)
 ' Reconnaissance (Anerkennung)
 ' Singularité (Einzelheit) par opposition à "particularité" et "généralité"
 ' Soi (Selbst)
 ' Sublime (Erhabene)
 ' Universalité (Allgemeinheit) : par opposition à "particularité" et "singularité"
 ' Vérité (Wahrheit)
 ' Weltgeist (esprit du monde)
 Zeitgeist (esprit du temps)

Citations

Sur le fronton de la gare de Stuttgart est inscrite en signes lumineux par Joseph Kosuth cette  citation de la   Phénoménologie    :  „… daß diese Furcht zu irren schon der Irrtum selbst ist.“ ( ...que cette peur d errer est déjà l erreur même )
Sur le fronton de la gare de Stuttgart est inscrite en signes lumineux par Joseph Kosuth cette citation de la Phénoménologie : „… daß diese Furcht zu irren schon der Irrtum selbst ist.“ ("...que cette peur d'errer est déjà l'erreur même")



Bibliographie

Œuvres de Hegel

- Publications
 
Lettres confidentielles sur le rapport juridique du pays de Vaud à la ville de Berne, Francfort, 1798
 
Dissertatio philosophica de Orbitis Planetarum, Iéna, 1801
 
Différence entre les systèmes de Fichte et Schelling, Iéna, 1801
 
Journal critique de la philosophie (avec Schelling), 2 vol., Tübingen, 1802
 
Phénoménologie de l'esprit, Bamberg et Würzburg, 1807
 
La Science de la logique, 3 vol., Bamberg, 1812-1816
 
Encyclopédie des sciences philosophiques en abrégé, Heidelberg, 1817 (1re édition), 1827 (2e édition), 1830 (3e édition).
 
Principes de la philosophie du droit, ou droit naturel et science de l'État en abrégé, Berlin, 1821

- Cours (publiés à titre posthume)
 
Propédeutique philosophique (cours donnés à Nuremberg)
 
Encyclopédie des sciences philosophiques
 
Logique et métaphysique
 
Philosophie de la nature
 
Anthropologie et psychologie
 
Droit naturel et science de l'État
 
Philosophie de l'histoire
 
Esthétique ou philosophie de l'art
 
Philosophie de la religion
 
Preuves de l'existence de Dieu
 
Histoire de la philosophie

- Écrits de jeunesse (publiés à titre posthume)
(sélection)
 1795-1796:
La Positivité de la religion chrétienne
 1796:
Le plus ancien programme de système de l'idéalisme allemand
 1796:
Eleusis. À Hölderlin
 1796:
La Vie de Jésus
 1797:
L'Esprit du christianisme et son destin
 1800:
Fragment de système
 1801:
Constitution de l'Allemagne
 1804:
Qui pense abstrait?

Traductions

- XIXème siècle
 
Cours d'esthétique, trad. Charles Magloire Bénard, 5 vol., Ladrange, 1840-1852
 
La logique subjective de Hegel, trad. H. Sloman et Jean Wallon, Ladrange, 1854 ()
 
La logique de Hegel , trad. Augusto Véra, Ladrange, 1859
 
Philosophie de la nature , trad. Augusto Véra, 3 vol., Ladrange, 1863-1866 ()
 
Philosophie de l'esprit , trad. Augusto Véra, Ladrange, 1867-1869
 
Philosophie de la religion, trad. Augusto Véra, 1876-1878

- XXème siècle
 
Vie de Jésus, trad. D. D. Rosca, 1928
 
Leçons sur la philosophie de l'histoire, trad. Jean Gibelin, Vrin, 1937
 
Phénoménologie de l'Esprit, trad. Jean Hyppolite, 2 vol., Aubier, 1939
 
Principes de la philosophie du droit, trad. André Kaan, Gallimard, 1940
 
Esthétique, trad. Serge Jankélévitch, 4 vol., Aubier, 1944
 
Preuves de l'existence de Dieu, trad. Henri Niel, 1947
 
L'esprit du christianisme et son destin, trad. Jacques Martin, Vrin, 1948
 
Science de la logique, trad. Serge Jankélévitch, 1949
 
Première publications: Différence des systèmes de Fichte et de Schelling; Foi et Savoir, trad. Marcel Méry, 1952
 
Leçons sur la philosophie de la religion, trad. Jean Gibelin, 5 vol., Vrin, 1954-1959
 
Correspondance, trad. Jean Carrère, 3 vol., Gallimard, 1962-1963
 
Propédeutique philosophique, trad. Maurice de Gandillac, Minuit, 1963
 
La raison dans l'histoire: introduction à la Philosophie de l'histoire, trad. Kostas Papaïoannou, Plon, 1965
 
La première philosophie de l'esprit, trad. Guy Planty-Bonjour, PUF, 1969
 
Encyclopédie des sciences philosophiques, tome I: La science de la logique, trad. Bernard Bourgeois, Vrin, 1970
 
Leçons sur l'histoire de la philosophie, trad. Pierre Garniron, 7 vol., Vrin, 1971-1991
 
La relation du scepticisme avec la philosophie, trad. B. Fauquet, Vrin, 1972
 
La constitution de l'Allemagne: 1800-1802, Champ Libre, 1974
 
Des manières de traiter scientifiquement du droit naturel, trad. Bernard Bourgeois, Vrin, 1972
 
Principes de la philosophie du droit, trad. Robert Derathé, Vrin, 1975
 
La société civile bourgeoise, trad. Jean-Pierre Lefebvre, Maspero, 1975
 
Recension des œuvres de F. H. Jacobi, trad. André Droz, Vrin, 1976
 
Système de la vie éthique, trad. Jacques Taminiaux, Payot, 1976
 
Écrits politiques, trad. M. Jacob, Champ Libre, 1977
 
Les orbites des planètes: dissertation de 1801, trad. François De Gandt, Vrin, 1979
 
Essai sur la Bhaqavad-Gîtâ, dans Michel Hulin, Hegel et l'Orient, Vrin, 1979
 
Logique et métaphysique (1804-1805), trad. Denise Souche-Dagues, Gallimard, 1980
 
Les écrits de Hamann, trad. Jacques Colette, Flammarion, 1981
 
La philosophie de l'esprit de la 'Realphilosophie' 1805, trad. Guy Planty-Bonjour, PUF, 1982
 
La positivité de la religion chrétienne, PUF, 1983
 
La différence entre les systèmes philosophiques de Fichte et de Schelling; De la relation entre la philosophie de la nature et la philosophie en général, trad. Bernard Gilson, Vrin, 1986
 
Fragments de la période de Berne 1793-1796, trad. Robert Legros et F. Verstraeten, Vrin, 1987
 
Encyclopédie des sciences philosophiques, tome III: Philosophie de l'Esprit, trad. Bernard Bourgeois, Vrin, 1988
 
Foi et savoir: Kant, Jacobi, Fichte, trad. Alexis Philonenko, Vrin, 1988
 
Journal d'un voyage dans les Alpes bernoises : du 25 au 31 juillet 1796, trad. Robert Legros et F. Verstraeten, Éditions Jérôme Millon, 1988
 
Textes pédagogiques, trad. Bernard Bourgeois, Vrin, 1990
 
Notes et fragments : Iéna 1803-1806, trad. Pierre-Jean Labarrière, Aubier, 1991
 
Leçons sur les preuves de l'existence de Dieu, trad. Jean-Marie Lardic, Aubier, 1993
 
Science de la logique, trad. Pierre-Jean Labarrière et Gwendolyn Jarczyk, 3 vol., Aubier, 1994
 
Cours d'esthétique: édition Hotho, trad. Jean-Pierre Lefebvre et Veronika von Schenk, 3 vol., Aubier, 1995-1997
 
L'ironie romantique : compte rendu des "Ecrits posthumes et correspondance" de Solger, trad. Jeffrey Reid, Vrin, 1997
 
Leçons sur la philosophie de la religion, trad. Pierre Garniron, Presses universitaires de France, 1972
 
Premiers écrits : Francfort 1797-1800, trad. Olivier Depré, Vrin, 1997
 
Principes de la philosophie du droit, trad. Jean-Louis Vieillard-Baron, Flammarion, 1999

- XXIème siècle
 
Leçons sur le droit naturel et la science de l'État, Heidelberg, semestre d'hiver 1817-1818, trad. Jean-Philippe Deranty, Vrin, 2002
 
Leçons sur l'histoire de la philosophie: Introduction, trad. Gilles Marmasse, Vrin, 2004
 
Encyclopédie des sciences philosophiques, tome II: Philosophie de la nature, trad. Bernard Bourgeois, Vrin, 2004
 
Esthétique: cahier de notes inédit de Victor Cousin, éd. Alain Patrick Olivier, Vrin, 2005
 
Phénoménologie de l'Esprit, trad. Bernard Bourgeois, Vrin, 2006
 
Leçons sur la logique : d'après l'"Encyclopédie des sciences philosophiques en abrégé" : semestre d'été 1831 à Berlin, trad. Jean-Michel Buée et David Wittmann, Vrin, 2007
 
La Philosophie de l'histoire, trad. Myriam Bienenstock (dir.), Paris, LGF, 2009. ISBN|978-2253088523.
 
La Vie de Jésus : précédé de Dissertations et Fragments de l'époque de Stuttgart et de Tübingen, trad. Ari Simhon, Vrin, 2009.

Études

(sélection par ordre chronologique des publications en français au XXème siècle)
 Benedetto Croce,
Ce qui est vivant et ce qui est mort de la philosophie de Hegel, Giard & Brière, 1910
 Jean Wahl,
Le malheur de la conscience dans la philosophie de Hegel, Rieder, 1929.
 Henri Lefebvre et Norbert Guterman,
Cahiers de Lénine sur la dialectique de Hegel , Gallimard, 1938.
 Jean Hyppolite,
Genèse et Structure de la Phénomenologie de l'Esprit, 2 vol., Aubier, 1946.
 Alexandre Kojève,
Introduction à la lecture de Hegel : Leçons sur la "Phénoménologie de l'Esprit" professées de 1933 à 1939 à l'Ecole des Hautes-Études, Gallimard, 1947
 Jean Hyppolite,
Introduction à la philosophie de l'histoire de Hegel, Rivière, 1948.
 Eric Weil,
Hegel et l'État, Vrin, 1950.
 Georges Bataille, « Hegel, la mort et le sacrifice »,
Deucalion 5, 1955 (repris in Œuvres complètes, t. XII).
 Bernard Teyssèdre,
L'esthétique de Hegel, PUF, 1958.
 Martin Heidegger,
Hegel et les Grecs, Cahiers du Sud, 349 (1959).
 Roger Garaudy,
Dieu est mort : Étude sur Hegel, Presses universitaires de France, 1962.
 René Serreau,
Hegel et l'hégélianisme, PUF, 1962.
 Albert Chapelle,
Hegel et la Religion (4 vol.), Paris, Éditions Universitaires, 1964-1971.
 Claude Bruaire,
Logique et religion chrétienne dans la philosophie de Hegel, Seuil, 1964.
 Jacques D'Hondt,
Hegel, philosophe de l'histoire vivante, Presses universitaires de France, 1966.
 Jacques D'Hondt,
Hegel secret. Recherches sur les sources cachées de la pensée de Hegel, Presses universitaires de France, 1968.
 Jacques D'Hondt,
Hegel et son temps. Berlin 1818-1831, Éditions Sociales, 1968.
 Herbert Marcuse,
Raison et Révolution: Hegel et la naissance de la théorie sociale, Minuit, 1968.
 François Châtelet,
Hegel, Seuil, 1968.
 Karl Löwith,
De Hegel à Nietzsche, Gallimard, 1969.
 Bernard Bourgeois,
La pensée politique de Hegel, Presses universitaires de France, 1969.
 Bernard Bourgeois,
Hegel à Francfort, ou Judaïsme, Christianisme, Hégélianisme, Vrin, 1970.
 Joachim Ritter,
Hegel et la Révolution française, Beauchesne, 1970.
 Alexandre Koyré,
Études d'histoire de la pensée philosophique, Gallimard, 1971.
 Jacques Derrida,
Glas, Galilée, 1971.
 Herbert Marcuse,
L'ontologie de Hegel et la théorie de l'historicité, Minuit, 1972
 Gérard Lebrun,
La patience du concept (essai sur le discours hégélien), Gallimard, 1972.
 Louis Althusser,
Lénine et la philosophie suivi de Marx et Lénine devant Hegel, Maspéro, 1972
 Jean-Luc Nancy,
La remarque spéculative, Galilée, 1973
 Hans Küng,
Incarnation de Dieu : Introduction à la pensée théologique de Hegel comme prolégomènes à une christologie future, Desclée de Brouwer, 1973.
 Dominique Janicaud,
Hegel et le destin de la Grèce, Vrin, 1975.
 Lucio Colletti,
Le Marxisme et Hegel, trad. Jean-Claude Biette et Christian Gauchet, éditions Champ Libre, 1976. ISBN|2-85184-052-5
 Ernst Bloch,
Sujet-Objet. Eclaircissement sur Hegel, Gallimard, 1977
 Pierre Macherey, Hegel ou Spinoza, Maspero, 1977 (rééd. La Découverte, 2004).
 Theodor W. Adorno,
Trois études sur Hegel, Payot, 1979.
 Georg Lukács,
Le jeune Hegel : sur les rapports de la dialectique et de l'économie, Gallimard, 1981.
 Otto Pöggeler,
Études hégéliennes, Vrin, 1985.
 André Stanguennec,
Hegel critique de Kant, Presses universitaires de France, 1985.
 Slavoj Zizek,
Le plus sublime des hystériques: Hegel passe, Point hors ligne, 1988
 Bernard Teyssèdre,
Hegel: Esthétique des arts plastiques Hermann, 1993
 Franz Rosenzweig,
Hegel et l'État, trad. Gérard Bensussan, Presses Universitaires de France, 1991
 Bernard Bourgeois,
Éternité et historicité de l'esprit selon Hegel, Vrin, 1991.
 Bernard Bourgeois,
Études hégéliennes: Raison et décision, Vrin, 1992.
 Guy Planty-Bonjour,
Le Projet hégélien, Vrin, 1993.
 Tom Rockmore,
Hegel et la tradition philosophique allemande, Éditions Ousia, 1994.
 Domenico Losurdo,
Hegel et les Libéraux, PUF, 1994.
 André Hirt,
Hegel et la philosophie à l'épreuve de la poésie, Kimé, 1995.
 André Stanguennec,«Hegel, une philosophie de la raison vivante », Paris ,Vrin,1992.
Catherine Malabou,
L'Avenir de Hegel. Plasticité, temporalité, dialectique, Vrin, 1996.
 Robert Lamblin,
Une interprétation athée de l’idéalisme hégélien. Raison absolue et théologique ou raison absolue philosophique finie, L'Harmattan, 1998.
 Gwendolyn Jarczyk et Pierre-Jean Labarrière,
De Kojève à Hegel, Albin Michel, 1998.
 Kostas Papaïoannou,
Hegel et Marx, l'interminable débat, Allia, 1999.
 Jean-Louis Vieillard-Baron,
Hegel et l'idéalisme allemand, Vrin, 1999.
 Bernard Mabille,
Hegel. L'épreuve de la contingence, Aubier, 1999.
 Jean-Luc Gouin,
Hegel ou de la Raison intégrale, Bellarmin, 2000 (ISBN 2-89007-883-3)' .
 Norbert Waszek (dir.),
Hegel : Droit, histoire, société, Presses universitaires de France, 2001.
 Bernard Bourgeois,
Hegel : Les actes de l'esprit, Vrin, 2001.
 Emmanuel Renault,
Hegel, la naturalisation de la dialectique, Vrin, 2001.
 Jérôme Lèbre,
Hegel à l'épreuve de la philosophie contemporaine: Deleuze, Lyotard, Derrida, Ellipses, 2002.
 Alain Patrick Olivier,
Hegel et la musique, Honoré Champion, 2003.
 Jean-François Marquet,
Leçons sur la Phénoménologie de l'esprit, Ellipses, 2004.
 Charles-Éric de Saint-Germain,
Raison et système chez Hegel, L'Harmattan, 2004.
 François Roustang,
Hegel, le magnétisme animal. Naissance de l'hypnose, PUF, 2005.
 Jean-François Kervégan,
Hegel et l'hégélianisme, PUF, 2005.
 Olivier Tinland (dir.),
Lectures de Hegel, Paris, Livre de Poche, 2005
 Joseph Cohen,
Le spectre juif de Hegel, Galilée, 2005
 Maxence Caron,
Être et identité — Méditation sur la Logique de Hegel et sur son essence, Cerf, 2006.
 Maxence Caron (dir.),
Hegel, Cerf, 2006.
 Susan Buck-Morss,
Hegel et Haïti, Léo Scheer, 2006.
 Jean-Louis Vieillard-Baron,
Hegel penseur du politique, Éditions Du Félin, 2006.
 Bernard Mabille,
Cheminer avec Hegel, Éditions La Transparence, 2007.
 Joseph Cohen,
Le sacrifice de Hegel, Galilée, 2007.
 Martin Heidegger,
Hegel. La négativité, éclaircissement de l'Introduction à la 'Phénoménologie de l'esprit, Gallimard, 2007.
 Jean-François Kervégan, L'effectif et le rationnel, Vrin, 2008.
 Gilles Marmasse, Penser le réel. Hegel, la nature et l'esprit, Kimé, 2008.
 Alain Patrick Olivier, Hegel, la genèse de l'esthétique, Presses universitaires de Rennes, 2008.
 Bertrand Quentin, Hegel et le scepticisme, L'Harmattan, 2008.
 Jean-Clet Martin, Une intrigue criminelle de la philosophie : Lire la Phénoménologie de l'Esprit de Hegel, La Découverte, 2009.

Biographies

 Karl Rosenkranz, Vie de Hegel <1844>, trad. fr. Pierre Osmo, Gallimard, 2004.
 , Hegel et son temps <1857>, trad. fr. Pierre Osmo, Gallimard, 2008.
 Jacques D'Hondt Hegel. Biographie, Calmann-Lévy, 1998
 Horst Althaus, Hegel, naissance d'une philosophie, Seuil, 1999.
 Terry Pinkard, Hegel. A biography, Cambridge University Press, 2000.


 
Pour en savoir plus
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