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Dossier(s) : Personnages > Personnages Epoque Moderne > Pasteur, Louis Dole, 1822 - Villeneuve-l'Etang, 1895 © Hachette Livre et/ou Hachette Multimédia
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Louis Pasteur
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Chimiste et biologiste français
Louis Pasteur demeure l'un des plus grands scientifiques du XIX e siècle: si pour le grand public il est le père de la vaccination, les biologistes le tiennent pour celui qui mit fin au concept archaïque de génération spontanée; aux yeux des médecins, il fait figure de pionnier en matière d'hygiène; pour les industriels de l'agroalimentaire, il est l'inventeur d'une méthode de destruction des bactéries pathogènes à laquelle son nom est attaché.
Les études de Pasteur
Issu d'une famille modeste (son
père était tanneur), il se révèle durant son
enfance plus passionné par la peinture que par les
études. Sur les conseils de son père, qui souhaitait
qu'il devienne professeur de collège, il partira pour le
collège royal de Besançon préparer son
baccalauréat ès lettres, qu'il obtiendra
en 1840. Maître d'étude à Besançon
(pour payer ses propres études), il obtient son
baccalauréat ès sciences mathématiques et est admis
à l'Ecole normale supérieure en 1842. Pasteur
part alors pour Paris, afin de repasser le concours
d'entrée à l'école de la rue d'Ulm, car
il est mécontent de ses résultats (il n'a
été reçu que 14e sur 22). En 1843, il y est
reçu 4e. Licencié ès sciences en 1845, puis
agrégé en 1846, il entre comme
agrégé-préparateur au laboratoire d'Antoine
Jérôme Balard, après avoir failli partir à
Tournon, en Ardèche, comme professeur de physique.
En 1848, Pasteur soutient une
thèse de doctorat sur la dissymétrie moléculaire. La
cristallographie était alors une discipline encore naissante:
les bases en avaient été jetées par l'abbé
français René Just Haüy en 1784, et la
polarisation rotatoire de la lumière (découverte par les
Français François Arago et Jean-Baptiste Biot
en 1811) n'était étudiée que depuis peu.
Sa passion pour les tartrates
En 1844, l'Allemand Eilhard
Mitscherlich, en étudiant les propriétés du
paratartrate et du tartrate d'ammoniaque, deux sels formés
par l'acide tartrique au cours de la fermentation du vin, avait
découvert que leurs pouvoirs rotatoires, c'est-à-dire
leur capacité à dévier la direction d'un
faisceau de lumière (polarisation), étaient
différents. Bien qu'ils fussent de même composition
chimique et de même forme cristalline, avec les mêmes
angles spécifiques, seul le tartrate déviait le faisceau
de lumière.
Pasteur démontrera que c'est
l'inclinaison des facettes cristallines qui est à
l'origine du phénomène et que les deux composés
sont structurellement l'image l'un de l'autre dans un
miroir, c'est-à-dire qu'ils sont deux isomères
optiques, ou énantiomères. Pasteur se place
déjà à la frontière qui sépare la chimie
de la nature vivante de celle de la nature morte, car la
dissymétrie moléculaire est une propriété
exclusive des substances organiques. En 1848, il est
nommé professeur suppléant de chimie à Strasbourg,
ville où il épouse un an plus tard Marie Laurent, fille
du recteur de l'université, et poursuit ses recherches sur
l'acide tartrique. J.-B. Biot, après avoir
vérifié les résultats de Pasteur, les
présentera à l'Académie des sciences
en 1853.
De la fermentation aux micro-organismes
En 1854, Pasteur devient professeur
titulaire et doyen de la toute nouvelle faculté des sciences
de Lille. Il s'intéresse à l'étude des
fermentations, à la demande d'un industriel lillois qui se
demandait pourquoi le jus de betterave s'altérait en
alcool. Le chimiste allemand Justus von Liebig pensait à
l'époque que les fermentations n'étaient que des
réactions chimiques survenant exclusivement dans l'alcool
mis en présence d'oxygène (fermentation
acétique).
Les travaux précédents de
Pasteur sur la dissymétrie moléculaire le conduisent
à concevoir la fermentation comme un acte vital et non comme
une simple réaction chimique: l'alcool amylique (qui
résulte de la fermentation du sucre) est une molécule
organique, qui présente une dissymétrie moléculaire.
Dans la théorie chimique de la fermentation, les levures
n'intervenaient que parce qu'elles contiennent des
substances albuminoïdes. Pasteur démontre le rôle
à part entière des levures dans la fermentation du sucre
en alcool, et leur attribue un caractère vivant de
micro-organismes.
La réfutation de la génération spontanée
En 1857, Pasteur vient
s'installer à Paris, condition sine qua non
d'entrée à l'Académie des sciences. Il est
nommé sous-directeur des études scientifiques de
l'Ecole normale. Dès son arrivée dans la capitale, il
étudie le vinaigre et la conservation des vins. Il
démontrera en 1859 que la fermentation existe aussi dans
le lait et qu'elle s'y déroule même en
l'absence de l'ion ammonium NH
4
+
, qui apporte l'albumine que l'on
pensait indispensable. Il constate que la présence
d'oxygène n'est pas nécessaire, certaines
fermentations (alcoolique, lactique ou butyrique) se produisant
à l'abri de l'air (anaérobiose). La même
année, ses travaux l'amènent à trouver les
moyens d'exclure l'idée de génération
spontanée, qui persistait depuis l'Antiquité.
En 1860, Pasteur montre qu'un
liquide fermentescible bouilli au contact d'un air calciné
ne peut fermenter que si l'on place sur le col du flacon une
bourre poussiéreuse de coton. Il s'oppose ainsi au
médecin français Félix Archimède Pouchet, dont
la publication de 1858 affirmait pouvoir faire la preuve de la
génération spontanée des levures. Les débats,
très animés, furent largement médiatisés, car
la question ébranlait les fondements philosophiques de toute
une génération, à tel point que l'Académie
des sciences la mit en 1860 au programme du concours
d'entrée. Pasteur, seul candidat, y est reçu
en 1862 pour son ouvrage sur les Corpuscules organisés
qui existent dans l'atmosphère, dans lequel il
démontre la présence d'un germe au départ de
toute production vivante et réfute l'éventualité
d'une génération spontanée.
La conservation du vin et des aliments
En 1863, à la demande de
Napoléon III,
il cherche à mettre au point un procédé de
conservation des vins. La filtration, qui consiste à
débarrasser le vin de ses impuretés en le faisant passer
à travers un élément poreux, mais aussi
l'adjonction de soufre, qui, par son effet antiseptique, agit
sur les ferments, assurent désormais au vin sa stabilité
et son évolution saine. Les travaux précédents de
Pasteur ont par ailleurs donné naissance à un autre
procédé de conservation des aliments (jus de fruit, lait,
etc.): il s'agit de la pasteurisation, qui consiste à
chauffer l'aliment à une température suffisante pour
détruire toutes les bactéries pathogènes qui s'y
trouvent.
Parallèlement, Pasteur est nommé professeur de
chimie à l'Ecole nationale des beaux-arts. En 1867,
sa mission administrative à l'Ecole normale prend fin: sa
rigueur et sa sévérité l'ont conduit à en
être évincé, à la demande du ministre Victor
Duruy, sous prétexte d'une réorganisation des
études. En fait, Pasteur avait refusé d'intervenir en
faveur d'un élève renvoyé pour avoir fait
parvenir une lettre de félicitations à Sainte-Beuve, qui
venait de prononcer au Sénat un discours sur la liberté.
Aussitôt nommé professeur à la Sorbonne, il renonce
très vite à ce poste, car il veut désormais se
consacrer entièrement à ses travaux. Il est terrassé
par une hémiplégie en 1868 et, jusqu'à sa
mort, en conservera des séquelles du côté gauche. Il
achève ses travaux sur les fermentations en montrant enfin le
rôle et la spécificité des ferments, notamment de la
levure de bière, avec son élève Emile Duclaux,
en 1870. Pasteur, par ses travaux sur les fermentations,
s'opposera à Liebig, mais aussi à Claude Bernard,
qui, l'année même de sa mort (1877), était
toujours persuadé de la génération spontanée de
la levure alcoolique et doutait encore du rôle de la levure
dans la fermentation. Napoléon III nomme Pasteur
sénateur à vie pour service rendu à la nation, mais
la guerre de 1870 empêchera que le décret
impérial soit validé.
De la maladie au microbe
Toutes ses études ont peu à peu
conduit Pasteur à la médecine, car il n'y a pas loin
de la fermentation à la putréfaction et de la
putréfaction au pus et autres phénomènes morbides.
Déjà en 1865, J.-B. Dumas, sénateur du Gard,
l'avait appelé à Alès, où les colonies de
vers à soie étaient décimées par une maladie,
la pébrine; leur exploitation était menacée, au
point que les marchands se tournaient vers le Japon. Etudiant la
maladie (sans toutefois pouvoir y remédier), Pasteur constate
qu'elle est due à la multiplication d'une
bactérie dans l'intestin de l'animal: il est
conforté dans l'idée que les maladies infectieuses
sont dues à des micro-organismes. En 1863, Pasteur entre
à l'Académie de médecine.
Casimir Joseph Davaine avait, une dizaine d'années
auparavant, situé l'origine d'une maladie (le charbon
du mouton) dans la présence d'une bactérie. Cette
idée étant renforcée par sa propre expérience,
Pasteur enjoint aux chirurgiens français de prendre des
mesures d'asepsie avant d'opérer les plaies et des
mesures d'antisepsie pour les soigner. Il succède dans ce
domaine encore naissant à l'accoucheur hongrois Ignaz
Philip Semmelweis, qui demandait à ses confrères de se
laver les mains au chlorure de chaux avant d'exercer (1846), et
au chirurgien anglais Joseph Lister, qui conseillait aux siens de
traiter les plaies à l'acide phénique (1867).
En 1878, Pasteur et ses
collaborateurs font une communication à l'Académie
des sciences, la Théorie des germes et ses applications
à la médecine et à la chirurgie, dans laquelle des
êtres vivants microscopiques - dénommés
alors «microbes», un mois après que
Charles-Emmanuel Sédillot, chirurgien, eut proposé ce
terme - sont déclarés responsables de maladies.
L'idée que certains
micro-organismes puissent être cause de maladies devient
obsessionnelle jusque dans la manière de vivre de Pasteur: un
préparateur de son laboratoire rapporte qu'il avait la
poignée de main particulièrement avare et que, lorsque
les convenances le conduisaient à s'y soumettre, il se
lavait ensuite méticuleusement les mains. D'autres
racontent qu'il faisait porter à tous ses proches un
mouchoir devant la bouche lorsqu'ils passaient devant
l'hôpital Laennec. Pasteur découvrira en 1878 le
streptocoque responsable de l'angine, puis en 1880 celui
du staphylocoque, responsable des furoncles.
Vacciner pour prévenir
Pasteur étudie également de
près les œuvres d'Edward Jenner, pionnier de la lutte
contre les maladies infectieuses: la vaccination antivariolique est
efficace depuis la fin du XVIII
e
siècle, et Pasteur a
l'intuition que des souches non virulentes de microbes
pourraient avoir le même effet protecteur contre les maladies
qu'ils provoquent que le virus de la vaccine à
l'encontre de la variole. Ses travaux portent sur le
choléra des poules et sur la maladie du charbon. En 1879,
ses collaborateurs Emile Roux et Charles Chamberland laissent par
mégarde dans l'étuve toutes les cultures du microbe
du choléra: cette erreur de manipulation est salutaire à
Pasteur, qui découvre alors une méthode - le
vieillissement à l'air - pour atténuer la
virulence des microbes.
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