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Dossier(s) : Thèmes > L'art
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Une des premières œuvres de l'histoire
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Le mot « art », depuis son sens premier - ensemble de procédés tendant à une fin déterminée -, a pris au cours des âges diverses acceptions - virtuosité technique ou métier, et, depuis le XIXe siècle, ensemble de la création artistique ou activité dans le domaine des arts - qui reflètent la complexité et la diversité de ce qu'il désigne: l'histoire de l'art, tout au moins en Occident, est jalonnée de bouleversements des catégories de l'art et de renversements de leurs valeurs.
Parmi les neuf Muses, sous l'égide desquelles l'art a été placé, aucune n'incarne la peinture ou la sculpture: dans l'Antiquité et au Moyen Age, seuls sont dignes de constituer les arts le langage et les productions de l'esprit. Les arts libéraux, c'est-à-dire libres des contraintes liées à la matière, s'opposent aux arts mécaniques, architecture, sculpture, peinture et orfèvrerie, jusqu'à la Renaissance: c'est alors que, au sein d'une nouvelle catégorie, celle des beaux-arts, la peinture se voit érigée en art suprême.
Cette mobilité du champ d'application de l'art dans la culture occidentale se retrouve d'ailleurs dans les autres civilisations, où l'art suit un développement autonome - jusqu'à l'art contemporain, qui, fruit de l'Occident, est universel dans sa pratique.
Comprendre l'art aujourd'hui, c'est s'interroger sur ses processus de formation: par quels itinéraires, avec quelles exclusions ? Admettre que le «beau idéal» n'est qu'une expression de l'art parmi d'autres, c'est se donner les moyens d'une approche juste et sans préjugés de l'art musulman, des arts africains, océaniens, amérindiens, de l'art d'Extrême-Orient. Relativiser les œuvres d'art, en les considérant dans un déroulement historique et dans leurs rapports aux sociétés qui les produisent et les reçoivent, permet d'appréhender dans ses significations profondes l'ensemble des productions humaines regroupées sous le terme générique d'«art».
L'art, phénomène de société, remplit trois fonctions essentielles: instrument d'une mission, porteur d'un message, il exprime, par des choix plastiques et une iconographie appropriée, un discours politique ou social, une foi religieuse, une pensée personnelle; expression de son propre idéal, il s'inscrit dans un processus de progrès ou de décadence selon une certaine idée du «beau idéal»; enfin, il peut être associé à une simple activité ludique.
L'art assume, dès son origine, une fonction symbolique par laquelle la société structure son imaginaire collectif, met en forme sa vision du monde, exprime ses aspirations et ses contradictions. L'œuvre n'est pas une simple imitation du monde extérieur, mais l'organisation d'un système de signes dépendant de l'état des techniques et des mentalités. Indice de l'aptitude de l'homme à se dépasser vers un ailleurs dont il l'inventeur, l'art brise les limites de sa condition temporelle et lui permet de devenir son propre créateur.
L'exercice de l'art est inséparable du discours qui le produit. Ce discours, d'abord diffus et immanent à la société, deviendra autonome à la Renaissance. A travers les écrits de peintres, les querelles théoriques, se poursuit l'élaboration d'une réflexion sur le rapport qu'entretiennent l'idéal et l'œuvre, et se mettent en place une histoire de l'art et une critique. Cette théorisation de l'art s'accompagne d'une transformation du statut de l'artiste qui, de simple artisan possesseur d'un savoir-faire technique, devient créateur, à l'image de Dieu.
Parallèlement, l'œuvre est promue au rang de production intellectuelle, et le devant de la scène est occupé par l'architecture, la sculpture et la peinture. La musique est oubliée pour un temps par les débats théoriques sur le Beau; les autres arts sont dits «mineurs» et se trouvent relégués dans le domaine de l'ethnologie, des arts populaires et exotiques.
Mais les bouleversements sociopolitiques, le divorce de l'Etat et de l'artiste, l'accession de la bourgeoisie à la culture, l'aventure coloniale et les expositions universelles, l'épuisement de l'art académique ont placé l'art, au seuil du XXe siècle, dans une perspective non plus seulement esthétique, mais historique et sociologique. Il en est résulté la réhabilitation des arts mineurs, l'accession des arts extra-européens au rang d'arts à part entière et la naissance de l'art moderne.
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