Céramiste et savant français.
Il est difficile de préciser ce qui participe de la vérité historique et de la légende dans la vie de Bernard Palissy, le plus célèbre céramiste français. Ce savant d'origine modeste, verrier de formation, fut un autodidacte. Outre son travail artistique, il étudia aussi la géologie, la physique, la chimie, l'agronomie et publia plusieurs ouvrages.
Après avoir voyagé dans le Sud-Ouest de la France entre 1530 et 1540, il s'établit à Saintes comme verrier. Deux vitraux, datés de 1544, provenant du château d'Ecouen, lui sont attribués.
Là, en Charente, soucieux de découvrir la technique de la faïence italienne et les secrets des émailleurs italiens et allemands, il travaillera seul durant près de quinze ans, sacrifiant tout à ses recherches, au point, dit la légende, de brûler ses meubles et le plancher de sa maison pour alimenter le feu de son four. En 1556, il fut à même d'offrir au roi Henri II l'une de ses céramiques, un bassin de terre émaillée; le souverain en apprécia l'originalité en remarquant qu'«on n'a jamais vu œuvre semblable».
Lorsque la ville de Saintes devint le théâtre de luttes entre catholiques et calvinistes, le huguenot Palissy fut arrêté et emprisonné à Bordeaux. Il dut à la protection du connétable Anne de Montmorency d'être libéré, puis de recevoir, en 1562, la commande d'une «grotte à décor rustique» que le connétable désirait aménager dans le jardin de son château d'Ecouen. En outre, on lui fit obtenir le titre d'«inventeur des rustiques figulines du Roy et de Monseigneur le Connétable», grâce auquel, en 1570, il exécuta pour Catherine de Médicis une autre grotte émaillée dans le jardin des Tuileries.
Au moment du massacre de la Saint-Barthélemy, Palissy se réfugie à Sedan. L'année même de son retour à Paris, en 1575, il donne une leçon publique dans laquelle il expose ses théories scientifiques. Un second cours a lieu l'année suivante. La publication de sa Recette véritable par laquelle tous les hommes de France pourront apprendre à multiplier et augmenter leurs trésors remonte à 1563; celle de son Discours admirable de l'art de terre, de son utilité, des émaux et du feu, à 1580. On présume que Palissy mourut à la Bastille, où les ligueurs l'auraient fait incarcérer en 1589.
La technique de fabrication des «rustiques figulines», dont les sujets (poissons, batraciens, serpents ou lézards) étaient moulés sur nature, se rapproche de celle qui permet d'obtenir non pas une faïence traditionnelle, mais une terre vernissée, d'un goût «rustique» connu aussi à Florence, et caractéristique des bizarreries du maniérisme de la seconde moitié du XVIe siècle. Elle consiste à enduire la pièce d'un émail plombifère et à appliquer sur le fondant encore humide les divers oxydes métalliques: blanc de plomb, bleu de cobalt, jaune de fer, etc. Cette technique, après avoir fait école (elle fut appliquée à la fabrication de pièces moins provocantes, dans le goût italo-flamand de la «seconde école de Fontainebleau»), n'eut guère de répercussions aux XVIIe et XVIIIe siècles. En revanche, elle fut très imitée au cours du XIXe siècle pour la fabrication de copies des œuvres de Palissy.
Seuls les fragments de la grotte des Tuileries, retrouvés entre 1850 et 1875, peuvent être considérés en toute certitude comme étant de sa main. Par ailleurs, on a retrouvé, au cours des fouilles qui ont accompagné les travaux d'aménagement du Grand Louvre de nombreux tessons et moules provenant très probablement de l'atelier de Bernard Palissy.