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Argentine

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Huitième pays du monde par l'étendue de son territoire (2'796'427 km2 ). Le triangle argentin est bordé au nord par la Bolivie et le Paraguay, au nord-est par l'Uruguay et le Brésil, et limité à l'ouest par la cordillère des Andes.


L'époque coloniale
Le pays est peuplé par quelques tribus indiennes lorsqu'il est découvert, en 1516, par le navigateur espagnol Juan Díaz de Solís, qui cherche un passage vers le Pacifique.  

La première implantation espagnole en territoire argentin remonte à 1536, tandis que le peuplement s'effectue à partir du Pérou vers le Río de la Plata. Ainsi sont créées les villes escales de Santiago del Estero, Mendoza, Tucumán et Córdoba, avant la véritable fondation de Buenos Aires en 1580. Mais la couronne espagnole néglige la région du Río de la Plata, qui ne recèle pas de métaux précieux, unique préoccupation des conquérants ibériques.

L'Argentine est alors placée sous la juridiction de la vice-royauté du Pérou et attire peu d'émigrants. On y pratique l'élevage extensif pour l'approvisionnement des travailleurs des mines des Andes. Elle est élevée au rang de vice-royauté, en 1776, pour faire échec à la mainmise du commerce britannique sur le Río de la Plata et contrôler la présence portugaise dans le sud du Brésil.


L'indépendance
En 1810, l'invasion des armées de Napoléon en Espagne crée une vacance de pouvoir en Amérique latine. Les patriotes argentins, soutenus par les Britanniques, déposent le vice-roi. Les Provinces-Unies d'Amérique du Sud proclament leur indépendance le 9 juillet 1816.

Les cinquante-cinq années qui suivent, marquées par la mainmise des Britanniques sur l'économie, sont troublées par les affrontements entre fédéralistes et unitaires: les premiers défendent l'autonomie des provinces, les seconds désirent imposer la prééminence de Buenos Aires et la centralisation de l'Etat. La bourgeoisie commerçante de Buenos Aires, liée aux intérêts et au commerce britannique, contrôle le port et les grandes propriétés situées aux abords de la capitale. Favorable au centralisme, elle s'oppose à l'oligarchie foncière et à la bourgeoisie de l'intérieur qui, du temps de la vice-royauté, ont développé une activité manufacturière à l'abri des barrières douanières espagnoles, interdisant ainsi l'entrée de marchandises étrangères et le libre accès au port de Buenos Aires.  

En 1829, Juan Manuel de Rosas, le chef des fédéralistes, prend le pouvoir et exerce jusqu'en 1852 une dictature qui consolide l'Etat argentin. Peu à peu, les bourgeois de Buenos Aires parviennent à étendre leur contrôle sur l'ensemble du territoire. Un compromis signé en 1830 fait de l'Argentine une république fédérale unifiée, dont Buenos Aires conserve le statut de capitale.

Après la chute de Rosas en 1852, la Constitution promulguée en 1853 instaure un système fédéral assez semblable à celui des Etats-Unis. En 1880, Buenos Aires est promue au rang de capitale fédérale de la nouvelle République.


Le développement de la nation moderne
Le nationalisme est l'un des principaux points de cristallisation de l'histoire politique de l'Argentine. Dès la fin du XIX e  siècle, une partie de la bourgeoisie locale s'organise en parti, l'Union civique radicale, pour lutter contre l'impérialisme britannique. Son chef de file, Hipólito Yrigoyen, reste l'une des grandes figures de la nation. Le radicalisme intègre dans ses rangs les classes moyennes, une partie de la classe ouvrière, les petits et moyens exploitants et les latifundistes de l'intérieur.

Les radicaux inscrivent le suffrage universel masculin dans la Constitution et Hipólito Yrigoyen est élu président de la République en 1916. Il est à l'origine de mesures nationalistes et populistes (création d'un monopole d'Etat sur les hydrocarbures, neutralité pendant la Première Guerre mondiale) et sociales (salaire minimum, journée de huit heures de travail, arbitrage des conflits sociaux). Mais il reste aussi celui qui ordonna la terrible répression des manifestations ouvrières lors de la «semaine tragique», du 7 au 14 octobre 1919. Yrigoyen est réélu en 1928 (après avoir quitté le pouvoir pendant la législature de son opposant radical Marcello Torcuato de Alvear), mais un coup d'Etat militaire le renverse deux ans plus tard.


L'ère des «pronunciamientos»
L'ère militaire argentine s'ouvre en 1930. Depuis cette date, l'armée exerce, même durant les parenthèses d'un gouvernement civil élu, sinon un contrôle permanent, du moins une pression sur le pouvoir; six coups d'Etat se sont succédé jusqu'en 1976. Corruption, scandales, fraudes électorales marquent les années 1930.

Britanniques et Américains se disputent alors le marché argentin et y étendent leur contrôle, obtenant, par exemple, le monopole de la réfrigération, du transport et de l'exportation de la viande. En 1935, la majorité du capital de l'industrie est entre les mains de firmes étrangères. Le parti radical est interdit et le général Justo est élu président grâce aux fraudes électorales. La période est appelée «la décennie infâme».


Le péronisme
En 1943 a lieu le coup d'Etat des généraux nationalistes Rawson et Ramírez, auquel participe le colonel Juan Domingo Perón (1895-1974), alors ministre du Travail. Ce dernier, officier issu des classes moyennes et militaire de carrière, a voyagé en 1938 en Italie et est revenu impressionné par le régime fasciste de Mussolini. Nationaliste, il obtient la confiance des masses populaires grâce à une série de mesures sociales comme le gel des loyers de l'immobilier et des terres, et les congés payés.

Le 16 juin 1945, les organisations patronales, soutenues par l'ambassadeur des Etats-Unis, protestent contre cette politique sociale. Perón est démis de ses fonctions et arrêté. Mais, le 17 octobre 1945, des milliers d'ouvriers des faubourgs de Buenos Aires, les descamisados (les «sans-chemises»), descendent dans la rue pour soutenir Perón, qui est élu président un an plus tard. Il crée le parti justicialiste et, avec l'aide de sa femme Eva Duarte (appelée Evita), il applique un ambitieux programme de réformes sociales et d'industrialisation à outrance. Proche du peuple, Evita Perón suscite un enthousiasme effréné de la foule.  

Perón crée l'Instituto Argentino para la Promoción del Intercambio (IAPI), organisme chargé d'acheter à bas prix les produits agricoles nationaux pour les exporter au prix fort. Les bénéfices dégagés sont investis dans la petite et moyenne industrie, financent la nationalisation de sociétés étrangères (chemin de fer, téléphone, gaz), la création de nouvelles sociétés nationales et d'un tissu d'industries de substitution aux importations (textile, chimie, alimentaire, appareils ménagers, plastique, automobile). Perón ne fait pas de réforme agraire, le pouvoir économique de l'oligarchie terrienne restant intouchable.  

Par rapport aux autres pays latino-américains, l'Argentine fait figure de pays prospère. A partir des années 1950, la situation économique se dégrade avec la baisse des exportations, la chute des cours des prix agricoles et le coût de la politique sociale. Réélu en 1951, Perón prend des mesures d'austérité. Il rappelle les capitaux étrangers et durcit sa position contre la mobilisation ouvrière (l'état de siège est instauré de 1952 à 1955).  

L'opposition s'organise et, en septembre 1955, Perón est renversé par le général Eduardo Leonardi, lui-même remplacé en novembre par le général Pedro Aramburu. Ce dernier autorise le déroulement, en 1958, d'élections qui portent au pouvoir le radical Arturo Frondizi, renversé quatre ans plus tard. C'est à cette époque que se met en place le bipartisme argentin, qui oppose le radicalisme au péronisme. L'instabilité politique et la récession économique (l'inflation sévit déjà) marquent les années 1960, qui voient apparaître des groupements armés, d'extrême gauche comme l'Armée révolutionnaire du peuple (ERP), péronistes comme les Forces armées péronistes ou les Montoneros (qui assassinent le général Aramburu) et de droite comme la «triple A» (Alliance anticommuniste argentine).  

Le 17 novembre 1973, Perón est rappelé au pouvoir après dix-sept ans d'exil et élu président le 23 septembre avec plus de 60 % des suffrages. Mais la violence continue et Perón ne parvient à faire cesser ni les enlèvements ni les attentats. Il s'oppose durement aux membres les plus radicaux de son parti. A sa mort, le 1er juillet 1974, sa troisième femme, Isabel Martínez, devient présidente dans un climat politique particulièrement troublé.


La dictature et la guerre des Malouines
L'inflation, la corruption et la contrebande désorganisent l'économie, alors que les profondes divisions des péronistes affaiblissent le pouvoir. Le 24 mars 1976, un coup d'Etat renverse la présidente. Jorge Rafael Videla constitue une junte militaire pour «combattre la subversion». Le bilan est très lourd: 30'000 disparus, morts sous la torture ou exécutés, dont la liste nominale a depuis été publiée.  

Pour faire oublier ces morts et masquer le désastre économique, les militaires argentins occupent en avril 1982 les îles Malouines (Falkland, en anglais), possession britannique. La récupération de ces îles, revendiquées depuis toujours, permettrait aux Argentins d'étendre considérablement leur zone économique exclusive dans une région riche en ressources halieutiques, notamment en krill, et peut-être en pétrole. La réaction britannique, motivée surtout par la position géostratégique du site, est rapide, et la victoire de la Royal Navy en juin précipite la chute de la dictature.


Le retour à la démocratie

Le 17 juin 1982, le général Leopoldo Galtieri, successeur de Videla après le court intermède de Roberto Viola, renonce à ses fonctions et le général Brignone lui succède. En août, les autorités militaires autorisent les partis politiques (interdits depuis 1976) et organisent des élections libres en octobre 1983.

Avant de quitter le pouvoir, le pouvoir militaire, cherchant à se mettre à l’abri d’éventuelles poursuites judiciaires, décrète son auto amnistie. Durant la campagne électorale, les deux principaux candidats s’opposeront sur ce point-clé : le péroniste Italo Luder se déclarant favorable au décret militaire d’’autoamnistie, le candidat radical Raul Alfonsin faisant de son engagement à juger les militaires l’un des axes forts de son programme

Investi le 10 décembre 1983, le Président Alfonsin ordonne trois jours après l’arrestation et la mise en accusation des principaux chefs militaires des trois premières juntes militaires ayant gouverné l’Argentine depuis le coup d’Etat du 24 mars 1976. Après neuf mois de procès oral durant lequel plus de 800 victimes sont venues témoigner devant leurs bourreaux, des chefs militaires étaient condamnés à la dégradation et à des peines allant jusqu’à la perpétuité par un gouvernement civil, élu démocratiquement, fait unique dans l’histoire de l’Amérique latine et du reste du monde.

Malgré les progrès faits en matire de protection des doits de l’homme, la situation économique, marquée par le poids d’une énorme dette externe héritée des régimes militaires, ne s’améliore pas et finira par obliger le Président Alfonsin à quitter le pouvoir 5 mois avant le terme constitutionnel prévu, laissant la présidence à Carlos Menem.

(Ce chapitre à été rédigé par Anne Morel)


 
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