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Dossier(s) : Personnages > Personnages Epoque Moderne > Monteverdi, Claudio Crémone, 1567 - Venise, 1643 © Hachette Multimédia/Hachette Livre
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Claudio Monteverdi
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Le compositeur italien qui créa le langage musical de l'Europe du XVIIe siècle et qui porta le madrigal à son apogée posa les fondements de la musique moderne en s'écartant de la polyphonie traditionnelle. Fruit de patientes recherches, l'œuvre de ce véritable initiateur de l'art nouveau dans le domaine de la musique dramatique témoigne d'une réflexion ininterrompue sur le sens même de la musique.
Fils aîné d'un médecin cultivé et mélomane, Claudio Monteverdi naquit à Crémone (duché de Milan) en mai 1567. Son éducation musicale fut confiée au maître de chapelle de la ville, Marco Antonio Ingegneri, auprès duquel il étudia la viole de bras et la composition.
C'est à son talent d'instrumentiste et de chanteur, et non à une réputation naissante de compositeur, qu'il dut son engagement à la cour de Mantoue, en 1590.
Monteverdi, un novateur prudent
Sous l'égide des princes de Gonzague (Guillaume, Vincent puis François), le duché de Mantoue disputait l'hégémonie aux capitales culturelles de l'Italie du Nord qu'étaient Florence, Venise et Ferrare. Malgré la modestie de son emploi et de ses appointements, Monteverdi fut sans doute séduit par le prestige d'une cour qui attira le peintre Rubens, l'astronome Galilée et le poète le Tasse, auteur de la Jérusalem délivrée.
La musique occupait à Mantoue une place privilégiée, illustrée par des compositeurs comme Giaches de Wert, Giovanni Giacomo Gastoldi, Ludovico Grossi dit Viadana ou Salomone Rossi. Fêtes et réceptions, concerts dans la salle des Miroirs du palais ducal, offices religieux à l'église Santa Barbara, chaque événement de la vie de cour exigeait des œuvres nouvelles. Les responsabilités confiées à Monteverdi excédèrent vite le simple rôle d'instrumentiste pour lequel il avait été engagé. Deux ans après son arrivée, le compositeur publie son Troisième Livre de madrigaux, dédié au futur duc Vincent. Il est dès lors considéré comme l'égal du grand madrigaliste Luca Marenzio (1553-1599).
En 1595, sa notoriété lui vaut d'être promu à la tête du petit groupe de musiciens devant accompagner Vincent de Gonzague en Hongrie, lors d'une campagne contre les Turcs. Quatre ans plus tard, et un mois seulement après son mariage avec la chanteuse de cour Claudia Cattaneo, Monteverdi est à nouveau de ceux qui escortent en Flandre le duc de Mantoue en voyage d'agrément. Il sut assurément tirer parti de cette confrontation avec l'école du Nord, dont il s'était éloigné dès ses premières œuvres. Conscient de la modernité de son Quatrième Livre, il en retarde prudemment la publication car, en 1600, paraît un violent pamphlet qui, sans le nommer, fait de lui la cible d'une querelle théorique.
En se fondant sur l'analyse de madrigaux encore inédits de Monteverdi, Giovanni Maria Artusi, chanoine de la congrégation du Saint-Sauveur de Bologne, se fait le porte-parole de l'ancienne génération attachée à l'idéal franco-flamand. Pour lui, la musique nouvelle dans laquelle «on entend une diversité de sons, un mélange de voix, une rumeur d'harmonies insupportable aux sens...» privilégie la sensibilité et s'affranchit des règles. «Tout chante, écrit-il encore. Comment voulez-vous que l'oreille s'y reconnaisse dans ce tourbillon d'expression ?» Monteverdi ne répondra ouvertement qu'en 1605, dans la préface de son Cinquième Livre de madrigaux, et, la querelle s'amplifiant, son frère Giulio Cesare prendra lui aussi la défense de la musique moderne dans une déclaration publiée en appendice aux Scherzi musicali parus deux ans plus tard.
Preuve que les harmonies montéverdiennes n'effraient plus guère que les théoriciens, la renommée du compositeur s'étend désormais au-delà des frontières italiennes. À la cour de Mantoue, Monteverdi sollicite et obtient le poste de maître de musique à la mort de Benedetto Pallavicino (1601). Pourtant, malgré le succès grandissant, sa situation personnelle demeure préoccupante : ses deux fils sont de constitution fragile, la santé de son épouse est précaire, et le budget familial toujours insuffisant. C'est dans ce contexte qu'il entreprend la composition de l'Orfeo afin de satisfaire son duc.
Convié à la représentation de l'Euridice de Jacopo Peri, donnée en 1600 à Florence pour le mariage de Henri IV et de Catherine de Médicis, Vincent de Gonzague s'était en effet enthousiasmé pour ce genre nouveau et sa cour ne pouvait être en reste. Créé lors du carnaval de Mantoue, en 1607, l'Orfeo de Monteverdi connut un vif succès qui laissa dans l'ombre l'œuvre de Peri. Jamais tragédie lyrique n'avait atteint un tel degré de perfection ni suscité pareil engouement. Le public d'alors ignorait qu'il assistait à la naissance de la grande tradition classique...
Cette même année, peu de temps avant la parution des Scherzi musicali et durant le congé estival accordé par le duc de Mantoue, Monteverdi se rend à Crémone. C'est pendant ce séjour que son épouse meurt, et le compositeur rappelé à la cour doit, malgré le deuil, se mettre à la composition des spectacles musicaux prévus pour le mariage de François de Gonzague, fils aîné du duc, avec Marguerite de Savoie. Pour eux, il écrira Il ballo delle ingrate et Arianna, dont seul subsiste le Lamento.
En 1610, à la suite de la parution d'un recueil comprenant une Missa da cappella à six voix et les célèbres Vespri della Beata Vergine, Monteverdi se rend à Rome afin de présenter en personne au pape Paul V ses .œuvres religieuses avec sa dédicace. Il espère aussi obtenir du souverain pontife une place pour son fils aîné, Francesco, au séminaire de Rome. Il échouera, hélas, dans ces deux démarches. A cette époque, il semble que Monteverdi se soit, discrètement, mis en quête d'un poste plus gratifiant que celui qu'il occupe à la cour de Mantoue.
La période vénitienne de Monteverdi
En 1612, Vincent de Gonzague meurt et son fils François qui lui succède congédie Claudio Monteverdi, ainsi que son frère, pour des raisons qui demeurent obscures. Ayant, sans succès, tenté sa chance à Milan, le compositeur se présente à Venise, où la mort du maître de chapelle de Saint-Marc laisse un poste vacant. Il y sera admis sur épreuve en 1613. Son autorité musicale déborde bientôt le cadre de ses obligations à Saint-Marc, et d'illustres familles vénitiennes se disputent l'honneur d'obtenir une composition du maître, comme Il combattimento di Tancredi e Clorinda (1624), dans lequel Monteverdi tente, pour la première fois, d'exprimer en musique des sentiments violents, créant un nouveau style.
«Il m'a paru bon de faire savoir que c'est de moi que sont venus les recherches premières et les premiers essais dans ce genre, si nécessaire à l'art musical», affirme le compositeur dans la préface du Huitième Livre de madrigaux. Monteverdi pensait en effet avoir redécouvert, grâce à la fragmentation rythmique, le «style agité» (stile concitato) des Anciens. Le public fut profondément ému par la nouveauté de ce premier madrigal épique, dit de geste (con gesto), récit dramatique d'une passion impossible entre Tancrède, prince chrétien, et l'amazone des Sarrasins Clorinde, mise à mort par son amant.
Fêté et sollicité à travers toute l'Italie du Nord, écrasé par les responsabilités de sa charge, Monteverdi veillait cependant à bâtir son oeuvre : parution du Sixième Livre en 1614, puis du Septième Livre en 1619. Ses derniers madrigaux sont édités en trois volumes : les Scherzi musicali ou Airs et madrigaux en style récitatif (1632), le Huitième Livre (1638) et le Neuvième Livre (publication posthume, 1651). Ce sont toutefois les pièces du Huitième Livre, publié sous le titre de Madrigali guerrieri e amorosi, qui présentent, dans une grande diversité de forme et de contenu, la synthèse la plus accomplie de l'art montéverdien dans le domaine du madrigal.
Au faîte de sa notoriété, le compositeur jouit désormais d'un statut social élevé. Sur un plan plus personnel pourtant, le sort semble s'acharner contre lui : en 1631, la peste qui frappe Venise emporte son fils aîné, tandis que son cadet, soupçonné de s'intéresser de trop près aux sciences occultes, est emprisonné par l'Inquisition. Monteverdi, qui allait entrer dans les ordres en 1632, dut user de toute son influence pour le faire libérer.
Vers la fin des années 1630, les goûts ayant évolué, les salles publiques vénitiennes avaient toutes adopté le nouveau genre de théâtre entièrement musical, et Monteverdi leur offrit de grandes œuvres lyriques, comme le Retour d'Ulysse en sa patrie, composé pour le carnaval du San Cassiano de 1640 et dont certaines scènes sont d'une veine comique inhabituelle, le réalisme y touchant à la bouffonnerie. L'année suivante, ce sont les Noces d'Énée à Lavinia, dont la partition a disparu et, deux ans plus tard, en 1643, le Couronnement de Poppée (L'incoronazione di Poppea).
Avec cette oeuvre, le compositeur, âgé de soixante-quinze ans, franchit une nouvelle étape vers la vérité dramatique : Néron et Poppée ne sont pas présentés comme des personnages mythiques, mais comme des êtres que la passion et l'humaine faiblesse rapprochent de nous. Sur le plan formel, le resserrement de l'opéra en trois actes au lieu de cinq et la suppression des choeurs qui ralentissent l'action donnent l'illusion d'un déroulement en temps réel. « Orfeo, écrit René Leibowitz, marque la fin d'une époque, L'incoronazione est le commencement de trois siècles d'opéra.»
L'apport de Monteverdi
Si la paternité de l'opéra revient en effet à l'école florentine, Monteverdi sut le premier doter le genre naissant de puissants moyens d'expression musicaux : exploitation du récit monodique, utilisation de l'aria da capo, inventivité des intermèdes et de la trame instrumentale qui épouse le chant, importance dramatique des choeurs. La traduction des sentiments humains, principe de toute musique selon Monteverdi, trouve dans son théâtre lyrique un terrain d'élection.
Les dernières années de la vie du compositeur furent parmi les plus fructueuses et virent la création d'oeuvres importantes ainsi que de nombreuses parutions. Au début de l'année 1643, «le musicien le plus célèbre du siècle» demanda à être relevé de ses fonctions à Saint-Marc. Sentant ses forces décliner, il souhaitait revoir Crémone, sa ville natale, et aussi Mantoue, la ville de ses premiers succès, avec laquelle il n'avait jamais entièrement rompu, informant régulièrement la cour du duc des derniers développements musicaux à Venise. Et c'est finalement à Venise qu'il s'éteint à son retour, en novembre 1643. Ses funérailles à l'église des Frari furent celles d'un prince. De longues années encore, des poèmes célébrèrent sa mémoire puis sa musique sombra peu à peu dans l'oubli. Il fallut attendre notre siècle pour que l'œuvre de Monteverdi, l'un des plus grands dramaturges de l'histoire de la musique, reprenne la place qu'elle méritait.
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