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Charles III le Simple

?, 879 - Péronne, 929
Source Encyclopédie Wikipédia


 


Charles III



Sommaire

     Un héritier évincé
     La lutte pour le trône
     Le roi des Francs occidentaux
     La révolte des grands et la déposition
     La captivité du monarque déchu
     Mémoire d'un roi humain
     Généalogie

 



Charles III, dit le Simple, né le 17 septembre 879, mort le 7 octobre 929 à Péronne, dans la Somme, est roi de Francie occidentale de la fin du IXe siècle et du début du Xe siècle, appartenant à la dynastie carolingienne.

Ce fils posthume et légitime du roi de Francie Louis II le Bègue († le 10 avril 879) et de sa seconde épouse Adélaïde n'est qu'un prince héritier de cinq ans après la disparition des ses frères issus du premier lit royal, Louis III mort en 882 et Carloman II en 884. Il est ainsi facilement écarté du trône par les grands de Francie occidentale. Sa jeunesse ne convient pas aux impératifs de défense en cette période troublée, sous la triple menace nordique, sarrazine et magyare. Le jeune Charles est placé en 885 sous la tutelle de l'empereur Charles III le Gros. Après la destitution et l'abdication de ce dernier, le robertien Eudes, vaillant défenseur face aux Normands de Paris assiégé durant l'hiver 885-886, se fait élire roi en /février/888.

Sacré roi des Francs occidentaux le 28 janvier 893 par l'archevêque de Reims Foulques, le jeune Charles ne peut régner sur l'ensemble du royaume qu'à partir de la mort d'Eudes survenue le 3/janvier/898. Il est aussi roi de Lotharingie de 911 à 923. Sous son règne, de puissantes principautés en Flandre, Bourgogne, Aquitaine et France robertienne, adaptées à l'époque troublée, se rendent de plus en plus incontournables et indépendantes. Le pouvoir régalien éprouve d'énormes difficultés à s'imposer en raison des multiples rivalités de pouvoir.

La fin du règne, qui voit la prédominance d'un conseil régalien d'origine lotharingienne, est catastrophique :
 Charles est déposé par les grands du royaume le 30/juin/922.
 La bataille de Soissons, 15 juin 923, sans vainqueur décisif, ouvre la voie à des rixes et querelles innombrables qui amène la ruine du parti royal et valorise le champ des ambitions des conjurés.
 La bonne volonté pacificatrice de Charles abandonné est trompée. Attiré dans une réunion de médiation en fin d'été 923, le souverain est capturé par un guet-apens organisé par Herbert II de Vermandois, qui le laisse végéter en captivité à Péronne jusqu'à sa mort en 929, même si son geôlier, un temps en conflit avec Raoul de Bourgogne, fait mine de chercher à le rétablir sur son trône, en 927.

Un héritier évincé

Le qualificatif de simplex accolé à Charles — devenu le « simple » en ancien français — apparaît dès la fin du Xe siècle ; il se trouve pour la première fois dans les chroniques de Richer de Reims et signifie « honnête, sincère, franc, doux, pur, convivial ». Ce n'est qu'ensuite « par une fausse interprétation du mot », que les chroniqueurs l'ont employé dans le sens de « sot » ou de « simplet ». La variété des dénominations chez les auteurs des XI, XII et XIIIe siècle s'expliquent par l'intense propagande des descendants des maîtres des principautés décriant les souverains carolingiens : « stultus » (« sot », « insensé », « fou »), « hebes » (« qui manque de pénétration, d'acuité, de finesse »), « follus » (« fou »), « minor » (« le petit »), « insipiens » (« déraisonnable »).

Fils posthume de Louis II le Bègue, mort à Compiègne le 10 avril 879 et d'Adélaïde de Frioul, sœur de Wilfrid, abbé de Flavigny, Charles voit le jour le 17 septembre 879. En première noces, Louis II a épousé Ansgarde qui lui a donné deux fils, Louis III et Carloman II. Mais Louis a fait cette union sans le consentement de son père Charles II le Chauve, qui fait casser ce mariage et lui impose d'épouser un meilleur parti, Adélaïde. Cette situation a entraîné des discussions sur la validité de ces deux mariages de la part des contemporains et a permis aux légistes adversaires de la dynastie de mettre en cause la légitimité de la descendance de Louis II.

Selon Richer, c'est Foulques le Vénérable, archevêque de Reims, qui a la charge d'élever Charles dès sa plus tendre enfance. Selon une chronique du XIIIe siècle, il a été confié, comme Louis et Carloman, aux soins d'Hugues l'Abbé.

Trop jeune pour régner, il est exclu du pouvoir après la mort de son demi-frère Carloman II. Les grands du royaume, avec à leur tête Hugues l'Abbé, choisissent alors Charles III le Gros, empereur d’Occident en titre, afin d’assurer la régence du jeune Charles pendant sa minorité. Après la déposition de Charles III le Gros en 887, Charles, qui n'a que huit ans, est encore trop jeune pour monter sur le trône. Les grands élisent alors comme roi de France le puissant marquis de Neustrie, Eudes, comte de Paris qui, en digne fils de Robert le Fort, a défendu Paris face aux Normands durant l'hiver 885-886.

Il est fait mention de Charles pour la première fois en juin 889. Il est alors auprès du comte Ramnulf II de Poitiers, duc d'Aquitaine. Eudes s'étant avancé vers lui avec une armée peu nombreuse pour obtenir sa soumission, Ramnulf se présente à Orléans avec Charles, alors âgé de dix ans. Les deux hommes négocient, et Ramnulf promet de ne pas attaquer Eudes et lui prête un vague serment d'allégeance.

La lutte pour le trône

Monarque contesté après de retentissants échecs, Eudes cherche à éviter des complots. Il voit se dresser une conjuration pacifique mêlant l'archevêque Foulques, grand défenseur de la dynastie carolingienne, Richard II de Bourgogne, Guillaume Ier d'Aquitaine, Adémar d'Angoulême et Pépin de Senlis, frère d'Herbert Ier de Vermandois. Les conjurés éloignent Eudes et le persuadent, lors d'un plaid tenu à Verberie en /septembre/892, de passer l'hiver en Aquitaine, afin de combattre une révolte menées par les frères de Ramnulf. C'est ainsi que Charles parvient à se faire sacrer roi le dimanche 28 janvier 893 en l’abbaye Saint-Remi de Reims par Foulques, assisté des évêques de Laon, de Châlons et de Thérouanne, en présence d'un grand nombre de seigneurs des pays entre Seine et Meuse. C'est la première fois que le sacre du roi de France est célébré par l' archevêque dans sa cité de Reims. En octobre 816, Louis le Pieux avait reçu le sacre impérial, mais la cérémonie avait été célébrée par le pape Étienne IV qui était venu spécialement à Reims.

Eudes réagit face à cette sédition. S'engage alors une lutte pour le pouvoir entre les deux rois, au cours de laquelle Eudes détruit le château d'Épernay et met le siège devant Reims. Les partisans de Charles l'obligent à lever le siège en septembre. Mais cette lutte sans l'appui des grands n'oppose stérilement que les deux partis royaux. Après des pourparlers, une trêve est conclue, jusqu'au jour de Pâques de l'année suivante (31 mars 894). Pendant cette trêve, Foulques tente d'obtenir le soutien du pape et de l'Empereur, en vain.

Au terme de la trêve, Eudes assiège Reims, et contraint Charles à s'échapper secrètement. Charles gagne la Germanie et se rend à Worms, où Arnulf de Carinthie tient un plaid : le jeune prince carolingien obtient l'envoi officiel de troupes pour l'aider à combattre son rival robertien. Toutefois, les chefs de l'armée de secours, prétextant l'amitié qui les unit à Eudes et qui unissait leurs pères à Robert le Fort, duc des Francs et des rivages de Francie, abandonnent Charles en cours de route. Charles se réfugie alors en Bourgogne, auprès de Richard. Se posant en médiateur, Arnulf cite les deux rivaux à Worms. Eudes s'y rend et se voit reconnaître par l'Empereur. Au retour, il défait l'ambassade de Charles, emmenée par Foulques. Le parti de Charles s'adresse alors à son cousin Zwentibold, fils d'Arnulf, qui accepte de lui envoyer des secours, mais Zwentibold le trahit, détachant plusieurs seigneurs de sa cause et essayant de conquérir sans succès une partie du royaume d'Eudes.

Dès la trêve de 894, il était évident qu'une négociation diplomatique s'imposait pour mettre fin à cette guerre stérile sous le regard des grands. La reconnaissance des droits d'Eudes par Arnulf justifie une solution négociée par des représentants des deux partis. Hervé, représentant Eudes, mène la négociation en 896 sous l'arbitrage ambivalent de Foulques. En 897, Charles et Eudes concluent l'accord. Selon l'annaliste de Saint-Vaast, un partage du royaume est alors décidé, outre la promesse de la succession au trône à la mort d'Eudes, ce qui devient effectif le 3 janvier 898. De son côté, Charles s'engage à confirmer Robert, le frère d'Eudes, dans son commandement neustrien, aux mains du lignage robertien depuis 886.

Sur son lit de mort le 3 janvier 898, Eudes, fidèle à son engagement, désigne Charles comme son successeur. Charles III reçoit l'hommage des grands du royaume réunis et concède à Robert la libre disposition des comtés neustriens, en plus de son marquisat de Bretagne et de plusieurs comtés entre Seine et Loire. Alors que la Neustrie, terme déjà caduque, disparaît des archives, l'accession au trône de Charles III voit la naissance publique d'une principauté militaire, attribuée aux Robertiens.

Le roi des Francs occidentaux

Portrait de Charles III le simple figurant dans le   Recueil des rois de France   de Jean du Tillet (Bibliothèque nationale de France), réalisé d après la statue de l église Saint-Fursy de Péronne.
Portrait de Charles III le simple figurant dans le Recueil des rois de France de Jean du Tillet (Bibliothèque nationale de France), réalisé d'après la statue de l'église Saint-Fursy de Péronne.

Avec cette reconnaissance de sa dignité, le roi Charles met un terme à une jeunesse mouvementée. Mais il doit asseoir sa réputation et donner des preuves d'efficacité royale.

En 898, la Lotharingie entre en révolte contre Zwentibold sous la conduite du comte Régnier. Charles le Simple essaie alors de conquérir le royaume cher à ses ancêtres. Les évêques lotharingiens s'interposent et rétablissent la paix entre les cousins en discorde.

Le 28 décembre 898, avec un petit nombre de soldats, Charles bat dans le Vimeu une bande de Normands qui s'en retourne vers son campement, chargée de butin. Mais la situation échappe souvent au contrôle régalien. La zone d'obédience du rex francorum se limite à une fraction de la Francie entre Seine et Meuse.

Le difficile apprentissage de la fonction royale explique son mariage officiel tardif à Laon, une de ses villes préférées. Il se lie en 16 avril 907, à Frédérune (Frérone), fille du comte lotharingien Thierry II de Rhingelheim et de Rhinghildim de Frise, sacrée le 18 avril à Saint-Remi de Reims par Hervé, archevêque de Reims, il constitue pour elle, le 19 avril au palais d'Attigny, un douaire comprenant le fisc de Corbeny et le palais de Ponthion, avec l'ensemble de leurs dépendances.

En 911, les Vikings assiègent Paris et Chartres. Après une victoire près de Chartres le 28 août, Charles décide de négocier avec le chef normand Rollon. Les pourparlers conduits par l'archevêque de Reims Hervé débouchent le traité de Saint-Clair-sur-Epte. Charles accorde à Rollon et à ses hommes de guerre la terre entre l'Epte et la mer « en alleu et en bien fonds ». Il accorde aussi — après que Rollon a refusé par convention la Flandre — la Bretagne « pour qu'il puisse en vivre ». Un serment prêté unanimement par le roi, les évêques, les comtes et les abbés du royaume garantit à Rollon, ainsi qu'à ses héritiers et successeurs, la possession de la Basse-Seine. En échange, le dux Rollon assure le roi de sa fidélité, qui implique une assistance militaire en vue de la protection du royaume. Rollon avoue ensuite sa bonne amitié, assise sur une alliance chrétienne et matrimoniale, Rollon devant se faire baptiser et épouser Gisèle, une fille de Charles issue d'une liaison ancillaire et illégitime. Ce territoire correspondant à la Haute-Normandie actuelle, avec Rouen, et va s'étendre à l'ouest au fil des conquêtes au delà de l'embouchure de la Seine pour former le duché de Normandie. Le traité de Saint-Clair-sur-Epte met un terme magistral aux invasions par la Seine.

À la mort du roi Louis l'Enfant (21 novembre 911), la Lotharingie sous la conduite de son premier dignitaire margrave, le vieux comte Régnier au Long Col († 915), et du second dignitaire, le comte palatin Wigéric, alliés aux comtes rebelles Gérard et Matfrid, refuse obstinément le successeur conradin de Gebhard au duché de Lotharingie, Conrad. Elle se donne à Charles le Simple, qui accepte avec émerveillement l'offre d'élection royal des deux premiers dignitaires. Désormais, Charles tourne son action vers l'est. Le souverain carolingien investit sa vigueur dans cette riche terre, berceau de ses ancêtres dynastiques. Les actes archivés indiquent qu'il y réside presque tous les ans sur de longues périodes, sauf en 914 et 918, années lacunaires.

À partir de son accession au trône lotharingien, Charles s'appuie sur les parents de son épouse Frérone, qui appartient à une puissante famille lotharingienne, et leur concède des honores (honneurs) pour faire contrepoids aux princes de Francie occidentale : son neveu Ernust, son frère Bovon (Bovo, Beuves), évêque de Châlons et surtout son cousin Haganon, également parent de Gérard de Brogne. À partir de 914, son notaire-chancelier est toujours un Lotharingien, Gauzelin de Toul de 914 à 919, puis Haganon.

Entouré de courtisans et ministres lotharingiens, il rêve de l'ancestrale puissance régalienne. Mais il se brouille vite avec les héritiers des deux principaux dignitaires qui cherchent à asseoir la puissance de leurs principautés territoriales en gestation rapide. Le turbulent princeps Gislebert agit en toute impunité se sachant protégé par son amitié avec le roi saxon, Henri l'Oiseleur.

Charles comprend que les dénis lotharingien et robertien devant sa puissance régalienne prennent leur source à l'est, autant chez les Franconiens et les Souabes que chez les Saxons et les Bavarois. Dans le but de se rapprocher des souverains saxons, il épouse le 10 février 919 Edwige de Wessex.

Il essaye ensuite de faire valoir ses droits à l'Empire, de façon diplomatique puis guerrière. Il est battu à Pfeddersheim, dans le pays de Worms, en 920 par le roi Henri l'Oiseleur. L'insurrection aristocratique qui s'ensuit tourne au drame pour le roi Charles. Mais Hervé archevêque de Reims lève le ban, convoque les fidèles alliés royaux et vient à son secours. Les Saxons, témoins du sauvetage in extremis, sont impressionnés. Rétabli dans son autorité, Charles peut remplacer l'évêque élu de Liège, Hilduin, qui lui est hostile, par Richer, abbé de Prüm, son partisan. Le 7 novembre 921, par le traité de Bonn, les deux souverains se reconnaissent mutuellement.

Charles, impuissant contre les dynasties princières qui se constituent se doit d'imposer à ses partisans une lutte constante. Mais ils sont nombreux ceux qui peuvent défier son pouvoir sans vergogne : Gislebert de Lotharingie, Raoul de Bourgogne, et surtout Robert de France (frère d'Eudes et grand-père d'Hugues Capet).

La révolte des grands et la déposition

Jaloux du tout-puissant conseiller Haganon, qu'ils accusent d'« être né de parents obscurs », mécontents des fréquents séjours du roi en Lotharingie, les grands fomentent une révolte, avec à leur tête le Robert, duc des Francs, frère du précédent roi Eudes. Le soulèvement militaire des comtes de Francie et de la France robertienne éclate en 922, quand Charles retire à sa tante Rothilde, fille de Charles II le Chauve et belle-mère d'Hugues le Grand, l'abbaye de Chelles pour la donner à son ministre favori Haganon. Située au cœur des domaines patrimoniaux du marquis Robert, elle échappe ainsi à sa dépendance et constitue un point d'observation et de combat pour « un ennemi haï et méprisé ».

Après des incursions de part et d'autre dans le Rémois, le Laonnais et le Soissonnais, Charles voit son armée dispersée à Laon et doit se réfugier en Lotharingie. Profitant de son absence, les insurgés proclament sa déchéance. L'assemblée improvisée des révoltés élit roi Robert Ier le 29 juin 922, et, sans s'attarder sur le tacite silence du vieil archevêque Hervé moribond, organise son sacré le lendemain, 30 juin, à Reims par Gautier, l’archevêque de Sens.

Après son couronnement, Robert porte la guerre en Lotharingie. Son fils Hugues marche sur le Château de Chèvremont, place forte de leur allié Gislebert de Lotharingie que Charles assiège, et le contraint à lever le siège. Après s'être entendu avec Henri Ier l'Oiseleur sur les bord de la Roer au début de 923, Robert signe avec une fraction des Lorrains une trêve qui doit se prolonger jusqu'en octobre et rentre en Francie occidentale.

Mettant ce répit à profit, Charles lève en hâte de nouvelles recrues et, traversant la Meuse, marche sur Attigny puis, de là, contre Robert, installé à Soissons. Arrivé sur l'Aisne le 14 juin, Charles livre bataille le lendemain, en fin de journée. La bataille de Soissons ne solde pas le conflit. Dans la première phase, Robert Ier est tué dans une charge et un grand nombre de Robertiens sont acculés à une défense au sol. Le fils de Robert, Hugues le Grand, galvanise ses soldats en montrant le cadavre de son père. Les Robertiens s'apprêtent à livrer le combat de l' ultima hora lorsque l'arrivée inopinée des chefs des comtés entre Seine et Flandre, menés par Herbert, beau-frère de Robert Ier, permet une charge de délivrance. Le regain de cette seconde phase oblige les Lotharingiens à une prudente retraite. Les Robertiens hurlent leur joie vindicative sur le théâtre sanglant de la bataille et acclament le duc Raoul de Bourgogne, autre gendre du défunt roi, comme roi et champion de guerre. La bataille est perdue à moindre frais par Charles même si Richer et Folcuin le déclarent vainqueurs, suivis en cela par plusieurs auteurs postérieurs.

Charles fait alors appel à Rollon et à ses Normands, ainsi qu'à ceux des bords de Loire, commandés par Ragnold. Faisant leur jonction sous les ordres de ce dernier, les Vikings avancent jusque sur les bords de l'Oise pour lui porter secours. Toutefois, Raoul se porte à leur rencontre vers ce fleuve avec des seigneurs de Francie, leur barrant le chemin. Charles doit fuir de nouveau en Lotharingie. Karl Ferdinand Werner présente cet appel aux Normands, anciens envahisseurs contre lesquels l'aristocratie franque se bat depuis plusieurs décennies, comme une maladresse de Charles, qui lui aliène ses derniers soutiens.

Profitant de sa retraite, une partie des grands de Francie occidentale soignent leurs plaies à Soissons. Réunis, ils élisent Raoul de Bourgogne, qui est couronné roi à Saint-Médard de Soissons le dimanche 13 juillet 923 par Gautier, archevêque de Sens.

La captivité du monarque déchu

Enluminure représentant Charles III le Simple avec sa famille.
Enluminure représentant Charles III le Simple avec sa famille.

Soucieux de se protéger des monarques et de se tailler une principauté entre Seine et Flandres, Herbert II de Vermandois attire le roi Charles avec une troupe peu nombreuse dans un guet-apens : il prétend que, détaché en dépit de sa bonne foi du parti carolingien, il veut profiter de l'occasion pour réparer ses torts à son égard. Charles est fait prisonnier d'une manière perfide le 17 juillet 923. Séparé de ses compagnons, il est incarcéré dans le castellum Théodorici (Château-Thierry) pendant quatre ans. Suite à l'incendie de la tour où il est tenu prisonnier, il est transféré dans le château de Péronne (Somme).

Sa seconde épouse, la reine Edwige de Wessex (ou Odgive), fille du roi d'Angleterre Édouard Ier dit Édouard l'Ancien, s'enfuit trouver refuge en Angleterre avec son fils, le futur Louis IV d'Outremer qui hérite de ce refuge salutaire son surnom.

Le roi Charles, instrumentalisé par Herbert en quête de principauté, a pu revoir le monde libre. En 927, Herbert II extrait Charles de sa prison en dépit de l'interdiction de Raoul et l'installe dans sa capitale, Saint-Quentin, quelques temps après le concile qu'il avait réuni à Trosly. Herbert déclare à l'envi qu'il le reconnaît à nouveau comme roi. Puis il l'emmène à Eu afin d'y négocier une alliance avec Rollon, demeuré fidèle au souverain carolingien, contre Raoul.

Après avoir mené une expédition dans la France du nord à la tête d'une armée bourguignonne, le roi Raoul finit par s'entendre avec Herbert, auquel il abandonne Laon, ainsi que le Viennois pour son fils Eudes. Puis il rencontre à Reims Charles, auquel il accorde, saisi par l'émotion devant ce visage familier, un revenu, le fisc royal d'Attigny et peut-être de Ponthion. Mais Charles n'en demeure pas moins sous la garde d'Herbert. Désormais inutile, il n'y survit que deux ans. Il meurt le 7 octobre 929 à Péronne au terme de six années de captivité.

Des auteurs ont supposé qu'il serait mort de faim, d'autres qu'il aurait été empoisonné par Herbert de Vermandois, notamment Walter Scott dans son roman Quentin Durward.

Mémoire d'un roi humain

Sa dépouille est inhumée au milieu du chœur de l’église Saint-Fursy de Péronne, où il a pour épitaphe: . Plus tard, lors de la reconstruction du chœur, le monument est déplacé derrière le grand autel, avec une pierre en losange portant l'inscription: « Ici gist Charles III, roy de France, décédé au chasteau de Péronne, le 7 octobre 929 ».

Après sa déposition, les seigneurs du sud de la Loire ont refusé de reconnaître la royauté de Raoul, continuant à dater leurs actes du règne de Charles jusqu'à son décès, en particulier dans le Languedoc, le Roussillon et le Poitou. Après 929, Raoul est généralement reconnu, même si plusieurs actes continuent à être datés des années de la mort de Charles ou des années de l'« avènement » de son fils Louis IV d'Outremer.

Le comte de Nassau a fait sauter la grosse tour de Péronne, où ont été enfermés Charles le Simple et Louis XI, lors du siège de la ville par les troupes impériales en septembre 1536.

Généalogie

+- Charles II dit le Chauve 823>>-† 877), roi de Francie occidentale 840 - 877, empereur d'Occident (Louis II dit le Bègue 846>>-† 879), roi des Francs (Ermentrude d'Orléans (vers 830-† 869).
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Charles III dit le Simple
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¦ +- Adalhard de Paris (v. 830 -† ap. 890) comte du palais, comte de Paris.
+- Adélaïde de Frioul (entre 855 et 866-† 901).
+- X

Il épouse :
1) ép. le 16 avril 907 Frédérune ou Frérone († 917), peut-être la fille de Thierry II (Théodoric) de Rhingelheim
2) ép. le 10 février 919 Edwige de Wessex
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+-De ? Arnulf (?-?)
+-De ? Drogon (?-?)
+-De ? Roricon (?-976) évêque de Laon
+-De ? Alpaïs (?-?)
+-De 1 Ermentrude (?-?) épouse de Godefroy († 949), comte palatin de Lotharingie
+-De 1 Frérone (?-?.
+-De 1 Adélaïde (?-?).
+-De 1 Gisèle (?-?), promise comme épouse à Rollon.
+-De 1 Rothrude (?-?).
+-De 1 Hildegarde (?-?).
+-De 2 Louis dit d'Outremer 921>>-† 954), roi des Francs (936 - 954.



 
Pour en savoir plus
Les Carolingiens



 

 
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