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Vase de faïence rouge Décoré au badigeon et incrusté de pâte de verre. Epoque Zhou (IVe-IIIe siècle av. J.-C.). British Museum
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Zhou ou Tcheou, dynastie chinoise correspondant à la féodalité, dont elle voit l'apogée et l'effondrement, la période Zhou s'achève dans la confusion de la période des Royaumes combattants (453-222 av. J.-C.) et annonce, par son effervescence culturelle et politique, l'âge impérial.
Une société féodale
On sait peu de chose des origines des Zhou. Il semble qu'ils aient été un peuple barbare et semi-nomade dont le royaume était établi au Shenxi.
De mœurs plus guerrières que leurs voisins orientaux, les Shangs, les Zhou assimilèrent leur culture, et finirent par les soumettre. On pense que, originaires d'une région favorable à l'élevage du cheval, ils firent, sous la conduite de leur roi Wen, un plus grand usage du char, tirant avantage d'une innovation, l'attelage à quatre chevaux de front. Leur avance victorieuse, sous la conduite de leur roi Wen, fut saluée comme une libéartion par les anciens sujets des Shang qui se croyaient ainsi libérés de leur tyrannie.
La féodalisation Le roi Wu successeur de Wen (un des saints confucéens par excellence) est définitivement vainqueur des Shang à la bataille de Muye, au nord du fleuve Jaune, et le dernier des rois Shang, Zhouxin, est décapité. Wen partagea la Chine (alors réduite au bassin du Houanghe) entre une multitude de vassaux, ne gardant pour lui que la vallée de la Wei (pays de Zhou). Ses descendants, d'abord assez forts pour maintenir la cohésion au long de la période des Zhou orientaux (1050-771 av. J.-C.), furent, à la longue, épuisés par les expéditions punitives contre certains barbares trop hardis ou certains vassaux trop turbulents; ils durent, en 770 (première date certaine de l'histoire chinoise), abandonner leurs domaines pour s'installer plus à l'est, sur le site de Luoyang, au milieu de leurs partisans. Ces derniers, entourant une famille royale privée de ses biens propres, parvinrent à en faire des pantins et rivalisèrent pour le pouvoir réel.
La période Chunqiu (722 - 481 av. J.-C.) et les hégémons Ignorants de leurs querelles mesquines, de nouvelles principautés, plus récentes et de potentiel supérieur, apparaissent à la périphérie et s'imposent tour à tour comme garants de l'ordre (VIII e -V e siècle): ce sont les hégémons ba, qui président la «Confédération chinoise», et ne rendent aux Zhou qu'une allégeance toute théorique, contraignant même parfois le roi à se rendre de force à leurs assemblées. Cette période, appelée la période Chunqiu Printemps et Automnes voit ainsi une opposition générale se dessiner entre l'ancienne cité de la plaine centrale (zhongguo, «la principauté du centre», terme qui fut reprsi plus tard pour désigner la Chine) et des entités périphériques qui commencent à former des unités politiques puissantes : Jin (au Shanxi), Qi (dans le nord-ouest du Shandong), Chu (dans la moyenne vallée du Yangzi), etc. La lutte pour l'hégémonie finit par épuiser les grandes principautés: plus aucune ne fut assez forte pour s'imposer aux autres.
Les Royaumes combattants A cette époque commence l'âge des Royaumes combattants (453-222 av. J.-C.), qui voit disparaître le dernier semblant d'ordre; les plus forts annexent successivement les plus faibles: sur plus de cent principautés, il n'en reste bientôt que six.
Le royaume de Qin, dont le berceau était sensiblement le même que celui des Zhou, adopte des méthodes de gouvernement draconiennes qui lui permettent de renverser tous ses rivaux, entraînant les Zhou eux-mêmes dans la tourmente, avant de proclamer en 221 l'avènement de l'ordre impérial. La Chine antique avait vécu.
La civilisation des Zhou
La
civilisation des
Zhou est difficile à caractériser, du fait même de
son étendue dans le temps. Ce que nous savons d'eux
provient essentiellement d'une chronique adjointe aux Annales
de Lu : les Traditions de Zuo (Zuoshizhuan) recueillies aux
V
e
et IV
e
siècles avant notre ère.
Les Zhou orientaux appartiennent encore à la période
archaïque et, par bien des aspects, continuent les Shang:
dichotomie fondamentale entre paysannerie et noblesse citadine,
harmonie et interaction entre la nature et les hommes, etc. Le roi
porte le titre de tianzi («Fils du Ciel») et passe pour
tenir sa dignité du «Seigneur d'en-haut» shangdi
auquel il est seul à pouvoir sacrifier. Plus que
les Shang, les
Zhou semblent avoir donné la prépondérance à
l'agriculture;
de grands défrichements entraînèrent un
accroissement de population.
La fin des rites: une réalité
politique
Parallèlement, et en réaction avec les Shang, une
certaine modération matérielle entraîna le
développement de l'esprit de mesure et du système
rituel (ce dernier sera idéalisé par Confucius comme le
trait fondamental de la société féodale).
L'histoire de la fin des Zhou est cependant celle de la
dégradation de la société rituelle (et partant, de
la féodalité), sous la poussée des grands Etats
périphériques, forgés au contact d'un monde
barbare, et ignorants des préséances et des rites dans
lesquels s'empêtrent les petites principautés du
Centre. Les luttes des Royaumes combattants accélèrent
le processus en faisant prendre conscience des facteurs
militaires et économiques, entraînant
l'éviction progressive de la noblesse au profit
d'hommes nouveaux qui prennent le pouvoir et le gardent par
des moyens autoritaires: imposition, monopoles commerciaux, lois
pénales, administration, genèse d'un pouvoir
centralisé.
Les innovations techniques
L'innovation technique la plus importante est
le fer; les
Chinois connaissent la fonte quelque 1600 ans avant
l'Europe. Les fonderies deviennent immédiatement des
entreprises d'Etat. Avec de tels moyens, la guerre prend un
aspect total et se solde toujours par la destruction de
l'Etat vaincu (trait inconnu jusqu'aux
hégémons: dans la Chine archaïque, détruire
un Etat équivalait à s'aliéner son dieu du
sol; quand les Zhou triomphèrent des Shang, ils leur
laissèrent la principauté de Song, leur domaine
propre). Les Etats guerriers, désormais riches de moyens
matériels et humains, entreprennent des travaux de grande
ampleur: irrigation (peu pratiquée jusqu'alors), canaux,
murailles défensives.
L'évolution sociale
Le renforcement du pouvoir dans les Etats et la
prospérité du monde chinois dans son ensemble
entraînent l'apparition de groupes sociaux nouveaux,
artisans indépendants (et non plus attachés au palais) et
commerçants. C'est que la ville chinoise devient
considérable: plusieurs dépassent les 100'000
habitants, et la capitale du Qi (Shandong) en compte 300'000.
Les nouvelles tendances sont le mieux illustrées par
l'Etat de Qin, dont les dirigeants mettent en pratique les
théories légalistes, préparant ainsi l'empire.
La littérature
Sur les plans littéraire et
philosophique, la différence est sensible entre la
période féodale, qui voit la floraison des rituels, et
celle des Royaumes combattants, caractérisée par un
bouillonnement d'idées sans précédent: ce sont
les Cent Ecoles (IV
e
et III
e
siècles).
La pensée Zhou
Des philosophes parcourent la Chine et offrent aux
souverains des conseils très divers pour bien gouverner, et
éventuellement s'approprier l'empire. Il est à
noter que leurs préoccupations fondamentales sont
d'ordre pacifiste. On peut distinguer, parmi les penseurs,
les ritualistes, qui croient en un retour à l'âge
d'or (Confucius, Mencius, Siun-tseu), les
«réalistes», conscients de l'effondrement
inéluctable des anciennes valeurs et de la
nécessité de solutions plus neuves (Han Fei, Mozi), et
enfin les quiétistes qui prônent le détachement,
tels que Laozi, Zhuangzi, Lizi et Yang Tchou. D'autre part,
la poésie se détache de la tradition orale et populaire
représentée par le recueil du Che-king, pour atteindre
à la création littéraire consciente avec les
élégies de Tch'ou (œuvres de K'iu Yuan),
lamentations pathétiques d'un ministre fidèle
injustement exilé, et dont la haute et noble inspiration
restera un modèle à travers toute l'histoire de la
littérature chinoise.
Les Cent Ecoles
Parmi les Cent Ecoles, seuls le confucianisme et le
taoïsme ont pu s'imposer de manière durable, mais
ce ne fut pas sans recevoir l'influence de courants divers,
qui n'ont pas survécu en eux-mêmes mais ont
marqué le développement de la pensée chinoise. Des
nombreux penseurs de Chine des IVe et
IIIe siècles av. J.-C., peu nous sont
clairement connus, mais leurs idées sont souvent citées
par d'autres sources (classiques du confucianisme et du
taoïsme). Si l'école des médecins, celle des
agriculteurs, etc., sont condamnées à rester dans la
pénombre, il n'en est pas de même des
dialecticiens, des mohistes, et surtout des légistes.
Le mohisme
Si le mohisme (ou motisme) a joué à longue
échéance un moindre rôle, on ne peut douter
qu'il eut son heure de gloire. Qualifiés
d'utilitaristes, les disciples de Mozi prêchent une
froide austérité au nom du bien commun, une population
nombreuse jouissant des biens indispensables à l'homme,
but qui ne se peut atteindre que par le sacrifice du superflu (y
compris les arts et les rites). Face à l'amour
«partial» envers parents, amis, souverain, que
prêche Confucius, Moziappelle à l'amour universel,
sans mettre en cause le respect des supérieurs. Mozi jugeait
la guerre comme le pire des maux, mais soutenait qu'il faut
se défendre des agressions. Inventeur de machines de guerre
et organisateur d'une véritable armée de disciples
(prototype des sociétés secrètes), il mit ses
idées en pratique en assurant à plusieurs reprises la
survie de petites principautés en danger.
Les dialecticiens
Les dialecticiens sont le pendant des sophistes
grecs. Ils se
flattent de «démontrer que l'impossible est
possible». A la base de leurs démonstrations, des
aphorismes déconcertants: un cheval blanc n'est pas un
cheval (les idées «cheval» et «blanc»
sont distinctes), un bœuf a cinq pattes
(c'est-à-dire, l'idée abstraite
«patte» additionnée aux quatre pattes
réelles). Kong Souen-long est ainsi amené à cerner
la définition du concret et de l'abstrait. Ses
idées ont survécu en tant que curiosité et comme
gymnastique de l'esprit. A l'époque des Cent Ecoles
du moins, les dialecticiens connurent, semble-t-il, une certaine
audience.
Les légistes
Les théories développées par les légistes
ont connu la plus grande fortune, non en tant qu'école,
mais en se combinant au confucianisme officiel. Han Fei,
aristocrate lui-même, était conscient de la disparition
inéluctable d'un certain ordre. Dans son traité, le
Hanfeizi, il conseille au souverain modèle de briser
systématiquement tout milieu capable de dévier le pouvoir
à son profit (nobles, courtisans). Han Fei conçoit un
prince qui n'est pas nécessairement supérieur en tant
qu'homme (hasard de la succession), mais qui, au moyen d'un
certain nombre de recettes, s'isole de tous et accède
à un niveau abstrait pour devenir le pouvoir; il dirige les
hommes par le jeu des récompenses et des châtiments,
appliqués froidement. Ainsi, fût-il en lui-même un
personnage très quelconque, le souverain se maintiendrait. Il
s'agit là d'une théorie très nouvelle en
Chine: le pouvoir n'est plus conçu comme une abstraction
religieuse, mais comme un phénomène purement humain. Les
lettrés comprirent très vite que de telles théories
compléteraient utilement le gouvernement humanitaire de
Confucius, trop utopique. Ainsi, tout en étant officiellement
condamné en tant qu'école, le légisme joua dans
l'histoire chinoise un rôle important. Non seulement il
fut à la base de la genèse de l'empire, mais encore
il resta un élément constitutif prépondérant de
la théorie politique chinoise, jusqu'à l'aube du
XX
e
siècle.
L'art
Ce n'est qu'à partir
de 1945 que l'on a entrepris de fouiller
systématiquement les sites Zhou: ils se sont montrés
extrêmement riches, aussi bien pour l'étude de
l'art que pour celle de la civilisation archaïque (à
Lieouli Ko, une tombe du IVe siècle a livré dix-neuf
chars de guerre). Sur le plan de l'art également, la
civilisation des Zhou continue celle des Shang.
Les bronzes
La place d'honneur reste au bronze, qui a permis aux
artisans de montrer leur habileté à modeler les formes,
talent attesté en particulier par les vases zoomorphes
(hiboux, tigres, créatures imaginaires). Les très
nombreux objets de bronze se répartissent, suivant leurs
formes, en catégories correspondant à des emplois
rituels précis. La décoration caractéristique des
Shang (animaux) se décompose graduellement pour faire place
à des motifs géométriques (bandes, cannelures,
méandres). Ces derniers surtout tendent à recouvrir
toute la surface du vase, dont la forme se fait volontiers
exubérante.
A partir du VII
e
siècle, les formes
redeviennent sévères et le décor se fait discret,
mais s'enrichit d'incrustations d'or et d'argent.
Des archaïsmes voulus attestent déjà le goût
du retour à l'ancien. Sous les Royaumes combattants, la
production se multiplie et se diversifie, les bronzes
n'étant plus seulement des objets rituels, mais
traduisant aussi le luxe profane: vaisselle, cloches, ornements
de harnais et de chars, manches de couteaux, fibules à
décor d'animaux dénotant une influence
prononcée de l'art des steppes.
Céramiques et jade
Certaines des plus belles céramiques de la période
Zhou sont des copies en terre grise des vases de bronze, mais il se
développe également une céramique vernissée
plus élaborée que celle des Shang. On trouve enfin des
figurines de terre cuite étonnamment vivantes (lutteurs). Le
jade (pendentifs, disques solaires, etc.) atteint un degré de
perfection inégalé. D'abord réservé aux
emplois rituels et funéraires, il devient une source de
plaisirs pour les vivants. Le tour de force technique que
représentent certaines pièces (chaîne taillée
dans la masse) laisse supposer que l'on connaissait
déjà le foret et les tours.
Les nombreuses trouvailles archéologiques concourent
à désigner la période des Zhou comme l'une des
plus riches de l'art chinois, la plus créative en tout
cas.
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