 La dynastie Qiun (vers 210 av. J.-C.)
La centralisation de la Chine
La dynastie des Qin est l'une des plus
brèves mais aussi l'une des plus importantes dynasties
chinoises. Son règne correspond en effet à la mise en
place de l'ordre impérial et ouvre la voie à la
puissante
dynastie des
Han.
Vers la fin
des Zhou, à
l'époque dite des Royaumes combattants, il devint
évident que le vieil ordre rituel était tombé en
désuétude. Certains des nombreux Etats féodaux
adoptèrent alors de nouvelles méthodes de gouvernement.
Situé à l'ouest du monde chinois (vallée de la
Wei), l'Etat de Qin mit ces méthodes en pratique de
façon systématique.
Au cours du IV
e
siècle, les ducs de Qin
procédèrent à la mise sur pied d'une
administration centralisée et supprimèrent la
féodalité sur leur territoire. Un encadrement très
strict de la population et la pratique des monopoles commerciaux
leur permirent de rassembler entre leurs mains un pouvoir
considérable. Bien équipée, leur armée repoussa
les tribus nomades menaçantes vers le nord (328), avant de
pénétrer dans le royaume méridional de Tchou (Se
Tchouan) en 316, préparant ainsi la prise à revers
des principautés orientales.
La mise en place du pouvoir impérial
A la fin du III
e
siècle, le prince Tcheng
prête une oreille attentive aux conseils du philosophe
légiste Han Fei Tseu, apôtre du gouvernement autoritaire,
et les applique, avant d'entreprendre, en 230, une
série de campagnes qui le rendent maître de toute la
Chine en 221. Ce n'est qu'après avoir battu ses
rivaux que Tcheng proclama l'avènement de la dynastie des
Qin, se donnant à lui-même le nom de Qin Shi Huangdi (le
premier empereur des Qin).
L'empereur Qin Shi Huangdi
Systématiquement noirci par les historiens chinois,
Qin Shi Huangdi reste difficile à cerner. Il semble avoir eu
une personnalité peu commune. Dès le début de son
règne, il s'attacha à instaurer une véritable
mystique du pouvoir, basée sur les théories
légistes, et fit bâtir dans sa capitale de Hien Yang la
réplique des palais de tous les princes vaincus,
répartis selon la disposition géographique des
originaux (qui, eux, furent détruits) et reliés entre
eux par des galeries fermées où l'empereur pouvait
se déplacer à l'insu de tous, s'identifiant
ainsi à l'abstraction même du pouvoir. Orgueil
démesuré ou dévotion à un idéal,
toujours est-il qu'il ne put bientôt plus se
résoudre à la nature mortelle du pouvoir qu'il
incarnait. Dès lors, il lance expédition sur
expédition à la recherche des îles des immortels,
et ordonne aux mages de chercher pour lui l'élixir
d'immortalité (alchimie taoïste). Atteint de
démence mégalomane (c'est du moins ainsi que le
peignent les confucianistes), il fait fouetter le sommet des
montagnes dont les génies ne lui ont pas apporté
satisfaction, et se sentant mourir il ira jusqu'à
maudire le ciel. Après sa mort, il fut enterré dans un
tombeau à son image, dont le plafond reproduisait la
voûte céleste, tandis qu'au sol, sur la carte de
l'Empire, des rivières de mercure devaient couler pour
l'éternité.
L'unification totale
L'empereur et ses ministres parvinrent en peu
d'années à assurer l'unité de la Chine de
manière durable (car si elle éclate à leur chute,
les Han la referont sans peine).
La réorganisation de
l'Empire
Les familles nobles furent désarmées,
déportées, leurs fortifications détruites, à
l'exception de celles orientées vers le nord, que Qin
Shi Huangdi, au prix de travaux immenses, fit relier en une
Grande Muraille. L'Empire fut organisé en trente-six
commanderies, dotées de lois dures, souvent cruelles. Le
peuple est soumis à l'impitoyable loi de la
responsabilité collective au sein de la famille. On
s'attache à détruire tout particularisme: les
monnaies sont unifiées, de même que la largeur des
routes, les poids et mesures, l'écriture, qui
présentait encore des variantes.
L'agrandissement de
l'Empire
Qin Shi Huangdi ne se borne pas à organiser
l'Empire, il veut lui donner une nouvelle dimension: ses
armées doublent l'espace chinois, soumettant les peuples
du Sud jusqu'à la région de Canton, et
s'avancent au nord jusqu'aux confins coréens. Ces
événements eurent un tel retentissement dans le monde
que, pour la première fois, l'Occident eut connaissance
du monde chinois (Chine, déformation de Qin, désigne le
Pays du Milieu).
Le contrôle de la
pensée
Le désir d'unification totale de Qin Shi Huangdi
s'étend au savoir et à la morale: en 213, il
condamne au bûcher «tous les livres pernicieux qui
exaltent le passé au détriment du présent». Une
chasse aux écrits s'engage alors dans tout le pays;
beaucoup disparaîtront ainsi. A la mort de Qin Shi Huangdi,
en 209, son fils lui succéda. Mais déjà le
peuple, lassé, s'était soulevé. Les Qin
disparurent en 207, pour faire place aux Han, qui sauront
faire fructifier leur héritage.
Les fondements de la philosophie politique chinoise
La condamnation systématique des Qin
par les lettrés confucianistes, qui leur reprochent au premier
chef la destruction des livres et la construction de la Grande
Muraille, entreprise qui imposa au peuple de terribles souffrances,
ne doit pas masquer leur importance historique. En fait,
l'empereur, tel que l'avait défini Qin Shi Huangdi,
demeura un modèle et beaucoup de ses méthodes
restèrent appliquées (sans que l'on en convînt
officiellement). La tendance autoritaire, jointe au gouvernement
humanitaire prêché par
Confucius, trop
utopique par lui-même, lui permit de devenir viable. Ainsi se
trouva définie dans ses grandes lignes la philosophie
politique qui prévalut en Chine jusqu'à l'aube du
XX
e
siècle.
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