 La porte des Lionnes © Jean-Pierre Dalbéra Les premiers Grecs
Le pays semble peu fait pour retenir les
hommes, avec un relief montagneux (80 % de la superficie
totale) et compartimenté, et des petites plaines mal
reliées entre elles. Au nord se trouvent à la fois les
plus hauts sommets (plus de 2'000 m) et les plus grandes
plaines (Macédoine, Thessalie). Le cœur du monde grec est
baigné par la mer Egée (aucun point de la Grèce
n'est à plus de 90 km de la mer), et une multitude
d'îles forment comme un pont naturel reliant la Grèce
centrale et le Péloponnèse à la côte d'Asie
Mineure.
La Crète
ferme, au sud, cette véritable mer intérieure, voie
principale de tous les contacts.
Le sol est aride, et le climat rude.
L'agriculture, typiquement méditerranéenne,
fondée sur la trilogie céréales, vigne, olivier,
restera toujours précaire malgré une extension des
terrains cultivés, qui, dès l'Antiquité, fit
considérablement reculer la forêt.
L'élevage,
essentiellement ovin et caprin, s'est adapté à la
garrigue.
Les ressources minières (argent,
cuivre, plomb argentifère) sont faibles, et, dès
l'âge du bronze, les Grecs durent aller chercher
ailleurs l'étain nécessaire à la constitution
de cet alliage. A l'âge du fer, les minuscules gisements
des îles seront plus insuffisants encore.
Les premiers établissements humains
connus remontent pourtant à près de 40'000 ans
avant notre ère (en Epire, par exemple). Les habitats restent
rares au
paléolithique
mais se multiplient à l'époque
néolithique
(en Grèce, du V
e
au III
e
millénaire). Au tournant
des III
e
et II
e
millénaires, les hommes dans lesquels
on s'accorde à reconnaître les premiers Grecs
arrivent des steppes situées entre Caspienne et mer Noire, ou
des hauts plateaux anatoliens. Leur langue (encore parlée
trente-quatre siècles plus tard sous la forme
évoluée du grec moderne) se rattache, sans contestation
possible, à celle des Indo-Européens.
Le monde mycénien (2600-1200 av. J.-C.)
Parmi les civilisations helladiques qui se sont développées dans le monde grec de 2'600 à 1'200 av. J.-C., la culture mycénienne - du nom de Mycènes, l'un de ses centres les plus importants - est aujourd'hui mieux connue non seulement grâce aux remparts cyclopéens, aux tombes et aux palais mis au jour par les archéologues, mais aussi grâce aux tablettes (datées au plus tard de 1200) portant des inscriptions dans une écriture appelée « linéaire B», déchiffrées par Michael Ventris et John Chadwick en 1952.
Les Achéens Les Achéens sont les premiers Grecs qui semblent avoir profité largement de l'expérience de la brillante civilisation minoenne développée dès le début de l'âge du bronze: ce sont des scribes crétois qui ont transformé le linéaire A, en usage dans l'île, pour l'adapter aux besoins des rois mycéniens. Les tablettes sont des archives comptables. Elles révèlent que le palais draine, pour l'accumuler dans les mains du wanax («roi»), toute la richesse des collectivités agricoles villageoises. Remarquable instrument de puissance, ce système palatial (ou tributaire) est très proche des grands systèmes orientaux (mésopotamien, égyptien). Il s'en distingue cependant par son caractère militaire fortement accusé (et probablement lié à la conquête). Les impératifs de défense (qui transparaissent, par exemple, dans la différence entre les palais crétois et les forteresses mycéniennes), la réalisation de tombes monumentales (les tholoi) et l'incroyable richesse de certaines d'entre elles (telles les dépouilles couvertes d'or de Mycènes) semblent avoir absorbé une énergie qui, ailleurs, se fait expression picturale du pouvoir d'Etat.
De l'unité à l'éclatement C'est un faciès quelque peu atypique et fragile des grands systèmes orientaux qu'offre la Grèce achéenne. Bien que chaque centre paraisse avoir eu une existence indépendante, le monde mycénien forme un tout. Sa remarquable unité économique est mise en évidence, en particulier, par la diffusion d'une rive à l'autre de la Méditerranée (de Rhodes, Milet, Chypre aux futures Tarente et Sybaris) d'une céramique «mycénienne». L'ambre, l'obsidienne, l'étain et le cuivre - échangés contre les surplus de l'agriculture - faisaient l'objet d'un commerce à longue distance. Cette découverte du monde méditerranéen devait laisser de nombreuses traces dans le mythe grec.
Le monde mycénien se désagrège lentement, une vague de destructions atteint la majorité des palais dès la fin du XIII e siècle et provoque des migrations vers les îles du Dodécanèse et vers Chypre. Invasions (Doriens, Peuples de la mer)? Conflits internes? Catastrophes naturelles ? Autant d'hypothèses qui peut-être ne s'excluent pas. La désintégration culturelle est accélérée par de nouvelles et graves destructions vers 1125-1100. L'unité du monde mycénien est rompue, et sa dynamique de croissance stoppée; la Grèce n'est plus qu'un agrégat de petits Etats disparates, affaiblis et repliés sur eux-mêmes.
Les siècles obscurs
Les XII
e
et XI
e
siècles av. J.-C. montrent
l'ampleur des changements. L'extrême dépopulation
est encore accrue par de nouvelles migrations vers les côtes
occidentales de l'Asie Mineure: selon les calculs
généralement admis, la Grèce pourrait avoir perdu
les trois quarts de ses habitants. Pendant cette période de
recul, ces populations, si démunies qu'elles soient,
innovent sur le plan technique: la céramique
protogéométrique (maîtrisée surtout à
Athènes et à Argos) utilise un tour plus rapide, la
brosse multiple et le compas. De plus, elles travaillent
désormais le fer, resté très rare à
l'époque mycénienne, mais qui, dès le XI
e
siècle, devient
prépondérant.
Elles subissent également de
profondes mutations dans leur genre de vie (passage de
l'agriculture à une économie plus largement
pastorale) et dans leurs attitudes face à la mort (la
crémation tend à devenir la règle, on n'inhume
plus que les enfants et, peut-être, les gens sans importance).
Ce sont ces populations qui devaient jeter les bases de la nouvelle
société grecque: celle de la cité. C'est
probablement pendant ce «
Moyen Age grec
» que se développe, à
partir de légendes hétéroclites,
l'épopée homérique.
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