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Le Parthénon Temple dorique dédié à Athéna © Jean-Pierre Dalbéra
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Histoire
Dans l'histoire des Hellènes, Athènes a joué un rôle de premier plan pendant près de deux siècles. «Rempart de la Grèce» face aux Perses, selon Pindare, elle est encore l'âme de la résistance aux Macédoniens et, si elle succombe finalement à l'hégémonie d' Alexandre, elle continue d'exercer une véritable fascination sur le monde antique. Athènes reste aussi le cadre privilégié d'une expérience politique exemplaire: la démocratie. Si sa civilisation ne peut se confondre avec celle de la Grèce, elle en est sans doute l'expression la plus lumineuse. Les très nombreux documents qui nous parlent d'Athènes témoignent du rôle exceptionnel d'une cité devenue, comme le voulait le plus célèbre de ses stratèges, Périclès, «l'école de la Grèce». Rien, pourtant, ne pouvait laisser prévoir ce destin remarquable: l'Attique - le territoire de ce qui allait devenir la cité des Athéniens - est une péninsule de taille modeste, au relief montagneux.
Les origines Protégée par sa ceinture montagneuse, et peut-être par sa pauvreté même, l'Attique est épargnée par les grandes invasions, qui, à la fin du IIe millénaire, marquent les derniers temps de l'âge du bronze. Ses habitants, probablement pour cette raison, se disent «autochtones», c'est-à-dire nés de la terre. Les Athéniens admettent toutefois que leur pays a servi de refuge à des peuples en fuite: les Pélasges, probablement venus d'Anatolie dès le IIIe millénaire, puis les Ioniens, au début du IIe millénaire, dont ils conservent d'ailleurs la langue.
Si Athènes connaît du XIe au IXe siècle av. J.-C. un développement sans exemple, marqué par l'abondance et la qualité de sa céramique, elle demeure dans une pénombre relative lorsque, à l'aube du VIIIe siècle, les cités grecques sortent des «âges obscurs». Une nouvelle forme d'Etat se développe alors: la polis (ou cité), dans des conditions encore mal élucidées mais sur lesquelles l'archéologie apporte désormais quelque lumière. Les facteurs économiques sont sans doute décisifs: passage à l'agriculture de civilisations restées jusque-là pastorales, reprise des échanges commerciaux (métaux) et, à partir de 800 environ, forte croissance démographique.
La polis archaïque naît d'un ensemble de villages suffisamment proches les uns des autres pour tirer parti d'une citadelle commune: à Athènes, la forteresse royale de l'époque mycénienne, sur le rocher de l'Acropole, va jouer ce rôle. Des regroupements locaux précédèrent certainement l'unification. Dans la structuration de la communauté, le phénomène religieux occupe une place importante: à Athènes, il se constitue autour de la déesse Athéna.
Les sources écrites, lorsqu'elles décrivent le processus de formation de la cité, renvoient au modèle classique du synœcisme (réunion de plusieurs villages en une cité) et attribuent à Thésée (dixième roi d'Athènes, selon la tradition mythique) cette unification de l'Attique.
Naissance d'une démocratie La continuité historique entre époque mycénienne et époque archaïque se manifeste également dans les institutions: la monarchie achéenne semble avoir été affaiblie progressivement plutôt que balayée; son autorité est peu à peu réduite par le contrôle d'un conseil aristocratique siégeant sur l'Aréopage (colline d'Arès), et morcelée entre trois magistrats élus - les archontes - qui, vers 683, voient leur pouvoir limité à un an.
L'histoire athénienne des VIII e et VII e siècles est mal connue. La cité est dominée par une aristocratie guerrière remuante et les chefs des principaux genê (clans, familles), les Eupatrides (ceux qui ont de bons pères), sont maîtres de la terre et du pouvoir politique. La masse de la population constitue une sorte de clientèle, associée au sein des phratries (groupes de familles) au culte de l'ancêtre commun du génos. Entre l'aristocratie et cette paysannerie plus ou moins dépendante, un groupe de citoyens, suffisamment aisés pour se procurer la «panoplie» de l'hoplite (fantassin lourdement armé), participe, depuis le VII e siècle, à la défense de la cité. Les artisans sont encore peu nombreux et Athènes ne prend aucune part au grand mouvement de colonisation qui, depuis le VIII e siècle, étend les limites du monde grec aux rivages les plus lointains de la Méditerranée.
Les premières réformes
C'est sur un fond de fortes tensions
sociales qu'Athènes paraît dans l'histoire.
Lorsque, vers 630, un jeune noble, Cylon, s'empare de
l'Acropole et cherche à établir la tyrannie,
Mégaclès, de la famille des Alcméonides, aidé
par «la foule des champs», l'en déloge et le
tue. On pourrait voir dans cette tentative avortée un simple
épisode de la lutte de factions entre aristocrates si
Athènes n'entrait ensuite dans la voie des réformes.
Dracon
Dracon est mandaté, en 621-620, pour mettre par
écrit des lois ne s'appliquant qu'aux affaires de
meurtre et dont la dureté devait rester légendaire
- d'où l'adjectif draconien. Mesure limitée
qui, cependant, affirme pour la première fois
l'autorité de l'Etat au-dessus des solidarités
familiales dans le domaine de la justice, instaure un droit commun
pour tous et, par là même, porte atteinte à
l'arbitraire des aristocrates. Six thesmothètes (gardiens
de la loi écrite) viennent alors renforcer le collège des
archontes.
Le monopole économique et politique
des Eupatrides n'est cependant en rien attaqué,
malgré une évolution économique et militaire qui le
rend moins justifié et manifestement moins bien supporté.
Comme les autres cités grecques, Athènes connaît une
crise rurale qui déchire la société. Les mêmes
solutions s'offrent à elle: soit l'arbitrage d'un
législateur, chargé, dans une sorte de consensus, de
mettre fin à des troubles qui risquent de
dégénérer en guerre civile, soit la tyrannie, qui,
dans l'évolution de la Grèce archaïque,
apparaît bien souvent comme une solution transitoire aux
problèmes de la cité. Avec Solon, le législateur,
puis avec les Pisistratides, Athènes fera successivement
l'expérience de l'une et de l'autre.
Solon
Solon est
chargé, en 594-593, de refaire l'unité de la
cité. Son œuvre est essentiellement celle d'un
libérateur. Par la seisachthéia (la remise du fardeau),
il annule toutes les créances et interdit à
l'avenir la caution personnelle, donc l'esclavage pour
dettes, restaurant ainsi une petite paysannerie menacée de
perdre sa liberté. Solon, dans ses élégies (il est
aussi le grand poète lyrique d'Athènes), se
glorifie d'avoir libéré la terre et aussi les
hommes, «ceux qui, en Attique même, connaissaient la
servitude dégradante et que faisait trembler l'humeur
des maîtres», ceux qui avaient fui, ceux qui avaient
été emmenés pour être vendus à
l'étranger. Réforme modérée
puisqu'elle ne réalise pas l'anadasmos (nouveau
partage des terres) très largement réclamé, elle
ampute cependant la richesse des Eupatrides qui sans doute y ont
consenti par crainte d'un soulèvement populaire et de la
tyrannie.
Le dêmos
Avec cette solution apportée à la crise qui affecte
le monde rural, l'originalité d'Athènes
paraît bien résider dans les mesures politiques qui
donnent au peuple un droit de regard sur l'évolution
future. Un dêmos élargi est intégré, dans le
corps civique, par des mesures politiques inscrivant la
seisachthéia dans un ensemble cohérent. Les limites du
dêmos sont clairement établies au sein d'une
hiérarchie sociale fondée sur les revenus fonciers. Le
rôle de l'ecclésia (une assemblée du peuple
jusque-là peu consultée) se renforce. Solon met en place
un tribunal populaire de justice (l'héliée) qui ne
fonctionne encore que comme instance d'appel, mais qui, selon
Aristote, devait
être une pièce maîtresse de l'évolution
démocratique d'Athènes.
La paysannerie se développe encore au
cours du VI
e siècle et, jouissant de
la sollicitude du tyran Pisistrate (des prêts d'Etat, en
particulier, la soustraient à l'influence des riches
propriétaires), elle donnera une solide assise sociale à
la démocratie athénienne. Le développement de
l'artisanat est, de même, étroitement lié par la
tradition au souvenir de Solon, et l'archéologie
révèle à partir des années 580 un essor
étonnant de la production de céramiques et des
échanges. Des ruraux trouvent ainsi du travail à la ville
et la classe des thêtes (citoyens non propriétaires) se
développe. Vers 575, Athènes se donne une monnaie et, peu
après, s'instaure l'équivalence entre la drachme
et les mesures de capacité, ce qui témoigne d'un
développement nouveau de la fortune mobilière.
L'extraordinaire ouverture
d'Athènes vers l'extérieur a ainsi été
préparée par Solon et par le compromis modéré
recherché entre les intérêts contraires des
Eupatrides et du dêmos. Il n'a guère réussi, en
revanche, dans sa volonté de restaurer la communauté de
la polis en crise puisque, très rapidement, des troubles
reprennent, qui voient s'affronter des factions plutôt que
des partis. Pédiens et Paraliens, loin d'opposer, comme on
l'a dit longtemps, les intérêts des Eupatrides à
ceux des pêcheurs et des commerçants, représentent
des factions aristocratiques locales (la première plutôt
ancrée sur les valeurs terriennes, la seconde plus ouverte au
commerce); les Diacriens, sur lesquels s'appuie Pisistrate,
regroupent les mécontents contre les nantis et
s'identifient avec le dêmos.
La tyrannie des Pisistratides
Pisistrate s'appuie sur le peuple pour conquérir le
pouvoir. Maître d'Athènes une première fois
en 561, il en est par deux fois chassé, mais il
reviendra, toujours par la ruse ou par la force, et à sa mort,
en 528, ses fils lui succéderont. C'est ainsi que,
tardivement, Athènes connaît la tyrannie, une tyrannie
modérée qui laissera à la postérité le
souvenir d'un gouvernement raisonnable. Pisistrate ne modifie
guère les institutions, se dotant simplement d'une garde
personnelle et confiant les magistratures à des hommes à
sa dévotion. Il laisse Athènes bénéficier de
l'impulsion donnée par Solon, poursuivant une politique
d'équilibre social et d'affirmation de l'Etat,
inaugurant une politique extérieure active et, à
l'intérieur, un programme de grands travaux vivifiant pour
l'économie.
Pisistrate et ses fils entretiennent une cour
brillante et marquent leur volonté d'assumer le passé
religieux et mythique d'Athènes (rédaction des
poèmes homériques, des hymnes orphiques), d'exalter
Athéna (un grand temple, l'Hécatompédon, est
construit en son honneur, sur l'Acropole, et un éclat
remarquable est donné aux Panathénées), mais aussi
de favoriser les cultes populaires, comme celui de Dionysos.
C'est autour de ce dieu que naît la comédie, genre
littéraire qui marque le V
e siècle.
Avec les Pisistratides, Athènes
connaît donc sa première période de grandeur.
Cependant, après l'assassinat d'Hipparque en 514,
la tyrannie d'Hippias se durcit et, en 510, ce dernier
doit quitter Athènes devant l'opposition conjuguée
des aristocrates et des Spartiates, ainsi que du dêmos,
fortifié par le dynamisme économique d'Athènes.
Les réformes de Clisthène
Après une lutte acharnée au
cours de laquelle
Sparte appuie les
plus durs des oligarques, Clisthène, un Alcméonide
soutenu par le dêmos, fait voter en 508 une réforme
radicale de la Constitution qui établit la démocratie
athénienne dans ses institutions. L'espace civique
athénien est remodelé, la ville incluse dans une nouvelle
division de l'Attique en dèmes et en trittyes. Les
citoyens sont regroupés en dix tribus dont chacune réunit
trois trittyes prises dans trois zones différentes du
territoire: ville, côte et intérieur. Chaque tribu offre
ainsi une image réduite des intérêts multiples de la
cité et ses membres, désormais désignés du nom
de leur dème (et non plus de celui de leur génos),
échappent plus facilement à l'emprise des Eupatrides.
Il apparaît dès lors une
réorganisation politique générale fondée sur
ce cadre des dix tribus; un secrétaire s'ajoute aux neuf
archontes; à la Boulè, ou conseil des Cinq-Cents, les
50 représentants de chaque tribu gèrent la cité
pendant un dixième de l'année (une prytanie). Dix
stratèges assurent bientôt la direction des troupes de
chacune des tribus, et ce commandement militaire, à
l'épreuve des guerres médiques, donnera à ces
nouveaux magistrats un pouvoir décisif dans
l'Athènes du V
e
siècle. Enfin, la loi sur
l'ostracisme (exil dans les dix jours et pour dix ans, sur
vote de l'ecclésia, d'un citoyen jugé dangereux
pour la démocratie) tente de prémunir la cité
contre un éventuel retour de la tyrannie.
Le siècle d'Athènes
Ve siècle av. J.-C. L'affrontement avec la Perse qui ouvre l'âge classique appartient à l'histoire de la Grèce, mais le rôle capital des Athéniens dans cette lutte inégale va faire d'eux les acteurs principaux du Ve siècle.
Les guerres médiques Athènes est, en effet, la seule cité, avec Erétrie, à porter secours aux Grecs d'Asie, révoltés contre Darius, Grand Roi des Perses. Une petite expédition brûle l'une de ses capitales, Sardes, et la vengeance de Darius s'exerce essentiellement contre les deux cités. A Marathon, Athènes fait face et, sous la direction du stratège Miltiade, ses hoplites appuyés seulement par quelques Platéens obligent les Perses à reprendre la mer en 490. Athènes a gagné seule la première guerre médique.
C'est elle encore qui, grâce à l'orientation maritime donnée par Thémistocle à la cité (création du Pirée), joue un rôle décisif dans la seconde guerre médique. Thémistocle convainc les Athéniens d'abandonner l'Attique et de combattre sur mer l'invasion conduite par Xerxès. A Salamine, où ils fournissent près de la moitié des contingents alliés, ils contraignent les Perses à la retraite en 480, tandis que leur flotte remporte encore des victoires capitales (Mycale, Sestos) près des côtes asiatiques.
Plus qu'aucune autre cité, Athènes a souffert de l'invasion: l'Attique est dévastée, la ville détruite, mais, alors que la Grèce semblait perdue, la cité nouvelle de Clisthène a montré son attachement à la liberté et c'est vers elle que se tournent, craignant un retour offensif des Perses, les petites cités des îles et de la côte ionienne. La Confédération athénienne, ou ligue de Délos (du nom de l'île où est déposé le trésor fédéral), simple alliance militaire constituée autour d'Athènes (478), devient la base de la puissance de la cité au V e siècle.
L'Athènes de Périclès Penser à Athènes, c'est souvent évoquer ces années où, dans la plus opulente des cités grecques, les institutions démocratiques fonctionnent harmonieusement, où l'équilibre de la société paraît miraculeux, où la vie intellectuelle et artistique draine les meilleurs esprits de la Grèce. C'est évoquer aussi Périclès, maître incontesté de la cité pendant près de trente ans. Périclès, Bouzyge par son père, Alcméonide par sa mère, est l'un de ces aristocrates qui continuent de monopoliser les charges principales. Associé à Ephialtès dans la lutte qui, après les guerres médiques, oppose toujours aristocrates et dêmos, il est avec lui responsable des derniers élargissements de la démocratie. Périclès domine bientôt la vie politique et, de 443 à 431, est constamment réélu stratège. Cette autorité incontestée dans une cité où le peuple a pris en main son destin a de quoi surprendre.
La démocratie athénienne L'ecclésia, l'assemblée du peuple, décide de tout; elle est aidée dans sa tâche par la boulè, qui doit débattre des questions soumises à l'assemblée et émettre un avis préalable. Les magistratures, collégiales et annuelles, sont étroitement surveillées par le dêmos. La stratégie constitue désormais le véritable exécutif de la cité, dépossédant l'archontat, réduit, comme l'ancien conseil aristocratique de l'Aréopage, à des attributions juridiques et religieuses. Le tribunal populaire de l'héliée (6'000 héliastes tirés au sort) juge de presque toutes les causes. Tout citoyen athénien peut donc décider du destin de sa cité à l'assemblée, siéger au tribunal, être bouleute et exercer une magistrature au moins une fois dans sa vie. Pour que cette égalité de droit ne soit pas un vain mot, Périclès accorde une indemnité de participation à la vie civique, le misthos. La démocratie s'efforce aussi d'atténuer les inégalités économiques et sociales par la pratique des liturgies (charges normalement assumées par l'Etat confiées aux plus riches des citoyens), par un système d'entraide pour les plus déshérités, par du travail pour tous.
Les contradictions de la société athénienne Bien sûr, cette démocratie directe n'est pas parfaite. Aristophane s'est fait l'écho des critiques qui lui sont adressées par ceux qu'inquiètent ses excès. A l'inverse, on peut remarquer que, jusqu'en 400, aucun misthos (salaire) n'est donné pour la participation à l'assemblée, ou encore pour l'exercice de la plus importante des magistratures, la stratégie, que seuls les plus riches des citoyens peuvent exercer. Enfin et surtout, cette démocratie est à l'usage d'un petit nombre de privilégiés: au moment même où s'achève la conquête de la démocratie, en 451, il faut, pour être citoyen de plein droit, être né non seulement d'un père citoyen mais - et c'est nouveau - de mère athénienne. De surcroît, ni les femmes, ni les métèques (les étrangers domiciliés à Athènes), ni les esclaves, de plus en plus nombreux, ne participent à la vie politique. Cela constitue l'une des contradictions majeures d'Athènes: plus la cité s'éloigne de ses origines agraires et voit son économie s'orienter vers des activités tournées vers l'échange et le profit, plus elle fait appel aux esclaves, plus cette contradiction va croissant. Périclès disait encore que l'exercice d'un métier ne peut empêcher le citoyen de donner un avis utile à son pays. Au IV e siècle, déjà, Xénophon et Platon estiment que la seule activité compatible avec la citoyenneté est l'agriculture, et Aristote, pour sa part, juge qu'être citoyen est un métier à part entière et propose d'exclure tous ceux qui travaillent de la vie politique.
L'impérialisme athénien En outre, cette démocratie qui veut ses citoyens les plus libres des Grecs admet l'impérialisme à l'extérieur. Thucydide ne se fait pas d'illusions: la ligue de Délos, d'alliance qu'elle était, s'est transformée en empire. Les aristocrates qui conduisent la ligue à ses débuts, non seulement lui font faire des progrès décisifs, mais répriment durement les révoltes à Naxos en 470, à Thasos en 465. Les démocrates, lorsqu'ils leur succèdent, n'agissent pas autrement: la répression à Samos en 441, conduite par Périclès, n'est pas moins sanglante, et l'établissement de colons athéniens sur les terres enlevées aux cités alliées se poursuit. Au moment même où la signature de la paix de Callias avec les Perses en 449 aurait pu rendre l'alliance caduque, Athènes impose à toutes les cités la circulation de sa monnaie et organise plus rationnellement la perception d'un tribut qui, depuis 454, n'est plus déposé à Délos mais à Athènes. Elle s'autorise à puiser dans ce trésor, destiné à la défense commune, à des fins qui lui sont propres.
Athènes, en effet, n'est pas seulement impérialiste par accident (si la ligue est née de l'initiative des alliés, leur négligence à s'acquitter du tribut explique sa transformation en empire), elle l'est par nécessité: sa démocratie vit de l'empire, et non seulement de la richesse que, grâce à la maîtrise de la mer, il lui procure, mais aussi des terres prises aux anciennes cités alliées et du phoros (tribut), enfin, qui permet de distribuer des misthoi, d'aider les plus démunis et de pratiquer une politique de prestige utile à l'économie et décisive pour cimenter la communauté tout entière.
La guerre du Péloponnèse C'est de cette dernière contradiction que naît la guerre du Péloponnèse (431-404). La politique intransigeante d'Athènes incite les alliés à la révolte et ses prétentions à l'hégémonie dressent contre elle ses vieilles rivales que sont Sparte et Corinthe.
Le conflit, acharné, dure près de trente ans. La stratégie voulue par Périclès paraît être l'aboutissement logique d'une évolution longue de deux siècles; la ville s'était, en effet, tournée vers la mer. La création du Pirée par Thémistocle puis son développement, la réalisation des Longs Murs avaient fait de la ville et de son port une sorte d'île dont le salut dépendait de la mer et de la flotte. L'Attique abandonnée aux incursions périodiques des Lacédémoniens, la population se retranche à l'intérieur des murs et les citoyens résistent, tandis que les contre-attaques sont menées sur mer. La peste et la mort de Périclès, en 429, laissent Athènes affaiblie; la guerre se traîne avec des fortunes diverses et si la paix de Nicias, en 421, met fin pour un temps aux hostilités, celles-ci se rallument avec la désastreuse expédition de Sicile (415-413), voulue par Alcibiade. Après la perte de 12 000 citoyens, Athènes remporte encore quelques succès en mer Egée, mais est définitivement défaite à la bataille d'Aigos-Potamos en 405. L'année suivante, les Spartiates entrent dans la cité qui doit livrer sa flotte, détruire ses murailles, abandonner son empire, dont toutes les cités sauf une ont d'ailleurs fait défection.
Le déclin
La guerre a sérieusement
altéré le fonctionnement de la démocratie. En 411,
les oligarques sont même parvenus à renverser le
régime, mais leur tentative a échoué. Les
«Trente», tyrans dont la dictature est imposée par
Sparte à la fin de la guerre, ne réussissent pas plus
à se maintenir. Les Athéniens tiennent à leur
démocratie et la restaurent en 403. Ils jouent alors un
jeu habile entre les cités qui prétendent à
l'hégémonie et reconstituent même, en 377,
une seconde confédération maritime qui leur redonne, pour
un temps, la maîtrise des mers, et qui, affaiblie par la
révolte des alliés (357-355), sera disloquée par
Philippe.
Le danger macédonien
Athènes doit alors affronter un danger nouveau, celui
que le roi de Macédoine fait courir à toute la
Grèce. Philippe II triomphe des cités
coalisées à Chéronée en 338. Il se
montre généreux envers Athènes: la cité
conserve son autonomie, mais doit entrer dans la ligue de
Corinthe, qui regroupe toutes les cités grecques sous
hégémonie macédonienne.
L'Athènes hellénistique et
romaine
Après la mort d'Alexandre et une tentative
malheureuse de révolte (la guerre lamiaque), les
Athéniens doivent, en 322, accepter d'Antipatros
une garnison macédonienne et une Constitution oligarchique
qui contraint les plus pauvres d'entre eux à l'exil.
Dès lors, tiraillée entre les successeurs du
Macédonien et caressant toujours le vain rêve d'une
vengeance, Athènes n'est plus que l'ombre de ce
qu'elle avait été. Le centre de gravité du
monde grec, d'ailleurs, s'est déplacé vers les
provinces orientales récemment conquises, et
l'activité économique de la cité a
décliné. Même la création littéraire
s'affaiblit, et seule la comédie de mœurs reste
vivante, avec Ménandre. En revanche, Athènes, où
se développent les écoles épicurienne et
stoïcienne, demeure le centre le plus actif de la
pensée philosophique.
Les derniers feux
d'Athènes
Lorsque, après la défaite de Persée à
Pydna en 168, l'hégémonie de Rome se substitue
à celle de la Macédoine, Athènes retrouve quelque
vitalité (les Romains, en particulier, lui donnent
Délos, et le Pirée tire encore profit de la destruction
de Corinthe, en 146). Elle périclite, cependant,
dès le Ier siècle (pillage par les troupes de
Sylla en 86) et si elle bénéficie de la paix
romaine et reste une cité libre et fédérée,
les honneurs dont la comblent les empereurs - après
les souverains hellénistiques - sont inversement
proportionnels à sa faiblesse réelle. Ils
témoignent cependant de l'immense prestige que conserve
la cité qui domina la Grèce.
Malgré la menace des Barbares
(destruction par les
Goths et les
Hérules au III
e
siècle apr. J.-C.,
incursions d'Alaric à la fin du IV
e
siècle), malgré le
triomphe du
christianisme
devenu religion d'Etat, la cité d'Athéna reste un
centre intellectuel et un pôle d'attraction pour les
jeunes Grecs et les Romains fortunés. Son université ne
fermera qu'en 529 après J.-C., lorsque Justinien
imposera la disparition de toutes les écoles philosophiques.
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