 Le temple d'Apollon © Jean-Pierre Dalbéra Histoire
A
partir du VII
e
s. av. J.-C., la ville dut son
importance à l'oracle d'Apollon, qui se manifestait
par l'intermédiaire de la Pythie: cette femme, assise sur
un trépied installé au-dessus d'une crevasse
d'où sortaient des vapeurs, rendait des oracles en termes
incohérents; les prédictions étaient ensuite
«interprétées» par des prêtres et
présentées sous la forme de conseils. Les chefs
d'Etat comme les simples particuliers consultaient
l'oracle, qui joua un rôle important dans les orientations
politiques des cités grecques et de leurs colonies, dont il
semble avoir favorisé l'expansion. Les jeux Pythiques,
célébrés tous les quatre ans, combinaient les
épreuves athlétiques et les concours musicaux. Delphes,
qui était le siège d'une importante amphictyonie, vit
son influence diminuer au IV
e
s. à la suite des guerres
sacrées. Attaqué par les
Celtes en 279 av.
J.-C., dépouillé ensuite par Sylla,
Néron et les
empereurs chrétiens, le sanctuaire ne joua plus guère de
rôle sous la domination romaine.
Archéologie
Delphes est l'un des plus importants
centres archéologiques de la Grèce. L'exploration du
site commença en 1838 avec l'architecte français
Laurent; elle fut reprise par les Allemands Müller et Curtius.
Les fouilles systématiques furent entreprises par l'Ecole
française d'Athènes, à partir de 1892 sous la
direction de Théophile Homolle. Considéré comme le
nombril de la Terre et le centre de l'Univers, ce fut, parmi
les lieux sacrés, le plus prestigieux et le plus rayonnant du
monde hellénique.
Les origines du culte remontaient au moins
à
l'époque
mycénienne, et Apollon, dieu olympien, ne put s'y
établir qu'après avoir tué le dragon Python,
souvenir d'une ancienne divinité chthonienne,
préhellénique. Accrochée sur les flancs du Parnasse,
dans un site d'une grande beauté, la zone cultuelle
comprenait le sanctuaire principal d'Apollon Pythien et, en
avant de celui-ci, le sanctuaire d'Athéna Pronaia (la
«gardienne du temple»), au lieu-dit Marmaria (environ
1,5 km). Ce sanctuaire comportait plusieurs monuments:
l'ancien (VI
e
s. av. J.-C.) et le nouveau temple
d'Athéna (IV
e
s.), la célèbre tholos en
marbre (rotonde avec péristyle dorique à vingt colonnes,
dont trois ont été remontées), belle construction
classique (début IV
e
s.), et deux trésors, dont
celui de Marseille, de style ionique (VI
e
s.). Près de Marmaria se
trouvait le gymnase (IV
e
s.), avec sa piste et sa palestre;
entre les deux sanctuaires, la fontaine Castalie,
aménagée dans la gorge des Phédriades. Le sanctuaire
d'Apollon était entouré d'une enceinte (VI
e
et IV
e
s.), de forme quasi rectangulaire.
L'entrée principale, au sud-est, donnait accès à
la Voie sacrée, qui décrivait deux virages avant
d'atteindre le temple.
De part et d'autre de ce cheminement
s'entassaient des trésors, des édifices
commémoratifs, des ex-voto, des offrandes (statues, objets
en marbre, en bronze, en or, isolés, dressés sur des
colonnes ou des piliers, ou alignés sur des bases). Parmi
les monuments les plus célèbres, les trésors
archaïques (fin VI
e
s.) de Siphnos et de Sicyone, sur
le premier tronçon, et après le premier virage, au
«carrefour des Trésors», le fameux trésor des
Athéniens, aujourd'hui reconstitué, construit
après la victoire de Marathon (490). En face, le trésor
des Cnidiens et la rue conduisant au trésor de Cyrène,
tous deux du IV
e
s.
A côté du trésor des
Athéniens,
le bouleutérion et, derrière, le sanctuaire de la Terre
et le rocher de la Sibylle (témoins de cultes primitifs).
Après la «place de l'Aire», circulaire, la
Voie sacrée contourne l'angle sud-est de la terrasse du
temple. Contre le mur de soutènement, magnifique
construction en appareil polygonal (VIe s.) couvert de plus
de 800 inscriptions (actes d'affranchissement, II
e
s. av.-I
er
s. apr. J.-C.), s'appuyait le
portique des Athéniens, édifié après les
guerres médiques, pour abriter les trophées pris aux
Perses. La Voie
sacrée grimpait ensuite jusqu'au «carrefour des
Trépieds», où s'élevaient le trépied
de Platées, en or (victoire sur les Perses, 479), et la
série des offrandes des tyrans de Syracuse. Face à
l'entrée du temple subsistent encore les ruines de
l'autel construit par les Chiotes (début V
e
s.).
Le temple d'Apollon, dont on voit
quelques colonnes, est celui du IV
e
s. qui remplaça le
célèbre temple des Alcméonides de la fin du
VI
e
s. Il abritait la salle de
l'omphalos, où officiait la Pythie. Derrière la
terrasse du temple, on peut accéder par un escalier au
théâtre, encore bien conservé (IV
e
s.), qui pouvait contenir environ
5'000 personnes, et qui forme l'angle nord-ouest du
sanctuaire. Dans la partie nord-est se trouvaient plusieurs petits
sanctuaires et la lesché des Cnidiens (v. 450), renommée
pour les peintures de Polygnote qui ornaient ses parois. En sortant
de l'enceinte par la porte du théâtre, on atteint,
sur la hauteur, le stade, l'un des mieux conservés de la
Grèce (IV
e
s.). Il pouvait accueillir
jusqu'à 7'000 spectateurs.
Le musée de Delphes
Le musée de Delphes est l'un des
plus intéressants de Grèce. Il offre de nombreux
chefs-d'œuvre, particulièrement dans le domaine
plastique: les frontons du temple des Alcméonides, la
décoration des trésors de Siphnos, de Sicyone et de
Cnide, les métopes du trésor des Athéniens et, pour
la statuaire, le groupe archaïque de Cléobis et Biton, le
fascinant aurige en bronze (v. 470), la belle colonne aux acanthes
(v. 330), le sphinx ailé des Naxiens (milieu du VI
e
s.), le groupe de Daochos (336-332),
et le célèbre Antinoüs en marbre (II
e
s. apr. J.-C.).
|