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Les femmes dans la Grèce antique


© Jean-Pierre MEYNIAC, Valérie PHELIPPEAU et Pierre BORGO. Supervision Anne BIELMAN et André-Louis REY, professeurs aux universités de Lausanne et Genève

Sommaire

 L'image traditionnelle de la femme
 Fille, femme et mère de citoyen
 Les courtisanes
 Les prêtresses

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Stèle funéraire : femme et enfant
5e siècle avant J.-C. Paris, musée du Louvre
© Photos12.com - ARJ

L'image traditionnelle de la femme
L'image traditionnelle de la femme en Grèce est celle d'une recluse dans le gynécée, vouée aux travaux domestiques, la maîtresse de la maison, (oikos), celle que l'on représente perpétuellement avec son métier à tisser. Ses attributs sont le panier à laine, la quenouille et le miroir. C'est notamment ainsi que de nombreuses femmes apparaissent sur les vases et les stèles funéraires. Cette vision doit cependant être interprétée avec un certain recul : elle reflète un idéal et pas nécessairement la réalité vécue par les femmes.

Certes, en Grèce, les femmes restent d'éternelles mineures. Elles sont constamment sous l'emprise d'un tuteur, le kyrios, qu'il s'agisse de leur père, de leur mari, de leur oncle, de leur frère ou encore de leur fils. En conséquence leur liberté juridique et administrative est très limitée. Elles étaient exclues officiellement de toute participation à la vie politique de la cité, du débat public comme de l'exercice de fonctions politiques ou de la défense de la cité. Il faut noter cependant que le mot "citoyen" (politès) existe en grec au féminin (politis), mais il est d'un usage tardif et peu fréquent. Malgré tout, les femmes trouvaient de nombreuses occasions, en particulier à Athènes, de s'intégrer à la vie civique : par leur rôle dans la transmission de la citoyenneté, par leur place dans la vie religieuse, et dès la période hellénistique par le rôle public des reines et des citoyennes les plus aisées.

C'est surtout à travers le cas de la femme athénienne "citoyenne" du 5 e siècle avant J.-C. que l'on a envisagé jusqu'ici la situation des femmes grecques. Les textes littéraires et les documents figurés sur la citoyenne athénienne abondent en effet et ont formé cette image de la femme grecque recluse et mineure. Toutefois, l'analyse d'autres types de documents (les inscriptions sur pierre par exemple), d'autres cités (dans le Péloponnèse, en Grèce centrale, en Asie mineure), d'autres époques (le 4 e siècle et l'époque hellénistique) nuance cette image. En matière de statut des femmes citoyennes, Athènes ne constituait probablement pas un modèle pour les autres régions de la Grèce. En revanche, dans l'ensemble de la Grèce, la documentation n'offre rien ou presque sur les femmes métèques et encore moins sur les femmes esclaves.

Fille, femme et mère de citoyen
La situation de la femme à Athènes peut s'apprécier d'abord à travers le mariage et par la place qu'elle occupe dans la maison, l'oikos. C'est d'abord à la fille du citoyen que l'on s'intéresse. Dans le gynécée, la mère va éduquer sa fille pour en faire une future bonne épouse. Elle apprend ainsi à filer la laine, à tisser les étoffes, à diriger les serviteurs. Dans les familles aristocratiques, la fille apprend à lire et écrire et reçoit un enseignement plus poussé en musique et poésie ; c'est une éducation liée en partie à son futur rôle religieux. A Sparte, les filles reçoivent aussi une éducation physique, un peu à l'image de celle des garçons.

Puis vient le temps du mariage ; celui-ci est un acte fondamental, surtout depuis la loi de Périclès de 451 av. J.-C. qui précise que pour être un citoyen il faut avoir un père et une mère citoyens. En général les filles se marient jeunes, dès la puberté - parfois l'engagement peut être conclu dès l'enfance - avec un homme souvent plus âgé. Dans tous les cas, c'est le père de la jeune fille qui conclut l'engagement du mariage. Celui-ci est le statut normal de la femme et son objectif est clairement énoncé : donner des enfants légitimes. Un mariage n'est légal que s'il unit un citoyen à une fille de citoyen ; la stérilité est un motif de divorce (ou plutôt de répudiation de la femme par le mari). La cérémonie du mariage (gamos) conduit à faire changer la femme de maison : elle passe de celle de son père à celle de son époux, lui apportant une dot (proix).

Ce passage est important : la femme devient la maîtresse de la maison du mari, c'est elle qui la gère, aidée de ses servantes sur le travail desquelles elle doit veiller. Quant à la dot, elle ne devient pas la propriété du mari : il n'en a que l'usufruit. En cas de divorce, il doit la restituer.

Cela ne fait pourtant pas de la femme un être juridique complet. Elle n'a pas réellement de droit de propriété, mais elle n'en est pas totalement écartée : elle peut être source de propriété et la transmettre, mais elle n'en a ni la disposition ni la gestion. Afin que les biens ne sortent pas du cercle familial, une fille qui n'a ni frère ni descendants directs et qui devrait hériter des biens de son père (fille épiclère) se trouve obligée d'épouser son plus proche parent. La femme grecque apparaît une fois encore comme une sorte de "sous-citoyen", de citoyen frappé d'incapacité. Toutefois, plusieurs exemples sont rapportés par les sources, dès le 4 e siècle avant J.-C., de femmes - souvent des veuves - qui géraient et administraient leurs biens, parfois considérables. Un décalage existait certainement entre théorie et pratiques.

Les courtisanes
Certaines femmes possèdent une place à part dans la société athénienne, les courtisanes. On désigne sous ce terme, hétaïre en grec, non pas les prostituées, mais certaines femmes indépendantes, des compagnes, des concubines (aussi désignées spécifiquement par le terme pallakaï), vivant sous la protection d'Athéniens, parfois riches, et ayant réussi elles-mêmes à rassembler une fortune quelquefois non négligeable.

Certaines d'entre elles purent jouer un rôle important à Athènes y compris dans le domaine politique, et l'on pense ici à la plus célèbre et sûrement la plus exceptionnelle, Aspasie, la concubine de Périclès. On peut ranger dans cette catégorie les femmes métèques, venues s'établir à Athènes pour toutes sortes de raisons.

Si les plus pauvres sont effectivement des prostituées (pornai), souvent installées au Pirée, la plupart d'entre elles exercent souvent des activités en rapport avec le commerce ; elles peuvent être aussi musiciennes, chanteuses, etc. Elles participent aux banquets, manient l'argent, en bref, femmes libres et indépendantes, elles s'introduisent dans ce « club d'hommes » qu'est la cité et participent pleinement de son évolution.

Les prêtresses
La vie et les pratiques religieuses donnent à la femme grecque toute sa place au sein de la communauté civique. Mais le rôle de la femme dans la religion apparaît tout autant comme un facteur de son intégration à la cité que comme une manière de marquer son altérité et sa complémentarité vis-à-vis des hommes. Ce rôle se joue tout d'abord au sein de la maison, de l'oikos. La femme, comme maîtresse de la maison, rend un culte quotidien à Hestia, la déesse du foyer ; elle tient aussi une place primordiale dans le culte des ancêtres et dans les cérémonies et pratiques funéraires. Les fonctions religieuses de la femme prennent toute leur ampleur au cœur de la cité. Les femmes peuvent être prêtresses et participer activement aux cérémonies religieuses ; certaines cérémonies leur sont même réservées.

Prêtresses
C'est une fonction de grande importance, comparable aux magistratures. Les femmes sont principalement attachées à des divinités féminines comme Athéna, Déméter ou Artémis ; mais cette règle n'est pas absolue. Cette fonction est assurée par les femmes dans des conditions similaires à celles des hommes : à Athènes la prêtresse d'Athéna Nikè est désignée pour un an et perçoit un salaire (misthos) de 50 drachmes, et elle bénéficie de distinctions honorifiques comme la place d'honneur au théâtre. Certaines prêtresses étaient désignées à vie, telle la prêtresse d'Athéna Polias à Athènes. Les prêtresses étaient d'ordinaire des citoyennes "normales", épouses et mères de famille. Toutefois, dans certains cas, plutôt rares, la prêtrise est accompagnée de restrictions concernant la vie sexuelle. A Athènes toujours, l'épouse de l'archonte-roi, la reine, était considérée comme une prêtresse et exerçait un rôle religieux important.

Fêtes, cultes et cérémonies
Les femmes prennent part aux grandes fêtes de la cité. Lors des Panathénées, ce sont des jeunes filles qui sont chargées de la confection du péplos de la déesse (les ergastines) et de son transport vers l'Acropole pendant la procession. Au cours de celle-ci, les femmes portent divers objets du culte (eau, corbeilles, offrandes, etc).

Certaines fêtes leur étaient exclusivement réservées, comme les Thesmophories, célébrées en l'honneur de Déméter Législatrice. Comme l'indique l'adjectif accompagnant le nom de la déesse, cette fête était celle de "l'ordre social" : les épouses légitimes de citoyens pouvaient seules y participer et la cérémonie était présidée par une femme. La fonction civique de la femme, bonne épouse et de mère de citoyen, était ainsi célébrée. Seule la participation de toutes les citoyennes à cette fête garantissait la fécondité de la communauté et donc sa survie. A l'opposé, lors de certaines fêtes comme les Dionysies ou les Adonies, ce sont plutôt les femmes marginales qui étaient concernées. Les Adonies permettaient aux concubines, courtisanes et femmes métèques de côtoyer les hommes athéniens ou étrangers. Célébrées dans la "chaleur lascive de l'été" (selon les mots de Marcel Detienne), ce sont des fêtes nocturnes propices à des rencontres hors du contrôle familial.

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