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Esclave enchaîné Statuette de noir trouvée à Fayoum. Période hellénistique. © Photos12.com - ARJ
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L'existence de l'esclavage a longtemps été considérée comme une sorte de tache sur la Grèce ancienne, singulièrement à propos d'Athènes. L'esclavage est en effet, aux yeux des modernes, en contradiction flagrante avec la conception même de ce régime démocratique.
De fait, la société grecque, comme toutes les sociétés de l'Antiquité, a pratiqué l'esclavage ou des formes voisines et plus particulières de dépendance. Ce fait peut être constaté quel que soit le type de régime politique de ces sociétés, démocratie, monarchie, oligarchie ou tyrannie.
Dès l'époque mycénienne, et plus encore dans la société des poèmes homériques, nous constatons l'existence des esclaves. Mais c'est au cours de la période classique que l'esclavage prit son plus grand développement.
Toutefois, on remarque qu'il n'est pas aisé à cerner, la langue grecque elle-même utilisant un vocabulaire varié, dont le terme le plus fréquent est doulos. Ce fait linguistique indique que les situations de dépendance personnelle recouvrent des aspects fort différents, du pur et simple esclave-marchandise à des situations comparables au servage médiéval. Dans tous les cas, c'est la dépendance personnelle à l'égard d'un maître, l'absence de liberté qui définit l'esclave.
Le cas athénien
On peut s'accorder sur un nombre qui
oscille entre 80'000 et 150'000 esclaves à
Athènes. En
tout cas, il s'agit d'un nombre supérieur au
nombre des citoyens. Ce qui impressionne le plus est le fait que
les esclaves se rencontrent partout. Les esclaves n'ont aucun
droit politique. Ils sont la chose de leur maître, un bien
(ktêma) parmi d'autres, ils lui appartiennent et
celui-ci fait d'eux ce qu'il veut : les faire
travailler, les louer, les vendre. Toutefois il ne possède pas
sur eux un droit de vie et de mort et ne peut les maltraiter
impunément.
L'esclave n'est pas un
« être juridique » : il ne possède rien
(hormis un maigre pécule), n'a pas le droit de
propriété, ne peut se marier, ne peut pas aller en
justice et son témoignage n'est pas recevable. De
même qu'il n'a pas de droits politiques, il ne
peut généralement pas participer à la guerre, sauf
dans quelques cas exceptionnels (valet d'arme par exemple)
; il ne participe pas non plus aux grands rituels religieux de la
cité, qui impliquent le corps civique, mais il peut se faire
initier aux mystères d'Eleusis. Ce statut se traduit,
par exemple, par la quasi-absence des esclaves dans les
représentations figurées.
Mais l'esclave est d'abord
utile, il remplit un certain nombre de fonctions. Par principe
l'esclave est voué aux besoins de son maître. Il
travaille en général pour lui, mais il faut souligner
qu'il n'y a pas d'activités qui soient
spécifiques aux esclaves. Ces derniers pouvaient faire les
mêmes choses que des hommes libres. La véritable
distinction est dans les conditions de ce travail : l'homme
libre pouvait disposer à sa guise de ses revenus, pas
l'esclave. Ainsi sur les chantiers de
l'Acropole
au 5
e
siècle avant J.-C. on rencontre
autant d'esclaves que d'hommes libres parmi les
ouvriers. Cette situation faisait qu'il était impossible
de distinguer un esclave d'un citoyen pauvre, ce que
déplore d'ailleurs un pamphlétaire antique.
Devenir esclave
Pour faire travailler ou simplement utiliser des esclaves pour ses propres affaires, il fallait se les procurer. Guerre, commerce, razzia et piraterie sont les meilleurs moyens de les obtenir. Tomber en esclavage pouvait être une situation fréquente. La première source d'esclaves est la guerre : les prisonniers sont alors vendus ou deviennent le bien du vainqueur, quel que soit le statut social du vaincu : Les Troyennes d'Euripide s'ouvrent sur les lamentations de la reine de Troie, Hécube, qui, vaincue, se prépare à l'esclavage. Mais on connaît des situations qui permettent aux prisonniers de racheter leur libération.
La guerre n'est pas toujours suffisante. Le commerce, aux mains des Grecs dans ce monde méditerranéen, est une autre manière de faire venir les esclaves : les Grecs les échangent avec les pirates, souvent barbares, qui sillonnent les mers. Un exemple de ce type de razzia est donné par l'écrivain Longus (2 e siècle après J.-C.) dans son roman Daphnis et Chloé. Il raconte l'arrivée brutale des pirates qui raflent hommes et animaux sur le rivage. Les captifs sont ensuite revendus sur les marchés des villes.
Il se peut qu'en Grèce la grande majorité des esclaves aient été des étrangers, surtout des barbares : des Thraces, des Scythes, des Cappadociens, des Noirs. Mais à Athènes, on a connu l'esclavage pour dette. C'est la situation des paysans pauvres de l'Attique à la fin du 7 e siècle avant J.-C., les héctémores : pas complètement esclaves, mais largement dans une dépendance personnelle à l'égard du propriétaire terrien, situation de laquelle découle la crise sociale grave qui mène aux réformes de Solon et plus tard au régime démocratique. La suppression de l'esclavage pour dettes à sans doute conduit au développement de l'esclavage-marchandise.
Des situations variées
Dans les cités, les esclaves
remplissent une fonction, ils ont une utilité tant sociale
qu'économique, et les citoyens pouvaient faire ce
qu'ils souhaitaient de ce "cheptel humain". Le
travail était bien sûr la première occupation
dédiée aux esclaves. Il ne faut toutefois pas imaginer la
grande masse des citoyens comme des oisifs entourés
d'une multitude d'esclaves aux petits soins et
travaillant pour eux. Un esclave coûte somme toute assez cher
(
Xénophon
évoque le chiffre de 180 drachmes, alors qu'une drachme
représentait le salaire d'une journée de travail
d'un ouvrier) et seuls les très riches citoyens pouvaient
en posséder beaucoup. Cette position d'oisiveté
n'était que l'apanage d'une toute petite
portion de la population, détachée de toute
préoccupation de rentabilité immédiate.
En réalité, il n'existe
pas d'activités qui soient propres aux esclaves. Sauf
dans les mines du Laurion (mines d'argent au sud de
l'Attique) où la main-d'œuvre servile
semblait être prééminente. Une situation bien
évidemment plus que pénible en regard du type de
travail qui était demandé. Ces esclaves devaient
être fort nombreux : Thucydide évoque la «
désertion de plus de 20'000 esclaves » au cours de
la guerre du Péloponnèse (415-413 av. J.-C.). Tous les
esclaves n'étaient pas dans cette situation.
Certains travaillaient sur le domaine de
leur maître, comme régisseurs parfois ; certains avaient
même accès, au 4
e
siècle avant J.-C., aux métiers
de la banque (comme le célèbre Pasion dont parle
l'orateur
Démosthène).
Mais la plupart d'entre eux travaillaient dans les boutiques
ou les ateliers des commerçants et artisans, parfois dans de
véritables entreprises de taille moyenne : la fabrique de
boucliers de Lysias - un métèque - employait 120 esclaves
!
De même, chaque famille
possédait un ou deux esclaves domestiques, voire plus chez les
très riches Athéniens. Ici, ils jouent des rôles
précis : servantes de leurs maîtresses, nourrices,
valets, etc. On rencontre également des esclaves parmi les
pédagogues. Il existait aussi à Athènes des esclaves
publics, entretenus par la cité comme les 700 archers scythes
chargés de la police !
Les autres situations de dépendance
Athènes utilisait donc de nombreux
«esclaves-marchandises». Mais il existait d'autres
situations de dépendance personnelle. On a souvent parlé
de l'esclavage de type hilotique par référence aux
hilotes de Sparte. Mais on sait qu'il existe dans de
nombreuses autres cités grecques des situations de même
ordre : Gymnètes à Argos, Pénestes en Thessalie,
etc.
Le cas des hilotes de Sparte est le
mieux connu. Ils sont esclaves de la communauté des
Spartiates, esclaves de la collectivité, ils sont à la
disposition de celle-ci pour mettre en valeur les terres et la
nourrir. Les hilotes dépendaient d'un maître
auquel ils versaient une part de la récolte. Celui-ci
pouvait les utiliser comme il le voulait. Ils constituent un
groupe social, se marient entre eux, ont des enfants ;
c'est donc un groupe qui se reproduit par lui-même, ce
qui est une différence essentielle avec
«l'esclave-marchandise». Les hilotes sont
attachés à la terre, ils ne peuvent s'en aller,
subissent des humiliations, des brutalités, des
châtiments corporels ; c'est une situation
dégradante à plus d'un titre, qui traduit le
profond mépris que leur vouaient les Spartiates. En fait,
ils sont le résultat de la conquête : ils sont sans
doute les descendants des peuples de Laconie et de Messénie
conquis et soumis par les Spartiates.
Les auteurs antiques rapportent que les
Spartiates se méfiaient des hilotes et en avaient une
certaine peur : à chaque entrée en charge des
éphores, on aurait déclaré une guerre contre les
hilotes afin de pouvoir les tuer sans être souillé par
un crime ! Les hilotes auraient également été
considérés comme des victimes potentielles lors des
crypties, cette partie majeure de l'agôgê,
l'éducation spartiate : à cette occasion, le
jeune Spartiate était livré à lui-même dans
la nature et aurait pu également tuer des hilotes si cela
était nécessaire. Toutefois, ces renseignements
livrés par des auteurs antiques non-Spartiates et qui
écrivent souvent plusieurs siècles après les faits
relatés sont à prendre avec prudence.
En cas de guerre, les Spartiates
n'ont pas hésité à enrôler des hilotes
dans l'armée, surtout dans les périodes où le
nombre de citoyens diminuait dangereusement. Ils leur offraient
alors la possibilité d'être affranchis et de
devenir dans certains cas de nouveaux citoyens, les
néodamodes.
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