 Leçon de musique Leçon de musique et correction d'un devoir. Coupe du Ve s. av. J.-C. © Photos12.com - ARJ Historique
De la musique grecque de l'Antiquité, il ne subsiste aujourd'hui que quelques mélodies d'époque tardive. Cette absence de documents est d'autant plus regrettable que la musique a joué - l'art et la littérature en attestent - un rôle de premier plan dans la vie quotidienne de la Grèce antique.
L'iconographie crétoise de l'âge du bronze illustre des lyres et des «flûtes» (aulos) très proches de celles qui étaient utilisées en Orient, mais, pour le reste, on connaît très mal la musique des civilisations minoenne et mycénienne. Les premières indications fournies par les sources littéraires remontent à Homère (fin du VIII e siècle av. J.-C.), qui parle de chants de vendanges, de cantiques nuptiaux et d'aèdes professionnels qui récitent des poèmes héroïques en s'accompagnant d'une lyre phorminx.
Le schéma de la vie musicale grecque se fixe vers 700 av. J.-C., après avoir subi une influence nouvelle de l'Orient. L'époque comprise entre 700 et 500 av. J.-C. est d'ailleurs qualifiée de «lyrique», car elle se caractérise surtout par le développement du lyrisme choral, genre qui mélange de façon complexe la poésie, la musique et la danse, et qui est étroitement lié aux grands événements de la vie de la cité. D'innombrables chœurs - d'hommes, de femmes, de garçons ou de jeunes filles - accompagnent de leurs chants les cérémonies religieuses, les mariages et les funérailles, les travaux des champs (et en particulier les moissons), ou célèbrent les victoires athlétiques. Des centres religieux comme Delphes ou Délos attirent des chœurs venus de tout le monde grec, tandis que les rencontres plus privées - par exemple les «symposiums», ou banquets arrosés - sont l'occasion d'écouter des chants en soliste. Les musiciens professionnels, joueurs d'instrument à cordes kitharistaï ou à vent aulêtaï, se mesurent à l'occasion de concours organisés dans le cadre des jeux Pythiques à Delphes et des grands festivals tels que les Panathénées d'Athènes.
La musique n'évolue guère jusqu'à l'avènement, au V e siècle, du théâtre comme grand genre poétique. Directement issues des spectacles choraux, la tragédie et la comédie perpétuent la tradition lyrique, notamment en accordant une grande place aux chœurs. En plus des concours d'art dramatique, Athènes organise un concours intertribal de chœurs dithyrambiques qui réunit chaque année un millier d'hommes et de jeunes gens. A cette époque, semble-t-il, l'enseignement du chant et de la lyre fait partie de l'éducation de base du citoyen. D'autre part, les Grecs ne conçoivent guère de divertissement sans la présence d'esclaves qui agrémentent les repas de leur musique (en jouant de l'aulos ou de la harpe) ou de leurs danses.
La fin du V e siècle voit se développer une théorie musicale, et, aussi, un goût pour la virtuosité que Platon déplore mais qui se perpétuera au moins jusqu'au IV e siècle. A l'époque hellénistique (que l'on fait commencer en 323 av. J.-C.), l'amateurisme conserve une grande place, mais le nombre des musiciens professionnels augmente; comme les acteurs, ils s'organisent en corporations et voyagent à travers tout le monde grec, qui s'est encore étendu à la suite des conquêtes d' Alexandre le Grand. Les artistes de renom sont des personnages adulés, qui ont droit aux plus grands honneurs.
Les caractéristiques de la musique grecque
Par delà les changements qu'elle
connaît au fil des siècles, la musique grecque
présente quelques caractéristiques stables. Elle est
essentiellement homophone, c'est-à-dire qu'elle est
formée d'une unique ligne mélodique et ignore donc le
contrepoint. Les accompagnements instrumentaux sont probablement
rudimentaires au début, mais ils gagnent en complexité
au V
e
siècle. La musique grecque se
caractérise aussi par des subtilités d'intonation que
ne connaît plus la musique moderne et, sans doute, par une
utilisation variée des modes.
Les premiers morceaux de musique
accompagnent généralement des poèmes, et la
mélodie semble être influencée par la position de
l'accent tonique, le poète et le musicien étant
généralement une seule et même personne. Le
rythme, régi avant tout par la métrique de la
poésie, est parfois très élaboré, notamment
dans le lyrisme choral.
Les instruments
Les instruments de musique sont abondamment illustrés
sur les peintures de vases. L'instrumentation est simple, et
les interprètes sont peu nombreux; les chœurs
dramatiques, par exemple, sont accompagnés par un unique
joueur d'aulos. Les seuls instruments utilisés pour la
musique sérieuse sont les aulos et différents types de
lyres, dont les cordes sont touchées avec les doigts de la
main gauche ou frappées avec un plectre tenu dans la main
droite. La lyre la plus courante a pour caisse de résonance
une carapace de tortue; c'est l'instrument des
écoliers et des amateurs. Le barbiton, variante à
cordes plus longues (et par conséquent plus grave), est
utilisé lors des banquets, mais l'instrument du
professionnel est la kithara, sorte de grande lyre, plus robuste,
dont la résonance lui permet de se faire entendre en plein
air ou dans une salle de concert.
L'aulos est un instrument à
anche, très comparable au hautbois, même s'il est
courant de parler de «flûte» à son propos. Il
est souvent double, mais la manière d'en jouer reste
incertaine. La sonorité jugée excitante de cet
instrument et ses connotations orientales le rendaient suspect
aux yeux des puritains, bien que l'origine de la lyre ne soit
pas moins orientale. Ces deux types d'instruments ont leur
place dans les cérémonies religieuses. Parmi les autres
instruments, la syrinx (ou flûte de Pan) est
l'instrument favori des bergers et des chevriers; les harpes,
surtout jouées par des femmes, ne sont guère prises au
sérieux; les luths apparaissent tardivement, dans le sillage
des conquêtes d'Alexandre; les trompettes et les cors
ont des fonctions militaires plus que musicales, et les
percussions (tambourins, cymbales et castagnettes) accompagnent
d'abord les rites dionysiaques, avant de gagner
progressivement les divertissements plus légers.
Les mélodies
Quelques spécimens d'aulos ont été
retrouvés, mais ils sont en mauvais état et ont perdu
leur anche ou leur embouchure: ils nous aident donc peu à
comprendre comment on en jouait. En dehors des textes relatifs
à la théorie musicale, les spécialistes
d'aujourd'hui ne disposent donc pour comprendre la
musique grecque que de quelques mélodies qui constituent un
corpus notoirement insuffisant. Les Grecs utilisaient deux
systèmes de notation musicale, assez proches l'un de
l'autre, qui reposaient sur l'alphabet; les traités
nous en fournissent heureusement la clef.
Il est peu probable que l'on ait noté des
mélodies avant la fin du V
e
siècle; il n'y a donc
guère d'espoir de retrouver la musique des grandes
époques de la poésie grecque, bien que subsiste le
brouillon mutilé d'une partition d'un chœur
d'Euripide, que l'on doit peut-être au dramaturge
lui-même. Les vestiges les plus importants qui nous soient
parvenus sont deux hymnes, notés sur une pierre à
Delphes, qui datent de la seconde moitié du II
e
siècle av. J.-C. Assez
bien préservés, ils ont pu être joués à
l'époque moderne et enregistrés. Parmi les autres
documents musicaux qui subsistent, citons une courte mélodie
intacte, d'une date incertaine, gravée dans la pierre
(épitaphe de Seikilos), un nombre peu important (mais qui
augmente peu à peu) de papyrus assez récents,
généralement en mauvais état, et quatre hymnes qui
figuraient dans les traités théoriques.
Les «harmonies»
Les deux plus grands théoriciens grecs de la musique
sont Aristoxène (IV
e
siècle av. J.-C.), un
élève d'
Aristote, et
Ptolémée (II
e
siècle apr. J.-C.), le
célèbre astronome. Grâce à eux, on
connaît assez bien la théorie grecque des harmoniai,
c'est-à-dire des «harmonies» ou modes.
Désignés par des noms d'ethnies (dorien, phrygien
et lydien), ces modes ont été très
étudiés mais avec des résultats contradictoires.
Il est peu probable que l'on se serait autant
intéressé au sujet si Platon et Aristote n'en
avaient pas parlé en attribuant à chaque harmonia un
caractère moral éthos. Les deux philosophes estiment
qu'une des fonctions essentielles du théoricien
politique est d'identifier les styles de musique qui
conviennent à un Etat bien ordonné; Platon en
particulier accorde une grande importance morale et politique
à l'enseignement musical.
Il est probable que certaines mélodies grecques
du V
e
siècle gardaient un
caractère oriental (même si elles étaient
partiellement hellénisées), et que, dans cette musique
modale, une harmonia se distinguait d'une autre non seulement
par la gamme qui la caractérisait mais aussi par
d'autres aspects, y compris par l'utilisation de formules
mélodiques qui plaçaient un accent modal sur certaines
notes particulières de la gamme (comme dans le raga indien
ou le maqam arabe). Mais le goût pour la modulation et le
développement de la théorie musicale vont sans doute
estomper progressivement, à partir de la fin
du V
e
siècle, les différences
qui existaient entre ces modes, de sorte que les traités
théoriques et les mélodies qui sont parvenus
jusqu'à nous rendent surtout compte de la musique
«classique» et de l'approche
«éthique».
Les noms ethniques seront repris plus
tard dans le plain-chant occidental, mais avec des changements de
nomenclature qui sont sources de confusion. Ainsi, le mode du
plain-chant connu sous le nom de mixolydien est un mode de
«la», alors que le mixolydien de la théorie
grecque tardive est un mode de «si» ; de plus, on ne
sait pas dans quelle mesure l'harmonia mixolydienne -
que les philosophes jugeaient adaptée aux lamentations
- reposait sur une gamme allant de si à si. On sait en
revanche que le dorien était un mode de mi.
Mais l'interprétation simple des
harmoniai en termes d'échelle diatonique est peu
vraisemblable compte tenu de la distinction fondamentale
qu'établit la théorie grecque entre des genres
diatoniques, chromatiques et enharmoniques. L'échelle
diatonique grecque ressemble à notre gamme diatonique moderne;
l'échelle chromatique comprend deux altérations
d'un demi-ton associées à une tierce mineure.
L'enharmonique comporte deux quarts de ton associés à
une tierce majeure. Même si de nombreux aspects de cette
question restent obscurs, il est clair que la musique de
l'époque classique possédait une grande
diversité d'intervalles (y compris, dans certains cas,
inférieurs au demi-ton) et différents types de demi-tons,
de tons et de tierces mineures. L'utilisation de septièmes
est attestée.
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