 La conquête romaine Carte Luc Rehmet Les guerres puniques
Dans la cadre de la conquête de la Méditerranée, les Romains et les Carthaginois, longtemps alliés contre les Grecs ou les Etrusques, deviennent voisins après la conquête romaine de l'Italie du Sud et l'affirmation des ambitions carthaginoises en Sicile. Carthage est aussi puissante que Rome, mais ne dispose pas d'autant d'alliés.
Lors de la première guerre punique (264-241), Rome l'emporte et prend le contrôle de la Sicile, de la Sardaigne et de la Corse, ses premières provinces hors d'Italie. Carthage se dote alors d'un vaste ensemble territorial dans le sud de la péninsule Ibérique (fondation de Carthagène), tandis que Rome doit faire face à une forte riposte des Gaulois du fait de sa politique de colonisation en Italie septentrionale.
La deuxième guerre punique (219-201) est dominée par le génie d' Hannibal, dont l'écrasante victoire à Cannes (216) entraîne la défection de Capoue, la plus puissante alliée des Romains.
Après la défaite d'Hannibal
Finalement, à Zama, en Afrique,
Scipion, allié aux Numides, contraint
Carthage à la
paix en 202, après avoir vaincu Hannibal. Les Romains
étendent leur Empire sur un bon tiers de
la péninsule
Ibérique, du Perthus au cap Sagres, mais il leur faudra
deux générations pour venir à bout de la
résistance des peuples de l'intérieur et porter leur
frontière jusqu'au Tage.
Conscients peut-être de la
supériorité de la
civilisation
hellénistique, les Romains veulent éviter une occupation
permanente en Méditerranée orientale. Le contrôle de
la plaine du Pô leur paraît essentiel (fondation
d'Aquilée en 181), et si les légions romaines
brisent la puissance des rois grecs, c'est pour maintenir un
équilibre où leurs alliés (notamment les rois de
Pergame, d'
Egypte et de la
République rhodienne) tiennent leur place. Cette politique ne
dure qu'un demi-siècle: il faut organiser la
Macédoine en provinces pour la défendre contre les
Barbares (148) et terroriser les
Grecs par la
destruction de Corinthe, l'année même où
Carthage est anéantie à l'issue de la troisième
guerre punique (146).
La domination romaine
Toutefois, le legs fait à Rome de ses
possessions par le roi de Pergame installe définitivement les
Romains dans le monde égéen (133): le triomphe sur la
Macédoine (167) avait permis de supprimer l'impôt
direct sur les citoyens (tributum), mais la nouvelle province
d'Asie fournissait près de la moitié des ressources
du Trésor romain.
Rome se met à vivre de son Empire
mais doit faire face aux troubles qui en résultent:
révoltes serviles en Sicile, révoltes en
Macédoine, en Asie et, à la fin du siècle, guerre
contre le roi des Numides, Jugurtha, qui refuse le
démembrement de son royaume.
La crise politique
Dans la cité même naît une crise
sociopolitique: dans une société de plus en plus
puissante, les élites doivent devenir de plus en plus riches
pour garder leur rang, tandis que les classes moyennes,
déjà épuisées par l'effort de guerre,
connaissent une paupérisation.
Le rassemblement des terres en un petit
nombre de mains profite à quelques citoyens au moment
où l'essor du grand commerce permet l'accroissement
des fortunes mobilières, tandis que les classes moyennes
perdent, par l'émigration, une partie de leurs
éléments. Par ailleurs, les artisans et les petits
propriétaires terriens éprouvent la concurrence des
produits importés.
Des revendications voient le jour,
notamment la demande de terres. C'est alors qu'un grand
noble, Tiberius Gracchus, tribun de la plèbe, propose une
redistribution des terres de l'Etat en faveur des citoyens
les plus démunis, les prolétaires. Mais il paie de sa
vie cette initiative (133). Son frère, Caius Gracchus,
reprend ce projet, confie les tribunaux aux chevaliers, lesquels
ne participaient pas jusqu'alors à la vie politique.
De nouvelles mesures sont prises:
fondation de colonies, grands travaux (
routes),
imposition d'un prix maximal des céréales en faveur
des plus démunis. Mais l'oligarchie sénatoriale,
effrayée par la volonté de Gracchus de fonder un principe
politique nouveau (repris de Tiberius), celui de la
souveraineté populaire, décide d'utiliser
l'état de siège, qui suspend les garanties de la loi,
pour se débarrasser de trublions tels que lui (121).
Les légions romaines
Avant la fin de la guerre en Afrique,
l'Empire est menacé par l'invasion des Cimbres et des
Teutons; Marius, riche chevalier, qui réussit à
écarter ce danger, est élu consul plusieurs années
de suite, contrairement à la coutume. On lui doit avant tout
la réforme de l'armée suivant des modalités
précises: recrutement étendu aux prolétaires
volontaires, à qui est promise la reprise des distributions
agraires, et aux citoyens non fortunés (abaissement
régulier du cens), uniformisation.
Le recrutement de citoyens pauvres va
entraîner un changement capital: ces nouveaux soldats
trouvent là un moyen de promotion sociale (par le
centurionat), mais aussi d'enrichissement en participant aux
profits de la guerre. Ainsi, les légions romaines, à la
merci des chefs les plus offrants, deviennent la proie des
factions politiques.
Les révoltes intérieures
Ce danger apparaît quand Marius et le consul Sulla se
disputent le commandement de la guerre contre Mithridate, roi du
Pont, qui venait de s'emparer de la province d'Asie.
Sulla, dépossédé par un plébiscite, marche
sur Rome à la tête de ses légions, massacre ses
ennemis et part mener les opérations dans le monde
égéen.
Les marianistes, revenus au pouvoir,
procèdent à des épurations sanglantes. La guerre
civile reprend au retour de Sulla, qui s'empare de Rome,
massacre les marianistes et confisque leurs biens, favorisant
ainsi l'enrichissement colossal de ses lieutenants, notamment
Lucullus,
Pompée et
Crassus. La
péninsule Ibérique fait alors sécession sous la
direction de Sertorius, qui est vaincu par Pompée.
Sulla augmente le nombre de magistrats,
restaure les pouvoirs du sénat (porté à 600 membres)
et affaiblit ceux des tribuns de la plèbe. La République
connaît plusieurs crises: révolte de Spartacus (73-71) en
Italie, agitation pour la restauration des pouvoirs des tribuns de
la plèbe, distribution gratuite du blé aux citoyens,
conjuration de Catilina déjouée par
Cicéron.
Pompée
Dans l'Empire, Pompée ne peut
achever qu'en 73 sa réorganisation de l'Occident
(Gaule Narbonnaise et péninsule Ibérique), avant de
mettre fin à la piraterie en Méditerranée et de
mener à son terme la guerre contre Mithridate, ce qui a pour
conséquences la conquête de la
Syrie et
l'établissement d'une ceinture d'Etats clients, de
la mer Noire au golfe d'Aqaba. En Sicile, un procès contre
le gouverneur concussionnaire Verrès révèle les abus
de l'administration provinciale, principale voie
d'enrichissement des élites politiques, assurées le
plus souvent de l'impunité.
En 61 av. J.-C., le fastueux
triomphe de Pompée marque approximativement le terme d'une
vie politique assez libre dans une République où le
pouvoir est disputé parfois avec violence, mais encore
publiquement et sans recours à l'armée.
Rome, dont le principal atout est la
puissance démographique, contrôle directement ou
indirectement les nations méditerranéennes. La population
de l'Italie, unifiée politiquement, s'élève
à près de 7,5 millions d'habitants; dans
l'ensemble, la péninsule apparaît d'une grande
vitalité et constitue peu à peu le pays le plus actif du
Bassin méditerranéen. Son agriculture, prospère,
constitue une exceptionnelle source de réserves pour
l'armée civique, d'autant plus que la population
comprend un tiers d'esclaves, dont les plus capables peuvent
accéder, par affranchissement, à la citoyenneté.
Cette situation dynamique, qui va durer
plus d'un siècle, permet d'expliquer le passage de la
république oligarchique à une monarchie potentiellement
tyrannique, au prix d'une vingtaine d'années de
guerres civiles sanglantes.
|