 L'Empire romain sous Alexandre Sévère (vers 230 apr. J.-C.) Carte Hachette Livre
En contraste, le IIIe siècle apparaît comme une époque de troubles, qui aboutit à une mutation des institutions :
En Europe, les peuples germaniques, déstabilisés par de grandes migrations, essaient de franchir le Rhin et le Danube.
En Afrique, il y a parfois coïncidence entre les révoltes des nomades et celles des montagnards.
En Asie, les Sassanides, qui ont renversé la dynastie parthe des Arsacides, se révèlent très agressifs. L'Empire romain, fragilisé, ne dispose que de forces armées inférieures à 500'000 hommes, alors qu'il doit se battre simultanément sur plusieurs fronts. Cet effort de guerre entraîne une augmentation des impôts, des exactions, mais aussi plusieurs dévaluations monétaires. Les soldats, dont le montant des primes dépasse celui de leur solde, multiplient les proclamations d'empereurs. Ces derniers meurent fréquemment sur le front, parfois au combat. Ainsi, Valérien est fait prisonnier par les Parthes (260), ce qui provoque un morcellement de l'Empire.
En Orient, les Palmyréniens d'Odenath sauvent les provinces romaines, avant que l'épouse de ce prince, Zénobie, ne tente une usurpation. Sur le Rhin, Postumus crée un «empire gaulois» qui va durer une quinzaine d'années.
Gallien
C'est Gallien, cultivé et hellénophile, qui prend les mesures les plus énergiques. Il constitue une armée centrale plus mobile, encadrée par des généraux sortis du rang. De ce fait, il retire aux sénateurs tous les commandements militaires. Gallien et ses successeurs repoussent la grande invasion des Goths.
Aurélien
Il restaure l'unité de
l'Empire (274), procède à un rétablissement
partiel de la bonne monnaie et emmuraille Rome. Une grande
incursion germanique ravage les Gaules, mais les Romains reprennent
l'avantage et s'avancent jusqu'en basse
Mésopotamie.
Dans son ensemble, l'Empire a bien résisté, mais les
provinces ont été localement ruinées par les
fréquents passages des armées romaines et barbares. Le
sénat, quant à lui, est devenu le simple conseil
municipal d'une capitale désertée par les empereurs.
Dioclétien (284-305) et Maximien (286-305)
En 286, deux augustes,
Dioclétien en
Orient et
Maximien en
Occident, gouvernent le monde romain. En 287, ils prennent
respectivement les titres de Jovius et d'Herculius.
En 293, pour faire face à
l'extension géographique et économique de
l'Empire, un système original de partage quadripartite du
pouvoir se met en place, la tétrarchie. Maximien prend pour
césar l'ancien préfet du prétoire Constance
Chlore, chargé de la Bretagne et de la Gaule. Peu après,
Dioclétien fait de même avec Galère, qui devient
responsable de la péninsule balkanique.
La défense de l'Empire s'appuie
donc sur les quatre résidences impériales de Trèves
(Constance), Milan (Maximien), Sirmium (Galère) et
Nicomédie (Dioclétien), tandis que Rome reste la capitale
officielle, toujours désertée par les princes. La paix
règne sur toutes les frontières à partir de 298.
La réorganisation de
l'Empire
Le nombre des légions passe de 39 à 60, mais
leurs effectifs sont variables. L'administration
impériale est renforcée et les impôts (capitation
et impôt foncier) sont augmentés. La bonne monnaie fait
une réapparition, mais elle demeure fabriquée de
billon, et non plus d'argent comme ce fut le cas sous le
Haut-Empire. Une flambée des prix, combattue par un
édit du maximum du prix des marchandises et des services
applicable dans tout l'Empire, accompagne cette politique
monétaire.
Dioclétien s'attaque aussi aux
croyances jugées dangereuses, d'abord au
manichéisme, ensuite au
christianisme
(303-304), par quatre édits successifs qui font des milliers
de victimes, surtout en Orient, en Italie et en Afrique.
En 305, Dioclétien et Maximien
Hercule abdiquent, leurs Césars Constance Chlore et
Galère les remplacent. Mais le système est
déréglé en 306 par la mort de Constance Chlore
et la proclamation par ses troupes de son fils Constantin
(306-337), qui prend le
contrôle des
Gaules, des Germanies, de l'Hispanie et de l'île
de Bretagne.
Constantin I le Grand
Constantin
s'empare de l'Italie en 313 et de tout l'Orient
en 324. Après avoir autorisé le christianisme, il
s'y convertit lui-même, faisant du monde romain un empire
chrétien de droit divin, puis s'installe à Byzance,
débaptisée en Constantinople en 330, site à
mi-chemin entre les fronts oriental et danubien.
Ce pari est gagné par son fils
Constance II; la nouvelle capitale reçoit sénat,
magistrats et jeux, et atteint 200'000 habitants à la
fin du siècle. Constantin et ses fils développent
l'administration impériale, favorisent le christianisme
jusqu'en 361, et interdisent le culte païen en 391.
La prospérité du IVe siècle
Le IV
e
siècle est une période de
paix pour l'Empire, ce qui permet une réelle
prospérité, malgré les fréquentes
opérations militaires pour défendre les frontières
et des guerres civiles.
Rome demeure la première
métropole, et ses sénateurs assurent les principales
dépenses: plusieurs basiliques chrétiennes sont
construites (au Vatican, au Latran ou hors les murs);
l'annone est distribuée à 200'000 allocataires,
et le calendrier des jeux maintenu. Mais l'Eglise catholique,
affaiblie par l'essor de l'arianisme, ne conquiert la
cour impériale que dans le dernier quart du siècle.
L'élite sénatoriale accepte progressivement
d'adopter le christianisme.
Dans tout l'Empire, la vie urbaine
demeure florissante, mais nombreux sont les chefs-lieux
désormais entourés de murailles bâties, parfois,
avec des matériaux provenant de bâtiments publics et de
nécropoles abandonnés.
Les élites locales sont astreintes
à de lourdes charges fiscales, qu'elles répercutent
sur leurs administrés. Si les plèbes urbaines
bénéficient encore de possibilités de promotion
sociale, dans les campagnes les hommes libres sont désormais
attachés héréditairement à la terre.
La paix romaine
La paix
romaine (
pax romana
) est le nom donné par les Romains
à la situation de prospérité économique et de
sécurité militaire qui prévaut dans l'ensemble
des territoires qu'ils administrent, de l'apogée de
l'expansion de Rome à la partition de l'Empire, en
gros du I
er
siècle au milieu du III
e
siècle de notre ère.
L'ordre du monde, pour les Romains, est le fruit de
l'harmonie entre
les dieux et les
hommes qui les servent. Ainsi, chaque foyer, comme chaque individu,
relève d'une divinité particulière, à qui
il adresse offrandes et prières, tandis que l'empereur,
divinisé depuis Auguste, incarne physiquement la cohésion
impériale. La paix elle-même est une divinité, Pax,
que l'on adore comme pax deorum (paix des dieux), garante de la
prospérité et de la santé des hommes, et de
l'ordre du monde, puis comme pax romana (paix romaine) avec
l'extension de l'empire sur des territoires et des peuples
très différents.
La victoire, signe de faveur divine,
impressionne autant les peuples vaincus et assimilés à
Rome que les Romains eux-mêmes. La civilisation
impériale, dont la capacité d'assimilation des
cultes locaux est considérable (phénomène de
syncrétisme religieux), n'interdit ou ne réprime
pas les cultes locaux (à l'exception du druidisme
gaulois et du christianisme), mais leur intègre celui de la
Paix.
Conscients de l'importance de la
propagande pour asseoir leur pouvoir, les empereurs
s'attachent, pendant la période d'expansion de
l'Empire, à développer le culte de la Paix par
l'érection de temples et la frappe de monnaies à son
effigie. Le recours aux artistes pour célébrer la
paix romaine est fréquent, ainsi en littérature, avec un
exemple de l'éloge de la divine Paix dans le
Panégyrique de
Trajan de Pline le
jeune.
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