 La Gaule romaine (I-IIIe s.) © Intercarto La progression des Romains en Gaule
A partir du début du III e siècle, les Romains, vainqueurs de Carthage, étendent leur hégémonie sur le bassin occidental de la Méditerranée. Entre 197 et 189 av. J.-C., ils reçoivent la soumission des diverses tribus gauloises cisalpines.
Convoitant la Gaule, ils mettent d'abord la main sur le commerce marseillais. Au cours des III e et II e siècle, Marseille est obligée de se défendre contre la poussée de plus en plus forte des tribus celto-ligures. La ville est fortifiée, ainsi que certaines colonies (Saint-Blaise). Mais très vite elle doit appeler les Romains à l'aide: en 181 contre la piraterie ligure, qui sévit dans la région de Nice; en 154 pour repousser les tribus de la côte. Ces appels réitérés aboutissent à la conquête de la Provence après 125 av. J.-C.
En 120 av. J.-C., les Romains ont annexé la partie méridionale de la Gaule Transalpine, qu'ils nomment la Provincia (devenue par la suite la Narbonnaise).
La conquête du sud de la Gaule s'effectue en trois phases: - les deux campagnes contre les Voconces et les Salyens, qui aboutissent à la fondation d'Aix-en-Provence; - l'expédition victorieuse, grâce à l'alliance avec les Eduens, contre les Allobroges et les Arvernes; - les campagnes de pacification et d'organisation des territoires conquis, et, en 118, la fondation de Narbonne.
Les Suèves et les Helvètes sont repoussés, les Belges vaincus; les Armoricains, les Vénètes et les Aquitains sont soumis.
Jules César le conquérant
En 58 av. J.-C.,
Jules César
fait entrer son armée en Gaule à l'appel des Eduens.
Il marche contre les ennemis de ces derniers,
les
Helvètes, puis avance vers le nord-est et défait le
chef germain Arioviste. Après cette double campagne, au lieu
de repasser en Gaule romaine, César cantonne ses troupes dans
le pays même des Eduens. Les autres peuples
s'inquiètent de voir les légions romaines
installées si près d'eux et prennent les armes.
D'où les deux campagnes que César mène dans le
nord puis dans l'ouest de la Gaule en 57 av. J.-C.
L'année suivante, César a pacifié la
quasi-totalité de la Gaule.
En 54 av. J.-C., les Gaulois se liguent
dans le plus grand secret. Une insurrection, presque
générale, éclate. Elle est dirigée par un
guerrier noble du pays des Arvernes,
Vercingétorix.
Au printemps 52 av. J.-C., César échoue dans une
attaque contre Gergovie, la capitale des Arvernes, mais bat les
Gaulois dans la vallée de la Saône. Ces derniers se
réfugient alors sous les murs de la place forte
d'Alésia. César assiège la ville et oblige
Vercingétorix à capituler. Il doit encore réduire
quelques résistances locales, mais, en 51 av. J.-C., la
Gaule est entièrement soumise.
Conformément à une politique
éprouvée de longue date et mise en application en Gaule
transalpine (Provence et Languedoc) depuis 121 av. J.-C.,
Rome va
s'efforcer d'intégrer le pays dans son système
politique, dans sa
civilisation, et
de faire des Gaulois des Gallo-Romains.
Entente et prospérité gallo-romaines
la Gaule connaît pour la
première fois une unité politique et administrative; il
est divisé en quatre provinces - Narbonnaise, Aquitaine,
Lyonnaise et
Belge -
en 27 av. J.-C. et se transforme avec une
étonnante rapidité.
Les premières mesures de
sécurité
Dès 43 av. J.-C., la fondation de Lyon, la
future capitale des Gaules, préfigure l'organisation
administrative réalisée par
Auguste. La
Gaule est divisée en quatre provinces: la Narbonnaise,
l'Aquitaine, la Celtique ou Lyonnaise et la Belgique. Un
réseau routier, centré sur Lyon, les chefs-lieux et les
camps militaires disséminés le long des routes forment
autant de points de cristallisation de la romanité.
L'armée constitue un autre moyen d'assimilation:
César incorpore massivement des Gaulois dans ses
armées, et cette pratique est poursuivie par ses
successeurs. Ces décisions, si elles sont
d'élémentaires mesures de sécurité,
préparent les mesures d'intégration qui leur
succéderont.
Les mesures de l'empereur
Claude
Le règne de
Claude (41-54),
cet «empereur des Gallo-Romains», né à Lyon,
est décisif. Il protège la frontière
nord-orientale de la Gaule des menaces germaniques; il associe
habilement les Gaulois à l'invasion de la Bretagne,
rompant ainsi la solidarité celtique; il interdit la
religion druidique, déjà moribonde il est vrai. En
même temps, il prépare la promotion civique des Gaulois
en leur ouvrant largement l'accès à la
citoyenneté romaine: celle-ci était répandue en
Narbonnaise, où nombre de colonies romaines avaient
été implantées; elle l'était beaucoup
moins dans les autres provinces, où seuls les soldats,
après vingt-cinq ans de service, pouvaient y accéder.
En favorisant la naissance de véritables villes, en leur
donnant une administration calquée sur celle des municipes
italiens, Claude fait progresser la romanisation: les élites
urbaines reçoivent le plein droit de cité en 47,
ce qui leur ouvre l'accès au Sénat. Lorsqu'en
212 l'édit de Caracalla accorde la citoyenneté
romaine à tous les hommes libres de l'Empire, les
élites urbaines des Gaules en profitaient déjà
largement.
Les résistances
En 12 av. J.-C., Auguste réunit à Lyon
une assemblée des représentants des cités des
trois provinces de la Gaule «chevelue» (conquise par
César). L'occasion en est la célébration du
culte de l'empereur et de Rome. Ce conseil, dit «Conseil
des Gaules», se réunit donc sous la direction d'un
prêtre du culte impérial, près d'un autel
situé à la Croix-Rousse. Mais les problèmes
généraux de la Gaule y étaient traités.
Réuni chaque année, ce conseil manifeste
l'originalité de la Gaule en même temps que sa
fidélité à Rome.
D'autre part, la romanisation
rencontra quelques résistances. En dehors du cadre provincial,
Rome, faute d'effectifs suffisants, a laissé subsister
l'organisation traditionnelle de la Gaule: cités et pagi.
Mais la généralisation de l'impôt foncier a
affaibli l'aristocratie gauloise, propriétaire du sol, et
provoqué son mécontentement; des révoltes
antifiscales combinées parfois à des révoltes
nationales éclatent, comme en 21, en pays trévire et
éduen. La révolte de 68-70, plus générale,
n'est plus antiromaine: elle est une protestation contre les
abus de
Néron:
l'assemblée des cités gauloises tenue à Reims
affirme la fidélité des Gaulois à Rome. A cette
date, le Gaulois du temps de l'indépendance a fait place
au Gallo-Romain.
L'urbanisation
Urbanisation et municipalisation ont
été les facteurs de cette évolution vers la
romanisation.
Autour des villes
Certes la Gaule reste un pays rural. Les campagnes
gauloises, qui connaissaient, dès le I
er
s. av. J.-C., une
structure agraire proche de celle de l'Italie, ont
adopté sans difficulté l'organisation romaine.
Après la période de destruction due à la
conquête, la Gaule connaît une prospérité
sans faille: le savoir-faire et la technique gauloises ont pu
s'épanouir grâce à
la paix et
à l'organisation romaines. Mais si la masse de la
population reste rurale, son élite dirigeante se confond
avec la bourgeoisie urbaine.
La ville gallo-romaine
La civilisation urbaine est proprement gallo-romaine.
Colonies romaines comme Lyon ou Narbonne, villes
pérégrines, c'est-à-dire nées
spontanément à partir d'un noyau pré-urbain,
les villes gauloises ont adopté ou adapté le plan
romain: quadrillage de rues avec les deux axes principaux du
Decumanus et du Cardo; au carrefour de ces deux voies, un forum,
qui, en Gaule, est très souvent fermé, rassemble
boutiques et bâtiments administratifs. Le théâtre
s'élève non loin du centre, alors que
l'amphithéâtre et parfois le cirque sont
rejetés à la périphérie. Nombre de petites
villes du nord de la Gaule (comme Lutèce) ont adopté le
demi-amphithéâtre, qui possède à la fois
arène et scène.
Thermes (comme ceux de Cluny à
Lutèce), magasins et entrepôts souterrains (ceux de Lyon
sont célèbres) complètent le paysage urbain, assez
uniforme, de la ville gallo-romaine. D'importants travaux
d'adduction d'eau (l'aqueduc du pont du Gard, les
bassins et canalisations de répartition de Nîmes, par
exemple) assurent à ces villes un minimum de confort.
L'organisation municipale
Ces travaux coûteux sont financés en partie par les
empereurs (
Auguste a
payé les murailles de Nîmes), en partie par les notables
de la ville. Ceux-ci exercent des fonctions municipales, souvent
honorifiques, mais qui sont sources de privilèges. Ils
appartiennent à l'ordre des décurions et leurs
fonctions leur permettent parfois d'accéder à des
postes administratifs plus importants. Ces notables se recrutent
chez les aristocrates ruraux venus se fixer en ville, chez les
vétérans de l'armée romaine, chez les
negotiatores; tous ensemble ils forment la bourgeoisie de la ville.
En dessous, les membres des corporations d'artisans ou de
marchands, riches parvenus, sont écartés des
magistratures municipales, mais le temps comble souvent le
fossé qui les sépare de la bourgeoisie. Enfin, la
plèbe (petits artisans, souvent misérables) trouve dans
la ville divers avantages: dons, spectacles, etc.
La civilisation gallo-romaine
La conquête romaine n'a
guère changé la composition ethnique de la population:
quelques centaines de milliers d'immigrants se sont fondus dans
une population qui reste gauloise. En revanche, la fusion des
civilisations est indéniable, quoique limitée à la
ville. La masse des ruraux reste non seulement ethniquement
gauloise, mais encore de civilisation gauloise.
Les Francs vont
dès lors jouer un rôle prépondérant dans le
destin de la Gaule.
La religion
La religion gallo-romaine permet d'apprécier le
mieux les limites de la fusion. Si le druidisme a été
pourchassé, les dieux et les croyances gauloises sont
restés, comme les divinités animales (le taureau), la
déesse cavalière Epona, le dieu à ramure de cerf
Cernunnos. Mais
des dieux
romains ont été adoptés: Mars, Apollon et
Mercure, que l'on trouve associés à Cernunnos sur
une stèle de Reims. Parfois, la fusion est complète
(cas du Jupiter taurin). Le maintien des traditions celtiques se
manifeste encore dans le temple gallo-romain, construit en
pierre, mais selon le plan carré qu'ont très
généralement adopté
les Celtes.
Le maintien de la langue gauloise
Cette spécificité gallo-romaine dans le domaine
religieux, cette sorte de résistance passive du vieux fond
celtique, s'accompagne du maintien de la langue gauloise dans
les campagnes jusqu'au VI
e
siècle. Seule
l'élite urbaine pratique le latin, langue de culture, de
l'administration, de l'armée, langue, pour tout
dire, de la promotion sociale et civique. Des écoles
urbaines nombreuses l'enseignent.
La pensée gallo-romaine
L'on ne doit pas se dissimuler la médiocrité
de la vie intellectuelle en Gaule romaine. Il faut attendre le
IV
e
siècle pour qu'un auteur
comme Ausone donne quelques titres de noblesse aux lettres
gallo-romaines. Le latin ne fait la conquête de la Gaule, et
sous la forme abâtardie du latin vulgaire, que sous
l'impulsion du
christianisme.
Or celui-ci ne pénètre que tardivement et timidement en
Gaule. L'évolution a été, de ce point de vue,
radicalement différente de celle de l'Espagne
celtibère, rapidement et profondément conquise à
la langue latine.
Malgré ces limites, malgré les
difficultés qui l'éprouvent à partir du
III
e
siècle, la Gaule romaine a
été une réussite dans la mesure où la
distinction vainqueur-vaincu s'est rapidement estompée,
sans que le second renonce à sa propre personnalité.
L'art gallo-romain
La civilisation gallo-romaine offre la
plupart des caractéristiques de la civilisation romaine, car
ce qui appartenait en propre à la Gaule ne laissera, en raison
de l'action brutale de César, que peu de traces.
L'architecture urbaine romaine
Les exigences militaires et administratives romaines
amenèrent en Gaule la création d'un réseau de
petites capitales reliées entre elles par des routes. Ces
mêmes exigences firent surgir de toutes parts les monuments
qui caractérisaient le paysage urbain dans l'ensemble du
monde romain: temples, forums, basiliques, théâtres,
thermes, arcs, portes et aqueducs. Situer l'architecture
romaine en Gaule, c'est donc tout naturellement évoquer
les ruines antiques d'un grand nombre de villes
françaises: Nîmes (les arènes, la Maison
carrée), Arles (le théâtre, les arènes, les
Alyscamps), Orange (arc de triomphe, théâtre),
Saint-Rémy-de-Provence (tombeau des Julii, arc de triomphe),
Vaison (portique de Pompée, théâtre). Les noms de
Saintes, Bordeaux, Lyon, Autun, Paris, Béziers, Fréjus,
Narbonne, etc., indiquent clairement que l'implantation
urbaine et son développement sur l'ensemble du
territoire des Gaules sont à l'origine de l'actuelle
géographie des villes en France. Trèves,
aujourd'hui ville allemande, reflète, par ses ruines
imposantes (Porta nigra, Aula Palatina), ce que fut à son
plus haut niveau l'urbanisme romain en pays conquis.
Il existait pourtant des monuments de
tradition celtique réalisés avec l'aide de la
technique romaine. Ce type de temple est parfaitement
représenté par la tour de Vésone à
Périgueux et le temple de Janus à Autun.
La sculpture
Ronde-bosse ou relief, la sculpture est sans conteste un
art importé de Rome en Gaule.
La tradition
gréco-romaine
La province de la Narbonnaise, qui couvrait une grande
partie du sud de la Gaule, fut le siège d'une importante
école de sculpture dont l'activité se retrouve
jusque dans les antiques de Saint-Rémy-Glanum (environ
20 av. J.-C.) et sur l'arc d'Orange (environ
20 apr. J.-C.). Il n'est pas rare que la
Médée d'Arles ou les Guerriers de Mondragon soient
attribués à cette école. Les fouilles ont
également permis de mettre au jour un nombre
considérable de sculptures de marbre, datant des premiers
siècles de l'Empire, têtes ou statues
d'empereurs, toutes de pur style gréco-romain (
Tibère et
Hadrien à
Vaison, Marcellus et
Auguste à
Arles, figures impériales de Martres-Tolosane, etc).
Les petits bronzes
Les petites figures en bronze (danseurs, danseuses et
animaux) découvertes en 1861 à Neuvy-en-Sullias et
dont le style, à vrai dire, ne s'apparente aucunement
à celui des sculptures romaines permettent de supposer
qu'une tradition nationale celtique se serait maintenue, en
dépit de l'écrasante influence gréco-romaine.
Les bustes et les masques de Bouray, de Bavay, de Notre-Dame
d'Alençon, de Garancière, de Tarbes,
exécutés en tôle de bronze ou de fer,
n'offrant pas un aspect classique, confirmeraient cette
hypothèse. Il est cependant permis, au sujet de ces
œuvres, de s'en tenir à l'idée d'un
art romain mal assimilé, à moins que, la facture
romaine classique ayant, ici et là, perdu sa force
d'attraction, n'aient réapparu d'anciennes
formes primitives de sculpture.
Les arts du métal
En revanche, les survivances celtiques sont incontestables en
ce qui concerne les bijoux et, plus généralement, ce qui
touche aux arts du métal (fibules à émail
cloisonné, par exemple), dans lesquels les Gaulois excellaient
au temps de leur indépendance. Pour le reste, et à peu
d'exceptions près, mosaïques, vaisselle de bronze,
argenterie, céramique (la fameuse céramique sigillée
exportée dans l'Empire entier), tout relève
d'emprunts à la
Grèce et
à
Rome. Une
exception: les origines de la verrerie gallo-romaine (bouteilles
avec fils de verre polychromes appliqués, barillets de
Frontin) sont orientales.
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