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La bourse de Wall Street
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Le succès de la diffusion du modèle culturel américain, tout entier permis par la puissance économique des Etats-Unis, n'est finalement que l'expression d'un savoir-faire antérieur à la guerre.
Le quasi-désert culturel européen ne constitue, en effet, qu'un formidable appel d'air en forme de demande pour l'industrie cinématographique et discographique américaine.
Pourtant, à sa manière, l'irruption des géants de l'industrie hollywoodienne en Europe et, dans une moindre part, en Asie témoigne que rien ne sera plus comme avant.
En 1945, l'économie mondiale vient, dans les trois dernières décennies, de subir de plein fouet deux guerres mondiales et la grande crise économique de 1929. Complètement désorganisée, elle doit faire face à des problèmes qui se posent en termes nouveaux.
Le dollar roi
Pendant trente ans, le système mondial des échanges et des paiements internationaux, assuré jusqu'en 1914 dans le cadre de l'étalon-or, s'était essoufflé à la recherche d'une nouvelle cohérence. Cette impuissance avait pris la forme d'un repli sur les Etats-nations, voire sur des espaces régionaux. C'est la raison pour laquelle la mise au point d'une nouvelle organisation de l'économie internationale après la Seconde Guerre mondiale peut être considérée comme la prise de conscience de la nécessaire solidarité des économies nationales.
D'ailleurs, l'émergence des nouveaux rapports de force stratégiques et militaires ne s'est pas immédiatement traduite dans les projets de réorganisation des échanges; que l'aide du plan Marshall fût offerte aux pays du futur glacis soviétique en est la parfaite illustration. Ce n'est que plus tard, quand la division du monde en deux blocs antagonistes sera avérée, que la constitution du Conseil d'assistance économique mutuelle, ou COMECON, fera pièce à l'organisation des économies libérales.
Pourtant, dès 1941, les Etats-Unis avaient envisagé les problèmes de la reconstruction de l'après-guerre dans une optique libérale. Parmi les objectifs du gouvernement américain figurait en bonne place la disparition des systèmes préférentiels dont la Grande Dépression avait favorisé l'apparition ou renforcé la tendance. L'entrée en guerre des Etats-Unis après le coup de tonnerre de Pearl Harbor constitue à cet égard une étape majeure, comme l'indique le fait que la loi prêt-bail, votée par le Congrès, considérait l'aide matérielle apportée par les Etats-Unis à leurs alliés comme faisant partie de leurs dépenses propres.
A partir de 1944, afin de répondre aux besoins les plus urgents, les Etats-Unis créèrent l'UNRAA (Administration des Nations unies pour les secours à la reconstruction). Les deux plans élaborés en 1943, d'un côté par les Etats-Unis, de l'autre par la Grande-Bretagne, pour tenter d'organiser la coopération internationale étaient guidés par une inspiration commune: il s'agissait de créer un système de changes fixes - finalement assez proche de celui du XIX e siècle -, mais prohibant le recours constant à la déflation chez les pays débiteurs. Inspiration commune, souhait partagé de voir naître une organisation internationale chargée d'autoriser, en cas de nécessité, les dévaluations économiquement justifiées, mais avis divergent quant à la nature de l'institution internationale qui devait présider au nouveau système de changes. Les Britanniques penchaient pour un système autorisant tout pays à compenser ses échanges sans pour autant être astreint à une absolue fixité de son taux de change.
Pour leur part, les propositions américaines visaient à rétablir l'étalon-or: pour Washington, il était plus important de revenir à l'équilibre des balances des paiements entre nations que d'assurer la reconstruction stricto sensu du système des échanges. Au-delà de l'aridité du débat technique, on voit poindre l'enjeu politique. Alors que le Royaume-Uni espère continuer à jouer un rôle international dans le système financier en ne cédant rien sur ses rapports commerciaux avec les pays du Commonwealth, les Etats-Unis s'efforcent d'assurer au dollar le rôle de monnaie mondiale, une prétention que leur prééminence économique semble pouvoir légitimer. La solution américaine s'imposera. Si le système mis en place à Bretton Woods en 1944 n'est pas sans rappeler le Gold Exchange Standard de l'entre-deux-guerres, il s'en démarque par un trait essentiel qui en modifie la nature en profondeur. Dans le cadre du Gold Exchange Standard, la définition de la valeur de la monnaie était donnée en or ou en devises convertibles en or.
En revanche, le système de Bretton Woods introduit une perspective toute différente en stipulant que la définition de la monnaie se fait «en termes d'or, pris comme commun dénominateur, ou en dollars des Etats-Unis, du poids et du titre en vigueur le 1er juillet 1944». De surcroît, si une banque centrale est amenée à vendre ou à acheter de l'or contre sa monnaie à la parité-or déclarée de cette dernière, elle est dispensée d'intervenir sur le marché des changes. Cette disposition va se révéler favorable aux intérêts américains.
En effet, à la fin de 1947, les Etats-Unis pouvaient déclarer - par simple lettre adressée au Fonds monétaire international (FMI) - qu'ils vendraient et achèteraient de l'or contre des dollars à 35 dollars l'once à toute banque centrale qui en ferait la demande: ce qu'ils étaient en réalité pratiquement les seuls à pouvoir faire en raison du volume considérable de leur stock de métal précieux. Les Etats-Unis ont pu financer leur déficit avec la monnaie nationale, puisque les banques centrales des pays partenaires se trouvaient dans l'obligation par convention de racheter le dollar à taux fixe de manière à maintenir leur propre parité. On peut objecter que ces dollars étaient convertibles en or. Certes. Mais encore aurait-il fallu que les autorités américaines puissent se procurer du métal à proportion des dollars émis en règlement de leur déficit extérieur: au prix devenu trop bas de 35 dollars l'once, l'affaire se révéla rapidement impossible. C'est ainsi que s'est mis en place le système de création de monnaie internationale par le déficit extérieur des Etats-Unis.
Arsenal des démocraties pendant la guerre, les Etats-Unis étaient prêts à organiser le grand jeu des échanges financiers et commerciaux sitôt la paix revenue. Dès 1945, la puissance américaine reprend le rôle de régulateur du commerce mondial qui avait échu avant 1914 à la Grande-Bretagne. Aussi, à partir de la guerre, l'allure conjoncturelle américaine a-t-elle largement conditionné la croissance et les fluctuations de nombreuses économies nationales.
La parenthèse réformatrice en URSS
A l'égard de l'URSS, le
rôle de l'aide américaine pendant la guerre trouve
des prolongements au cours des années 1945-1946. Tout au
long du conflit, le concours des Etats-Unis a été
utilisé de façon beaucoup plus efficace qu'il ne
l'avait été dans les années 1930, quand
Moscou importait ce qui lui faisait défaut, il est vrai à
prix fort. Sous la pression des événements, les
conditions de fonctionnement de l'économie soviétique
se sont alors fortement améliorées. Les gains de
productivité obtenus dans l'industrie de l'armement
entre 1942 et 1944 l'indiquent clairement.
Il n'est donc pas étonnant que
l'expérience de la guerre ait amené un certain
nombre d'économistes soviétiques à
considérer sous un angle nouveau la forme future de
l'économie planifiée. C'est probablement dans
le domaine agricole que les tendances réformatrices se sont
le mieux exprimées. Une forme de décollectivisation
s'observe en Ukraine par le biais de contrats passés par
les kolkhozes avec les familles paysannes organisées en
brigades. Impulsées par A. Doubynine, responsable de la
reconstruction en Ukraine, ces réformes sont alors soutenues
par Nikita Khrouchtchev. Expériences innovantes
également dans l'industrie. Les méthodes de
planification font l'objet de débats importants durant
l'hiver 1945-1946. Certaines des pratiques qui se
mettent en place ne sont pas sans rappeler ce que prônaient
des adversaires de la collectivisation, comme Boukharine,
en 1927 et 1928. De nombreux articles paraissent qui
tournent autour de l'efficacité des investissements,
certains auteurs appelant à la mise en place de
critères «objectifs» de gestion de
l'économie. Jusqu'au plan de reconstruction du pays,
qui suscite des discussions quant à la nécessité
d'envisager la planification sur un mode plus souple.
Toutefois, en choisissant le camp des conservateurs - dont
Malenkov et Beria orchestrent la partition -, Staline sonne
le glas du réformisme. Les économistes qui avaient
manifesté trop d'enthousiasme pour les débats sur
l'efficacité économique sont priés de rentrer
dans le rang de la planification orthodoxe. Nikolaï
Voznessenski, directeur du Gosplan, est arrêté et
exécuté. Quant à Khrouchtchev, il est réduit
à prononcer une humiliante autocritique.
A partir de 1948, la planification
emprunte de nouveau sa syntaxe et sa grammaire aux manuels des
années 1930. Un mouvement de recollectivisation est
à l'œuvre dans les campagnes, qui condamne les effets
positifs des mesures adoptées pendant la guerre et juste
après la fin des combats. La reconstruction s'abîme
dans le chaos économique, l'inefficacité le disputant
au gaspillage. Ce brutal retour au dogme planificateur est
très exactement contemporain du «coup de Prague»,
qui écrit la première page du grand livre de la guerre
froide. D'ailleurs, la planification telle qu'elle
s'impose au même moment dans les pays du bloc communiste
se fait, non sur le mode des expériences de 1945, mais
bien plutôt sur celui des années 1930: au plan
économique, la soviétisation de l'Europe de l'Est
apparaît comme un surgeon de l'industrialisation
accélérée qu'a connue l'URSS quinze ans
auparavant.
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