 Le cimetière américain de Saint-Laurent-sur-Mer en Normandie Environ 50 millions d'hommes et de femmes ont trouvé la mort durant le Seconde Guerre mondiale.
La mondialisation de la guerre fut encore plus réelle qu'en 1914-1918. Exception faite de l'Amérique latine, de l'Australie et d'une partie de l'Afrique noire, le conflit a sévi partout et s'est déployé sur tous les océans.
Un lourd bilan
Les pertes humaines sont énormes:
environ 50 millions d'hommes et de femmes ont trouvé
la mort, et pour la première fois les pertes civiles sont plus
importantes que les pertes militaires. Certains pays sont
particulièrement touchés: l'URSS a perdu près de
19 millions de morts (10 % de sa population), la Pologne
20 %, la Yougoslavie plus de 15 %, alors que les
Américains, malgré l'ampleur des effectifs
engagés (12'300'000 hommes entre 1941 et 1945),
n'ont laissé sur les champs de bataille que moins de
2 % des leurs.
Le Japon et l'Europe sont en ruine. La
Pologne a perdu 80 % de ses installations industrielles. En
France, les destructions sont plus importantes que celles de la
Première mondiale.
La croyance au progrès, l'idée
selon laquelle les sociétés humaines
s'achemineraient, avec le secours de la science, vers un
état de
civilisation plus
respectueux de la personne humaine, déjà mise à mal
par la Première Guerre mondiale, est une autre des victimes de
la guerre. Les bombardements massifs, la mise au point de la bombe
atomique révèlent les capacités destructrices dont
l'homme s'est doté. Le monde, aussi, prend
connaissance des atrocités commises par les nazis et
l'armée japonaise. L'occupation de l'Europe a
donné lieu à des massacres de villages entiers, comme
à Oradour-sur-Glane, en France. La torture, les prises
d'otages et les exécutions sommaires ont été
utilisées de façon systématique par les armées
d'occupation. Surtout, on découvre avec stupeur les camps
de concentration et la politique d'extermination mise en
œuvre par les nazis à l'encontre des juifs, des
Tsiganes, des Slaves. L'extermination des juifs, que l'on
nomme «shoah», terme préféré à celui
d'holocauste, frappe particulièrement les consciences par
l'ampleur et la minutie des moyens utilisés: 6 des 10
millions de Juifs que comptait l'Europe d'avant guerre
disparaissent, dans des conditions atroces, durant le conflit.
L'émotion suscitée par ces
crimes est durable, d'autant plus que le procès
d'une partie des dignitaires nazis, organisé par les
Alliés à Nuremberg d'octobre 1945 à octobre
1946, est l'occasion d'exposer dans son horreur, à
l'aide des archives de l'Etat allemand,
l'étendue des crimes commis: le procès se termine
par la condamnation à mort de douze responsables allemands,
pour crimes de guerre ou crimes contre l'humanité
- concept juridique dont les fondations furent posées
à cette occasion. Un procès similaire, tenu à
Tokyo de juin 1946 à novembre 1948, aboutit à la
condamnation à mort de sept dirigeants japonais, dont le
général Tojo, Premier ministre du Japon de 1941 à
1944.
De nouveaux rapports de forces
La guerre a transformé les rapports
de forces entre les Etats. L'Europe, en partie détruite, a
perdu sa puissance financière. Pour financer son effort de
guerre, la Grande-Bretagne a dû emprunter massivement aux
Etats-Unis et vendre une bonne partie de ses actifs. Le pouvoir des
Européens a été ébranlé dans leurs
colonies. En Asie, les succès japonais ont montré les
limites de la puissance des métropoles. De plus, les
Américains, partisans de l'autodétermination des
peuples, favorisent les mouvements indépendantistes.
La domination américaine
La puissance américaine sort du conflit
prodigieusement renforcée. Cette puissance est d'abord
économique. La production industrielle américaine, qui
n'est égale qu'à 76 % de la production
européenne en 1938, en représente 151 % en 1947.
Les Etats-Unis dominent aussi le commerce mondial: ils ont
construit en quatre ans 53 millions de tonnes de navires
marchands, et la flotte commerciale américaine, qui se
limitait à 16 % de la flotte mondiale en 1938, en
représente plus de la moitié en 1945. Enfin, les
prêts et les livraisons consentis aux Alliés ont permis
aux Etats-Unis d'accumuler d'énormes réserves
financières: plus de 70 % des réserves mondiales
d'or (URSS exceptée). A cela s'ajoute le poids
d'une armée dotée d'un équipement
considérable et qui est la seule à disposer de la bombe
atomique.
Le prestige soviétique
Les pays neufs, dominions britanniques et pays de
l'Amérique du Sud, ont également
bénéficié de la guerre, mais le second Grand est
désormais l'URSS. Si l'économie soviétique
ne peut rivaliser avec celle des Etats-Unis (en 1948, la production
d'acier de l'URSS représente à peine le quart de
la production américaine), l'Armée rouge, nombreuse
et bien équipée, campe au centre de l'Europe. De
plus, Staline et le régime soviétique
bénéficient du prestige de la lutte héroïque
menée contre l'envahisseur allemand.
De Yalta à Potsdam: la réorganisation du monde
Alors que la guerre n'est pas encore
achevée, les deux vainqueurs s'attellent à la
réorganisation du monde.
La conférence de Yalta
La conférence de Yalta, tenue en Crimée du 4 au
12 février 1945, a pour objet la définition des
priorités qui devront guider la réorganisation du
monde. Quelques principes généraux sont
énoncés: possibilité pour les peuples de choisir
librement leur gouvernement et règlement des conflits
internationaux par la diplomatie. Les autres décisions
concernent essentiellement le sort de l'Allemagne et de
l'Europe orientale. Staline obtient de Roosevelt, soucieux de
s'assurer son concours dans la guerre contre le Japon, le
retour à l'URSS des régions perdues par la Russie
de 1918 à 1921. L'Allemagne, amputée de sa partie
orientale au profit de la Pologne, sera divisée en zones
d'occupation, et son potentiel industriel et militaire sera
sévèrement contrôlé.
La création de l'ONU
La création d'une Organisation des Nations unies,
chargée d'arbitrer les conflits internationaux, est
décidée à Yalta.
L'organisation en est définie par
la charte de San Francisco, signée le 26 juin 1945.
L'Assemblée générale réunit les
représentants des Etats membres, les vaincus n'en faisant
pas partie, mais le pouvoir réel appartient au Conseil de
sécurité réunissant cinq membres permanents - URSS,
Etats-Unis, Chine, Grande-Bretagne, France -, tous dotés
d'un droit de veto, et six membres élus pour deux ans par
l'Assemblée générale.
La conférence de Potsdam
L'entente présidant à la création de
l'ONU est peu durable. La conférence de Potsdam, du
17 juillet au 2 août 1945, permet de constater
l'étendue des désaccords. Les Soviétiques
veulent transformer l'Europe orientale en un glacis
défensif, soumis à leur influence: Truman, qui n'a
plus besoin de l'aide de l'URSS contre le Japon et qui
dispose de l'arme nucléaire, refuse d'avaliser ces
prétentions, réclame des élections libres et
n'accepte pas de reconnaître le tracé oriental de la
frontière allemande. Les désaccords sur le sort de
l'Allemagne sont également profonds.
Les nouvelles frontières
Le règlement du conflit résulte de décisions
unilatérales prises par les deux Grands dans leurs zones
d'influence respectives. En Europe, l'URSS est la
principale bénéficiaire du conflit. Elle retrouve les
régions perdues après 1917, elle annexe une partie de la
Prusse-Orientale, la Carélie prise sur la Finlande et la
Ruthénie aux dépens de la Tchécoslovaquie. Pour
compenser ses pertes à l'est, les frontières de la
Pologne sont repoussées à l'ouest, ce qui fait de
l'Allemagne la principale victime de ce réajustement, qui
s'accompagne de vastes transferts de populations: 12 millions
d'Allemands doivent quitter leur pays, et plusieurs millions de
Polonais sont transférés des régions annexées
par l'URSS vers l'ouest. En Asie, le Japon doit abandonner
toutes ses possessions hors de l'archipel, ainsi que le nord de
celui-ci. En Afrique, l'Italie perd ses colonies, qui, à
l'exception de l'Erythrée, accèdent à
l'indépendance.
Les débuts de la «guerre froide»
Ce monde nouveau est très vite
dominé par l'affrontement de deux blocs, unis l'un
autour des Etats-Unis, l'autre autour de l'URSS.
L'implantation soviétique en
Europe orientale
Aux divergences sur le sort de l'Allemagne s'ajoute
l'opposition des Américains à la politique de
Staline en Europe orientale. Dès l'automne 1945, Staline
a favorisé dans les pays de cette Europe l'arrivée
au pouvoir de partisans de l'URSS et soutenu le parti
communiste grec dans sa guérilla contre le régime
appuyé par les Anglo-Saxons, ce qui provoque un durcissement
de la position occidentale.
Churchill,
évoquant le «rideau de fer» qui tombe sur
l'Europe, invite dès 1946 «les peuples de langue
anglaise à s'unir pour enlever toute tentation à
l'ambition ou à l'aventure».
Le plan Marshall
Mais c'est l'année 1947 qui marque
véritablement la rupture entre les alliés d'hier.
En mars, les Etats-Unis accordent une assistance économique
et militaire à la
Grèce. En
juin, le secrétaire d'Etat George Marshall annonce
l'intention du gouvernement américain d'aider
l'Europe à se redresser. Une aide économique
importante doit, en soutenant l'économie
européenne, fournir un marché aux exportations
américaines et empêcher le succès des mouvements
communistes en Europe occidentale grâce à une
amélioration du sort des populations. Les Soviétiques
dénoncent les conditions nécessaires à
l'obtention du plan Marshall.
L'antagonisme idéologique
Deux blocs se constituent, et ce clivage est
présenté par leurs dirigeants comme un irréductible
conflit idéologique, ce qui leur permet de pourchasser
contestataires et opposants: les ministres communistes doivent
quitter les gouvernements des pays occidentaux. En juillet, le
diplomate américain George Kennan définit ce qui sera la
politique de son pays durant vingt ans, le containment: il
s'agit d'opposer aux Soviétiques une «force
inaltérable en tous points où ils montreront leur
volonté d'empiéter sur les intérêts
d'un monde pacifique et stable». L'URSS accentue
cependant sa mainmise sur les pays de l'Europe de l'Est. Un
Bureau d'information des partis communistes et ouvriers, le
Kominform, est mis en place, et le délégué
soviétique y fait admettre le principe selon lequel le monde
est désormais divisé en deux camps
irrémédiablement antagonistes. La guerre froide est
commencée.
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