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La bataille de France

Puis la France Combattante
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Sommaire

     Contexte géopolitique
         La « drôle de guerre »
         Genèse du plan allemand
     Forces en présence au 10 mai
     ''Fall Gelb'' (plan jaune)
         La percée de Sedan et ses conséquences
         Le tournant de Dunkerque
     ''Fall Rot'' : l'invasion de la France
         L'effondrement et la demande d'armistice
     Conditions d’armistice
     Les pertes
     Les raisons de la défaite française
         Aviation , DCA et artillerie
         Blindés
         Stratégie et tactique
         L'état major de l'armée française
         Défaitisme des classes dirigeantes
         Succès français
     Chronologie

 

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la bataille de France désigne l'invasion allemande des Pays-Bas, de la Belgique, du Luxembourg et de la France en 1940. L'offensive débute le 10 mai 1940, mettant fin à la « drôle de guerre », et se termine le 22 juin par la défaite des forces armées françaises et la signature de l'armistice par le gouvernement Pétain.

Le territoire des quatre pays est alors occupé militairement selon différentes modalités, principalement : une zone occupée par l'Allemagne au Nord et à l'Ouest, une zone occupée par l'Italie dans le Sud-Est et une zone libre sous l'autorité du gouvernement de Vichy. Ces territoires sont libérés par les offensives alliées à partir de 1944.

Contexte géopolitique

 18 juillet 1936 au 1er avril 1939 : la guerre d'Espagne. Le Premier ministre britannique Neville Chamberlain refusant d'aider le gouvernement républicain espagnol, le gouvernement de Léon Blum ne peut déroger aux accords de l'Entente cordiale franco-britannique, ce qui permet à la dictature militaire de Franco de s’établir, et à Hitler et Mussolini d’intervenir aux côtés des militaires espagnols putschistes et de tester leurs armes de guerre respectives.
 30 septembre 1938 : les accords de Munich donnent les Sudètes à Hitler. Avant de signer cet accord, le Premier ministre britannique Neville Chamberlain avait rencontré trois fois Hitler, sachant que le Royaume-Uni n'était pas suffisamment armé pour faire face aux ambitions du Troisième Reich et que les populations britannique et française ne voulaient pas d'une nouvelle guerre.

Lors de son retour à Londres, Chamberlain déclare : ().

De son côté, Édouard Daladier — Président du Conseil français — amer et lucide, confiera dans l'avion du retour à Alexis Léger, alias Saint-John Perse, secrétaire général du Quai d'Orsay :
 15 mars 1939 : invasion de la Bohême-Moravie, partie occidentale de la Tchécoslovaquie par le Troisième Reich.
 1er septembre 1939, à : les troupes allemandes envahissent la Pologne, sans déclaration de guerre, et après d'intenses bombardements. Le pays est occupé par l’Allemagne et son alliée l’URSS. Le Royaume-Uni et la France déclarent la guerre à l'Allemagne deux jours plus tard le 3 septembre.

La « drôle de guerre »

Après l'invasion de la Pologne en septembre 1939, les Alliés déclarent la guerre à l'Allemagne. La rapidité de l'invasion de la Pologne surprend les commandements français et britannique sans pour autant les inquiéter. De substantielles erreurs, ou supposées telles, du commandement polonais sont identifiées. L'opinion générale est que la partie sera difficile, mais la certitude de la victoire l'emporte, l’armée française étant réputée la meilleure au monde.

Adoptant alors une stratégie défensive, les deux alliés, laissent l'Allemagne envahir la Pologne. L’armée française attaque mollement le 7 septembre, avec deux corps d’armée (9 de ses 102 divisions), sur la Sarre. L’offensive de la Sarre dure dix jours, et n’avance que de dix kilomètres en territoire allemand. La conception des grandes unités françaises ne permet pas l'offensive à outrance, essentiellement par manque d'outil logistique adéquat. Le gouvernement polonais exprime son désappointement, alors même que la France avait signé un traité d'assistance mutuelle avec lui. Le général Gamelin n'envisage aucune attaque supplémentaire sur l'Allemagne.

L'Allemagne écrase par sa puissance mécanique l'armée polonaise, courageuse mais prise sur deux fronts car, à partir du 17 septembre, elle est attaquée par les Soviétiques à l'est, en application d'un protocole secret du Pacte germano-soviétique. La propagande nazie n'insiste pas sur ce détail et trouve une certaine complaisance ou naïveté chez ses ennemis où le prétendu de la Pologne renforce à point nommé le mythe d'une armée allemande invincible, la France rappelle ses troupes qui quittent l'Allemagne le 17 octobre.

À part cela, la France ne fait rien de concret. Elle avait pourtant peu à craindre des Allemands car à peu près toutes leurs troupes étaient engagées dans la campagne de Pologne. Les états-majors britannique et français étaient persuadés qu'ils pouvaient bloquer les Allemands comme lors de la Première Guerre mondiale, et ce, malgré la démonstration de force des stratégies allemandes. Après la défaite polonaise, les troupes françaises quittent les avant-postes de la Sarre et se replient derrière la ligne Maginot. Les forces du Royaume-Uni, qui avait envoyé sur le continent un Corps expéditionnaire britannique (en anglais British Expeditionary Force ou BEF en abrégé), s'installent dans l'attente du prochain mouvement allemand, en maintenant un blocus maritime afin de provoquer l’effondrement allemand comme en 14-18.

Cette période de trêve tacite, que l'on surnomma la « drôle de guerre », dure jusqu'au 9/avril/1940, date de l'opération Weserübung lancée par l'Allemagne sur le Danemark et la Norvège, pour devancer les Alliés qui prévoyaient d'envoyer un corps expéditionnaire à Narvik pour des raisons stratégiques.

Hitler, qui voulait une attaque sur l'Europe occidentale le 12 novembre 1939 juste après l'invasion de la Pologne, est convaincu par son état-major de la reporter à l'année suivante. La Wehrmacht prépare pendant ce temps les plans d'invasion.

Genèse du plan allemand

À l'origine, l’Oberkommando der Wehrmacht (grand état-major de la Wehrmacht) ou OKW envisageait une attaque du front ouest en préconisant une stratégie d'enveloppement des armées alliées par le nord ; en quelque sorte une reprise du plan Schlieffen de 1914 qui aurait amené un puissant groupe d'armées B, du général von Bock, stationné au nord du front allemand, à déborder les unités franco-britanno-belges sur leur aile gauche, par une offensive blindée à travers la Belgique et les Pays-Bas, et d'en rabattre les éléments défaits sur la région lorraine. Dans un deuxième temps, il était envisagé de prendre en tenaille les troupes alliées restantes ; le groupe d'armées B venant de l'ouest les repoussant sur le groupe d'armées A du général von Rundstedt, placé entre le groupe d'armées B et le groupe d'armées C, lui-même au sud du front vers l'Alsace, et qui aurait joué le rôle d'une enclume sur laquelle auraient été définitivement écrasées les meilleures divisions alliées. Les Alliés eurent connaissance de ce plan initial par les Belges, à la suite de l'atterrissage forcé d'un avion de la Luftwaffe, à Mechelen-sur-Meuse en Belgique, le 10 janvier 1940 et à la saisie de documents dont était porteur un officier allemand.

  Fall Gelb  , l autre plan jaune concocté par Manstein à la veille de la bataille de France.
Fall Gelb, l'autre plan jaune concocté par Manstein à la veille de la bataille de France.

Suite à l'attaque de la Pologne, Hitler, dont les plans d'expansion à l'Est, élaborés de longue date (1922), étaient de soumettre la Russie afin de permettre la conquête d'un pour le peuple allemand (le Lebensraum), ainsi que la dont elle était censée être le berceau, et qui espérait pour cela le concours de l'Angleterre, fut surpris de sa réaction et de celle de la France car il avait fait l'erreur de croire à la passivité des puissances occidentales, comme lors de ses précédentes agressions, en particulier contre la Tchécoslovaquie et pensait qu'il en serait de même pour sa revendication sur le corridor de Dantzig.

Bien que la déclaration de guerre des Alliés occidentaux contrariait ses plans initiaux — la guerre contre l'Union soviétique attendrait —, il souhaitait profiter de l'effet de sa victoire éclair sur la Pologne pour . Une fois la guerre gagnée à l'Ouest, il pourrait se retourner contre le « judéo-bolchevisme » de l'Est et conquérir la Russie afin d'assurer l'avenir à long terme du Reich, par les ressources immenses de ces territoires. Cependant ses généraux ne mettaient pas la guerre à l'Ouest sur le même plan que la bataille de Pologne, laquelle fut tout de même coûteuse en matériel détruit (la moitié des chars et véhicules à moteurs avaient été mis hors d'état). Ils craignaient la puissance défensive de la France (son immense armée et sa ligne Maginot) ainsi que le bloc que constituait l'alliance avec la Grande-Bretagne et son Empire. Ils considéraient que les forces armées allemandes n'étaient pas prêtes pour un conflit, qui, à leurs yeux, ne pouvait que durer. Hitler, dans un premier temps, enragea devant leurs hésitations mais finit par s'incliner devant leurs arguments sur les mauvaises conditions climatiques annoncées (à l'automne 1939) et les problèmes de transport. Il accepta donc de nombreux reports pour le début de l'offensive (un total de 29). L'intervention en Scandinavie fut ensuite une priorité. Toute la période de la « drôle de guerre » permit, en fin de compte, un renforcement très important des moyens militaires allemands et la mise au point d'un plan d'attaque audacieux. Ce plan, issu d'une idée du général Manstein, consistait à attaquer à l'endroit le plus inattendu. Hitler le fit sien.

Le plan de Manstein, baptisé par Winston Churchill « Sichelschnitt » (coup de faucille), prenait le contre-pied de la théorie précédente et préconisait une attaque en force venue, non plus du nord, mais du centre. Il partait de l'hypothèse qu'il fallait surprendre l'adversaire au défaut de la cuirasse puis, la surprise passée, le prendre de vitesse dans une avance rapide vers la Manche : le pivot de l'offensive ne pouvait se trouver qu'à travers le massif boisé de l'Ardenne, région défendue par des unités françaises de réservistes mal armés et sous-équipés et lieu précis où l'on avait arrêté la construction de la ligne Maginot. Ce nouveau plan, par sa hardiesse même et sa logique tant tactique que stratégique, enthousiasma Hitler qui l'imposa à un OKW réticent.

Dès lors, le Fall Gelb (plan jaune) vit le jour ; désormais le poids du succès reposait sur le groupe d'armées du centre, le groupe d'armées A, de von Rundstedt, dont on s'empressa de renforcer les capacités opérationnelles en mettant à sa disposition les deux tiers des forces blindées de toute l'armée (7 divisions blindées et 3 divisions mécanisées). Pendant que groupe d'armées B, du général von Bock envahissait la Belgique et les Pays-Bas, entrainant l'intervention des armées alliées dans ce secteur du front, le groupe d'armées de von Rundstedt, constitué de trois armées et des blindés de von Kleist, devait attaquer plein ouest depuis les frontières belge et luxembourgeoise, percer sur la Meuse, entre Sedan et Namur, en franchissant les Ardennes. Tandis que le groupe d'armées C, de von Leeb, fixait les unités françaises de la ligne Maginot et du Rhin.

Forces en présence au 10 mai

Nation nombre de divisions nombre de canons nombre de chars nombre d'avions
France 86 10 700 (a) 3 700 1 400
Royaume-Uni (b) 10 1 300 310 460
Belgique 22 1 400 100 250
Pays-Bas 9 700 1 175
Luxembourg 1 ? ? ?
Pologne 1 ? ? ?
Total des armées alliées 145 14 100 4 111 2 285
Allemagne 141 2550

 

(a) En ce qui concerne la France, si nous connaissons exactement le chiffre des matériels en date du 1939, il en va différemment pour celui du 10 mai 1940. Ainsi l'armée française disposait, dès septembre 1939, de 2946blindés, dont 2300chars et , auxquels il fallait adjoindre 1590chars démodés (Renault FT-17 et Char 2C) et 3700chenillettes de transport et ravitaillement. En outre de septembre 1939 à mai 1940, (dont 1597chars ; ) avaient été produits, dont 264 livrés à la Turquie et la Roumanie, et une autre partie inachevés et restés au parc du matériel de Gien (environ 700). Quoiqu'il en fut, au 10 mai 1940, la France possédait un minimum de , sans compter plusieurs milliers d'autres véhicules blindés légers, automitrailleuses, chars obsolètes ou chenillettes d'infanterie.

(b) Ne sont pris en compte que l'armement et effectifs du BEF (British Expeditionary Force) en France au 10 mai.

(c) Ce chiffre ne prend en compte que le nombre d'avions réellement opérationnels.



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