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Françoise-Louise Warens © Collection Jean-Jacques Monney, Genève
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Madame de Warens est, comme Jean-Jacques Rousseau, une protestante émigrée de Suisse, installée à Annecy, puis aux Charmettes près de Chambéry et convertie au catholicisme. Elle reçoit même une pension de l'Eglise pour propager la foi catholique en cette région limitrophe des terres de la Réforme et c'est à ce titre que le jeune fugitif genevois lui est adressé en 1728. Elle remplit aussi une fonction politique plus mystérieuse, sans doute d'agent de liaison, pour le compte du roi de Sardaigne, dont dépend alors la Savoie.
Femme de coeur, de goût et de talents, "Maman" fut la protectrice qui permit au jeune Rousseau d'acquérir sa formation intellectuelle et artistique avant d'entrer dans le monde. Malheureusement, la générosité de "la meilleure des femmes" confinait à la prodigalité. Elle avait surtout la manie de se lancer dans d'invraisemblables entreprises commerciales ou industrielles qui finirent en désastres financiers. Son histoire, après la période pendant laquelle elle donna asile à Jean-Jacques, est celle d'une déchéance graduelle. Il la revoit pour la dernière fois en 1754, lors de son voyage à Genève.
Ruinée et usée avant l'âge, elle est presque méconnaissable ("Etait-ce la même Mme de Warens, jadis si brillante? ", Confessions). Elle finira dans la plus sombre misère. Mais c'est l'image de sa radieuse jeunesse que Rousseau fera revivre dans la dernière page qu'il ait écrite et qui lui est dédiée, acquittant ainsi face à la postérité la dette dont il se sent redevable à l'égard de celle qui lui a permis de devenir lui-même.
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