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Sur la route de Vincennes Jean-Jacques Rousseau lit le cahier du Mercure de France © Collection Jean-Jacques Monney, Genève
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C'est pourtant avec une thèse qui prend le contre-pied de l'esprit de l'Encyclopédie que Rousseau va faire son entrée dans le monde littéraire.
Un jour d'octobre, en allant rendre visite à Diderot, toujours emprisonné à Vincennes, il lit dans le Mercure de France le sujet mis au concours pour l'année 1750 par l'Académie de Dijon: "Si le rétablissement des sciences et des arts a contribué à épurer les mœurs". "Si jamais quelque chose a ressemblé à une inspiration subite, c'est le mouvement qui se fit en moi à cette lecture": Jean-Jacques a tout d'un coup l'intuition fondamentale de son système, qui s'exprime tout d'abord dans la prosopopée de Fabricius, écrite sur le champ et insérée ensuite dans le Discours sur les sciences et les arts. Elle donnera naissance, après cet écrit, à ses principales œuvres philosophiques, qui ne font, dit-il, que développer ce qu'il avait aperçu alors, dans un éclair. Cette "expérience philosophique" permet donc de poser, après Rousseau lui-même, l'unité de sa pensée. La vérité qui lui apparaît alors si clairement, et dont la question des sciences et des arts n'est qu'un "corollaire", est celle de l'origine sociale du mal: c'est "l'énigme immémoriale" qu'il pense, "dans sa joie d'explorateur", avoir résolue (V. Goldschmidt).
Ce qu'on a coutume d'appeler " l'illumination de Vincennes " n'est certes pas une révélation tombée du haut du ciel. "Dès sa jeunesse", écrit-il de lui-même, "il entrevoyait une secrète opposition entre la constitution de l'homme et celle de nos sociétés, mais c'était plutôt un sentiment sourd, une notion confuse qu'un jugement clair et développé". La question de l'académie, assez anodine en elle-même, ne "vint tout à coup dessiller ses yeux, débrouiller ce chaos dans sa tête" que parce que ces idées étaient depuis longtemps en gestation et n'attendaient qu'une occasion pour parvenir à la conscience claire.
Rousseau a raison, dans ses écrits autobiographiques, de diviser sa vie en deux parties, séparées par cet événement fondateur. Ce qu'il écrira désormais n'aura plus rien à voir avec les pièces littéraires assez conventionnelles et les fragments d'essais composés jusqu'ici. Aussi, même s'il a déjà écrit un certain nombre d'œuvrettes de ce genre, on peut marquer, comme il le fait lui-même, ce jour d'octobre 1749 comme celui de la naissance de l'écrivain et du philosophe: il est devenu lui-même, entré en possession de sa propre pensée.
Citation (écoutez ce texte en cliquant sur le picto ci-dessus) "Oh Monsieur, si j'avais jamais pu écrire le quart de ce que j'ai vu et senti sous cet arbre, avec quelle clarté j'aurais fait voir toutes les contradictions du système social, avec quelle force j'aurais exposé tous les abus de nos institutions, avec quelle simplicité j'aurais démontré que l'homme est naturellement bon et que c'est par ces institutions seules que les hommes deviennent méchants." (Deuxième Lettre à M. de Malesherbes, O C I, pp.1135-1136)
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