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Représentation du Devin du village illustration Maurice Lenoir © Collection Jean-Jacques Monney, Genève
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Jean-Jacques Rousseau ne passe cependant pas tout son temps à copier de la musique: il en compose aussi. En mars 1752, lors d'un séjour chez son ami François Mussard, à Passy, il jette sur le papier quelques airs d'une pastorale dans le style italien. Sur les encouragements de son hôte, il reprend ces morceaux et esquisse, en l'espace d'une semaine, les paroles et la musique d'un opéra-comique, Le Devin du village. Il finira le récitatif et le "remplissage" en trois semaines à Paris. Son désir d'entendre l'œuvre l'incite à la faire répéter à l'Opéra: son ami, l'écrivain Charles Pinot Duclos, sert d'intermédiaire et, sans que l'on connaisse le nom de l'auteur, la pièce est jouée. Elle plaît immédiatement et l'intendant des Menus Plaisirs la demande pour la cour.
Le 18 octobre 1752, le premier opéra-comique français est ainsi représenté à Fontainebleau, devant le roi Louis XV. Cette pièce est sans prétention, mais sa couleur nouvelle et sa simplicité contrastent avec le style majestueux alors à l'honneur: elle obtient un triomphe. Jean-Jacques, présent à la représentation, connaît un des moments les plus délicieux de son existence, quand " un murmure de surprise et d'applaudissement ", puis une ivresse aussi "pleine" que "douce" envahit la salle.
La nuit qui suit ce grand jour est moins bonne: invité à se présenter le lendemain à l'audience du roi, Jean-Jacques redoute tant son incontinence urinaire que sa timidité, et l'offre quasiment assurée d'une pension l'embarrasse: que deviendrait l'ami de la vérité une fois pensionné par le pouvoir ? Il décide de quitter Fontainebleau avant l'audience. Cette fuite sera l'occasion de sa première brouille avec Diderot, qui blâme vivement sa conduite.
Le Devin du village sera repris en mars 1753, avec le même succès, simultanément au château de Bellevue, avec la marquise de Pompadour dans le rôle de Colin, et à l'Opéra, où il sera joué jusqu'en 1829. Quelques mois plus tôt (décembre 1752), Narcisse ou l'amant de lui-même était représenté à la Comédie française. Paris ne semble parler que de lui, mais une célébrité d'un autre genre l'attendait.
Citation "J'entendais autour de moi un chuchotement de femmes qui me semblaient belles comme des anges, et qui s'entre disaient à mi-voix : cela est charmant, cela est ravissant; il n'y a pas un son là qui ne parle au cœur. Le plaisir de donner de l'émotion à tant d'aimables personnes m'émut moi-même jusqu'aux larmes, et je ne les pus contenir au premier duo en remarquant que je n'étais pas seul à pleurer." (Confessions, l.VIII, O C I, pp.378-379).
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