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La balaille de Savenay En décembre 1793, les troupes vendéennes sont écrasées par les Républicains.
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Indiscutablement située dans le fil des orientations antérieures, très vite marquées par la violence, la Terreur apparaît toutefois à la conjonction de conflits nouveaux et d'une surenchère idéologique, qui forme un des caractères fondamentaux de la Révolution.
La guerre de Vendée
La mort du roi relance la guerre: la Convention décide, le 24 février 1793, de lever 300'000 hommes pour les envoyer aux frontières. Cette mesure s'accompagne de l'envoi d'émissaires de l'Assemblée, les représentants en mission, dans tous les départements pour en surveiller l'application.
Telle est la goutte qui fait déborder le vase: des soulèvements, parfois considérables, ont lieu dans de nombreuses régions. L'armée maîtrise la situation en Bretagne, en Alsace et dans le Massif central, mais échoue au sud de la Loire, permettant que les bandes d'insurgés s'organisent en «armées catholiques et royales». La défaite la plus importante s'étant produite dans le département de la Vendée, les Conventionnels prennent l'habitude de parler de «guerre de Vendée» après mars 1793. L'ampleur des combats et les nouvelles contradictoires en provenance de la région alimentent les rivalités politiques entre les différentes tendances - Girondins, Montagnards, sans-culottes -, qui mènent entre elles une lutte sans merci. Généraux et représentants du peuple se surveillent et se dénoncent, ce qui peut conduire à la guillotine.
Les Girondins, qu'anime toujours Brissot, vont tenter de contrer leurs adversaires montagnards et sans-culottes conduits par les Enragés - tels l'ancien vicaire Jacques Roux et le commis des postes Varlet -, qui veulent taxer les riches et réglementer le prix des grains. En avril, ils mettent Marat en accusation, mais le Tribunal révolutionnaire l'acquitte; puis ils créent une commission de douze membres pour contrôler les sections parisiennes et mettre en accusation d'autres chefs sans-culottes, comme Hébert. Certains Girondins menacent même de réunir les suppléants des Conventionnels dans la ville de Bourges (supposée être au centre de la France) pour atténuer la pression des sans-culottes sur l'Assemblée; ils prononcent des menaces contre Paris, considérée comme la ville de l'anarchie révolutionnaire.
La montée des tensions débouche sur les émeutes populaires des 31 mai et 2 juin 1793: les sans-culottes obtiennent par les armes que le noyau des députés girondins soit arrêté et que la Convention passe aux mains des Montagnards. Or, dans le même temps, les sans-culottes qui étaient à la tête de la Commune de Lyon perdent le pouvoir au profit de révolutionnaires plus modérés, tandis que de nombreux départements et villes prennent fait et cause pour les Girondins évincés, contre la toute-puissance des sections et l'extrémisme parisien.
Le mouvement de protestation affecte surtout la vallée du Rhône, depuis Lons-le-Saunier jusqu'à Marseille; il s'étend à Toulon, touche Bordeaux, qui mobilise, ainsi que les grandes villes de l'Ouest et la Normandie. Aucune unité ne s'établit entre ces différents mouvements qu'on appellera «fédéralistes», violents verbalement mais incapables d'organiser des forces qui chasseraient les sans-culottes sans livrer le pays aux contre-révolutionnaires. Cette incapacité permet aux Parisiens d'assimiler le fédéralisme à la contre-révolution et de le combattre férocement. Lyon, Marseille, puis Toulon sont ainsi livrées, sous l'autorité des représentants en mission, à une répression militaire brutale, à l'automne 1793.
La Terreur militante
Alors que les armées
étrangères assaillent à nouveau toutes les
frontières, que les Britanniques débarquent à
Toulon, que les vendéens contrôlent toute une région
et qu'une jeune femme, Charlotte Corday, vient d'assassiner
Marat (le 13 juillet), la Terreur «est mise à
l'ordre du jour» par la Convention au début de
septembre 1793. Les fédéralistes, les émigrés,
les prêtres réfractaires sont déclarés
«suspects» de crimes contre-révolutionnaires et sont
désormais passibles de la peine capitale. Les rebelles
vendéens doivent être détruits, ainsi que leurs
«repaires»; les Lyonnais et les Marseillais insurgés
doivent également disparaître, et avec eux le nom
même de leurs villes. Des dénonciations suffisent à
désigner les suspects.
L'unité révolutionnaire est
mise cependant à l'épreuve. Les Montagnards, conduits
par
Robespierre,
acceptent un certain nombre de mesures sociales réclamées
par les sans-culottes: la loi du maximum (29 septembre 1793)
fixe les prix des denrées et les salaires; les biens des
émigrés sont mis en vente par petits lots, permettant
leur rachat par la paysannerie; tous les droits pesant encore sur
la terre sont purement et simplement abolis; les grains sont
réquisitionnés. La rupture avec le passé est totale
lorsque le calendrier révolutionnaire, décrété
par Romme et imaginé par Fabre d'Eglantine, remplace le
calendrier romain le 5 octobre 1793 - soit le
14 vendémiaire an II. Ces avancées privent les
Enragés d'un support populaire; ils sont jetés en
prison ou contraints au silence, tandis que les clubs de femmes
révolutionnaires sont fermés et certaines de leurs
porte-parole exécutées ou incarcérées.
Les Montagnards doivent cependant
composer avec la masse des sans-culottes. Ces derniers,
restés puissants au ministère de la Guerre, mettent sur
pied une «armée révolutionnaire» et dirigent
les opérations en Vendée. Hébert, leur nouveau
chef, détient l'un des journaux les plus lus, le
Père Duchesne, d'une grande violence verbale. Lors de
son procès, en octobre, Marie-Antoinette est accusée
des pires maux, de la trahison à l'inceste. Ce
procès dévoile les méthodes funestes
utilisées par la suite contre les hébertistes ou les
dantonistes (faux témoignages, constructions
policières, amalgames). L'ex-reine est
exécutée le 16 octobre; Mme Roland est
guillotinée le 8 novembre.
Dans les départements, une partie
des représentants en mission mettent en œuvre une
«terreur» qui s'en prend aux révolutionnaires
modérés comme aux prêtres (réfractaires ou
constitutionnels): les statues des églises sont
détruites, et des mascarades antireligieuses organisées
à l'occasion de fêtes de la déesse Raison; les
denrées alimentaires possédées par les plus riches
sont réquisitionnées, au besoin violemment, et le
pouvoir est laissé à des groupes d'extrémistes
aux intentions douteuses mais couvertes par des mots d'ordre
politiques.
Se distinguent ainsi Javogues à
Saint-Etienne, Fouché à Lyon, et Carrier à Nantes,
qui fait fusiller et noyer des milliers de personnes après que
les insurgés vendéens eurent lancé une offensive
victorieuse jusqu'à Granville, en novembre, et furent
écrasés au Mans, en décembre. Dans les campagnes du
sud de la Loire où ces derniers sont désormais contenus
(la «Petite Vendée»), le général Turreau
envoie, en janvier 1794, ses «colonnes infernales».
La Terreur contrôlée
Contre l'éparpillement des
initiatives, qui profite aux sans-culottes, les Montagnards
centralisent de plus en plus le pouvoir entre les mains du
Comité de salut public. La lutte politique dure tout
l'automne 1793 et une partie de l'hiver 1794. Robespierre
s'élève contre la déchristianisation et
l'athéisme qui se répandent; la liberté des
cultes est réaffirmée (théoriquement) le 8
décembre, et le «vandalisme» révolutionnaire
est condamné le 10 janvier 1794 par l'abbé
Grégoire, qui stigmatise les destructions gratuites. Dans le
même temps, l'esclavage est aboli dans les colonies.
Avec le renfort d'un nouveau groupe
de révolutionnaires rassemblés autour de
Danton et de
Desmoulins, les «Indulgents», qui veulent arrêter
la Terreur, les Montagnards peuvent ouvrir le procès des
Hébertistes. Fouquier-Tinville, zélé accusateur
public du Tribunal révolutionnaire et soutenu par une
intervention de
Saint-Just, les
inculpe contre toute vraisemblance de complot avec
l'étranger; ils sont exécutés le 24 mars
1794. Leur audience est brisée d'un coup.
Les règlements de compte touchent
aussitôt après les Indulgents, mis en cause pour
corruption. Danton - terrassé par un discours
célèbre de Saint-Just -, Desmoulins et leurs amis sont
envoyés à la guillotine le 5 avril. Des
personnalités qui ont joué un rôle éminent
depuis le début de la Révolution sont ainsi
éliminées par le Comité de salut public. Dans la
Convention violemment secouée par ces deux séries de
crises, les Montagnards robespierristes détiennent
désormais tous les pouvoirs.
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