 L'Empire aztèque de 1492 à 1521 Carte Alain Houot Une histoire fulgurante
Peuple amérindien formant à
l'origine une tribu appartenant au groupe des
Chichimèques, populations nomades précolombiennes du
Mexique
septentrional, les Aztèques investirent remarquablement les
civilisations qui les avaient précédés et furent, au
XV
e
siècle, les fondateurs d'un
empire qui allait dominer tout l'isthme mexicain. Aux
Espagnols, qui les découvrirent et qui conquirent leur empire
en l'espace de trois années (1519-1521), ils offrirent le
spectacle de la grandeur, de l'organisation et du raffinement,
mais aussi celui, terrible, des temples-pyramides tachés du
sang des sacrifices humains.
Le stade tribal: les «gens
d'Aztlán»
A l'origine, les Aztèques ne sont pourtant
qu'une tribu de nomades ou de semi-nomades qui se
déplacent dans les steppes septentrionales du Mexique, vivant
de la chasse et de la cueillette, et peut-être d'une
agriculture épisodique. A la suite d'autres
Chichimèques (peuples «barbares» venus du Nord), ils
se sont introduits, au XII
e
siècle, sur le plateau central, haut
lieu des civilisations mexicaines depuis le début de
l'ère chrétienne (ainsi Teotihuacán, dont
l'apogée se situe entre 300 et 600 après J.-C.). Des
manuscrits aztèques, les codex, décrivent cette errance
à partir d'un lieu légendaire, Aztlán,
d'où la tribu tire son nom: Azteca signifie en effet, dans
la langue nahuatl, «les gens
d'Aztlán».
Quand les Aztèques arrivent sur le haut
plateau central, la brillante civilisation toltèque,
établie autour de Tula depuis le X
e siècle, s'est
déjà effondrée (chute de Tula en 1168), pour
des raisons mal connues. Les
Toltèques se
sont dispersés sur le plateau et au-delà; les
Chichimèques, civilisés à leur contact,
également. Ils ont constitué des dizaines de petites
seigneuries, dont les capitales ne sont séparées souvent
que de quelques kilomètres. Chacune s'enorgueillit
d'une ascendance toltèque, laquelle représente
- et ce jusqu'au XVI
e siècle - noblesse et
légitimité. Les Aztèques sont les derniers venus
dans la vallée de Mexico, occupée en son centre par un
chapelet de lacs et de lagunes; ils trouvent toutes les bonnes
terres prises et sont traités partout en parias.
Le stade semi-sédentaire
Leur première tentative de sédentarisation a lieu
à Chapultepec, sur la rive occidentale du grand lac de
Texcoco. Mais les Aztèques s'attirent l'hostilité
des cités voisines, qui se liguent pour les combattre.
Décimés, ils doivent se réfugier au sud du lac,
près de Colhuacán, vers 1299. Ils obtiennent du
souverain local la permission de s'établir à
proximité, sous condition de tutelle. Relégués sur
des terres rocailleuses, asservis, ils profitent cependant de cette
période de répit, qui durera quelques années, pour
se «toltéquiser».
Chassés de nouveau, repoussés
de toutes parts, ils sont refoulés au milieu des
marécages du lac Texcoco, où ils vont
s'établir définitivement, en 1325, sur un
groupe d'îlots inhospitaliers. En effet, ils y
découvrent le signe attendu de la «Terre promise»
décrit par leurs prêtres-devins à l'origine de
leur migration: un aigle posé sur un cactus, au milieu
d'une végétation aquatique.
Mexico-Tenochtitlán est fondée.
Formation de l'Empire
Après 1325, l'Empire aztèque se
constitue en un peu plus d'un siècle. Par la guerre et
la diplomatie, les anciens parias imposent leur
hégémonie sur les petites seigneuries du haut plateau.
En 1375, Acamapichtli devient le premier souverain
aztèque; il est reconnu descendant de Quetzalcóatl, le
roi-prêtre de Tula qui se confond dans la légende avec
le dieu Quetzalcóatl, le Serpent à plumes.
La Triple Alliance
A cette époque règnent sur la vallée deux
autres puissances: Azcapotzalco, cité tépanèque
avec pour souverain Tezozómoc, et Texcoco, ville fondée
par les Toltèques à l'est du lac homonyme, que
l'on surnommera l'«Athènes de
l'Amérique» à cause de sa civilisation
raffinée. Allié aux Mexicas, Tezozómoc, guerrier
et fin stratège, réussit en 1418 à
s'imposer à Texcoco. Mais un renversement d'alliance
s'opère en 1426, lorsque Tenochtitlán et
Texcoco s'unissent contre le nouveau dirigeant
d'Azcapotzalco. L'ancienne puissance tombe en 1428,
et Texcoco retrouve le tenant légitime de son trône. La
Triple Alliance est désormais scellée pour un
siècle entre les cités de Tenochtitlán, Texcoco et
Tlacopan; elle sera bientôt dominée par Mexico,
Tlacopan restant une comparse, alors que Texcoco s'affirmera
comme un centre brillant des lettres et des arts.
Moctezuma I
En 1440, Moctezuma Ier succède à
Itzcoatl. Fondateur de la grandeur mexica, Moctezuma, qui a alors
quarante ans, entreprend très rapidement une guerre -
qui durera jusqu'à l'arrivée des Espagnols
- contre les peuples nahuas qui vivent de «l'autre
côté des volcans», à l'est, dans la
vallée de Puebla, où se trouvent les seigneuries
indépendantes de Tlaxcala et Cholula. Ce combat
perpétuel, surnommé la «guerre fleurie»,
n'a pas pour but de vaincre ni de soumettre, mais de capturer
le plus de prisonniers possible, afin de les offrir en sacrifice
aux dieux. En effet, le sang humain, «eau
précieuse» rituellement versée, permet seul, dans
la conception religieuse et la cosmogonie aztèques, la
survie des dieux et la perpétuation du monde.
D'autres guerres entreprises par
Moctezuma I
er
et ses successeurs ont pour objectif
d'étendre la domination aztèque sur les riches
contrées tropicales du Sud, de l'Ouest et de l'Est qui
regorgent de plumes chatoyantes, de pierres précieuses, de
coton, de cacao: autant de denrées fort appréciées
de la noblesse aztèque et absentes de la vallée de
Mexico. Moctezuma I
er
soumet peu à peu des villes
importantes et des régions entières jusqu'aux confins
du Guatemala actuel. Sous les règnes d'Ahuitzotl
(1486-1502) et de Moctezuma II (1502-1520), la suprématie
aztèque se renforce encore.
L'organisation de l'Empire
La société aztèque a
gardé de son passé tribal et semi-nomade une organisation
en clans. Ces derniers, qui pratiquent à l'intérieur
de leurs quartiers (calpulli) une forme de démocratie directe
dirigée par les anciens et délèguent des membres au
conseil supérieur de la tribu, ont été
refaçonnés par la phase de la conquête dans un sens
monarchique, militaire et hiérarchique.
L'empereur
L'empereur - tlatoani, «celui qui a la
parole» -, élu parmi les membres du lignage royal
par un collège de dignitaires, exprime la volonté des
dieux. Il est, au début du XVI
e
siècle, un personnage quasi divin,
entouré d'un halo religieux. Sa principale mission
consiste à défendre, à agrandir et à embellir
le temple de Huitzilopochtli, le dieu organisateur du monde des
Aztèques, auquel il offre, souvent lui-même, des
sacrifices.
L'empereur vit dans un palais superbe,
entouré de ses femmes, de ses conseillers, de ses devins, de
ses nains et de ses bouffons. Nul ne peut le regarder en face, ni
le toucher. Il lui est interdit de fouler le sol.
Deux ordres majeurs l'entourent: les
guerriers et les prêtres, vêtus et parés selon leur
rang et leurs mérites. Un système de conventions sociales
et une étiquette de cour compliqués règlent
jusqu'à la façon correcte de tenir et de respirer un
bouquet de fleurs. Les ornements de jade, de turquoise,
d'obsidienne ou d'or, les manteaux tissés ou
brodés, les grands panaches de plumes venues des terres
tropicales, le raffinement de la table de l'empereur, la
richesse de ses jardins en plantes exotiques, tout témoigne de
sa magnificence.
L'exercice du pouvoir
Le pouvoir séculier de l'empereur est
également immense. Comme chef de la guerre, il organise les
campagnes, dispense les hauts grades militaires, distribue butin
et tribut. Il perçoit directement de nombreux impôts,
sous forme de denrées (nourriture, étoffes, pierres
précieuses) et de corvées, et possède de vastes
domaines, cultivés par des serfs. Il est la juridiction
suprême. Mais, en fait, la plupart de ses fonctions sont
déléguées à une véritable armée de
fonctionnaires.
Quatre officiers, électeurs royaux
et membres du tlatocan, le conseil supérieur de la tribu,
sont chargés du pouvoir exécutif. Ils dirigent les
forces armées, maintiennent l'ordre entre les conseils
et arbitrent querelles et rivalités. Deux d'entre eux
ont en charge les affaires judiciaires, un troisième
exécute les sentences, le dernier est un fonctionnaire
mi-civil, mi-militaire. L'administration aztèque compte
d'autres personnages très importants tels les
collecteurs d'impôts (calpixques), les inspecteurs du
travail communal (tequitlatos), les scribes (tlacuilos), les
prêtres, les juges et les policiers.
La justice est un modèle
d'organisation. Grâce à une remarquable
hiérarchie des juridictions, qui comprend des tribunaux
d'instance (teccali) et une cour suprême ou cour
d'appel (tlacxitlan), la justice est rendue avec
rapidité et efficacité. Aucun procès ne dure plus
de quatre-vingts jours, y compris le jugement et
l'arrêt. Les juges sont nommés par le souverain et
par le chef du quartier où se tient le tribunal (quatre
calpulli à Tenochtitlán).
La pyramide sociale
La société aztèque, rigoureusement
hiérarchisée et codifiée, assigne à chacun
une place, à laquelle correspondent vêtements et
atours. Cependant, elle autorise aux «hommes du commun»
une véritable promotion sociale, pour peu qu'ils se
couvrent de gloire au combat.
Au sommet sont les pilli, nobles par la
naissance et membres du lignage royal. Au-dessous sont les
macehualtin, roturiers qui forment le gros de la population. Le
bas de la pyramide est constitué par les mayeques, serfs
attachés à des terres, privées ou appartenant
à l'Etat.
A l'intérieur de la caste des
macehualtin, des classes se différencient par la richesse ou
par les fonctions officielles. En récompense de hauts faits
militaires, des roturiers peuvent recevoir une charge de
calpixque ou de juge. Un «homme du commun» qui a
capturé quatre ennemis à la guerre est promu à la
dignité de tacuhtli, admis dans l'un des ordres de
l'élite militaire, les «chevaliers-tigres» ou
les «chevaliers-aigles», et se voit enfin attribuer un
domaine avec les serfs qui y sont attachés; il est, en
outre, exempté d'impôt à l'égal
d'un noble.
La caste des macehualtin se divise en de
nombreuses autres catégories sociales, dont les plus
prestigieuses sont les pochteca, marchands, également
espions à la solde de l'empereur, chargés de
parcourir l'empire pour en rapporter les plus précieuses
denrées, et les artisans - lapidaires, orfèvres,
plumassiers -, qui portent le nom glorieux des
ancêtres toltèques: totleca. Toutes les occupations
urbaines l'emportent, en termes de distinction, sur celles de
la campagne.
Le système éducatif
Les collèges perpétuent les différences
sociales. Les filles sont envoyées dans une institution
dirigée par des prêtresses, où elles apprennent
les arts ménagers et la religion. Les garçons doivent
passer par l'un des deux systèmes d'éducation
qui coexistent à Mexico. Les fils de commerçants,
d'artisans ou de simples citoyens fréquentent les
«maisons de jeunes gens» (telpochcalli).
Enfants et adolescents y reçoivent
une éducation, essentiellement pratique, de «citoyen
moyen» et de guerrier. Les jeunes gens de cette école
mènent une vie collective assez brillante et libre. Ils
chantent et dansent après le coucher du soleil et ont pour
compagnes de jeunes courtisanes. Ils ne quittent l'école
que pour se marier et prendre les armes. Les fils de dignitaires
suivent un enseignement dispensé par les prêtres dans
les collèges supérieurs (calmecac), annexés aux
temples.
Là, une vie austère et studieuse
prépare les adolescents à la prêtrise ou à
l'exercice de hautes charges de l'Etat. Soumis à des
jeûnes fréquents et à de durs travaux, ils
étudient les livres sacrés, les mythes, le calendrier
divinatoire, l'histoire de leur pays, l'art oratoire, et
s'initient à la poésie et aux bonnes manières.
Maîtrise de soi, abnégation, dévotion aux dieux et
dévouement à la chose publique sont les vertus
cultivées. A vingt ans, ils choisissent le sacerdoce, et par
conséquent le célibat, ou le mariage et le service de
l'Etat.
Une grande civilisation
Fondée sur l'héritage
toltèque, enrichie par l'apport des diverses cultures des
pays soumis ou alliés de l'empire, animée surtout par
le formidable dynamisme de son peuple, la civilisation aztèque
a produit, dans de nombreux domaines, notamment artistiques, des
œuvres remarquables.
Maîtrise du milieu naturel
En 1519, le bassin de Mexico abrite entre
1 million et 1,5 million d'habitants, soit une
densité de 200 h./km
2
, pour une superficie de terres
cultivées qui ne dépasse guère les
3 000 km
2
. L'espace propice à la culture
est en effet très réduit, à cause notamment de la
faible épaisseur des sols, de l'érosion, de la
présence de nombreux lacs et marécages. Le génie
aztèque a su pourtant en tirer un profit maximal grâce
à des techniques agricoles originales: fumage des sols avec
des excréments humains et animaux, irrigation, dry-farming,
élévation de terrasses. Mais le plus remarquable est
sans doute la manière dont les Mexicas ont asséché
une grande partie des lacs de la vallée et mis en valeur les
marais au moyen des chinampas, radeaux de roseaux fixés par
des pieux et couverts d'une couche de terre boueuse où
sont plantés maïs, haricots, courges et piments.
L'agriculture du bassin de Mexico et
celle des régions tropicales sous domination aztèque
ont donné au Vieux Monde les ingrédients d'une
révolution alimentaire: le maïs, une cinquantaine
d'espèces de haricots, dont les haricots verts, les
citrouilles, les oignons, les tomates (tomatl), les pommes de
terre, les cacahuètes (tlacacahuatl), la vanille. A cette
liste non exhaustive, il faut adjoindre une boisson faite avec la
graine de l'amaxocoatl, connue sous le nom de
«cacao» ou «chocolat», qui connaîtra un
tel succès que les Espagnols en boiront même à
l'église.
Cosmologie et cosmogonie
A l'instar des
Mayas et des
Toltèques,
les Mexicas ont élaboré un système très
complexe de calendriers, mêlant observations astronomiques
et métaphysique, instrument de repérage des
phénomènes naturels, tels les saisons ou le mouvement
des astres, mais aussi moyen de déterminer le destin des
hommes et du monde.
Le calendrier solaire est divisé
en 18 mois de 20 jours, soit 360 jours, auxquels
s'ajoutent 5 jours «creux», qui sont
réputés très néfastes et qui, en
l'occurrence, n'ont pas de signe. Le calendrier
divinatoire (tonalpohualli) comporte 260 jours. Chaque jour est
lui-même désigné par un nom, représenté
par un signe (parmi une série de 20 signes) et par un nombre
(de 1 à 13).
Chaque année solaire est
désignée par le nom de son premier jour, pris
lui-même dans le calendrier divinatoire. Seuls quatre signes
peuvent commencer une année: tecpatl (le silex), acatl (le
roseau), calli (la maison), tochtli (le lapin). Combinés
chacun avec les treize nombres fondamentaux du calendrier
divinatoire, ils offrent 52 débuts d'année
possibles. A l'issue de ce cycle de cinquante-deux ans, le
temps est réputé suspendu: il peut alors se dissoudre,
et c'est la fin du monde tant redoutée, ou se
répéter, les anciens signes épuisés
redevenant porteurs de vie à la faveur d'une
cérémonie sacrificielle. Au-delà de ce cycle clos,
les noms des jours et des années se répètent
inlassablement.
Des prêtres sont chargés
d'interpréter les signes et les nombres du calendrier
à l'occasion de multiples événements, tels que
naissances, mariages, départs des marchands pour de
lointains pays, élections des chefs.
Une religion tourmentée
Le dieu des Aztèques à qui est adressé le
culte est guerrier et triomphant. Huitzilopochtli est fils
d'une déesse de la Terre, il personnifie le Soleil par
sa victoire sur ses frères et sœurs, les
Ténèbres et l'Etoile du matin. Soleil et guerre:
tels sont les deux principes organisateurs de la religion
aztèque. Ainsi, les morts au combat ou les sacrifiés
connaissent une survie grandiose, car ils sont chargés
d'aider le Soleil dans sa course. Tous les jours pendant
quatre ans, ils l'accompagnent du levant au zénith.
Passé cette période, ils se métamorphosent en
colibris ou en papillons. Celui qui meurt dans sa maison, au
contraire, disparaît dans les Ténèbres. Dès
son enfance, l'homme aztèque est préparé
à l'idée du sacrifice; il ne doit vivre que pour
donner son cœur et son sang «à notre Mère et
à notre Père, la Terre et le Soleil», et
contribuer de la sorte au bel ordonnancement du monde: permettre
le lever du Soleil, la tombée de la pluie, la pousse du
maïs. La «guerre fleurie», pacte de sang entre
tribus sœurs, de même origine et de même culture,
a été scellée à cette fin.
Les sacrifices humains
Les chroniques rapportent qu'en 1487, au cours des
cérémonies votives qui ont marqué
l'inauguration du Grand Temple de Mexico et le début du
règne d'Ahuitzotl, 80'000 prisonniers ont
été sacrifiés en quatre jours! Si ce nombre
paraît exagéré, on peut raisonnablement penser que
la réalité se situe entre 16'000 et 20'000
personnes immolées.
Dans un sanctuaire situé au sommet
d'une pyramide, les prêtres extirpent avec un couteau
sacrificiel en silex taillé le cœur de la victime
vivante, et le placent dans un réceptacle. Le corps est
dépecé; tandis qu'un prêtre revêt la peau
du sacrifié, les restes sont précipités au bas de la
pyramide. Le Soleil, alimenté par ce fleuve de sang, peut
continuer sa course.
La conquête espagnole
Le 18 février 1519, Hernán Cortés débarque au Yucatán accompagné de quelques dizaines de soldats. Le 13 août 1521, Tenochtitlán tombe sous ses assauts; le dernier empereur est capturé, les Aztèques sont décimés et soumis à jamais.
Les raisons de l'effondrement aztèque On peut se demander pourquoi un Etat organisé à ce point pour la guerre et une civilisation aussi élaborée se sont effondrés comme châteaux de sable devant une poignée d'Espagnols. L'explication tient sans doute au décalage technologique (les Mexicas n'ont ni épées de fer ni armes à feu). Elle tient aussi au pessimisme de la vision religieuse aztèque. Moctezuma II, scrupuleux et méditatif, très attentif aux présages, croit reconnaître dans les Espagnols qui arrivent sur la côte du Mexique les représentants de Quetzalcóatl, le roi-prêtre des Toltèques, le dieu-serpent à plumes dont le retour est annoncé par d'anciennes prophéties. De plus, l'année 1519 coïncide avec la fin d'un cycle calendaire de cinquante-deux ans, qui marque la suspension du temps. Ces êtres étranges, blancs, barbus et vêtus de fer, qui lancent la foudre et possèdent des chevaux, animaux que personne n'a jamais vus au Mexique, ont tous les caractères des dieux. Les Aztèques, prêts à les accepter comme tels, ne veulent que les honorer.
La chute de Tenochtitlán L'explication réside enfin dans la complicité active des peuples voisins, soumis depuis trop longtemps à la puissance mexica, fatigués de donner leur fortune à son empereur, et leurs enfants à ses dieux. Les Totonaques et les seigneurs de Tlaxcala rejoignent Cortés, qui se présente devant Tenochtitlán-Mexico avec une armée de plus de 30'000 indigènes. Moctezuma hésite: il cherche la preuve qu'il se trouve devant des dieux. Il reçoit les Espagnols et prépare pour eux des fêtes, en l'honneur, notamment, de Huitzilopochtli. Mais Cortés doit regagner la côte à la hâte pour combattre des émissaires de l'Espagne venus lui demander des comptes sur son épopée. Pendant ce temps, Alvarado, son lieutenant resté sur place, organise, sous on ne sait quel prétexte, le massacre de la foule venue assister à une cérémonie religieuse. A son retour, Cortés trouve la capitale aztèque en révolte; Moctezuma, tenu responsable de la situation, est tué par le peuple. L'insurrection progresse. Assiégés, Cortés et ses compagnons doivent se frayer un chemin hors de la ville; ils sont décimés par les guerriers aztèques enragés: c'est la Noche Triste (la Nuit Triste) du 30 juin au 1 er juillet 1520. Cortés en réchappe pourtant. Il va reconstituer ses forces et réinvestir méthodiquement Tenochtitlán à partir de la fin de 1520. Le 13 août 1521, au milieu des ruines de sa ville dévastée par les canons, le dernier empereur aztèque se rend aux Espagnols. Il s'appelle Cuauhtémoc, l'«Aigle-qui-tombe», c'est-à-dire le Soleil couchant; le soleil aztèque s'éteint pour toujours.
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