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Dossier(s) : Epoques > Moyen Age > Les civilisations amérindiennes > 

Aztèques

de 1325 après J.-C. à 1520 après J.-C.
© Hachette Livre et/ou Hachette Multimédia

Sommaire

 Une histoire fulgurante
 L'organisation de l'Empire
 Une grande civilisation
 La conquête espagnole

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L'Empire aztèque de 1492 à 1521
Carte Alain Houot
Une histoire fulgurante
Peuple amérindien formant à l'origine une tribu appartenant au groupe des Chichimèques, populations nomades précolombiennes du Mexique septentrional, les Aztèques investirent remarquablement les civilisations qui les avaient précédés et furent, au XV e  siècle, les fondateurs d'un empire qui allait dominer tout l'isthme mexicain. Aux Espagnols, qui les découvrirent et qui conquirent leur empire en l'espace de trois années (1519-1521), ils offrirent le spectacle de la grandeur, de l'organisation et du raffinement, mais aussi celui, terrible, des temples-pyramides tachés du sang des sacrifices humains.  

Le stade tribal: les «gens d'Aztlán»
A l'origine, les Aztèques ne sont pourtant qu'une tribu de nomades ou de semi-nomades qui se déplacent dans les steppes septentrionales du Mexique, vivant de la chasse et de la cueillette, et peut-être d'une agriculture épisodique. A la suite d'autres Chichimèques (peuples «barbares» venus du Nord), ils se sont introduits, au XII
e siècle, sur le plateau central, haut lieu des civilisations mexicaines depuis le début de l'ère chrétienne (ainsi Teotihuacán, dont l'apogée se situe entre 300 et 600 après J.-C.). Des manuscrits aztèques, les codex, décrivent cette errance à partir d'un lieu légendaire, Aztlán, d'où la tribu tire son nom: Azteca signifie en effet, dans la langue nahuatl, «les gens d'Aztlán».

Quand les Aztèques arrivent sur le haut plateau central, la brillante civilisation toltèque, établie autour de Tula depuis le X e siècle, s'est déjà effondrée (chute de Tula en 1168), pour des raisons mal connues. Les Toltèques se sont dispersés sur le plateau et au-delà; les Chichimèques, civilisés à leur contact, également. Ils ont constitué des dizaines de petites seigneuries, dont les capitales ne sont séparées souvent que de quelques kilomètres. Chacune s'enorgueillit d'une ascendance toltèque, laquelle représente - et ce jusqu'au XVI e siècle - noblesse et légitimité. Les Aztèques sont les derniers venus dans la vallée de Mexico, occupée en son centre par un chapelet de lacs et de lagunes; ils trouvent toutes les bonnes terres prises et sont traités partout en parias.  

Le stade semi-sédentaire
Leur première tentative de sédentarisation a lieu à Chapultepec, sur la rive occidentale du grand lac de Texcoco. Mais les Aztèques s'attirent l'hostilité des cités voisines, qui se liguent pour les combattre. Décimés, ils doivent se réfugier au sud du lac, près de Colhuacán, vers 1299. Ils obtiennent du souverain local la permission de s'établir à proximité, sous condition de tutelle. Relégués sur des terres rocailleuses, asservis, ils profitent cependant de cette période de répit, qui durera quelques années, pour se «toltéquiser».  

Chassés de nouveau, repoussés de toutes parts, ils sont refoulés au milieu des marécages du lac Texcoco, où ils vont s'établir définitivement, en 1325, sur un groupe d'îlots inhospitaliers. En effet, ils y découvrent le signe attendu de la «Terre promise» décrit par leurs prêtres-devins à l'origine de leur migration: un aigle posé sur un cactus, au milieu d'une végétation aquatique. Mexico-Tenochtitlán est fondée.  

Formation de l'Empire
Après 1325, l'Empire aztèque se constitue en un peu plus d'un siècle. Par la guerre et la diplomatie, les anciens parias imposent leur hégémonie sur les petites seigneuries du haut plateau. En 1375, Acamapichtli devient le premier souverain aztèque; il est reconnu descendant de Quetzalcóatl, le roi-prêtre de Tula qui se confond dans la légende avec le dieu Quetzalcóatl, le Serpent à plumes.  

La Triple Alliance
A cette époque règnent sur la vallée deux autres puissances: Azcapotzalco, cité tépanèque avec pour souverain Tezozómoc, et Texcoco, ville fondée par les Toltèques à l'est du lac homonyme, que l'on surnommera l'«Athènes de l'Amérique» à cause de sa civilisation raffinée. Allié aux Mexicas, Tezozómoc, guerrier et fin stratège, réussit en 1418 à s'imposer à Texcoco. Mais un renversement d'alliance s'opère en 1426, lorsque Tenochtitlán et Texcoco s'unissent contre le nouveau dirigeant d'Azcapotzalco. L'ancienne puissance tombe en 1428, et Texcoco retrouve le tenant légitime de son trône. La Triple Alliance est désormais scellée pour un siècle entre les cités de Tenochtitlán, Texcoco et Tlacopan; elle sera bientôt dominée par Mexico, Tlacopan restant une comparse, alors que Texcoco s'affirmera comme un centre brillant des lettres et des arts.  

Moctezuma I
En 1440, Moctezuma Ier succède à Itzcoatl. Fondateur de la grandeur mexica, Moctezuma, qui a alors quarante ans, entreprend très rapidement une guerre - qui durera jusqu'à l'arrivée des Espagnols - contre les peuples nahuas qui vivent de «l'autre côté des volcans», à l'est, dans la vallée de Puebla, où se trouvent les seigneuries indépendantes de Tlaxcala et Cholula. Ce combat perpétuel, surnommé la «guerre fleurie», n'a pas pour but de vaincre ni de soumettre, mais de capturer le plus de prisonniers possible, afin de les offrir en sacrifice aux dieux. En effet, le sang humain, «eau précieuse» rituellement versée, permet seul, dans la conception religieuse et la cosmogonie aztèques, la survie des dieux et la perpétuation du monde.  

D'autres guerres entreprises par Moctezuma I er et ses successeurs ont pour objectif d'étendre la domination aztèque sur les riches contrées tropicales du Sud, de l'Ouest et de l'Est qui regorgent de plumes chatoyantes, de pierres précieuses, de coton, de cacao: autant de denrées fort appréciées de la noblesse aztèque et absentes de la vallée de Mexico. Moctezuma I er soumet peu à peu des villes importantes et des régions entières jusqu'aux confins du Guatemala actuel. Sous les règnes d'Ahuitzotl (1486-1502) et de Moctezuma II (1502-1520), la suprématie aztèque se renforce encore.  
 
L'organisation de l'Empire
La société aztèque a gardé de son passé tribal et semi-nomade une organisation en clans. Ces derniers, qui pratiquent à l'intérieur de leurs quartiers (calpulli) une forme de démocratie directe dirigée par les anciens et délèguent des membres au conseil supérieur de la tribu, ont été refaçonnés par la phase de la conquête dans un sens monarchique, militaire et hiérarchique.  

L'empereur
L'empereur - tlatoani, «celui qui a la parole» -, élu parmi les membres du lignage royal par un collège de dignitaires, exprime la volonté des dieux. Il est, au début du XVI
e siècle, un personnage quasi divin, entouré d'un halo religieux. Sa principale mission consiste à défendre, à agrandir et à embellir le temple de Huitzilopochtli, le dieu organisateur du monde des Aztèques, auquel il offre, souvent lui-même, des sacrifices.  

L'empereur vit dans un palais superbe, entouré de ses femmes, de ses conseillers, de ses devins, de ses nains et de ses bouffons. Nul ne peut le regarder en face, ni le toucher. Il lui est interdit de fouler le sol. Deux ordres majeurs l'entourent: les guerriers et les prêtres, vêtus et parés selon leur rang et leurs mérites. Un système de conventions sociales et une étiquette de cour compliqués règlent jusqu'à la façon correcte de tenir et de respirer un bouquet de fleurs. Les ornements de jade, de turquoise, d'obsidienne ou d'or, les manteaux tissés ou brodés, les grands panaches de plumes venues des terres tropicales, le raffinement de la table de l'empereur, la richesse de ses jardins en plantes exotiques, tout témoigne de sa magnificence.  

L'exercice du pouvoir
Le pouvoir séculier de l'empereur est également immense. Comme chef de la guerre, il organise les campagnes, dispense les hauts grades militaires, distribue butin et tribut. Il perçoit directement de nombreux impôts, sous forme de denrées (nourriture, étoffes, pierres précieuses) et de corvées, et possède de vastes domaines, cultivés par des serfs. Il est la juridiction suprême. Mais, en fait, la plupart de ses fonctions sont déléguées à une véritable armée de fonctionnaires.  

Quatre officiers, électeurs royaux et membres du tlatocan, le conseil supérieur de la tribu, sont chargés du pouvoir exécutif. Ils dirigent les forces armées, maintiennent l'ordre entre les conseils et arbitrent querelles et rivalités. Deux d'entre eux ont en charge les affaires judiciaires, un troisième exécute les sentences, le dernier est un fonctionnaire mi-civil, mi-militaire. L'administration aztèque compte d'autres personnages très importants tels les collecteurs d'impôts (calpixques), les inspecteurs du travail communal (tequitlatos), les scribes (tlacuilos), les prêtres, les juges et les policiers.  

La justice est un modèle d'organisation. Grâce à une remarquable hiérarchie des juridictions, qui comprend des tribunaux d'instance (teccali) et une cour suprême ou cour d'appel (tlacxitlan), la justice est rendue avec rapidité et efficacité. Aucun procès ne dure plus de quatre-vingts jours, y compris le jugement et l'arrêt. Les juges sont nommés par le souverain et par le chef du quartier où se tient le tribunal (quatre calpulli à Tenochtitlán).  

La pyramide sociale
La société aztèque, rigoureusement hiérarchisée et codifiée, assigne à chacun une place, à laquelle correspondent vêtements et atours. Cependant, elle autorise aux «hommes du commun» une véritable promotion sociale, pour peu qu'ils se couvrent de gloire au combat.  

Au sommet sont les pilli, nobles par la naissance et membres du lignage royal. Au-dessous sont les macehualtin, roturiers qui forment le gros de la population. Le bas de la pyramide est constitué par les mayeques, serfs attachés à des terres, privées ou appartenant à l'Etat.  

A l'intérieur de la caste des macehualtin, des classes se différencient par la richesse ou par les fonctions officielles. En récompense de hauts faits militaires, des roturiers peuvent recevoir une charge de calpixque ou de juge. Un «homme du commun» qui a capturé quatre ennemis à la guerre est promu à la dignité de tacuhtli, admis dans l'un des ordres de l'élite militaire, les «chevaliers-tigres» ou les «chevaliers-aigles», et se voit enfin attribuer un domaine avec les serfs qui y sont attachés; il est, en outre, exempté d'impôt à l'égal d'un noble.  

La caste des macehualtin se divise en de nombreuses autres catégories sociales, dont les plus prestigieuses sont les pochteca, marchands, également espions à la solde de l'empereur, chargés de parcourir l'empire pour en rapporter les plus précieuses denrées, et les artisans - lapidaires, orfèvres, plumassiers -, qui portent le nom glorieux des ancêtres toltèques: totleca. Toutes les occupations urbaines l'emportent, en termes de distinction, sur celles de la campagne.  

Le système éducatif
Les collèges perpétuent les différences sociales. Les filles sont envoyées dans une institution dirigée par des prêtresses, où elles apprennent les arts ménagers et la religion. Les garçons doivent passer par l'un des deux systèmes d'éducation qui coexistent à Mexico. Les fils de commerçants, d'artisans ou de simples citoyens fréquentent les «maisons de jeunes gens» (telpochcalli).

Enfants et adolescents y reçoivent une éducation, essentiellement pratique, de «citoyen moyen» et de guerrier. Les jeunes gens de cette école mènent une vie collective assez brillante et libre. Ils chantent et dansent après le coucher du soleil et ont pour compagnes de jeunes courtisanes. Ils ne quittent l'école que pour se marier et prendre les armes. Les fils de dignitaires suivent un enseignement dispensé par les prêtres dans les collèges supérieurs (calmecac), annexés aux temples.

Là, une vie austère et studieuse prépare les adolescents à la prêtrise ou à l'exercice de hautes charges de l'Etat. Soumis à des jeûnes fréquents et à de durs travaux, ils étudient les livres sacrés, les mythes, le calendrier divinatoire, l'histoire de leur pays, l'art oratoire, et s'initient à la poésie et aux bonnes manières. Maîtrise de soi, abnégation, dévotion aux dieux et dévouement à la chose publique sont les vertus cultivées. A vingt ans, ils choisissent le sacerdoce, et par conséquent le célibat, ou le mariage et le service de l'Etat.  
 

Une grande civilisation
Fondée sur l'héritage toltèque, enrichie par l'apport des diverses cultures des pays soumis ou alliés de l'empire, animée surtout par le formidable dynamisme de son peuple, la civilisation aztèque a produit, dans de nombreux domaines, notamment artistiques, des œuvres remarquables.  

Maîtrise du milieu naturel
En 1519, le bassin de Mexico abrite entre 1 million et 1,5 million d'habitants, soit une densité de 200 h./km
2 , pour une superficie de terres cultivées qui ne dépasse guère les 3 000 km 2 . L'espace propice à la culture est en effet très réduit, à cause notamment de la faible épaisseur des sols, de l'érosion, de la présence de nombreux lacs et marécages. Le génie aztèque a su pourtant en tirer un profit maximal grâce à des techniques agricoles originales: fumage des sols avec des excréments humains et animaux, irrigation, dry-farming, élévation de terrasses. Mais le plus remarquable est sans doute la manière dont les Mexicas ont asséché une grande partie des lacs de la vallée et mis en valeur les marais au moyen des chinampas, radeaux de roseaux fixés par des pieux et couverts d'une couche de terre boueuse où sont plantés maïs, haricots, courges et piments.  

L'agriculture du bassin de Mexico et celle des régions tropicales sous domination aztèque ont donné au Vieux Monde les ingrédients d'une révolution alimentaire: le maïs, une cinquantaine d'espèces de haricots, dont les haricots verts, les citrouilles, les oignons, les tomates (tomatl), les pommes de terre, les cacahuètes (tlacacahuatl), la vanille. A cette liste non exhaustive, il faut adjoindre une boisson faite avec la graine de l'amaxocoatl, connue sous le nom de «cacao» ou «chocolat», qui connaîtra un tel succès que les Espagnols en boiront même à l'église.  

Cosmologie et cosmogonie
A l'instar des Mayas et des Toltèques, les Mexicas ont élaboré un système très complexe de calendriers, mêlant observations astronomiques et métaphysique, instrument de repérage des phénomènes naturels, tels les saisons ou le mouvement des astres, mais aussi moyen de déterminer le destin des hommes et du monde.  

Le calendrier solaire est divisé en 18 mois de 20 jours, soit 360 jours, auxquels s'ajoutent 5 jours «creux», qui sont réputés très néfastes et qui, en l'occurrence, n'ont pas de signe. Le calendrier divinatoire (tonalpohualli) comporte 260 jours. Chaque jour est lui-même désigné par un nom, représenté par un signe (parmi une série de 20 signes) et par un nombre (de 1 à 13).  

Chaque année solaire est désignée par le nom de son premier jour, pris lui-même dans le calendrier divinatoire. Seuls quatre signes peuvent commencer une année: tecpatl (le silex), acatl (le roseau), calli (la maison), tochtli (le lapin). Combinés chacun avec les treize nombres fondamentaux du calendrier divinatoire, ils offrent 52 débuts d'année possibles. A l'issue de ce cycle de cinquante-deux ans, le temps est réputé suspendu: il peut alors se dissoudre, et c'est la fin du monde tant redoutée, ou se répéter, les anciens signes épuisés redevenant porteurs de vie à la faveur d'une cérémonie sacrificielle. Au-delà de ce cycle clos, les noms des jours et des années se répètent inlassablement.  

Des prêtres sont chargés d'interpréter les signes et les nombres du calendrier à l'occasion de multiples événements, tels que naissances, mariages, départs des marchands pour de lointains pays, élections des chefs.

Une religion tourmentée
Le dieu des Aztèques à qui est adressé le culte est guerrier et triomphant. Huitzilopochtli est fils d'une déesse de la Terre, il personnifie le Soleil par sa victoire sur ses frères et sœurs, les Ténèbres et l'Etoile du matin. Soleil et guerre: tels sont les deux principes organisateurs de la religion aztèque. Ainsi, les morts au combat ou les sacrifiés connaissent une survie grandiose, car ils sont chargés d'aider le Soleil dans sa course. Tous les jours pendant quatre ans, ils l'accompagnent du levant au zénith. Passé cette période, ils se métamorphosent en colibris ou en papillons. Celui qui meurt dans sa maison, au contraire, disparaît dans les Ténèbres. Dès son enfance, l'homme aztèque est préparé à l'idée du sacrifice; il ne doit vivre que pour donner son cœur et son sang «à notre Mère et à notre Père, la Terre et le Soleil», et contribuer de la sorte au bel ordonnancement du monde: permettre le lever du Soleil, la tombée de la pluie, la pousse du maïs. La «guerre fleurie», pacte de sang entre tribus sœurs, de même origine et de même culture, a été scellée à cette fin.  

Les sacrifices humains
Les chroniques rapportent qu'en 1487, au cours des cérémonies votives qui ont marqué l'inauguration du Grand Temple de Mexico et le début du règne d'Ahuitzotl, 80'000 prisonniers ont été sacrifiés en quatre jours! Si ce nombre paraît exagéré, on peut raisonnablement penser que la réalité se situe entre 16'000 et 20'000 personnes immolées.  

Dans un sanctuaire situé au sommet d'une pyramide, les prêtres extirpent avec un couteau sacrificiel en silex taillé le cœur de la victime vivante, et le placent dans un réceptacle. Le corps est dépecé; tandis qu'un prêtre revêt la peau du sacrifié, les restes sont précipités au bas de la pyramide. Le Soleil, alimenté par ce fleuve de sang, peut continuer sa course.

La conquête espagnole
Le 18 février 1519, Hernán Cortés débarque au Yucatán accompagné de quelques dizaines de soldats. Le 13 août 1521, Tenochtitlán tombe sous ses assauts; le dernier empereur est capturé, les Aztèques sont décimés et soumis à jamais.  

Les raisons de l'effondrement aztèque
On peut se demander pourquoi un Etat organisé à ce point pour la guerre et une civilisation aussi élaborée se sont effondrés comme châteaux de sable devant une poignée d'Espagnols. L'explication tient sans doute au décalage technologique (les Mexicas n'ont ni épées de fer ni armes à feu). Elle tient aussi au pessimisme de la vision religieuse aztèque. Moctezuma II, scrupuleux et méditatif, très attentif aux présages, croit reconnaître dans les Espagnols qui arrivent sur la côte du Mexique les représentants de Quetzalcóatl, le roi-prêtre des Toltèques, le dieu-serpent à plumes dont le retour est annoncé par d'anciennes prophéties. De plus, l'année 1519 coïncide avec la fin d'un cycle calendaire de cinquante-deux ans, qui marque la suspension du temps. Ces êtres étranges, blancs, barbus et vêtus de fer, qui lancent la foudre et possèdent des chevaux, animaux que personne n'a jamais vus au Mexique, ont tous les caractères des dieux. Les Aztèques, prêts à les accepter comme tels, ne veulent que les honorer.

La chute de Tenochtitlán
L'explication réside enfin dans la complicité active des peuples voisins, soumis depuis trop longtemps à la puissance mexica, fatigués de donner leur fortune à son empereur, et leurs enfants à ses dieux. Les Totonaques et les seigneurs de Tlaxcala rejoignent Cortés, qui se présente devant Tenochtitlán-Mexico avec une armée de plus de 30'000 indigènes. Moctezuma hésite: il cherche la preuve qu'il se trouve devant des dieux. Il reçoit les Espagnols et prépare pour eux des fêtes, en l'honneur, notamment, de Huitzilopochtli. Mais Cortés doit regagner la côte à la hâte pour combattre des émissaires de l'Espagne venus lui demander des comptes sur son épopée. Pendant ce temps, Alvarado, son lieutenant resté sur place, organise, sous on ne sait quel prétexte, le massacre de la foule venue assister à une cérémonie religieuse. A son retour, Cortés trouve la capitale aztèque en révolte; Moctezuma, tenu responsable de la situation, est tué par le peuple. L'insurrection progresse. Assiégés, Cortés et ses compagnons doivent se frayer un chemin hors de la ville; ils sont décimés par les guerriers aztèques enragés: c'est la Noche Triste (la Nuit Triste) du 30 juin au 1
er juillet 1520. Cortés en réchappe pourtant. Il va reconstituer ses forces et réinvestir méthodiquement Tenochtitlán à partir de la fin de 1520. Le 13 août 1521, au milieu des ruines de sa ville dévastée par les canons, le dernier empereur aztèque se rend aux Espagnols. Il s'appelle Cuauhtémoc, l'«Aigle-qui-tombe», c'est-à-dire le Soleil couchant; le soleil aztèque s'éteint pour toujours.


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