 L'Empire abbasside au début du IXe siècle Carte Hachette Multimédia L'arrivée au pouvoir
Sous le règne des Abbassides,
dynastie de 37 califes qui régnèrent à Bagdad de 750
à 1258, l'Empire arabo-musulman traversa une période
resplendissante, tant sur le plan politique que sur le plan
économique et culturel.
L'avènement des Abbassides,
descendants d'Abou al-Abbas, oncle du prophète
Mahomet, fut
l'aboutissement d'un complot rassemblant, au nom de la
famille du Prophète, de nombreux opposants à
la dynastie des
Omeyyades. Cependant, c'est Abou Mouslim, le chef
d'une armée de nouveaux convertis de la région
orientale de l'Iran nommée Khorasan, hostiles à
l'aristocratie arabe, qui porta Abou 'l-Abbas as-Saffah
au pouvoir. La décisive victoire du Grand Zab (nom d'un
affluent du Tigre) en 750, suivie du massacre des Omeyyades,
laissa aux Abbassides un empire immense, qui allait de
l'Atlantique, à l'ouest, à l'
Indus, à
l'est. Le gouvernement des Abbassides ne s'exerça
que durant deux siècles.
Les Abbassides se confinèrent
ensuite dans un rôle religieux honorifique, abandonnant la
réalité du pouvoir aux militaires, d'abord aux
émirs bouwayhides (945-1055), puis aux sultans seldjoukides
(1055-1194), enfin aux Khwarizmiens, avant d'être
éliminés par les Mongols.
Les Abbassides transfèrèrent de
la
Syrie en
Iraq le cœur
de l'empire; en 762, al-Mansour y fonda Bagdad,
éloignée de la Méditerranée, et substitua le
modèle architectural
perse au
modèle
byzantin, cher aux
Omeyyades. Bagdad, rivale de Byzance, s'imposa au monde par le
luxe de sa cour, la richesse de son commerce et le rayonnement de
sa culture.
Prospérité économique
Malgré les révoltes que
suscitèrent les anciens alliés, frustrés de la
victoire, l'Empire abbasside connut très tôt son
apogée. Les nouveaux califes, parmi lesquels se distinguent
Haroun al-Rachid (786-809), le fastueux calife des Mille et Une
Nuits, et surtout al-Mamoun (813-833), le promoteur des études
scientifiques, autour de la maison de la Sagesse à Bagdad, se
voulaient les chefs des croyants mais ils gouvernèrent en
despotes. Ils s'appuyèrent sur l'armée
khorasanienne et sur la caste des secrétaires persans,
dirigée par le vizir et les docteurs de la Loi (fuqaha). La
vie économique semble avoir été brillante.
L'agriculture paraît
prospère et de nouvelles plantes, comme le coton, le
mûrier, les agrumes, furent cultivées. Pourtant, les
campagnes étaient méprisées et dominées
foncièrement et fiscalement par les villes, qu'animaient
le commerce et l'artisanat. Le Moyen-Orient, au carrefour de
trois continents, jouait pleinement son rôle de zone
transitaire entre l'Extrême-Orient chinois et indien
d'une part, les mondes byzantin et franc de
l'autre.
De nombreuses routes caravanières et
fluviales ou maritimes sillonnaient l'empire et convergeaient
vers Bagdad, apportant
les soieries de
Chine, les épices et le bois de l'Inde, les fourrures
et les esclaves de l'Asie du Nord, les esclaves encore
d'Afrique orientale et du monde slave. Ces échanges,
souvent aux mains de non-musulmans, reposaient sur un système
bancaire très élaboré. L'artisanat, stimulé
par la consommation des grandes villes, fournissait à son tour
des produits pour l'exportation (tissus, papier).
Un âge d'or
Si le changement de califat avait apporté l'égalité ethnique, l'essor économique favorisa la constitution d'une nouvelle classe dirigeante qui supplanta la noblesse arabe devenue inutile par l'arrêt des conquêtes. Un fossé séparait du peuple cette classe formée de propriétaires fonciers, de marchands, de secrétaires, de lettrés, de chefs militaires, et les mécontentements sociaux s'exprimèrent souvent par des oppositions religieuses: chiisme, zoroastrisme.
Le souverain et la cour vivaient loin du peuple, dans le luxe et selon un cérémonial inspiré de l'étiquette sassanide. Aux côtés du calife, véritable monarque absolu, le vizir assurait la direction de l'administration. Celle-ci était devenue de plus en plus complexe: les directions administratives se multiplièrent, et un grand nombre de secrétaires, souvent d'origine iranienne, s'y affairaient. Ces derniers furent largement à l'origine de l'essor des lettres et des sciences, qu'encourageaient les grands califes Haroun al-Rachid et al-Mamoun.
Dans les villes s'élabora la civilisation arabo-musulmane «classique». Les califes abbassides avaient compris la valeur des civilisations antiques, perse, grecque, hindoue, et ils voulurent les intégrer au fond islamique. Un remarquable effort de recherches (traductions, études), mené à Bagdad aux IXe et Xe siècles, conduisit à l'âge d'or de la culture musulmane.
Dans tous les domaines, ce fut l'épanouissement: en poésie avec al-Moutanabbi, en prose avec al-Djahiz (mort en 868), en histoire avec al-Tabari (mort en 923). Des écoles juridiques et théologiques se constituèrent. Les philosophes tentèrent de concilier philosophie antique et foi islamique; les savants transmettaient et firent progresser l'héritage antique en mathématiques et en médecine.
La chute
Cependant, le régime fut très
tôt affaibli par des crises de succession (810-813; 861-870),
par la grande révolte de Babek, qui secoua tout l'ouest de
l'Iran de 816 à 839, et par la volonté
d'autonomie des provinces.
Des dynasties autonomes
L'immensité de l'empire, la lenteur des
communications et le désir d'autonomie régionale
expliquent que les provinces s'émancipèrent
progressivement de la tutelle de Bagdad. Des dynasties autonomes
se formèrent, conservant le cadre institutionnel et culturel
arabo-musulman, mais présentant des traits originaux. Ces
mouvements séparatistes affectèrent d'abord les
régions les plus éloignées de Bagdad, puis les
parties centrales de l'empire:
-
l'Espagne, ou al-Andalous, avec
les Omeyyades de Cordoue (756-1031); Abd ar-Rahman III
prit le titre de calife, en 929;
-
le
Maghreb
central, avec les principautés kharidjites (Tahert,
fondée en 776; Tlemcen, Sidjilmasa);
-
l'Ifriqiya, avec les Aghlabides
(800-909), les Fatimides (909-969), les Zirides (969-1058);
-
le Maroc, avec les Idrissides
(fondation de Fès en 808);
-
le Khorasan, la Transoxiane et
l'Iran oriental, avec les Tahirides (821-873), les
Saffarides (861-908), les Samanides (874-999), les
Ghaznévides (962-1186);
-
l'Egypte, avec les Toulounides
(868-905), les Ikhchidides (939-969), les Fatimides (969-1071);
-
la Syrie et la haute Mésopotamie,
avec les Hamdanides (890-1008).
Tous les émirs locaux
tentèrent de faire de leur capitale une concurrente de
Bagdad, en soutenant les activités économiques et
culturelles. Souvent, ils assurèrent la défense et
l'extension du territoire de l'islam face aux
infidèles. Ainsi, les Aghlabides d'Ifriqiya firent la
conquête de la Sicile (de 826 à 902) et
multiplièrent les incursions en Italie du Sud. De même,
le grand souverain turc ghaznévide Mahmoud (999-1030)
lança une série d'expéditions en Inde, à
partir de sa capitale Ghazna, et fit passer sous la domination de
l'islam le Pendjab et une partie du Sind. Enfin, au Xe
siècle, le hamdanide Sayf al-Dawla dut faire face aux
grandes campagnes menées par Byzance en Syrie du Nord.
Le pouvoir turc
L'introduction des Turcs dans l'armée, par
al-Moutasim (833-842) qui voulait se créer une garde
fidèle, mina le pouvoir central. Dans les premiers temps de
l'islam, l'armée, composée de volontaires
d'origine arabe, s'enrichit progressivement
d'éléments indigènes. Au premier siècle
abbasside, les troupes venues du Khorasan étaient les plus
nombreuses. Dès le deuxième siècle abbasside, les
califes, dont la confiance dans leurs troupes allait en
décroissant, recrutèrent des mercenaires, esclaves
d'origine turque razziés ou achetés à la
frontière orientale de l'empire. Leurs chefs, turcs
eux-mêmes, jouèrent un rôle grandissant, au
détriment de la vieille aristocratie arabe.
Rapidement les Turcs imposèrent
leur loi aux califes; c'est pour eux que fut fondée
Samarra, capitale éphémère au nord de Bagdad
(836-892). Le régime fut encore ébranlé par la
révolte des Zandj, esclaves noirs des salines du bas Iraq
(869-883). La prise du titre califal par les Fatimides
d'Afrique (909) et les Omeyyades d'Espagne (929) rompit
l'unité religieuse. Le califat abbasside fut réduit
à l'Iraq et à ses confins. A partir de 936, une
lutte s'engagea entre les chefs militaires pour le
contrôle du califat, dont sortirent vainqueurs les
Bouwayhides, originaires du sud de la mer Caspienne. Leur
régime (945-1055) consacra la mainmise de l'armée
sur le pouvoir et sur les ressources de l'Etat, tandis que le
commerce fut détourné vers l'Egypte. Cependant,
l'Orient musulman produisit encore quelques génies, tels
Ibn Sina (Avicenne) et al-Birouni.
Les Turcs Seldjoukides intervinrent
en 1055 pour protéger le califat. L'empire qu'ils
fondèrent connut à son tour un éclat de quelques
décennies, suivi d'un long déclin. En 1258, les
Mongols d'Hülegü détruisirent Bagdad et mirent
fin au califat. Pourtant les Mamelouks d'Egypte recueillirent
un survivant abbasside qui maintint fictivement le pouvoir
abbasside jusqu'à l'arrivée des
Ottomans
en 1516.
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