La chrétienté est apparemment en
ordre, fermement contrôlée par la papauté
qu'aident les conciles qu'elle convoque: celui du Latran,
en 1215, est un des plus importants. Elle est
contrôlée aussi par des rois tout imprégnés de
morale chrétienne et respectueux du droit ecclésiastique.
A aucun autre moment de son histoire le
christianisme
n'a été aussi triomphant.
Le dialogue avec les musulmans
Cependant l'obstacle
musulman n'a
pu être éradiqué. Il vaut donc mieux apprendre la
langue et la culture de ces hommes apparemment décidés
à ne pas changer de religion, établir chez eux des
missionnaires, initiés à l'arabe et capables de
discuter de problèmes théologiques, que poursuivre la
politique de l'affrontement. L'esprit de croisade va
disparaître. Louis IX, mort en 1270 devant Tunis,
est l'un des derniers princes d'Occident à
s'être réellement consacré à la
croisade.
Dans ce même siècle, un autre
souverain, l'empereur Frédéric II de
Hohenstaufen, filleul du pape Innocent III, qui l'a
couronné de sa propre initiative, ose montrer
l'intérêt qu'il porte à l'islam, voire
son amitié pour les musulmans. Il négocie avec eux et
obtient leur autorisation pour rétablir le pèlerinage
à Jérusalem. Cette attitude est jugée
intolérable par Rome: Frédéric II est
excommunié et déposé. Après les rois normands
de Sicile au XII
e
siècle, avant Charles IV de
Bohême au XIV
e
siècle, Frédéric II
est cependant le souverain occidental qui a le plus fait pour la
compréhension mutuelle des sociétés
méditerranéennes. Les commerçants italiens, du
reste, n'ont pas attendu le XII
e
ou le XIII
e
siècle pour entretenir des relations
régulières avec l'Afrique du Nord et l'Orient
musulman.
Les Mongols et les Ethiopiens
Puisqu'il est impossible de vaincre
les musulmans, on projette de les contourner pour gagner
l'Orient fabuleux. Or l'horizon semble s'ouvrir avec
l'expansion foudroyante
des Mongols: ils
ne pratiquent officiellement aucune des grandes religions. Le
rêve prend forme de les convertir au christianisme romain. On
leur envoie missionnaires après missionnaires. Les Mongols, en
majorité, choisissent l'islam. La percée
espérée n'est pas accomplie. L'expansion
ottomane, aux
XIV
e
et XV
e
siècles, referme la lucarne
occidentale ouverte sur l'Asie.
Dès le XIII
e
siècle, mais surtout au XIV
e
siècle, la papauté et bon nombre
de clercs occidentaux ont commencé à entrevoir
l'espoir de réaliser avec des peuples africains, notamment
avec
les Ethiopiens,
longtemps ignorés, voire méprisés, l'idéale
alliance de revers contre les musulmans. La papauté, au
concile de Florence, au début du XV
e
siècle, a même cru que les
Ethiopiens rejoindraient l'Eglise romaine.
La papauté contre l'Empire
Cette papauté a pris des dimensions nouvelles. En 1059, un décret réserve aux seuls clercs l'élection pontificale. La papauté se lance dans une politique de réforme de l'Eglise, largement soutenue par les moines et certains laïcs. Mais elle rencontre l'hostilité des empereurs, peu soucieux d'abandonner les prérogatives que leur assure le contrôle des nominations épiscopales. Le conflit avec l'Empire prend par moments un tour très violent; c'est une véritable guerre où s'affrontent, en Italie, partisans de l'empereur et partisans du pape.
A la fin du XII e siècle, l'élection d'un pape très actif, Innocent III (1198-1216), apaise pour un temps ce conflit. Innocent III donne au pouvoir pontifical un droit de regard sur le clergé dans tous les royaumes occidentaux. Ses successeurs tentent de suivre son exemple. La papauté est sereine: jusqu'en 1293, il n'y a plus d'empereur. Mais un nouveau danger surgit devant les prétentions pontificales: le roi de France, Philippe IV le Bel, n'hésite pas, avec l'aide de ses légistes, à s'en prendre aux excès de pouvoir pontificaux et à faire insulter le pape Boniface VIII par ses envoyés. Lorsque s'ouvre le XIVe siècle, la situation pontificale est beaucoup moins brillante.
L'art gothique
Dans ce climat s'épanouit en
Europe un art dont le style rompt avec la sobriété de
l'art roman: le gothique. Loin des techniques romanes savamment
improvisées, le gothique est avant tout un art de la prouesse
architecturale. La richesse de l'Italie et celle de la Flandre
favorisent la naissance d'un art également religieux, et
cependant plus largement sculptural et pictural
qu'architectural: le gothique y est déjà
dépassé par des formes artistiques superbes,
inspirées de principes esthétiques que le reste de
l'Europe ne découvrira que plus tard.
L'enseignement théologique
Le foisonnement des richesses, la
mobilité des jeunes Européens, la multiplication des
hérésies, le désir de mieux contrôler le
clergé et la chrétienté conduisent à supprimer
les échelons les plus élevés de la formation
intellectuelle, donc religieuse, dans les écoles
épiscopales. Les universités sont créées aux
XII
e
et XIII
e
siècles. Les étudiants disposent
d'une certaine liberté pour choisir leurs maîtres et
se déplacer d'un pays à un autre, mais
l'observance de l'orthodoxie est mieux assurée dans
les universités qu'ailleurs. La théologie demeure la
science supérieure à toute autre.
A Paris, des textes d'
Aristote, inconnus
auparavant et rendus accessibles grâce à des traductions
de l'arabe au latin effectuées en Espagne, suscitent des
discussions théologiques approfondies. L'audace de
certains théologiens inquiète Rome, qui décide de
sanctionner leur enseignement; cependant, ces discussions sont
à l'origine d'un corpus théologique que
l'Eglise catholique reconnaîtra comme fondement de la
théologie: la Somme contre les gentils et la Somme
théologique, de saint
Thomas
d'Aquin.
Franciscains et Dominicains
Le débat sur la richesse a atteint
presque toutes les couches de la société. La
monétisation croissante fait que les pouvoirs laïcs ou
religieux ne peuvent plus se contenter des revenus de leurs
domaines ruraux pour faire face à de fortes dépenses
annuelles. L'Eglise ne peut rester en dehors de ce courant
général, qui remplace l'ancienne richesse
foncière par celle des monnaies et du capital. Après la
floraison des hérésies, condamnées mais qui ont
reflété la persistance d'un idéal de vie pauvre,
la papauté cherche un compromis.
Deux nouveaux ordres naissent, urbains et
non plus ruraux, voués à mendier pour vivre, à qui
la possession de terres à titre individuel demeure interdite.
Saint François d'Assise restera fidèle à cette
ligne de conduite, et ses disciples, les Franciscains, font
vœu de se consacrer à la prière et à la
prédication. Saint Dominique, un Espagnol, oriente très
tôt son ordre vers la mission, l'étude et
l'observance de l'orthodoxie. Les Dominicains jouent un
rôle majeur dans les universités, mais aussi dans
l'Inquisition réorganisée. L'idéal de
pauvreté va disparaître, comme l'esprit de croisade,
au XIV
e
siècle, enseveli par
l'évolution rapide de l'Occident vers le capitalisme.
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